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EAN : 9782879296395
167 pages
Éditeur : Editions de l'Olivier (16/04/2009)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 11 notes)
Résumé :

" Dès la première entrevue, Madame Flora voulut que je nomme les ennemis que j'avais pu me faire. Or j'avais beau ne pas croire qu'un sorcier ait pu poser des charmes susceptibles de me rendre malade, j'avais beau ne pas croire que nommer soit tuer, je fus dans une totale impossibilité de lui livrer aucun nom. Chaque fois qu'elle me pressa de le faire, en frappant la table de ses cannes, j'eus l'esprit aussi vide qu'un analysant sommé ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Sodapop_Curtis
  12 février 2018
Le désorcèlement d'exploitations agricoles envisagé comme thérapie familiale. Très intéressant sur ce qu'il révèle des dynamiques au sein d'un couple d'exploitants, de la place des épouses dans les années 1970 en Normandie, et plus particulièrement du travail de care qu'elles fournissent dans le cadre de cette "crise" à surmonter. La chercheuse évite tout jugement de valeur et quand elle raconte l'effroi que lui inspire la désorceleuse locale Madame Flora sa candeur est touchante.
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CelieA
  25 mai 2016
Une enquête sur la sorcellerie en Normandie et particulièrement sur le désorcellement. Très intéressant et pédagogique sur ce qu'est la culture populaire et la thérapie.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Sodapop_CurtisSodapop_Curtis   12 février 2018
On ne s’étonnera pas de voir l’épouse se métamorphoser très vite : peurs et inhibitions s’évanouissent, elle se met à déployer une énergie prodigieuse, à se passionner, à faire preuve d’invention. Au bout de quelques semaines, on pourrait même dire qu’elle est ensorcelée, si la pensée sorcellaire n’interdisait de l’envisager isolément, comme un individu : elle ne craint pas d’accuser tels ou telles, de les dénoncer dans les prières de protection magique, de les tuer en pensée, de les fixer d’un regard terrible si elle les rencontre, de leur « saler leur cul » s’ils entrent à la ferme. Et, par glissement, elle acquiert une assurance nouvelle dans la gestion de ses relations ordinaires, dans la résolution des difficultés quotidiennes.

Débute alors une autre étape, la plus longue, celle du travail thérapeutique invisible de l’épouse, à domicile, sur la personne de son mari. Car dès qu’elle commence à être dynamisée, elle entreprend de dynamiser son chef d’exploitation, soutenue par les visites et les commentaires du désorceleur. En appliquant les prescriptions de celui-ci avec enthousiasme et en en recueillant des bénéfice visibles, elle est pour son mari un modèle vivant du succès thérapeutique ; en se préoccupant constamment de le familiariser avec la violence indirecte, en cherchant par mille moyens à lui faire accepter, elle finit par déjouer ses préventions et par l’entraîner dans les comportements voulus par le désorceleur. Au bout de quelques mois, voici que le mari prend plaisir à collecter lui-même les ingrédients magiques, à prononcer les prières de défense agressive, à espionner la famille sorcière et à la provoquer du regard en silence…

De cette activité thérapeutique de son épouse, le mari évidemment, ne voit rien car, une fois encore, elle ne fait que se tenir dans les attributions et les compétences ordinaires des femmes : soigner et soutenir les membres de la famille, chercher la meilleure façon de leur faire accepter ce qui leur fera du bien. D’ailleurs, dès que l’exploitation et la famille seront sorties du cycle des malheurs répétés, les rapports traditionnels entre les exes redeviendront ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être, et le rôle déterminant de la femme dans le désorcèlement tombera dans l’oubli : quel que soit le sexe du locuteur, les allusions à l’époque de la cure traiteront le couple comme un tout indivis (« On en a mis un coup », « On a fait tout ce qu’il y avait à faire »).

La thérapie sorcellaire opère donc en deux étapes : dans un premier temps, elle guérit la femme de façon directe - car celle-ci reprend immédiatement à son compte les schèmes d’action proposés par le désorceleur et elle en tire un profit immédiat ; dans un second temps, la cure guérit le mari, grâce au travail de l’épouse.

