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Lucile Du Veyrier (Traducteur)
ISBN : 286930322X
Éditeur : Payot et Rivages (02/02/1990)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 89 notes)
Résumé :
Le 12 août 1958, le détective Alan Macklin est assis dans son bureau de Los Angeles lorsque le téléphone sonne ; c'est un riche homme d'affaires nommé Frederick Summers qui lui donne rendez-vous. Le milliardaire le charge de reconstituer le passé d'une inconnue qu'il veut épouser. Cependant, la jeune femme devra tout ignorer de cette enquête. Pour remplir sa mission, Macklin ne dispose que d'une photo, d'une carte manuscrite et d'un recueil de poèmes publié par la m... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
nameless
  20 janvier 2018
Qui est Sylvia West ? C'est ce que veut savoir Frederick Summers, industriel millionnaire, avant d'épouser celle dont il ignore le passé. Cette enquête inexplicable et inadmissible est confiée à Alan Macklin, détective privé désargenté, qui s'engage à ne jamais rencontrer Sylvia. Muni d'une photo, d'un recueil de poésies, La lune obscure, édité à compte d'auteur par l'énigmatique jeune femme, Mack se lance sur les traces de son histoire, sillonnant les Etats-Unis et le Mexique, de Los Angeles à Pittsburgh, El Paso, Lawnox, Englewood, New York, monneyant les informations de policiers, gardiens de prisons, corrompus jusqu'à la moëlle. Plus son fantôme prend consistance, plus Mack se sent obligé de poursuivre, rapidement passionné puis obsédé par Sylvia, à qui il voue un amour impossible.

A partir d'un scenario minimaliste sans originalité, Howard Fast livre avec Sylvia un bijou, une merveille qui frôle la perfection. Comment expliquer l'envoûtement qui saisit le lecteur dès les premières pages ? La limpidité de son style économe, son talent pour enchaîner les événements, son humanité pour ses personnages, les portraits de femmes éblouissants et émouvants, bien loin des lieux communs qui ne décrivent rien, ne suggèrent rien et s'accumulent, sont un début d'explication. La construction rigoureuse du roman constitué de 12 chapitres, comme les 12 lieux où se rend Mack pour y rencontrer 12 personnes qui ont croisé Sylvia au cours de leur vie, expliquent aussi cette attraction. Chacun livre une bribe de l'histoire et de la personnalité de la jeune femme.

Ce n'est toujours pas suffisant pour parler d'un chef-d'oeuvre. Ce qui rend le roman exceptionnel, c'est l'histoire racontée sans aucun misérabilisme, que les deux personnages principaux, Mack et Sylvia ont, sans se connaître, en commun ; celle de deux gosses qui ont connu la pauvreté et la faim, et qui mûs par une force invincible, ont tracé seuls le chemin de leur vie. Lui est devenu professeur spécialisé dans l'histoire antique, son rêve est de posséder un bateau pour naviguer en Mer Egée comme Ulysse. La pénurie de postes universitaires l'a transformé en détective privé ; elle, enfant maltraitée, sale, affamée, s'est nourrie de livres pour échapper à son destin, a dévoré tout ce que les bibliothèques lui ont proposé. Pauvre et affamée mais jolie, elle a aiguisé l'appétit des hommes, elle leur a parfois fait payer. Il est donc question de toutes formes de nourritures et d'appétits dans Sylvia.
Howard Fast a écrit une grande partie de son oeuvre sous le pseudonyme de E. V. Cunningham, car comme de nombreux auteurs américains communistes, il a subi la traque mccarthyste, il a été l'un des fondateurs du Mouvement mondial pour la paix. Issu d'une famille modeste, il utilise de nombreux souvenirs personnels qui donnent à ses romans l'irremplaçable goût du vécu. Sylvia est paru pour la première fois aux Etats-Unis en 1960 puis a été réédité en 2016, par Payot & Rivages.
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latina
  27 octobre 2018
Ah Sylvia, Sylvia, Sylvia ! Une femme à part, une femme comme il y en a peu !
Femme mystérieuse, qui ment. Sur son passé, d'abord. Sur ses sentiments, ensuite.
C'est cela que le milliardaire Summers voudrait découvrir. C'est pour cela qu'il engage un détective privé, Macklin, pour déterrer son passé obscur.
Ce brave Macklin s'en va-t-en-guerre ... de Los Angeles à El Paso, en passant par Pittsburgh et en arrivant à New-York, Macklin l'ancien pauvre, le solitaire, le déprimé découvre Sylvia, la jeune, l'obscure, la pauvre, la martyrisée.
Sans l'avoir vue, il dessine peu à peu son portrait d'après les gens qui l'ont rencontrée, qui l'ont aimée. Un portrait en creux.
Et peu à peu, l'amour l'envahit, comme s'il se reconnaissait en elle.
Comment la confrontation entre ces deux écorchés à l'enfance misérable et au parcours sinueux se produira-t-elle ? L'amour sera-t-il réciproque ?
