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EAN : 9782070266357
224 pages
Éditeur : Gallimard (04/05/1982)
4.44/5   18 notes
Résumé :
Dans ce «diorama d'états d'âme», Fargue imagine la nuit des temps préhistoriques et celle de la fin du monde. Entre les deux, il revoit Paris, cet univers lui aussi fantastique, qu'il a tant aimé et dont il fut l'inoubliable Piéton.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Arimbo
  22 août 2021
Ce sont quelques critiques et quelques citations de babeliotes (Ah, Babelio, source inépuisable de découvertes!) qui m'ont amené à Léon-Paul Fargue dont je n'avais lu jusqu'à présent que quelques poèmes tirés du Piéton de Paris.
J'ai ainsi appris que ce recueil Haute Solitude était considéré comme son chef-d'oeuvre.
J'ai été vraiment bousculé, ébahi, émerveillé, parfois si ému, par ce livre «hénaurme », désespéré et moqueur, tendre et acerbe, déchirant et comique.
L'incipit donne le ton: un extrait du 5ème livre du Pantagruel de Rabelais, avec ses énumérations, sa profusion de mots nouveaux.
Cette exubérance verbale héritée de Rabelais habitera tout le recueil, souvent mise au service d'un désespoir qui serre le coeur. Mais pas toujours. On est parfois dans le registre totalement loufoque.
Il s'agit de textes en prose; on sait depuis Baudelaire et Rimbaud, que la poésie n'a pas besoin du vers et de la rime, que les mots et les phrases n'ont pas toujours besoin d'être rangés comme des petits soldats pour que fleurisse la poésie.
Dix neuf poèmes magnifiques et d'une grande diversité.
D'abord, il y a ceux pleins de fantaisie et d'humour, tels Plaidoyer pour le désordre, ou Esprits nomades, une sorte d'apologie burlesque du déménagement, ou Encore, qui termine le recueil.
D'autres sont des poèmes dans lesquels sont égratignés de façon loufoque les travers des contemporains du poète. Ainsi la prédiction de l'avenir dans Horoscope, Érythème du Diable.
Plusieurs donnent une vision fantastique et parfois pleine de tristesse de ce Paris que l'auteur aime tant, Géographie secrète, Nuits blanches, L'attente, Paris.
Deux poèmes extraordinaires nous donnent à lire, l'un une vision époustouflante de l'histoire de notre planète: Visitation préhistorique, et l'autre une apocalypse finale déjantée de notre monde: Danse mabraque.
Enfin, il y a ces poèmes dans lesquels, avec une langue si neuve, si riche, Fargue nous emmène dans sa tristesse, sa nostalgie de l'enfance, sa solitude. Ce sont notamment les merveilleux et bouleversants Marcher, Accoudé et Haute solitude, qui donne son titre au recueil.
On peut certes retrouver l'influence de Rabelais dans cette abondance d'énumérations, de mots inventés, une influence du Rimbaud des Illuminations dans le rythme des poèmes, une certaine parenté avec la loufoquerie de Queneau.
Oui, mais Fargue est incomparable, irréductible à toute comparaison, et Haute Solitude est un sommet de création poétique.
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barbaracopercini
  27 juin 2017
Haute Solitude (1941) c'est le livre le plus autobiographique où Fargue évoque ses flaneries le long de sa ville natale, les visites au Jardin des plantes; ses souvenirs, ses bonheurs et ses tristesses ... c'est un beau livre où le poète-chroniqueur parle de soi et de sa solitude.. en effet Fargue recherche la solitude “à la fois nécessaire et insoutenable” et l'accepte. Il écrit "j'aime ma solitude, comme une maison de campagne, comme une retraite vigilante” ... Il se replie sur soi meme et ne fait qu'un avec sa solitude : “Je me sens lié à la vie et à la solitude comme est lié à la rivière le reflet d'un saule” ... sa solitude est une solitude recherchée pour une méditation intérieure afin d'explorer le coeur humain. "Accoudé à ma fenetre, je vois le taxi et son ombre le fiacre ... Oui, mom ame, tout cela que tu vois, c'est la vie, tout ce que tu examines en soupirant, c'est la vie" :-) Il faut le lire !
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
ArimboArimbo   15 octobre 2021
Dans l'immense toupie nébuleuse, d'où la Trimourti sortira sa grosse tête de Cerbère aimable au centre d'un vaste coquemar cerclé de lumière et d'ombre, le plasma cosmique se condense pour sécréter cette sueur noire : les Hommes.
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karamzinkaramzin   19 février 2021
...
