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EAN : 9782072942525
544 pages
Gallimard (17/08/2023)
4.21/5   854 notes
Résumé :
Engagée avec ferveur dans la lutte antibraconnage, la ranger Solanah Betwase a la triste habitude de côtoyer des cadavres et des corps d'animaux mutilés. Aussi, lorsqu'un jeune homme est retrouvé mort en plein coeur de Wild Bunch, une réserve animalière à la frontière namibienne, elle sait que son enquête va lui donner du fil à retordre. D'autant que John Latham, le propriétaire de la réserve, se révèle vite être un personnage complexe. Ami ou ennemi ? Solanah va de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (194) Voir plus Ajouter une critique
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°°° Rentrée littéraire 2023 #3 °°°

Après l'Afrique du Sud ( Zulu ), l'Argentine ( Mapuche ), le Chili ( Condor ), la Nouvelle-Zélande ( Haka ) ou encore la Sibérie ( Lëd ), l'écrivain baroudeur Caryl Férey pose ses valises au coeur du KAZA, la zone de conservation transfrontalière Kavango-Zambèze créée en 2011 par l'Angola, la Namibie, le Botswana, la Zambie et le Zimbabwe pour développer le tourisme tout en préservant les espèces animales vivant dans les bassins des fleuves Okavango et Zambèze.

« D'étranges rumeurs couraient sur Wild Bunch ; elles disaient que des hommes s'y transformaient la nuit, que les empreintes de leurs pas disparaissaient soudain du sol, qu'ils devenaient des lions, ou léopards, qu'ils tuaient au hasard ceux qui s'aventuraient sur leur territoire, qu'on retrouvait des cadavres lacérés au-delà des clôtures électrifiées, à demi dévorés. »

Ainsi démarre cet excellentissime polar.
Wild Bunch, c'est la plus grande réserve privée du KAZA, 80.000 hectares en Namibie voués au tourisme animalier et à la chasse encadrée dite sportive. C'est là qu'un cadavre est retrouvé, là que le chef de la KAZA dépêche la lieutenante Solanah Betwase, ranger botswanaise dirigeant une brigade antibraconnage, pour mener l'enquête.

Dès les premières pages, on est immédiatement transporté par la puissance des personnages, incroyablement bien caractérisés. Tout particulièrement le formidable duo John Latham - N/Kon, deux êtres complexes et ambiguës comme je les aime : le propriétaire blanc de Wild Bunch, un sud-africain misanthrope vivant en vase clos égalitaire avec les San ( autrefois appelés Bochiman ) qu'il emploie; et son homme de confiance San dont on devine la force des liens mais aussi les mystères qui font qu'on ne sait s'ils sauront des alliés ou pas de l'enquêtrice, une vraie badass qui décoiffe dans ce milieu très masculin, animée par la foi en son métier, quasi un sacerdoce.

L'avancée de l'intrigue répond brillamment aux attentes de l'amateur de polar avec une montée en tension narrative qui culmine dans les cinquante dernières pages d'action pure aussi jubilatoires que déchirantes. On sent Caryl Férey tout particulièrement habité par ce qu'il raconte, questionnant intensément les sentiments humains d'amour, de culpabilité et de rédemption tout en explorant les tragédies présentes et passées.
L'arrière-plan historico-contemporain est ainsi mis en avant avec rage mais sans pesanteur : l'héritage de la colonisation et des guerres civiles, notamment celle d'Angola ( 1975-2002 ) qui dans le contexte de guerre froide a opposé les deux principaux mouvements de libération, l'un soutenu par les Etats-Unis et l'Afrique du Sud, l'autre par le bloc communiste. On est souvent révolté à la découverte du sort des populations autochtones, expropriées, vivant dans des bidonvilles comme des citoyens de seconde zone.

Okavango est un roman engagé, aux côtés des hommes qui subissent le joug des puissants, mais aussi aux côtés des animaux. Caryl Férey dresse un tableau complet du braconnage moderne et du business florissant de ce trafic mondial – cornes, dents et griffes, ivoire entre autres - qui profite aux groupes armés y compris terroristes, avec Hong-Kong comme plaque tournante.

Au-delà de sa maitrise totale du genre polar, ce qui place Okavango très au-dessus du lot, c'est la place que l'auteur offre aux animaux. Eléphants, lions, rhinocéros, guépards participent pleinement à l'intrigue, au même titre que les personnages humains, et pas seulement en tant que victimes en sursis des braconniers. Dans des scènes marquantes, ils reprennent leurs droits.