Ce roman des années 50 m'a d'abord plu par son ambiance désuète. La mentalité américaine de ces années-là est bien présente : hypocrisie vis-à-vis des prostituées, maintien des femmes dans la sphère intime sous le joug masculin, mise au rebut des « vieilles filles » d'une trentaine d'années...
Et puis les domaines abordés sont très intéressants : la littérature en premier lieu, puisque l'enquête de Macklin démarre à partir d'un recueil de poèmes de Sylvia qu'il ira chercher dans sa librairie préférée et qu'il analysera auprès d'un prof d'unif, avant de se rendre dans les bibliothèques, puis les milieux interlopes où sévissent toutes sortes de gens soi-disant bien intentionnés, et aussi les bas-fonds, carrément... Intellectuels didactiques et/ou passionnés, petites frappes, hauts-gradés du grand banditisme, curé proche de la sainteté, snobs riches à milliards, hommes peu scrupuleux, femmes exploitées, nous naviguons dans cette marée humaine à la suite de Macklin qui n'a pourtant pas une idée très haute de son métier.
Ce Macklin, parlons-en. C'est lui en fait qui m'a irritée plus d'une fois par sa manière de penser, de prendre sa vie en main. Peu combatif, fataliste, assez geignard en somme, il ne cesse de se plaindre sur la pauvreté, sur son enfance, sur son métier peu reluisant, sur sa solitude.
Il n'y a que sa manière de parler aux femmes et d'agir envers elles qui me plait vraiment. Car lui, c'est un pur, un respectueux.
Pour toutes ces raisons bonnes et moins bonnes, j'en conviens puisque chacun aborde ce roman avec son propre caractère et sa façon personnelle de voir la vie, je vous conseille de faire un petit tour du côté de chez Sylvia, pour autant que vous arriviez à la croiser. Macklin, lui, y est parvenu.
Assez bien, ma foi.
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Ambages
  18 juin 2017
« - Est-ce si difficile de s'en apercevoir, Mack ? Vous êtes amoureux, mais pas d'une manière saine, comme pour la plupart des gens. Non, chez vous c'est une maladie de l'âme.
- Et qui est-ce que j'aime, Irma ?
- Sylvia, me répondit-elle. Et je m'en suis aperçu, la première fois que vous avez prononcé son nom. »
Sylvia, c'était avant Natasha. Que de prénoms en A ! Décidément...
Mes lectures ont des points communs, plus que je le pensais. Étrange coïncidence encore une fois. Et dire que je crois toujours choisir au hasard les livres, les dévorer les uns derrière les autres sans logique précise. Je ris toute seule, bien bête de croire que tout est fortuit.
Sylvia, il faut apprendre à la connaître. Encore une femme qui ne se laisse pas découvrir facilement. Mais quand on est un détective privé, amateur d'histoire et d'histoires, on voyage dans tous les états, d'âme et d'Amérique, jusqu'à la rencontre. Autour d'une rose, autour d'une épine. On ne crie pas, même quand ça fait mal parce qu'on est résigné.
« Une cigarette aux lèvres, je contemplais la scintillation des lumières dans la coupe sombre de Los Angeles, au-dessous de moi. Physiquement fatigué, moralement épuisé, à peine la tête sur l'oreiller, je me suis rendormi. »
Youhouuuu ! Faut se réveiller. Je te rappelle que tu dois rendre ton rapport sur Sylvia à ton commanditaire dans peu de temps. Allez le poète, on se lève et on arrête de se faire tout petit.
« ''Vous deviez avoir vraiment besoin d'argent, Mack.'' Je me suis tu. Qu'aurais-je pu dire ? Car ce qui tient lieu d'âme à Alan Macklin était maintenant mis à nu. »
Je sais qu'il est parfois difficile de se sentir bien quand toute sa vie (enfin son début de vie, t'es pas si vieux mon pote) on a ramé pour avoir un dollar en poche, quand on a eu faim et fouillé dans les poubelles. Mais faut regarder devant toi et avancer. Arrête de t'apitoyer sur toi. T'es une crapule ? Tu le penses ? Oui ? Non... t'hésites un peu. Allez, loue une bagnole et prends le large.
C'est comme ça qu'Alan Macklin à naviguer d'El Paso à New York, de Santa Barbara à Pittsburg, et qu'il a rencontré Irma (mince encore un A) ou encore ce vieux prêtre (lui pour le coup, il l'était ...vieux) et quantité de gens, souvent peu reluisants, mais parfois aussi surprenants.
Pose ton livre, Mack. Lis ce poème et dis moi ce que tu en penses ? Exact, c'est Sylvia qui l'a écrit. Ah ! Je vois que Monsieur commence à trouver la chose intéressante...
Moi aussi. J'ai trouvé ce roman fort intéressant. de bout en bout je me suis demandée si t'allais le faire... oui, ton rapport. Bon je file, je ne te dis pas la fin, tu la découvriras bien assez tôt. Si c'est une fin heureuse ? Ben c'est toi le détective. Fais ton boulot et tu sauras qui est Sylvia. Bonne route !