Spectres Nomades (extrait)

Aujourd'hui, c'est un quartier aimé que je quitte, cette mosaïque formée par le Boulevard Saint-Germain, la rue de Buci et la rue du Four. Je me trouvais à cet endroit en pleine cervelle parisienne. Je me sentais assiégé de librairies, environné de peintres, de labeur, de songes, de spiritualité. Mais l'heure apparaît, une fois de plus, au nombril de la pendule, dans les mailles de mon horoscope : il faut décrocher les valises, siffler les malles, jeter dans le carrosse, devenu société anonyme, les boutons de manchettes, les chers souvenirs accumulés, les brosses, pareilles sous la main, quand on a les yeux fermés, à des dos de poulains ou à des flancs d'ornithorynque ; les revues d'art, les embauchoirs qui ont des condyles d'intellectuels sportifs ; les pantalons de flanelle et la littérature lourde, dictionnaires, épreuves corrigées, factures, cendriers ...
Les gens de chez Cook ou de chez Bedel, de chez Duchemin ou de chez Borniol sont entrés, l'oeil triste et les bras pendants. Car un déménagement ressemble toujours à quelques funérailles. Déjà, je me vois cent coudes, des faisceaux de jambes. Je ne sais plus où donner du corps. Le téléphone résonne dans ce camp volant comme un tintamarre d'alerte : des amis me croient tantôt revenu, tantôt ils me confondent avec un autre, quelque Léon-Paul qui serait dentiste ou gonfalonier. Puis, se pose le problème du courrier : faut-il faire une visite au receveur du bureau des Postes de mon quartier, laisser des consignes à l'hôtel que je quitte, ou revenir chaque jour en pèlerinage, les mains derrière le dos, le cœur bourré de regrets romantiques ? Faut-il rédiger un petit carton et l'adresser à tous ceux qui me peuvent écrire ? Et si j'en oubliais, si ceux-là jetaient le carton dans la corbeille, parmi les enveloppes de lames de rasoir et les boîtes de cigarettes vides ?
Il convient aussi d'adresser un dernier sourire aux commerçants de l'endroit dont je ne serai plus une ombre familière : le pharmacien, M. Douce, le teinturier, M.Quinche, le coiffeur, M. Roques, la marchande de journaux, Mme Château, le cabaretier, le cordonnier, les chauffeurs connus ...
Déjà glissent vers des régions nouvelles les premières caisses clouées, ficelées ou soudées. Je devine dans celle-ci le cadavre de mon smoking, qui fait fosse commune avec un vase, un appareil téléphonique de 1902, des fixe-chaussettes qui frétillent comme des goujons. Dans cette autre sont les restes d'une machine à écrire, recroquevillée entre des sous-vêtements et des brise-bise. O cercueils errants, où les choses dorment d'un bref sommeil, comme les hommes, avant de connaître les joies de la vie éternelle, qui, pour elles, se résout à un emménagement ...
Voici que me saute à l'esprit une remarque que j'offre sans plus attendre aux romanciers : un déménagement se compose de deux actes : le déménagement proprement dit, et l'emménagement, c’est-à-dire la renaissance, la résurrection, la création du monde sous d'autres cieux. Or, pour des chinoiseries demeurées secrètes, les usagers ne se servent, quand ils ont à parler de cette opération compliquée, que d'un mot. On dit : j'ai déménagé. Pourquoi ? Sans doute, pour nous autres mortels si friands de cachotteries, l'emménagement comporte une série de jouissances honteuses ou séraphiques dont nous entendons garder le secret. D'où cet axiome : déménager c'est mourir, emménager c'est aimer.
Une autre joie à tirer de ces voyages de quartier à quartier, c'est le sentiment de rajeunissement. Le bonheur, murmurait au siècle dernier je ne sais plus quel philosophe, consiste à savoir oublier constamment le bonheur perdu. Ainsi de la jeunesse. Sachons oublier sans cesse jeunesse perdue et nous arriverons à ne pas vieillir. Je me sens des jambes de galopin, à suivre dans les escaliers ceux qui emportent, vers le Montrouge de mon enfance, mes chaussures, mes Larousse, mon Quicherat, mon Alexandre, mon épinette, mon révolver, mon passé et mon cœur. La chambre que je quitte n'est plus qu'un désert de monotonie où les murs prennent des couleurs de nuages solidifiés. Les démons de la solitude, aux cuisses longues de sauterelle, aux yeux couleur de tunnel, dansent sur les marches du silence, tandis que je déserte, les dernières choses en poche, le savon à barbe, l'eau de Cologne, les allumettes, le porte-plume, la brosse à dents, et le journal du jour, venu me saluer ici pour la dernière fois.

