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EAN : 9782070734399
308 pages
Gallimard (05/10/1993)
3.83/5   66 notes
Résumé :
Poète amoureux de l'âme parisienne, éternel flâneur qui sait trouver des trésors au coin de la rue la plus anonyme, Fargue raconte sa ville dans ce livre célèbre, qui aujourd'hui nous restitue le parfum du Paris de l'entre-deux-guerres.
Le quartier de prédilection de Fargue, peu exploré par d'autres écrivains, c'est le boulevard Magenta, Belleville, le boulevard de la Chapelle, la gare de l'Est et la gare du Nord, "vastes music-halls où l'on est à la fois act... >Voir plus
Que lire après Le piéton de Paris - D'après Paris Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Dans la tradition juive les grands auteurs prennent le nom de leur oeuvre la plus importante. Ainsi le grand codificateur Joseph Caro est devenu "Le Choulhan Aroukh" (= La table dressee), sa grande codification des lois du judaisme, et personne ne connait plus le moraliste Israel Meir Kagan que comme "Le Hafetz Hayim" (=Le queteur de vie), le titre de son livre d'ethique.

Quelque chose de ce genre est arrive a Leon-Paul Fargue. Il sera pour toujours "Le pieton de Paris". C'est devenu son appellation (controlee), sa particularite, sa distinction, son titre de noblesse. le pieton, marcheur infatigable (=jamais fatigue de sa ville) qui ne s'arrete que pour des coups (boire un coup, discuter le coup). Celui qui nous donne envie de flaner après lui dans des quartiers peu touristiques, en une promenade calme et lente, qui nous introduit chez des monuments sacres comme le Ritz ou les Deux Magots par la porte de derriere, par la petite histoire. Au hasard des flaneries il nous presente des gloires parisiennes du premier tiers du siècle (le sien, pas le notre), certaines connues (Anatole France, Sarah Bernhardt…) et d'autres oubliees (Germaine Tailleferre, Paul Bourget…), du moins en ce qui me concerne moi lecteur d'aujourd'hui. Et quantite d'autres gens aussi. Car les rues de Fargue sont habitees et vivantes, elles ne sont pas qu'un inventaire de lieux, qu'une agglomeration de maisons (les rues de Fargue? Dans ma petite tete ils ne font plus qu'un, lui et sa ville). Fargue privilegie les souvenirs qu'evoquent en lui les lieux qu'il arpente ou qu'il traverse. Je dois dire que quand il s'arrete de marcher, sans rencontrer ni nous parler de personnes vivantes, comme dans ses descriptions du musee ethnographique ou du jardin des plantes, c'est moins interessant. A la limite du guide instructif donc pour moi a la limite du barbant. Il n'y a que l'ecriture, que le style, qui sauve ces chapitres. L'auteur garde sa patine propre quel que soit l'endroit qu'il nous donne a voir.

Fargue est poete. le Paris de Fargue a du style. du charme. On peut tomber amoureux du style de Fargue comme on peut tomber amoureux de Paris. Encore en ce 21e siècle ou on circule plus qu'on ne deambule, ou on lit en diagonale. J'en suis sur, ca m'est arrive (et de lire en diagonale et de tomber amoureux . Eh oui...). Et comme je ne suis pas d'un naturel jaloux, je vous invite a essayer, vous aussi: une petite promenade du cote de Fargue?