Un polar grand cru de Caryl Férey, grande classe, hymne à la beauté du monde sauvage menacée par la folie des hommes. Coup de coeur assurément !


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Okavango, un thriller haletant qui se déroule dans ces contrées peu explorées d'Afrique australe, possède tous les atouts pour une adaptation au cinéma. Un cadre paradisiaque au coeur des réserves africaines où se révèle toute la beauté du monde sauvage mais cette faune sauvage africaine est l'objet de toutes les convoitises et la proie de tous les trafics.
L'Okavango est un fleuve qui prend sa source en Angola central, avant de traverser la Namibie pour atteindre le Botswana. Il a la particularité de ne jamais rejoindre l'océan, il est le seul fleuve au monde à se jeter dans la terre, son cours s'achève par un vaste delta dans le désert du Kalahari.
Roman policier, mais également roman d'amour, car si l'intrigue haletante est sur fond de massacres et trafics d'animaux sauvages, de belles histoires d'amour nous sont contées, la plus belle étant celle que porte Caryl Férey, par le biais de certains de ses personnages, aux animaux et à la nature dans son intégralité.
Okavango s'ouvre sur la découverte du corps sans vie d'un jeune pisteur, en plein coeur de Wild Bunch, une immense réserve animalière à la frontière namibienne. C'est la ranger Solanah Betwase engagée avec ferveur dans la lutte anti-braconnage qui va mener l'enquête, une enquête très difficile, d'autant que John Latham, le propriétaire de la réserve est un personnage ambigu et plutôt misanthrope… de plus, un autre homme dit « le scorpion », un vrai méchant, va bientôt faire surface, un mercenaire recyclé dans le braconnage, le chef de la mafia locale, le pire braconnier du continent. L'aide de Seth, jeune équipier Khoï de Solanah et de Priti, cette jeune San, sera bien utile à Solanah pour dénouer l'intrigue, mais sera-t-elle suffisante ?
Une magnifique couverture et une carte proposée dans les premières pages permettant de situer l'intrigue, mettent le lecteur dans de bonnes conditions de lecture.
J'ai été sidérée par cette intrigue diaboliquement ficelée, émerveillée par la beauté de ce monde sauvage mais effrayée et carrément stupéfaite en apprenant les ravages qu'on lui inflige.
J'étais assez loin de me douter des atrocités que l'homme était capable de faire subir aux animaux et d'apprendre que plus ils sont menacés d'extinction et plus ils prennent de la valeur.
C'est toute la logique capitaliste ! Ainsi cette corne de rhinocéros utilisée dans la médecine traditionnelle asiatique et qui peut atteindre des valeurs faramineuses à la bourse de Hong Kong car, censée doper la libido de celui qui en mange. Quand on sait qu'elle est composée de macronutriments que l'on retrouve tout simplement dans nos cheveux et dans nos ongles, on aimerait pouvoir en rire… Mais des braconniers opèrent, manipulés par des trafiquants intouchables.
J'ai beaucoup appris sur ces Khoï, peuple pastoral et ces San, chasseurs-cueilleurs, reconnus pour leur langue qui comporte des clics, en fait des claquements de langue, longtemps discriminés et chassés par les colons néerlandais puis britanniques, qui montrent qu'un autre rapport au monde est possible, vivre en harmonie avec son biotope.
Le charme du bouquin vient également de la richesse et de la complexité des personnages.
Les personnages féminins sont magnifiques. Comment ne pas être admiratif devant cette ranger Solanah, cette femme mal dans sa peau, mal dans son couple, qui se bat pour son autonomie. Elle porte tellement de choses qu'elle se voit plus grosse que ce qu'elle n'est et il est particulièrement intéressant et plaisant de la voir peu à peu se débarrasser de tout ça.
Quant à Priti, ce petit bout de femme San, je vous laisse découvrir son énergie, sa roublardise et toute la luminosité qu'elle apporte au polar. Solanah, Priti : deux femmes puissantes !
Impossible de terminer sans évoquer ces scènes terribles de cruauté ou d'entraide envers les animaux que Caryl Férey, rencontré aux Correspondances de Manosque 2023, nous décrit mieux que n'importe quel cinéaste ne pourrait nous les montrer !
Il est dur de constater que le rapport aux animaux sauvages et aux braconniers est symbolique de l'état de notre planète et que seuls quelques échos fugitifs dans les médias relaient ces informations.
On ne peut que souhaiter, s'il n'est déjà pas trop tard, que ce thriller Okavango de Caryl Férey fasse considérer le monde d'une autre manière, que l'on comprenne que la liberté de ces animaux sauvages est en réalité aussi la nôtre, s'en prendre à la leur, c'est s'en prendre à la nôtre !
Comme les précédents ouvrages de Caryl Férey, Okavango encore peut-être davantage, si cela est possible, a été un véritable coup de coeur !
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Rentrée littéraire 2023.

