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Firebrand books (30/11/-1)
4.84/5   32 notes
Résumé :
Woman or man? This internationally acclaimed novel looks at the world through the eyes of Jess Goldberg, a masculine girl growing up in the "Ozzie and Harriet" McCarthy era and coming out as a young butch lesbian in the pre-Stonewall gay drag bars of a blue-collar town. Stone Butch Blues traces a propulsive journey, powerfully evoking history and politics while portraying an extraordinary protagonist full of longing, vulnerability, and working-class grit. This once-... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique

Un monument littéraire... Une claque au visage... Un bouleversement qui me secoue encore des pieds à la tête...

Leslie Feinberg a réussi à mettre dans son livre (paru initialement en anglais 1993 et admirablement traduit par des volontaires en 2018) tout ce qu'elle est en tant que personne. Voici donc un roman antiraciste, prolétaire, LGBT, féministe, révolutionnaire et communiste. Un roman de luttes sociales, qui nous emmène dans les couloirs glacants des usines des années 1950 aux Etats unis, un roman de luttes pour nos droits d'être différent•e•s qui nous fait frissonner de voir le parcours de LGBT à la même époque... Enfin, un roman que j'ai lu comme un voyage en moi-même, un roman qui me fait réfléchir à mes privileges de blanches, mais aussi de lesbienne au 21e siècle, là où les luttes ont déjà été menées... Tout en me rappelant fort que certaines luttes sont encore à venir et que le courage de celles/ceux qui nous ont précédé ne doit pas être oublié. Un roman qui appelle à la communauté et à ces liens, dans une période pénible comme celle qu'on vit actuellement, qui nous permettent "de tenir ensemble et de survivre à la violence de ce monde". Un roman à lire sans hésiter si l'on s'intéresse à la politique, au syndicalisme, aux questions de genre et de sexualité, mais aussi simplement si on est amateur ou amatrice de livre poignant où l'amour, la solidarité et l'amitié ne sont pas édulcorés sous des couches de platitude et de fadasserie. Petit coup de coeur également pour les nombreuses notes en bas de pages qui se proposent de recontextualiser le contexte historique de plusieurs événements et qui nous permet ainsi de traverser près de 50 ans d'histoire américaine.

Une de mes plus belles et fortes découvertes de ces dernières années.

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Stone Butch Blues est resté dans ma liste à lire quelques années avant que je franchisse le cap. C'est une citation d'elle en exergue d'un recueil d'Andrea Gibson qui m'a donné envie de finalement me lancer dans cette lecture. Ça m'a semblé significatif de mener ces deux lectures en parallèle, l'une suivant un personnage qui s'interroge tout au long du roman sur son genre, l'autre étant un-e poéte-sse non-binaire.

Je m'attendais à ce que Stone Butch Blues parle de communauté LGBTQI, mais avant de m'y plonger je ne savais pas que ça abordait aussi le racisme, la condition ouvrière et l'engagement syndical, et j'ai trouvé très intéressant de voir toutes ces questions soulevées (même si elles ne sont pas toujours toutes exploitées à fond). Mon autre surprise, ça a été la part belle accordée aux amitiés du personnage principal. Jess passe beaucoup de temps à regretter d'anciennes amantes, mais au fond l'amour qu'elle porte à ses ami-e-s prend tout autant de place, sinon plus. La force des liens qu'elle tisse avec certain-es au cours de sa vie, et la façon dont toutes ces personnes font communauté et prennent soin les unes des autres pour survivre ensemble m'ont bouleversée. Sa rencontre avec Ruth surtout, dans le dernier tiers du roman, m'a bien fait monter les larmes au yeux. de manière générale, malgré la violence, l'écrasant sentiment de solitude et/ou la tristesse de certains passages, ce qui m'a peut-être le plus marquée dans cette lecture c'est la tendresse, et comment elle peut être nourrie et cultivée dans l'amour que l'on porte à ses proches et dans son engagement militant. Andrea Gibson écrit : "I decided I was too soft to last/And then I decided to be even softer".