Ah ! ne venez pas me dire que l'homme soit autre chose qu'un vagabond, toujours riche d'une âme de vingt ans ! :-)
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ArimboArimbo   18 août 2021
Mais dans ce monde de rhododendrons à cinq pattes, d'oiseaux lourds ornés de fils télégraphiques et surmontés de palettes d'yeux, dans le sillage des pachydermes fumants qui se déplaçaient lentement comme des églises, le long des forêts d'iode et de chasse-neige où les squelettes pendaient comme des fruits, parmi les araignées géantes, bossuées de cornes, pesantes de mamelles, dans le calme de la première rosée blonde, des premières vapeurs, des premiers typhons, peureux comme une gazelle, maladroit, inoffensif et lâche, un Monstre bizarre se manifestait parfois, une sorte de machine plutôt qu’un animal, presqu’une construction, quelque chose de singulièrement développé et de singulièrement stupide, un mélange solennel de bête fine et d’oiseau podagre, une plante réussie, parfaitement vulnérable et parfaitement désirable, un ennemi de tout, pousseur de cris, chercheur de querelles, incapable de vitesse, de précision, de patience, de flair, ignorant des vents, mourant jeune, forme enrhumée, bigle, industrieuse et mélancolique: l’Homme.
Et puis, le ciel devint plus doux. Les pâturages bleuirent. Le mastodonte apparut lentement le long des mamelons, comme un immense vaisseau de cuir, secouant dans le soleil ses oreilles toutes sonores de parasites. Des potassons, des dépotames et des dilépothèses sortirent des fleuves en ouvrant des mâchoires d'orgue. L'hipparion bondit sur un pré, boulu comme un cheval antique, et les singes commencèrent à se dévider le long des arbres. Rendu rêveur par les panthères, par le zébu triste comme un vieux ministre oublié, par les arbres à goupules, par les pictoles juteuses, l’homme entrevoyait parfois le chien, le chat, le pissenlit, le ver à soie, le machaon, le carabe et le pigeon voyageur.
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ArimboArimbo   18 août 2021
Je n'ai pas, Moi, de ces réveils d'escrimeurs, de cuistres ou de goélands de lavabos qui sont toujours prêts à pourfendre l'existence mondaine, ou sportive, ou industrielle, avec des stylographes à idées, des balais mécaniques et des cerveaux de la rue de la Paix. Ma vie est une bonne et brave vie à tant la minute, et qui la connaît dans les coins avec son portefeuille vierge et frais de poche revolver. Pas si bête.
Elle m'a eu, ce matin, comme une logeuse. Mais nous nous retrouverons ce soir, face à face, quand je la forcerai à s'user le long des rues tristes d'usines, devant les bistrots au derrière de singe, autourdes autobus à pellicules, au fond des squares tout vibrants de cancrelats. Quand les boucles d'oreilles des vieilles maisons leucorrhéiques scintilleront, quand les bouts de sein de la nuit darderont, dans les embouteillages d'hommes, des fausses nouvelles, des soupirs, quand je cheminerai enfin les os vaillants, éveillé comme un fantôme, au hasard des quartiers couleur de pintade et d'arrosoir, quand mon corps de dormeur occidental sera cuit pour la revanche, je l'aurai à mon tour, la Vie!
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ArimboArimbo   19 août 2021
L’attente

…Je ne suis pas heureux. Toutes ces mains tendues de la salle d'attente qui vont à des mains inconnues, le sourire aux ongles, me dédaignent. Elles vont à ceux qui n'ont besoin ni de chair ni de chaleur. Elles oublient le déraciné qui veille, le dos au poêle, les jambes abruties, déchiré et maudit. Je n'étais pas fait pour la détresse. La nostalgie n'était pas mon métier. Mais on a voulu me mettre tout jeune dans un atelier de tristesse, et j'ai pris la filière. On m'a montré les outils du malheur, les limes du cafard, les rabots de l'ennui, les courroies de transmission de l'agitation et du souvenir. On m'a appris à relier mon cœur aux autres cœurs, à beaucoup attendre des hommes. On m'a enseigné à ne présenter aux femmes que le plus faible de moi-même. Et je suis devenu peu à peu un gaillard de métier qui connaît bien son affaire. Mon Dieu ! Que ne m'a-t-on appris le bonheur ! C'eût été si simple, pendant qu'on y était. Et je n'attendrais pas aujourd'hui, crucifié sur des pancartes, voué aux horaires, que les filles du passé et de l'impossible accourent auprès de moi, en rond, et remuantes et stupides, mais heureuses.
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André Beucler : Dimanche avec Léon-Paul Fargue
Olivier BARROT présente le livre d'André Beucler sur Léon-Paul Fargue.
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