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EAN : 9782348045738
304 pages
Éditeur : La Découverte (19/09/2019)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Comment saisir les vies oubliées, celles dont on ne sait rien ? Comment reconstituer au plus près l’atmosphère d’une époque, non pas à grands coups de pinceau, mais à partir des mille petits événements attrapés au plus près de la vie quotidienne, comme dans un tableau impressionniste ?
Arlette Farge offre ici ce qu’on appelle les « déchets » ou les « reliquats » du chercheur : ces bribes d’archives déclarées inclassables dans les inventaires, délaissées parce... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
de
  03 juillet 2020
Le passé en traces sur le papier…
« Aujourd'hui, en jetant un regard sur tant d'archives de police du XVIIIe siècle, dépouillées pour faire avancer la connaissance et susciter la curiosité sur la vie des plus humbles, on ne peut qu'être impressionné par la multitude de faits, de vies, d'êtres singuliers, étranges et passionnants, à propos desquels rien n'a été dit alors que je les avais rencontrés. Ils n'entraient pas dans les objets de recherche que je m'étais donnés ». Dans son introduction Arlette Farge aborde le « murmure du combat », les « bruits singuliers », les « profondeurs de l'individu », l'« unique », le « déchet » et le « reliquat »…
Elle souligne « l'écriture insolite de cet ouvrage. Il est entièrement rédigé à partir d'archives » et parle de désir « de saisir l'inabordé, le toujours tu, l'éclat perdu », des « éclats de sources, du « commun d'une société », d'« humanité commune », de mise en abyme angoissante, de fissures de l'« incertitude »…
« Ici, pas de corpus, mais des archives du dehors, comme des faisceaux de sens, des débuts de compréhension ou bien des ailleurs ignorés qui racontent la multiplicité des formes et des dérives de la vie »…
Quelques éléments et commentaires choisis subjectivement.
Première partie : Temps survenus et frêles instants
Les moments retranscrits font surgir un « paysage sans ordre précis », « Les mots de XVIIIe siècle sont autant de témoins de notre passé que compagnons d'un aujourd'hui que l'on sait chaotique »… le scandale des « empérruqués » – fausses chevelures emplies de farine – alors que le pain manque, l'ivresse de prêtres et d'évêques, les voleurs et les voyous, les ouvriers morts lors de la construction du château de Versailles, la lèpre « tragique fantôme qui traverse la mémoire de toutes et tous », l'association « entre peuple juif et race sale qui encercle et étouffe chacun », le vocabulaire et les dessins des regards, « les fondations invisibles de ces êtres qui peuplèrent l'histoire entre mort et travail », des femmes et la courageuse liberté de ne pas subir les agressions sexuelles, les écritures de guingois, la manière oralisée de s'exprimer, « Ses mots jaillissent comme des torrents ; on peut y lire les images, si fréquentes dans ce siècle, de rancoeur installée au sein d'une société mouvementée et souvent bouleversée par de nombreux conflits. Une société très corporelle où la voix, le cri et le geste se relaient sans cesse pour le meilleur comme pour le pire », les abbés obscènes et licencieux, « Que dire de cette plaidoirie d'un abbé revendiquant le plaisir sexuel à tout-va, excepté avec les femmes de peu ou de trop de débauche. Comment ne pas lire ici combien le pouvoir de l'Eglise eut des formes de domination flagrantes, notamment sur les femmes », la dérision contre les fêtes religieuses, les chansons, une mélancolie bienveillante, la masculinité mise en cause, les enlèvements d'enfants par la police, les fureurs d'autrefois, la rue « actrice sociale », les charivari, les rêves et les poussières de désirs, le « lourd manteau de l'ennui et de la peine »…
Seconde partie : L'intime, le corps et les affects sous le regard de la police
L'extraordinaire et l'ordinaire des petits et grands moment de la vie du siècle, « une palette infinie de situations corporelles et sociales brassant autant de sentiments et d'affects que de modes de pensée et d'opinions », les sensibilités reliées à « toutes les formes de pouvoir », les méandres du singulier, les lettres d'amour, les projections de « soi sur l'autre », ce que l'autrice entends plus qu'elle ne lit, le sang des règles, l'internement au couvent, les insoutenables « conditions matérielles et affectives » de l'enfermement, l'absence de droit juridique des femmes, le violences contre les femmes, « les jeux cruels pour se les approprier », les insoutenables textes écrits par des hommes contre les femmes, les nouveau-nés abandonnées, les mouroirs, le toucher comme outil de l'historien·ne, les relations « entre maîtres et domestiques », la lutte contre le vagabondage et la mendicité…
Les éclats de rire et les déchirures, la médecine au temps où « la masturbation rendait aveugle », l'Hotel-Dieu et l'accueil des personnes « doublement meurtries par l'emprisonnement et la maladie », l'arbitraire de l'autorité royale, les longues histoires « d'accouchements, d'avortements et de sang », l'ordre et la peur du scandale, l'ordre et le désordre, « Paris est encombré, effervescent, bruyant et tumultueux. Emplie d'odeurs de toutes sortes, la ville résonne aussi du bruit des ouvriers, des bateaux, des cloches des églises, des chansons fréquemment entonnées dans les rues », la nouvelle place de la police, les murmures et les frémissements, « le peuple est à l'extrémité », les archives du désordre et de l'espérance, les imprimés clandestins, la surveillance des juifs, les vociférations et le tapage, l'émeute…
Les violences sexuelles, les viols de femmes et de petits enfants, le libertinage, la femme mariée comme objet du mari, celles qui ne se taisent pas, « une femme agressée ou harcelée sait et se plaindre et être entendue », les punitions sévères de délits domestiques, les femmes laborieuses, les prêtres débauchés, la colère des femmes et leur pratique émeutière…
L'ouvrage se termine par une Lettre racontant la journée du 14 juillet 1789.