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Dans sa postface, l'autrice dit "j'ai écrit ça, non pas comme une expression artistique individuelle "élitiste", mais comme un tract imprimé par un•e syndicaliste prolétaire - comme un appel à l'action."

Ce roman est bouleversant, je ne sais pas comment le décrire tellement c'était beau... Incontestablement ma meilleure lecture de cette année.

Ce récit raconte la vie d'une femme butch dans les années 50-70 aux États-Unis. Entre les personnages, la solidarité se développe naturellement, parce qu'elle est vitale pour faire face au monde transphobe et tellement injuste qu'ils devront affronter.

La révolte est le sentiment qui prédomine au début du livre. S'en suivent des questionnements essentiels sur l'identité et le genre, pour finir par de l'espoir et de la nostalgie.

Ce récit individuel est très ancré dans son époque. C'est l'occasion pour l'autrice de revenir sur les principaux combats qui ont marqué cette période aux États-Unis.

TW : Au début du livre, il y a des descriptions de scènes extrêmement violentes (qui m'ont littéralement données la nausée). Cette violence n'est pas gratuite mais elle est à signaler.

"- Je ne saurais pas dire si c'est l'aube ou le crépuscule que tu as peint.

Elle a souri en regardant le plafond.

- Aucun des deux. Les deux. Est-ce que ça te perturbe ?

J'ai hoché la tête doucement.

- Ouais, c'est bizarre, mais d'une certaine manière ça me perturbe.

- Je m'y attendais. C'est une partie de moi que je dois apprendre à accepter. J'ai pensé que peut-être toi aussi tu avais besoin de faire ça. [...] Ça ne sera jamais le jour ou la nuit, Jess. Ça restera toujours ce moment de possibilités infinies qui les relie."

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Ce roman inspiré de la vie de l'autrice est un bijou. Il raconte la vie de Jess, dont le corps et le comportement ne conviennent jamais à l'entourage, qui n'arrive pas à l'assigner, la faire coller aux normes.

Elle est d'abord une femme lesbienne butch, puis un homme trans qui prend des hormones pour sortir de la violence par un passing, puis qui arrête les hormones pour redevenir un il•elle, assez indéfini pour être repérable et vulnérable.

Cet itinéraire particulier permet de montrer tous les enjeux et questionnements autour du genre, de façon très pratique, prosaïque : quelles toilettes utiliser ? (Une question récurrente) Comment aller à l'hôpital avec des papiers que les soignants croiront faussés ? Parvient-on à se laisser toucher ou non pendant l'amour ?

Le personnage principal est incroyablement attachant. Il subit des violences psychiques, physiques, raconte les violences policières et les descentes de police en bars et boîtes de nuit lgbt+, et malgré tout ce qu'il subit il garde un regard plein de tendresse voire de candeur sur le monde. Il est ouvert à la rencontre et en fait de merveilleuses, relatant son parcours amical et amoureux avec grande beauté.

Mais ce n'est pas tout. Ce livre est un roman de luttes, dans lequel l'autrice a mis toutes ses tripes. Dans un cadre de vie prolétaire dans les années 50-70, elle narre les luttes syndicales, féministes, antiracistes, LGBT+... sans oublier de montrer les divergences au sein de sa propre communauté. C'est un roman intelligent et sensible, qui m'a fait réfléchir et m'a énormément touchée.

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Leslie Freinberg nous emmène dans la ville de Buffalo dans les années 50, dans la peau de Jess, un/e il/elle qui se débat pour comprendre qui elle est et comment survivre, dans une Amérique profondément homophobe et transphobe.

On y rencontre la communauté butch/fem, les violences policières, les luttes syndicalistes ouvrières, antiracistes, féministes, LGBT...