Être en train de lire le dernier roman de Caryl Férey, Okavango, et me retrouver devant l'auteur intervenant pendant les Correspondances de Manosque, ce fut un moment privilégié, émouvant et très instructif à la fois.
Après Mapuche, Zulu, Condor, Paz, Lëd et Norilsk, me voilà à nouveau captivé par l'écriture de Caryl Férey. Non seulement, il fait preuve d'imagination, sait ménager le suspense, intriguer, émouvoir aussi mais, en plus, il nous rappelle le drame de la disparition des animaux sauvages dans cette Afrique qui fut le berceau de notre humanité.
Autour de John Latham et Solanah Betwase, il bâtit une histoire passionnante qui se passe principalement en Namibie en y incluant la KaZa (Conservation transfrontalière du Kavango-Zambèze). Cinq pays sont concernés : l'Angola, la Namibie, le Bostwana, le Zimbabwe et la Zambie et cela devrait protéger la faune sauvage tout en favorisant le tourisme…
Quand débute Okavango, du nom de ce fleuve qui se termine par un delta sans se jeter dans une mer ou un océan mais dans le désert du Kalahari, je suis dans la réserve Wild Bunch appartenant à John Latham dont le passé sera révélé au fil des pages.
En Afrique australe où, depuis le milieu du XXe siècle, quand ont été créées les premières réserves, le braconnage n'a pas cessé, bien au contraire. Les rhinocéros et les éléphants en sont les premières victimes pour le commerce de l'ivoire mais lions, panthères, guépards et bien d'autres ne sont pas épargnés pour… le plaisir d'afficher un tableau de chasse qui devrait faire honte à leurs auteurs.
Comme nous l'affirme avec humour Caryl Férey, les Asiatiques, principalement, sont persuadés que la corne de rhinocéros peut raffermir leur virilité alors que ces cornes sont constituées de kératine que l'on trouve tout simplement dans nos ongles, nos cheveux…
Tout en suivant le travail de Solanah, ranger à Kundu, l'auteur distille quantité d'informations sur la vie des peuples San ou Bochimans, Khoï (hommes du désert) et autres ethnies, des gens vivant dans la misère et prêts à tout pour gagner un peu d'argent. Ils sont une proie facile pour les trafiquants comme ce Rainer du Plessis et ses sbires qui s'enrichissent honteusement tout en détruisant la vie en Afrique australe.
Il se trouve que le corps d'un jeune Ovambo vient d'être découvert à Wild Bunch. Cela déclenche aussitôt une enquête de la part des rangers de Rundu et c'est Solanah qui s'en occupe Elle vient au lodge interroger N/Kon, l'intendant de John, pas bavard. Justement, John Latham est là et ne laisse pas Solanah insensible. Ici, Caryl Férey, comme à son habitude, livre des descriptions claires, détaillées, précises.
Pour préserver sa réserve du braconnage, John a fait installer un système de vidéo surveillance sophistiqué mais, bizarrement, il semble y avoir quelques lacunes. Les rapports compliqués entre les divers protagonistes de l'histoire et les malheurs causés aux animaux par la concupiscence des hommes et leur goût immodéré pour les plaisirs factices causent beaucoup de péripéties.
Cette lecture addictive d'Okavango me mène de surprise en coup de théâtre, de révélations surprenantes en scènes d'amour relaxantes mais je n'oublie pas les trafiquants, ce fameux Scorpion qui tire les ficelles sans le moindre scrupule, sans aucun respect pour la vie, animale ou humaine.
Okavango est vraiment un magnifique roman qui va bien au-delà du thriller car il comporte une part importante destinée à ouvrir les consciences grâce aux précisions détaillées données par l'auteur. C'est intense, prenant, palpitant comme cette scène émouvante de l'accouchement du bébé rhinocéros avec l'aide de John !
Caryl Férey apporte aussi d'intéressantes précisions sur la réalité de la vie agricole en Namibie, les rapports entre les éleveurs et les animaux sauvages – tiens, cela me fait penser à quelques polémiques qui agitent régulièrement l'actualité de nos régions… Il souligne aussi le rôle de l'Afrique du Sud de l'apartheid dans ces pays d'Afrique australe. Il offre même une visite intéressante de Windhoek, la capitale de la Namibie.
Pour vivre au plus près de la nature, des moeurs des animaux sauvages, partager aussi la vie des gens qui peuplent depuis longtemps ces contrées et surtout, vibrer jusqu'à la dernière ligne d'un final palpitant : lisez Okavango !

