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Critique de Alfaric


Alfaric
  21 juin 2015
Merci Babelio, merci Masse Critique, Merci Bragelonne !

Je suis passé par divers sentiment au cours de ma lecture… Après un prologue fantasy fantasy excellent et plein de promesses, j’ai soupiré durant toute la mise en place urban fantasy, tellement stéréotypée que je me suis remémoré certains téléfilms fantastiques français (tous plus pourris les uns que les autres, cela va s’en dire)… Le développement lui était intéressant, mais encore limité par ses ambigüités et ses contradictions. Toutefois, une fois l’échiquier mis en place, l’ensemble n’a cessé de gagner en qualité et au final j’ai bien apprécié !

L’intrigue de la partie fantasy reprend tous les classiques qu’on aime bien, nous autres amateurs du genre : la famille royale déchirée, la querelle de succession qui peut vite tourner en guerre de succession, les aristocrates comploteurs, les prêtres conservateurs, les magiciens manipulateurs…. Et pour une fois une véritable princesse rebelle : la version post 1968 d’une héroïne badass à la R.E. Howard ! Si vous avez croisé le chemin de la Sigarni de David Gemmell, ou de la Karis du même auteur, vous serrez en terrain connu… ^^
L’intrigue de la partie fantastique navigue elle dans les eaux troubles de la thématique des mondes parallèles qui a toujours été casse-gueule… Pourquoi mettre en vis-à-vis notre monde contemporain et un monde médiéval-fantastique si c’est pour ne pas exploiter les différences entre eux sur le fond comme sur la forme. Les Terriens ne sont aucunement dépaysé par leur translocation dans un univers méd-fan, et les locaux ne sont aucunement interloqués par la présence et el comportement des Terriens. Et je ne parle même pas des soucis de langue et d’écriture hein… C’est con parce que l’auteur aurait pu exploiter le truc en opposant passant les braiements et les jaseries des locaux aux tournures de phrases familières des Terriens… C’est d'autant plus dommage que globalement le style d’écriture est bon !

Tous les ingrédients du roman sont bons, voire excellents. Mais leur agencement et leur utilisation peut laisser à désirer, ce qui découle grandement des partis-pris initiaux :
- le choix du roman indépendant a ses qualités et ses défauts
One-shot oblige le worldbuilding est fort restreint malgré quelques noms évocateurs : Astria, Terrilis et ses champ de cristaux des âmes, la Forêt des Songes forteresse refuge des magiciennes renégates, les Terres des Dragons et ses tribus guerrières… Le coup est en parti rattrapé par les interludes, ici nommés « fragments », qui enrichissent le background de l’univers, mais cela reste frustrant quand même !
De la même manière moult personnages du romans auraient mérité d’être approfondis et développés.
- l’équilibre entre la partie fantasy et la partie fantastique est mal dosé d’autant plus que chacune des parties est portée par des héroïnes qui ne se valent pas… On voit bien que l’auteure met d’elle-même dans ces/ses deux héroïnes, donc j’ai envie de voir en leurs inégalités une dualité : Elouane/Ravenne est actrice, forte et résolue là où Enora est spectatrice, faible et irrésolue
La partie fantastique sent bon l’héritage des "Princes d'Ambre" de Roger Zelzany : mondes parallèles, Dallas fantasy, ombres qui s’influencent les unes les autres… L’auteure ajoute d’ailleurs à ce chouette héritage zelaznien le concept assez cool des Noirs-Portraits. Chaque habitant d’Ombre possède son double en Rive et vice-versa, né à la même date : si l’un meurt, l’autre meurt d’une façon ou d’une autre en l’espace d’une lunaison, si les deux double se rapprochent, ils décuplent leurs pouvoirs, mais s’ils se touchent c’est la destruction mutuelle assurée (un peu dans le genre de la dualité matière / antimatière).
Et La Loi de l’Echange qui régit les pouvoirs des Passeurs peut rappeler le manga "Fullmetal Alchemist" certes, mais rappelle plus encore "L’Enfant de nulle-part" du même Roger Zelazny (auquel on emprunte peut-être aussi également le magicbuilding élégant).

De plus, on sent très vite les partis pris féministes de Manon Fargetton qui nous les propose sans guère de subtilités :
- les aristocrates sont machos et misogynes puisqu’ils veulent revenir sur la monarchie matrilinéaire
- les magiciens sont machos et misogynes puisqu’ils éliminent ou brident les pouvoirs des magiciennes
- les prêtres sont machos et misogynes puisqu’ils imposent le célibats aux prêtresses mais pas à eux-mêmes
- une bonne partie de l’intrigue repose sur le fait que personne ne veut croire qu’un Passeur puisse être une Passeuse
- Enora se lamente sur la malédiction féminine de sa famille (alors que tous les hommes de sa famille meurent avant l’âge de 20 ans…)
- l’héroïne assume sa sexualité hétérodoxe, avec la mise en avant de la peintre Jana, son intérêt homoérotique qui vire sa coutille…
- les magiciennes femen de la forêt des Songes qui excellent dans l’art de l’illusion (là on tombe presque dans le cliché tellement cet archétype a été maintes fois usités depuis le Bene Gesserit du "Dune" de Frank Herbert)

L’auteure a grandi à Saint-Malo nous dit le 4e de couverture, et cela se vent dans le naming assez bretonnisant truffé de Maëlle, Erwan, Gwendal & cie… ^^
Notons aussi que tout ce qui tourne autour du Dieu Gris, l’Ankou, m’a beaucoup fait penser à "Rencontre avec Joe Black", le beau film sur la mort réalisé par Martin Brest en 1998 avec Brad Pitt, Anthony Hopkins et Claire Forlani (d’ailleurs la Mort du livre semble emprunter des répliques à la Mort du film)
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