En conclusion, Arlette Farge revient sur ce qu'elle avait à coeur de faire découvrir, « ces reliquats et ces déchets », le sentiment de proximité, la source d'émotion, les aspérités du réel de siècles passés, les « pénombres du siècle des Lumières »…

Lien : https://entreleslignesentrel..
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beubeu79
  25 avril 2020
Ce livre est bien plus qu'un essai historique, c'est une porte d'entrée pour toucher du doigt le passé. Il y a des passages intéressants, d'autres sont très très émouvants. Je recommande ce livre à toutes les personnes qui ont un coeur.
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critiques presse (3)
NonFiction   18 décembre 2019
Dans un récit magistral, Arlette Farge offre une plongée fascinante au cœur de ces vies du XVIIIe siècle qui n'ont laissé de traces que d'archives.
Lire la critique sur le site : NonFiction
LeMonde   14 octobre 2019
Des archives du XVIIIe siècle, exhumées par l’historienne au cours de décennies de recherche mais inutilisées, sont recueillies dans ce livre émouvant.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   01 octobre 2019
Lettres d’amour ou d’adieux, confessions, insultes, faits divers, inventaires, plaintes, l’historienne a réuni tout ces “déchets de recherche” dans un ouvrage passionnant, “Vies oubliées - Au cœur du XVIIIe siècle”.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
dede   03 juillet 2020
Aujourd’hui, en jetant un regard sur tant d’archives de police du XVIIIe siècle, dépouillées pour faire avancer la connaissance et susciter la curiosité sur la vie des plus humbles, on ne peut qu’être impressionné par la multitude de faits, de vies, d’êtres singuliers, étranges et passionnants, à propos desquels rien n’a été dit alors que je les avais rencontrés. Ils n’entraient pas dans les objets de recherche que je m’étais donnés
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dede   03 juillet 2020
Ses mots jaillissent comme des torrents ; on peut y lire les images, si fréquentes dans ce siècle, de rancoeur installée au sein d’une société mouvementée et souvent bouleversée par de nombreux conflits. Une société très corporelle où la voix, le cri et le geste se relaient sans cesse pour le meilleur comme pour le pire
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dede   03 juillet 2020
Que dire de cette plaidoirie d’un abbé revendiquant le plaisir sexuel à tout-va, excepté avec les femmes de peu ou de trop de débauche. Comment ne pas lire ici combien le pouvoir de l’Eglise eut des formes de domination flagrantes, notamment sur les femmes
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dede   03 juillet 2020
Paris est encombré, effervescent, bruyant et tumultueux. Emplie d’odeurs de toutes sortes, la ville résonne aussi du bruit des ouvriers, des bateaux, des cloches des églises, des chansons fréquemment entonnées dans les rues
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dede   03 juillet 2020
Ici, pas de corpus, mais des archives du dehors, comme des faisceaux de sens, des débuts de compréhension ou bien des ailleurs ignorés qui racontent la multiplicité des formes et des dérives de la vie
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Videos de Arlette Farge (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Arlette Farge
Michel Foucault et Arlette Farge : Le désordre des familles (1983 / Les lundis de l’Histoire). Diffusion sur France Culture le 10 janvier 1983. Par Roger Chartier. Photographie : Michel Foucault vers 1980. © Jerry Bauer/Opale/Leemage et Arlette Farge/DR. Avec Michel Foucault, Arlette Farge, Michelle Perrot et André Béjin. Cette émission était l’occasion d’un débat autour du livre de Michel Foucault et Arlette Farge, "Le Désordre des familles. Lettres de cachet des Archives de la Bastille au XVIIIe siècle". Présentation du livre par les éditions Gallimard : « Les idées reçues ont le cuir dur : la lettre de cachet, sous l'Ancien Régime, passe aujourd'hui encore pour l'exemple même du bon plaisir royal servant à enfermer nobles infidèles ou grands vassaux désobligeants. Symbole de l'arbitraire, elle serait un acte public cherchant à éliminer l'ennemi du pouvoir sans autre forme de procès – au point que l'histoire a fait d'elle le symbole de la prise de la Bastille. Mais de la mémoire se sont enfuies les innombrables lettres servant à tout autre chose qu'aux affaires d'État. Il ya celles pour affaire de police, instrument le plus simple pour enfermer discrètement et secrètement la forte tête qui crée du désordre dans l'atelier, mais aussi les prostituées, les voleurs à la tire, les filous ou les comédiens – tout un monde de migrants, mouvant, fugitif. Plus encore, il y a les lettres de famille, lorsque le comportement d'un conjoint ou d'un fils paraît troubler l'ordre intime dont la tranquillité participe à l'ordre public. Arlette Farge et Michel Foucault nous proposent une lecture différente des Archives de la Bastille : où l'on n'avait voulu voir que la colère du souverain, ils dévoilent les passions d'un menu peuple ; où l'on était obnubilé par l'ordre monarchique, ils discernent, entre parents et enfants, dans les disputes des ménages, la trame fine de la vie privée et le désordre des familles. »
Source : France Culture
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