Lien : https://notre-jardin-des-liv..
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Qu'on vienne encore nous dire qu'il n'y a que les femmes qui sont capables de multitasking ! Avec « Okavango », Caryl Férey tient non seulement le lecteur en haleine avec un polar qui prend aux tripes, mais il l'invite également au voyage, tout en donnant vie au monde sauvage et en dénonçant le braconnage et le sort réservé aux populations autochtones. Et pour couronner le tout, il transforme l'essai en coup de coeur !

Avec « Okavango », le lecteur embarque immédiatement pour les terres sauvages d'Afrique, au coeur d'un immense territoire comprenant cinq pays: l'Angola, la Zambie, le Zimbabwe, la Namibie et le Botswana. Tout débute par la découverte du corps d'un jeune pisteur dans la réserve hyper-sécurisée d'un riche misanthrope qui se retrouve très vite dans la ligne de mire de la ranger botswanaise Solanah Betwase et de son partenaire Seth, qui mènent l'enquête sur ce meurtre qui semble lié au braconnage.

Écrivain amoureux du voyage, Caryl Férey invite donc au dépaysement en retournant sur le continent africain, afin d'y dénoncer le trafic répugnant qui menace de nombreuses espèces sauvages de disparition. Des défenses d'éléphants aux vertus soi-disant aphrodisiaques des cornes de rhinocéros, très prisées par des asiatiques qui feraient mieux de se ronger les ongles, en passant par des testicules de tigres sensées augmenter la libido de véritables couillons, le braconnage alimente un marché noir aussi débile que lucratif, qui pousse lentement plusieurs espèces vers leur extinction.

Si Caryl Ferey défend la cause du monde sauvage tout en rendant hommage à sa beauté, il pointe également du doigt les nombreuses exactions commises envers les peuples autochtones par ceux qui se disputent continuellement les richesses du continent. Des conséquences de l'apartheid en Afrique du Sud à l'héritage douloureux de la colonisation, en passant par les horreurs des guerres civiles, l'auteur tisse une toile de fond historique particulièrement didactique qui semble constamment flotter au-dessus du roman, tel un mauvais souvenir qui ne cessera jamais de hanter cette région pourtant belle comme un rêve.

Afin de nous guider tout au long de ce voyage qui invite non seulement à ouvrir les yeux sur les méfaits commis en Afrique, mais également sur ses merveilles, l'auteur fait défiler une galerie de personnages aussi forts qu'attachants. Il y a tout d'abord la bravoure et le charisme véhiculés par l'inoubliable duo composé de John Latham et de son homme de main au nom qui claque (et qui « clic », prononciation oblige) : N/Kon. Mais il ne faudrait pas oublier les femmes fortes et engagées qui font tout le sel du récit, allant de l'indomptable Solanah à la lumineuse Priti, en passant par l'adorable grand-mère de Seth.

Et voilà, le décor était tellement envoûtant et j'étais tellement bien accompagné que le fan de polar que je suis oublierait presque de vous parler de cette intrigue haletante qui débute par un meurtre pour s'accélérer au fil des nombreux rebondissements, gagnant en profondeur et en intensité jusqu'à ce dénouement palpitant au possible.