P.S. Bonne annee lezamis! Une annee empreinte de poesie...
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Je ne sais plus qui a dit qu'un classique est un livre qu'on relit toujours et qu'on ne lit jamais. "Le Piéton de Paris" peut-il être estampillé de la sorte? le titre, en tout cas, m'était familier et semblait relever de ce grand fond patrimonial des oeuvres dont tout le monde s'accorde qu'il faut les avoir lues sans forcément passer à l'acte. En surfant sur les sites qui mettent à disposition les livres tombés dans le domaine public, me voilà titillée par ce titre tout empreint de promesses . Je me prends à rêver d'errances forcenées sur les pavés parisiens et me plais à imaginer Fargue comme un trait d'union entre les quartiers aristocratiques et ceux des petites gens, capable de faire revivre un monde qui n'existe plus, d'être à la fois Hugo, Prévert et Zola.
Bon, on en est loin.
Le premier chapitre était plein de promesses: « Le bruit de la ligne Dauphine-Nation, pareil à une plainte de zeppelin, accompagne le voyageur jusqu'à ces quartiers cernés de cheminées d'usines, lacs de zinc où la rue d'Aubervilliers se jette comme une rivière de vernis. Des vagissements de trains égarés servent de basse au paysage. À toute heure du jour, des équipes d'ouvriers vont et viennent le long des cafés au front bas où l'on peut « apporter son manger », laisser ses gosses « pour une heure », et dormir parfois sans consommer. »
Hélas, les déambulations tournent rapidement à la chronique mondaine, pire, au name dropping. Qu'on en juge:« on me désigna rapidement, au passage, le comte et la comtesse Haugwitz-Reventlow, c'est-à-dire toute l'Allemagne wilhelminienne et toute l'aristocratie de l'aventure mondaine, car la comtesse Haugwitz-Reventlow n'est autre que Barbara Hutton, l'ex-épouse de M. Mdivani. J'aperçus, guidé par ma vue perçante et par son index précis, le baron et la baronne de Wedels-Jarlsberg, M. Joseph Widener, le prince et la princesse Nicolas de Grèce, le marquis Somni-Piccionardi, le prince héritier de Kapurthala, Georges Mandel, le docteur Nicolas Murray Butler, bref, tout un aréopage dont la disparition entraînerait de l'anémie en Europe. »
J'aime particulièrement le "bref" qui clôt l'énumération.
Et puis l'observation est quand même très souvent entachée de poncifs (qui devaient déjà l'être quand ils furent écrits) et que leur désuétude ne m'a pas rendus ni charmants ni plus aimables, tels "les dessous des femmes (qui) bruissaient dans nos imaginations de collégiens".
Le livre a quand même un (très) gros avantage: il donne furieusement envie de relire Proust.
(Vous aurez noté: j'ai bien dit RE-lire :-))
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Si vous aimez la flânerie parisienne, si vous aimez la capitale, si vous désirez vous balader dans ses quartiers dans les années 30 en compagnie d un connaisseur, d un poète (ce livre est en prose), d un amoureux du paris des faubourgs des cafés et des ambiances de l époque, je vous incite vivement à ouvrir ce livre superbement bien écrit.
Fargue raconte avec talent et passion de petites anecdotes qui vous envoient illico dans un petit café d une rue proche de Belleville ou du XVIII° où ailleurs. Un vrai voyage à pied proposé par un grand écrivain. Laissez vous guider.
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Un voyage sentimental dans un Paris perdu. Dans ce texte écrit en 1935, l'auteur raconte avec nostalgie la vie parisienne et ses hauts lieux : cafés, palaces, hôtels particuliers...Pas très utile pour le touriste d'aujourd'hui, quoique, certaines traces subsistent de ce passé.
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La lecture du "Piéton de Paris" a poussé il y a quelque vingt ans ma curiosité et a stimulé mes recherches bibliographiques pour écrire ma thèse à l'Université.... donc je suis très heureuse d'en parler maintenant :-)
Je suis tout à fait satisfaite d'avoir choisi ce poète-chroniqueur, cet "homme en proie à la ville" comme sujet de ma thèse en faisant un detour hors des sentiers classiques, en fait L.-P. Fargue est un écrivain malheuresement peu connu. Fargue incarne bien la qualité du “boulevardier” parce qu'il se trouve dans le café exact à point nommé (ce sont les années du banquet qui vont de 1885 au 1918). Il est sensible aux cafés, aux ambiances, aux sons: il se met à l'écoute de Paris. Effectivement dans son oeuvre la plus connue “Le Piéton de Paris” on retrouve cette esthétique sonore tandis que les descriptions très pittoresques et folkloriques de la ville deviennent un terrain fertile à son errance et à ses souvenirs d'enfance.
Fargue aime tellement flaner le long de sa ville natale qu'il fait de cette activité un leitmotiv de son oeuvre et lui vaut ce surnom : en bref un promeneur formidable qui parcourt les lieux les plus secrets pendant la nuit (célèbres ses "nuits blanches"), mais aussi les recoins les plus insaisissables de son Paris en taxi chaque jours infatigablement.
Fargue est donc le poète urbain par antonomase qui voit parfois dans la nature les manifestations de la Ville.
Son écriture repose bien sur une déambulation urbaine qui pourtant converge dans un espace interieur.
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Citations et extraits (44) Voir plus Ajouter une citation
Sur les quais (I)

Au temps où je dansais la gigue,
J'aurais pu faire un bel enfant.
Mais à présent, ça me fatigue,
Je ne suis plus qu'un ci-devant.