« Nous cherchons tous le sens caché des choses et comment pourrait-on y parvenir sans avoir recours à son imagination, à ses rêves et à de folles hypothèses ? »
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fannyvincent
  11 septembre 2018
Los Angeles, 1958. Un privé, Alan Macklin (il se décrit de la façon suivante : « Taille : un mètre soixante-dix-huit ; cheveux bruns, yeux marron, je ne suis ni plus laid ni mieux qu'un autre.»), est engagé par un riche homme d'affaires pour creuser le passé de Sylvia West, la femme qu'il doit très prochainement épouser. Une condition cependant : Que Macklin ne rencontre pas Sylvia au cours de son enquête …
La trame de base de ce roman, initialement publié en 1960, semble assez classique. Voici pourtant un superbe récit, demeurant d'ailleurs particulièrement moderne, à la fois roman policier, roman social noir, histoire d'amour, et superbe portrait de femme. Pour les besoins de son enquête, Macklin va successivement interroger différentes personnes ayant croisé à un moment donné la route de Sylvia, permettant de retracer progressivement le tortueux parcours de cette jeune femme qui ne laisse personne indifférent, envoutante, presque irrésistible. Difficile de ne pas succomber à son charme, même en tant que lecteur…
Un récit brillant et captivant pour cette enquête qui nous donne à voir l'envers du décor de cette Amérique post- seconde guerre mondiale qui fait tant rêver certains d'entre nous. Formidable roman qui m'a beaucoup fait penser à la série des Lew Archer écrite par Ross Macdonald
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GabySensei
  15 novembre 2012
Attention chef-d'oeuvre!
Un riche millionnaire doit bientôt épouser une femme beaucoup plus jeune que lui: Sylvia. Mais peu de temps avant le mariage il s'aperçoit qu'elle lui a menti sur beaucoup de choses et il ne sait plus si elle l'aime vraiment ou si elle en veut à son argent. Il embauche donc un détective pour enquêter et découvrir qui elle est vraiment.
Pour ne pas soumettre le détective à la tentation et comme il n'est pas très romantique d'enquêter sur sa promise, le privé a interdiction de rencontrer la belle. Cela ne lui facilite pas la tâche, d'autant que Sylvia a de bonnes raisons de cacher qui elle est en réalité.
Un très grand classique du roman policier qui mêle habilement suspense et romance.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
namelessnameless   17 janvier 2018
Voyez-vous, comme à beaucoup de gens, la saleté de mon enfance m'a donné le culte de la propreté. Il existe un vieux dicton à Pittsburgh : "Les pauvres sont sales parce qu'ils hésitent toujours entre un morceau de pain et un morceau de savon".
P. 78
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AmbagesAmbages   17 juin 2017
De retour dans mon hôtel, je suis allé prendre un verre au bar et bavarder avec le barman. D'après mon expérience – toutefois limitée – les barmans ne sont ni intelligents, ni spirituels, et ne sont pas à la hauteur de la réputation qu'on leur fait ; mais ils président le club des solitaires de la terre et apaisent cette soif plus que toute autre ardente d'entendre une voix humaine s'adresser à vous.
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JoedeCarcJoedeCarc   14 mai 2018
- Tu as faim coco ? demanda t-elle
- Oui très faim, murmurai-je en suivant le maître d'hôtel vers notre table.
Au moins, à côté de Madame Argona on ne passait pas inaperçu. Toutes les têtes se retournèrent sur notre passage. Mais Madame Argona n'en fut pas pour autant ni émue ni troublée. Elle traversa la salle avec superbe, comme si elle lui appartenait, eut un sourire bienveillant pour le garçon qui glissait une chaise sous son énorme masse. Je dus reconnaître dans mon for intérieur qu'elle avait gagné le premier round. Il se peut qu'elle ait paru originale, mais je ne crois pas qu'il se soit trouvé personne ce soir-là qui l'ait jugée insignifiante. Elle se pencha vers moi et me dit d'une voix douce :
- Tu vois mon petit, je ne suis qu'une pauvre vieille cloche. Il y a plus de dix ans qu'on ne m'a pas invitée à dîner dans un endroit comme celui-ci. Je ne connais pas tes intentions, mais quelles qu'elles soient, j'ai décidé de bien m'amuser.
J'eus un geste d'approbation.
- Tu as l'air gentil, ajouta t-elle. Allons, laisse toi vivre un peu.
- C'est ce que je fais.
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AmbagesAmbages   14 juin 2017
- Est-ce si difficile de s'en apercevoir, Mack ? Vous êtes amoureux, mais pas d'une manière saine, comme pour la plupart des gens. Non, chez vous c'est une maladie de l'âme.
- Et qui est-ce que j'aime, Irma ?
- Sylvia, me répondit-elle. Et je m'en suis aperçu, la première fois que vous avez prononcé son nom.
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namelessnameless   18 janvier 2018
Samuel Johnson a dit - je ne sais où ni dans quels termes - qu'il fallait être un âne pour écrire dans un autre but que l'argent.
P. 206
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