Un polar engagé, dépaysant, instructif, palpitant… bref, incontournable !
Lien : https://brusselsboy.wordpres..
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Êtes-vous à jour de vos vaccins ?
Les polars de Caryl Ferey sont tellement immersifs que la question ne parait pas si incongrue. Moi, c'est bien simple, dès que je commence un de ses romans, je sors la moustiquaire, j'enfile ma tenue Daktari, je déploie ma tente Quechua dans mon salon et à défaut de feu de camp, je sors la plancha pour ma chasse du jour, des aiguillettes traquées à l'instinct… chez mon boucher. Un vrai baroudeur de canapé. Avec Okavango, on tamponne un nouveau coin perdu sur notre passeport littéraire.
Destination la Namibie et le Botswana avec l'Angola, le Zimbabwe et la Zambie dans le voisinage. Sur cet immense territoire, des réserves tentent de sauver les grands animaux sauvages qui peuvent librement se boulotter entre eux et alimenter des reportages animaliers pour les insomniaques végans. Ah, compter les antilopes, c'est plus sympa que les moutons, surtout avec un léopard en approche.
Ce polar commence… par un meurtre ce qui n'est pas très original. Il s'agit de la découverte du cadavre d'un autochtone dans une réserve hypersécurisée et comme aucun animal sauvage ne se dénonce spontanément, une Ranger botswanaise Solanah Betwase est envoyée sur place pour enquêter.
La réserve de Wild Bunch appartient à un sud-africain, John Latham, qui a fait fortune en exploitant un filon de diamant. le mystérieux misanthrope assure la gestion de la réserve avec les ethnies San et Bochimans.
Plusieurs autres morts et l'empoisonnement d'animaux orientent l'enquête vers une attaque d'envergure de braconniers menés par un chef impitoyable et invisible, surnommé le Scorpion. On peut s'interroger sur le choix du surnom mais avouons que si l'auteur avait choisi le gnou pour sobriquet, le braconnier aurait perdu en charisme.
Auteur aussi enragé qu'engagé, qui, petit, voulait faire chasseur de braconniers pendant que d'autres rêvent d'être influenceurs à Dubaï, Caryl Ferey nous propose un safari qui mêle aventures, action et coups de pied au derrière pour préserver rhinocéros, éléphants et lions des fantasmes de vieux asiatiques qui s'arrachent à prix d'or des cornes de rhinos et des couilles de tigre en tapas pour transformer petit bambou en gros roseau. La nature est sauvage, l'homme est bien pire.
C'est haletant, très documenté, instructif sur les conséquences de la Guerre de la frontière sud-africaine avec l'Angola, les personnages sont complexes et attachants, le rythme s'accélère au fil des pages et je suis sorti de cette lecture avec l'envie d'aller au zoo et de dévorer une tablette de Merveilles du Monde (pour ceux qui connaissent).
Il n'y a pas que le lion qui est mort ce soir.
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critiques presse (6)
OuestFrance
13 décembre 2023
L’auteur-rockeur breton place l’action dans les réserves africaines et dénonce le braconnage. La condition animale comme inspiration pour un retour à l’enfance.
Lire la critique sur le site : OuestFrance
LaCroix
17 novembre 2023
Quinze ans après Zulu, l’écrivain voyageur, Caryl Férey, pose à nouveau ses valises en Afrique du Sud, pour y célébrer la beauté de la nature et dénoncer ceux qui la détruisent.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Telerama
13 novembre 2023
Caryl Férey plonge le lecteur au cœur d’une réserve africaine, entre animaux sauvages et sauvagerie des braconniers.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeFigaro
05 octobre 2023
Caryl Férey met en scène deux rangers dans le plus vaste espace de protection des espèces sauvages du monde. Un territoire immense qui couvre cinq pays : l’Angola, la Zambie, le Zimbabwe, la Namibie et le Botswana.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeMonde
08 septembre 2023
Derrière la traque captivante du Scorpion, braconnier international, se trouve un bel hommage à la philosophie des Khoï et des San, peuples autochtones de la région.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Culturebox
04 septembre 2023
L'écrivain signe quasiment un roman engagé, avec un parti-pris clairement affiché, celui de la protection de cette faune sauvage africaine, objet de toutes les convoitises.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (203) Voir plus Ajouter une citation