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Citations et extraits (79) Voir plus Ajouter une citation

Je n'ai pas voulu être différente. Je désirais être exactement ce que les grandes personnes voulaient que je sois, pour qu'elles m'aiment. Je suivais toutes leurs règles en faisant de mon mieux pour leur plaire. Mais il y avait quelque chose chez moi qui leur faisait froncer les sourcils et se renfrogner. Personne n'a jamais mis de mots sur ce qui n'allait pas. C'est pour ça que j'ai eu peur que ce soit vraiment grave. J'ai seulement appris à en reconnaître la mélodie à travers cet incessant refrain :

- C'est un garçon ou une fille ?

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Puis mes lèvres ont effleuré sa poitrine et un bruit s’est échappé de sa gorge. On s’est dévisagées l’une l’autre, ébahies. Elle avait un regard fixe, angoissé, comme un chevreuil dans la lumière d’une lampe torche. C’est là que j’ai compris que le sexe était quelque chose de très puissant.

Angie m’a saisie par les cheveux et a lentement tiré ma tête en arrière. Elle a approché sa bouche de la mienne, jusqu’à ce que je puisse sentir la chaleur de son souffle. Un gémissement s’est échappé de ma gorge. Angie a souri. Elle a ramené ma tête encore plus en arrière et elle a doucement fait glisser ses ongles le long de mon cou. J’ai senti une douleur de la taille jusqu’aux genoux.

Elle m’a embrassée à pleine bouche. J’avais toujours trouvé dégoutante l’idée que les adultes se lèchent la langue. J’en étais venue à penser que ce n’était sans doute pas vraiment ça qui se passait quand deux personnes s’embrassaient. Mais ce que faisait maintenant la langue d’Angie à la mienne a enflammé tout mon corps. J’ai attiré sa langue avec la mienne pour en avoir plus

Ed et moi on s’est retournées et on s’est regardées pendant un quart de seconde. C’était drôle, parce que c’était comme si on avait eu plein de temps pour se consulter. Les vieilles bulls m’avaient dit qu’il y avait des fois où c’était mieux de prendre ta raclée et d’espérer que les flics te laisseraient par terre quand ils en auraient fini avec toi. D’autres fois, ta vie ou ta santé mentale pouvaient être en danger alors il valait mieux essayer de riposter. C’était toujours une décision difficile.

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- Corbeau, t'es un garçon ou une fille ?

- Croa, croa

J'ai rigolé et je me suis allongée sur le dos. Le ciel était d'un bleu profond. Je m'imaginais que j'étais couchée sur des nuages de coton blanc. La terre était humide dans mon dos. Le soleil était chaud, l'air était doux. Je me sentais heureuse. La nature me serrait contre elle et semblait ne me trouver aucun défaut.

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Je ne dis pas qu'on verra une sorte de paradis de notre vivant. Mais le simple fait de se battre pour le changement, ça nous rend plus fort. Tu te demandes déjà si le monde peut changer. Essaie d'imaginer un monde dans lequel ça vaudrait le coup de vivre et demande-toi ensuite si ça ne vaut pas la peine de se battre pour ça...

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La dernière fois que les flics l’avaient tabassée, elle avait failli en mourir. Jan avait entendu dire que Rocco avait pris des hormones et s’était fait opérer de la poitrine. Maintenant, elle travaillait comme un homme dans une équipe de construction. Jan disait que Rocco n’était pas la seule il-elle à avoir fait ça. C’était une histoire fantastique. Je n’y ai cru qu’à moitié mais elle m’a obsédé pendant longtemps. Peu importe à quel point ça pouvait être dur d’être une il-elle, je me suis demandé quel genre de courage il fallait pour quitter ainsi le sexe que tu avais toujours connu, et oser vivre aussi seule.

J’avais envie de connaitre Rocco. J’avais des tonnes de questions à lui poser. J’avais envie de voir le monde à travers ses yeux. Mais par-dessus tout, j’espérais qu’elle était différente de moi. Je craignais de voir mon reflet en elle.

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