Un mot sur ce que révèle le désorcèlement de la place des femmes dans les exploitations. Dans les exploitations non ensorcelées, celles où tout va bien, l’épouse n’est pas chef d’exploitation avec son mari : elle est une aide familiale ou une possession, pourvue au titre prestigieux mais illusoire de « patronne ». Pourtant, si l’exploitation connaît une crise, elle est y prise avec lui. Et si le chef d’exploitation est incapable de faire face, elle ne peut pas se substituer à lui, devenir par exemple chef d’exploitation intérimaire. L’exemple du désorcèlement montre qu’elle peut tout au plus le soigner, travailler à le rétablir. Elle dépense une intense énergie pour dégager des forces, mais au profit de l’exploitation - identifiée à son chef. Le travail thérapeutique de l’épouse d’exploitant - travail invisible aux intéressés eux-mêmes - relève donc de sa participation normale et nécessaire à la production domestique, il constitue une aide familiale au sens littéral du terme.
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rkhettaouirkhettaoui   05 mars 2017
Les relations sociales sont un tel luxe qu’on réfléchit à deux fois avant de les rompre : les multiples occasions de conflits familiaux sont neutralisées autant que possible, les relations de voisinage et d’entraide sont strictement réglementées. D’une façon générale, l’agressivité ouverte est prohibée : un enfant violent est vite déclaré fou et adressé en consultation à l’hôpital psychiatrique ; un homme n’a le droit de se battre que s’il est ivre ; pour une femme, la question ne se pose même pas.
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Sodapop_CurtisSodapop_Curtis   11 février 2018
Quand une ferme et ses habitants connaissent une crise grave, l'une des réponses possibles est la sorcellerie. Il est communément admis (du moins en privé, car en public on le désavoue) d'invoquer les "sorts" pour expliquer une catégorie particulière de malheurs, ceux qui se répètent sans raison dans une exploitation : les bêtes et les gens deviennent stériles, tombent malades ou meurent, les vaches avortent ou tarissent, les végétaux pourrissent ou sèchent, les bâtiments brûlent ou s'effondrent, les machines se détraquent, le ventes ratent... Les fermiers ont beau recourir aux spécialistes - médecin, vétérinaire, mécanicien... -, ceux-ci déclarent n'y rien comprendre.

Tous ces malheurs sont considérés comme une perte de "force" pour le chef d'exploitation et de famille. C'est à lui seul que s'adresse l'annonce rituelle de l'état d'ensorcellement - "N'y en aurait-il pas, par hasard, qui te voudraient du mal ?"-, c'est lui qu'on dit ensorcelé, même s'il ne souffre personnellement de rien. Vaches, betteraves, tracteurs, enfants, porcheries, épouses et jardins ne sont jamais atteints pour eux-mêmes, mais pour leur relation au chef d'exploitation et de famille, parce que ce sont ses cultures, ses bêtes, ses machines, sa famille. Bref, ses possessions.
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rkhettaouirkhettaoui   05 mars 2017
Quand une ferme et ses habitants connaissent une crise grave, l’une des réponses possibles est la sorcellerie. Il est communément admis (du moins en privé, car en public on le désavoue) d’invoquer les « sorts » pour expliquer une catégorie particulière de malheurs, ceux qui se répètent sans raison dans une exploitation : les bêtes et les gens deviennent stériles, tombent malades ou meurent, les vaches avortent ou tarissent, les végétaux pourrissent ou sèchent, les bâtiments brûlent ou s’effondrent, les machines se détraquent, les ventes ratent… Les fermiers ont beau recourir aux spécialistes – médecin, vétérinaire, mécanicien… –, ceux-ci déclarent n’y rien comprendre.
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rkhettaouirkhettaoui   05 mars 2017
Plusieurs ensorcelés avaient commencé à se confier à moi, et leurs propos me plongeaient parfois dans un état de peur difficilement maîtrisable. Car le thème central des affaires de sorcellerie, la matière qu’elles traitent, c’est la lutte à mort de couples ennemis : sorcier et ensorcelé, désorceleur et sorcier. Ces luttes ont beau n’être que métaphoriques, elles produisent presque toujours des effets réels. Parmi lesquels, aussi, la mort réelle. Or, quand des ensorcelés me racontaient leur histoire, ce n’était jamais parce que j’étais ethnographe, mais parce qu’ils avaient pensé que j’étais « prise », comme eux, dans « les sorts ».
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