Les chasses aveugles du xixe siècle avaient lancé la ruée vers l’Afrique et les premières tueries de masse – douze mille éléphants massacrés pour la seule année 1887. Maharadjahs, émirs, rois et princes fortunés, industriels en manque de sensations fortes, chasseurs de trophées ou d’ivoire, les caravanes partaient dans la brousse et les forêts africaines pour des semaines de traque, des centaines de porteurs et serviteurs embarquant argenterie, vaisselle, toilettes, lits à baldaquin et mobilier divers. Les cours des rois et les premières agences de tourisme se succédaient à la suite de ces gens bien nés qui trouvaient exotique la mise à mort d’animaux alors à peine craintifs, puis l’hécatombe se démocratisa. Récits de peur bleue face à la charge d’un lion, de maladies attrapées là-bas, de nègres qui parfois se rebellaient et créaient des sociétés secrètes, comme ces aimables Mau-Mau devenus la nuit coupeurs de têtes et attaquant les fermes des Blancs à la machette ; l’Afrique était le terrain de chasse de l’Europe et de l’Amérique. Enfin, le gibier devenu rare et fuyant à force de massacres, on avait décidé, au milieu du xxe siècle, de parquer la faune rescapée, créant ainsi les premières réserves animalières.
De l’or à sang chaud pour les mafias du braconnage, qui aujourd’hui en avaient fait le quatrième commerce illégal au monde.
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Ivoire, cornes, peaux, écailles de pangolin, dents, griffes, testicules, tout se vendait sur les marchés parallèles, alimentés par des tueurs professionnels ayant combattu dans différents conflits et qui n’avaient pas peur des brigades anti-braconnage. Ces groupes armés provoquaient la dislocation des communautés locales et l’instabilité politique et finançaient le terrorisme – Boko Haram et Al-Qaida participaient au trafic –, précipitant l’extinction en cours. Une extinction exponentielle, comme l’avaient subie les peuplades qui considéraient la terre comme leur mère nourricière, privées de l’imaginaire qui fondait leur entité, exactement comme les animaux dans un zoo. Voilà l’avenir que l’homme moderne réservait aux bêtes sauvages : une prison. Un cachot avec des barreaux de fer dans la tête, qui leur feraient perdre jusqu’à l’idée même de liberté.
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Un consortium pétrolier avait commencé le forage et la construction d’oléoducs pour exploiter des réserves du continent, qui dépassaient les cent milliards de barils, avec l’assentiment des États accueillant les concessions. De nombreux territoires protégés étaient menacés par les dommages collatéraux, dont certaines réserves de la KaZa, ainsi que des peintures rupestres du Botswana, sur le site archéologique de Tsodilo Hills. Même le delta de l’Okavango était pillé depuis des mois par une multinationale pétrolière, les protestations des riverains, les pétitions citoyennes et le soutien d’artistes demeurant lettre morte.
— On envisage même de déplacer les parcs nationaux selon le tracé des lieux de forages, et bien sûr les populations qui vivent là, sans leur demander leur avis, gronda Solanah, très au courant du projet. J’aimerais voir la tête des Occidentaux si des experts africains venaient leur dicter quoi faire sur leurs propres territoires, quelle espèce protéger et quelle population expulser en conséquence : tu nous imagines, virant la population entière de l’Arkansas pour la sauvegarde d’un oiseau rare ? Quand un ours ou un loup est réintroduit en Europe, il faut tout de suite le tuer, tandis qu’en Afrique c’est aux populations de dégager.
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- Tu le sais aussi bien que moi : dès qu’un animal est menacé, sa cote à la Bourse grimpe en flèche, et moins il en reste, plus on s’acharne. Rien n’est fait pour sauver les survivants du génocide, respecter leur habitat ou simplement garantir leur liberté. De grands mots, des traités accouchant d’accords que personne ne respecte, des ricanements paternalistes à vomir quand des enfants manifestent pour leur survie, notre espèce est si inconséquente que je n’en attends plus rien. Quand ils réagiront, bien sûr, il sera trop tard, on fonce déjà dans le mur, c’est juste une question de violence de l’impact, mais personne ne freine le bolide de la catastrophe écologique.
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Tous les enfants du monde rêvent d'animaux sauvages, de grimper sur un cheval ou sur un fauve pour courir après le vent, tous les enfants dessinent des animaux, tous les enfants ou presque jouent avec des figurines ou des peluches d'animaux qu'ils aiment comme leurs petits avant de devenir adultes et d'oublier ce sentiment d'osmose. Beaucoup d'humains perdent le fil du rêve qui les liait à eux, par manque d'imagination, d'empathie ou de compassion, par paresse intellectuelle ou morale, parce qu'ils prennent ce vieil attachement pour des enfantillages et qu'ils ont mordu à la fable du commerce et de l'argent coûte que coûte, parce que les animaux font partie pour eux d'un monde ancien, invisible, comme des jouets qu'on ne touche plus. Sauf qu'un monde sans animaux sauvages n'est pas un monde.
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Vidéo de Caryl Férey
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