J'en ai marre de l'élégance,
Des romans d'analyse et des chansons d'amour.
Adieu Messieurs ! Vive la France !
Moi, je remonte dans ma tour.

Ne cherchez pas de qui sont ces vers, où triomphent l'insouciance et la rêverie. Ils sont exactement d'un illustre inconnu dans le plus noble sens du terme. J'ai vainement essayé de me faire présenter ce poète, qui me paraît, à l'odeur de ses poèmes, passer la moitié de sa vie dehors. Il aime mieux garder l'anonymat.

936 - [Folio n° 4376 - p. 71]
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Ce n’est pas, à proprement parler, un ghetto comparable à ceux de Pologne, de Roumanie ou de Hollande, c’est un petit pays limité par la rue du Roi-de-Sicile, la rue Ferdinand-Duval, autrefois rue des Juifs, et la rue Vieille-du-Temple, et dont le centre se trouve au coin de la rue des Écouffes et de la rue des Rosiers, où s’ouvre la librairie Speiser, rendez-vous de tous les Juifs du monde. Stephan Zweig ne traversa jamais Paris sans faire une visite à cette boutique. Trotsky venait souvent s’y asseoir. J’y suis entré tout à l’heure pour y apprendre la mort de Zuckermann, qui tenait à cette place, il y a quelque trente ans, un excellent restaurant où nous venions avant la guerre, Charles-Louis Philippe, Michel Yell, Chanvin et moi-même, attirés par une eau-de-vie qui sentait la violette et que le fils du patron nous servait avec une grâce de petit seigneur.
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Pour moi, le dixième, et que de fois ne l’ai-je pas dit, est un quartier de poètes et de locomotives. Le douzième aussi a ses locomotives, mais il a moins de poètes. Mettons-nous d’accord sur ce mot. Point n’est besoin d’écrire pour avoir de la poésie dans ses poches. Il y a d’abord ceux qui écrivent, et qui constituent une académie errante. Puis il y a ceux qui connaissent ces secrets grâce auxquels le mariage de la sensibilité et du quartier fabrique du bonheur. C’est pourquoi je pare du noble titre de poète des charrons, des marchands de vélos, des épiciers, des maraîchers, des fleuristes et des serruriers de la rue Château-Landon ou de la rue d’Aubervilliers, du quai de la Loire, de la rue Terrage et de la rue des Vinaigriers. A les voir, à leur sourire en courant sur le trottoir gravé de fatigues, à demander des nouvelles de leurs filles, à voir leurs fils soldats, je me sens réjoui jusqu’aux écrous secrets de mon vieux cœur sans haine.
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L'été, quand il fait très chaud, les bouquinistes femmes n'hésitent pas à plonger dans la Seine. Quelqu'un flâne sur le quai pour ses livres, et souvent aussi, pour voir sortir de l'eau en maillot la sirène ruisselante. Et il crie "Eh, la petite dame, combien le Taine" En quelques brasses, la petite dame atteint la berge, ramasse son peignoir, remonte vers les bibliothèques en séchant ses mains sur ses hanches, cède le Taine, le Flaubert ou le Jean Lorrain au client, et retourne dans l'eau fraîche...
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Ghetto juif entre-deux-guerres:

"De vieux Juifs, comme on rencontre qu'à Bydgoszcz, Zlatana ou Milowek, se faufilent le soir entre les livres. On s'étonne de les voir Paris, vêtus de touloupes qui balayent le sol, le favori roulé, le cheveu huileux, la main tremblante. Ceux-là, plus libres en France que partout ailleurs, méprisent hardiment le costume chrétien. Affairés et rêveurs, ils vont et viennent dans la boue du ghetto, coiffés de petites toques à courte visière, enveloppés, enhaillonnés de longues de redingotes aile de corbeau, de lévites funèbres. Les yeux profonds, tristes et perdus, le teint rose, parfois effrayant, les oreilles énormes, le corps penché, boiteux, borgnes, tuberculeux neuf fois sur dix, ils traînent d'une boutique à l'autre, chuchotent, glissent, immensément paresseux, et passent et repassent devant les pâtisseries et les merceries saumurées et fétides de ce quartier où les mousquetaires venaient autrefois se battre en duel.p.96/97,
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