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Fabien Fernandez (Autre)
EAN : 9782367408231
Éditeur : Scrineo (04/06/2020)

Note moyenne : 3.63/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Bergen, de nos jours. Tiril est atteinte d'aphasie partielle, depuis un accident de voiture avec sa mère. Incapable de s'exprimer comme elle le souhaite, elle ne supporte plus ses parents protecteurs, ni son ex petit-ami harceleur. Au plus profond d'elle, l'aphasie ne cesse de lui rappeler qu'elle est incapable de redevenir celle qu'elle a été. Pourtant, elle trouve le courage d'envoyer l'une de ses chansons à un label de musique. Coup de massue ! Sa création est at... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Eve-Yeshe
  15 décembre 2020
Tiril a été victime d'un accident de la circulation, alors que sa mère conduisait. Depuis, elle présente une aphasie De Broca. Malgré la rééducation, les séances d'orthophonie, la récupération promise n'est pas au rendez-vous. Elle en veut à ses parents car ils lui ont menti en disant qu'elle pourrait reparler comme avant et de surcroît ils la surprotègent.
C'est d'autant plus dramatique que, fan de Bob Dylan, Tiril chantait, dans un groupe, et composait (compose toujours même si c'est plus compliqué) des chansons. Peu à peu, elle fait le vide autour d'elle, rejetant les autres avant d'être rejetée, se dissimulant derrière une carapace, au propre comme au figuré : habillé en noir corbeau intégral, elle a même teint ses cheveux, et son corps est raidi comme dans une armure.
A l'école, elle n'a plus d'amis, subit les moqueries sur son handicap. Même, Mikkel, son ami qui tente de la protéger fait les frais de cette mise à distance. Seule Amena, immigrée syrienne arrive à s'approcher d'elle, non sans mal. le fait de mal s'exprimer en norvégien car elle n'est là que depuis un an, permet d'établir un lieu de proximité :
« Amena est une émigrée syrienne. Elle a fui la guerre et a trouvé refuge avec sa famille à Bergen il y a un peu plus d'un an. C'est-à-dire qu'elle parle le norvégien presque aussi bien que moi. C'est-à-dire que nous sommes les deux filles anormales de cette classe. »
Tiril n'arrive plus aussi bien à écrire ses textes de chanson, comme si elle butait autant sur l'écrit que sur la parole. La colère l'a envahie et elle peut devenir violente, mais comment laisser sortir ses émotions quand la parole ne fonctionne plus. Une prof lui proposera de s'initier aux chants des Same ou Sami (autochtones vivant au nord de la Scandinavie) : le joik, travail sur les sons pour retrouver son être intérieur, son âme. Ce qui lui permet de se plonger aussi dans l'histoire de sa grand-mère Sami qui a fui sa communauté au péril de sa vie pour échapper à un mariage intracommunautaire.
L'auteur a très bien exprimé la manière dont la maladie pousse à l'isolement, à la victimisation parfois même, quand on ne s'identifie plus qu'à sa maladie, sans tomber dans les clichés.
J'ai beaucoup aimé la manière dont Fabien Fernandez a construit son récit : on a une alternance entre la narration de Tiril, et celle de A qui n'est autre que son aphasie, du moins c'est ce qu'on croit au départ, mais c'est beaucoup plus subtile, du genre dialogue avec ma conscience ou avec mon surmoi, car A est du genre a refroidir les ardeurs, pose des interdits, : tu n'y arriveras pas, tu es nulle… en plus, la police d'écriture varie selon qui s'exprime, celle de A est un peu tremblotée, style ancien.
Chacun a sa manière de s'exprimer, Tiril utilise peu la ponctuation, Mikkel est dysorthographique quand il envoie des SMS et non quand il écrit sur du papier (avec là encore une autre subtilité dans la police d'écriture…
Ce roman m'a énormément plu, même quand Fabien Fernandez, qui a bien travaillé son sujet nous explique les travaux sur la neuroplasticité ou les différentes formes d'aphasie, tout est simple et parfaitement abordable par des ados. D'autre part, les textes de chansons de poèmes qu'il noua propose à chaque chapitre m'ont beaucoup plu.
Quant à la manière d'aborder la musique, les chants traditionnels, le joik, la musique pop ou rock, et leurs vertus sur les maux et les mots du corps, c'est très bien présenté aussi. On ne dira jamais assez l'importance de la musique et de la musicothérapie dans la souffrance physique et mentale. Personnellement j'adore le joik sami…
J'ai eu du mal à rédiger ma chronique, comme toujours quand un livre me plaît beaucoup, et je l'ai même relu avant tant le message pouvait être pris à un nombre de degrés différent.
Un immense merci à Babelio et aux éditions Scrineo qui m'ont permis, grâce à cette opération « masse critique jeunesse et adulte jeune » de découvrir ce roman et son auteur.

Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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sylvaine
  07 juin 2020
Le fracas du silence de Fabien Fernandez chez Scrineo ou comment Tiril peut elle fracasser un silence imposé du à l' aphasie partielle dont elle souffre suite à un accident de voiture.
Deux ans déjà et Tiril en est toujours au même point ou presque! Seule la colère est là omniprésente, vengeresse parfois, la colère vis à vis de ses parents qui la bercent d'illusions, vis à vis de tous ceux qui ont voulu lui venir en aide et qu'elle a rejeté pour pouvoir s'isoler toujours un peu plus. Heureusement il y a la musique, mais le monde s'écroule un peu plus quand elle découvre qu'un grand label lui a volé un texte de chanson!! Même Mikkel l'ami de toujours est éjecté...
Heureusement il y a la musique, toujours et encore et grâce à elle peut-être une voie de secours pour retrouver la voix. le chemin sera long mais faut il encore accepter de s'y engager. Tiril vit en Norvège et venu du Nord et de la culture sami le Joïk n'attend qu'elle. Et puis il y a ..
Un bien joli roman que celui-ci qui permet à tout un chacun de découvrir que le handicap peut toucher l'un ou l'autre, que chacun a besoin de l'autre, de sa famille, de ses amis pour se (re)construire.
Nécessité oblige, pour introduire le joïk il fallait être en Norvège c'est le choix de l'auteur. Mais n'est-ce pas là un choix restrictif quant au message véhiculé ? Dans l'Hexagone par exemple vers quelle musique se serait tournée Tiril? Plein de questions me viennent sans en avoir eu la réponse ce qui est sans conteste la preuve de l'intérêt que j'ai porté à ce roman. Un texte à mettre entre toutes les mains jeunes ou moins jeunes.
Merci aux éditions Scrineo et à Babelio pour ce cadeau reçu dans le cadre de la Masse critique jeunesse de mai .
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Odlag
  03 décembre 2020
J'avais demandé le fracas du silence à l'occasion de la Masse critique Babelio "Jeunesse et Jeune adulte" de novembre, et remercie donc Babelio et les éditions Scrineo pour cette sympathique découverte. Je trouvais le sujet abordé (l'aphasie) intéressant et, si le roman n'est pas spécialement original dans le fond, il l'est dans la forme. Ce n'est pas un coup de coeur, mais je suis immédiatement entrée dans l'histoire et l'ai lu d'une traite (bon, avec une pause dîner quand même).

L'histoire se déroule en Norvège, aussi avons-nous droit à certaines expressions et habitudes typiques du pays qui nous sont expliquées en notes de bas de page. du coup maintenant je connais l'équivalent norvégien du fuck américain (bon ok, ce n'est pas le plus intéressant, mais c'est toujours bon à savoir, non ?).
Dans ce roman, Tiril nous raconte son histoire, celle d'une adolescente atteinte d'aphasie partielle depuis un accident de voiture survenu il y a deux ans. Mais qu'est-ce que l'aphasie ? Il existe plusieurs types d'aphasie, mais celle qui touche notre héroïne (l'aphasie De Broca) consiste en une difficulté à s'exprimer : ainsi Tiril a du mal à trouver les mots qu'elle souhaite utiliser, que ce soit à l'oral ou à l'écrit. le problème est que sa passion tourne autour des mots, étant donné qu'elle écrit des paroles de chansons et qu'elle chante. Depuis deux ans sa vie semble alors s'écrouler : écrire et parler sont de véritables épreuves pour elle, elle a perdu tous ses amis excepté son meilleur ami Mikkel qui est toujours là pour la soutenir, son ancien petit-ami passe son temps à se moquer d'elle, et elle ne s'entend plus avec ses parents. Tiril s'enlise de plus en plus dans la solitude, pourtant certaines personnes gravitant autour d'elle vont la pousser à sortir de ces murailles qu'elle a elle-même érigées.
Comme je le disais, le schéma n'est guère très original : une ado qui a un handicap perd ses amis, s'isole et est persuadée d'être la plus malheureuse du monde, des gens débarquent et la poussent à aller de l'avant, elle réussit à aller mieux (je ne parle pas forcément de guérison, mais plutôt d'un apaisement psychologique), etc. C'est un schéma que j'ai déjà vu un bon nombre de fois dans les romans pour ados qui traitent d'un handicap.
Mais l'auteur a su traiter le sujet d'une manière que j'ai trouvée plutôt originale et que j'ai beaucoup appréciée. Et cela passe à travers un personnage très particulier, car il ne s'agit pas d'une personne mais plutôt d'une personnification. Ce personnage est le premier à parler dans le roman, celui qui ouvre l'histoire. Ce personnage, c'est A. : une voix intérieure que Tiril s'est créée, apparemment au départ pour remplacer son journal intime qu'elle ne parvient plus à écrire, et qui toujours la raille, la critique et semble l'enfoncer dans son mal-être. A. possède ses propres chapitres, mais s'introduit souvent dans ceux de Tiril, et s'adresse toujours à la jeune fille avec des mots durs ("Honnêtement, tu t'attendais à quoi avec ton handicap et tes phrases amputées ?"). L'on comprend assez vite que A. n'est autre que la personnification du handicap de Tiril, son Aphasie. Et c'est ça que j'ai adoré dans ce roman, ces discussions entre A. et Tiril, des accusations, des disputes, des critiques... On a vraiment l'impression d'une lutte entre la jeune fille et son handicap, A. semblant dominer les choses, l'enfonçant sans cesse. Pourtant, en y faisant vraiment attention, j'ai vu les choses autrement : en fait, A. pousse Tiril à se faire face à elle-même, en lui pointant ses défauts et la forçant à réagir.

Le problème est que Tiril ne réagit pas toujours de la bonne manière, que ce soit face à A. ou aux autres personnes qui gravitent autour d'elle. Sa solitude, l'abandon de ses amis, ne sont pas uniquement le fait des autres, car c'est également elle qui les repousse. Mikkel est le seul ami qu'il lui reste, pourtant elle va aussi l'écarter à cause d'un événement (ou plutôt deux) que je ne peux pas dévoiler mais, pour moi, cela aurait été résolu rapidement si elle avait arrêté de bouder dans son coin, de faire sa malheureuse, et de se bouger un peu pour aller mettre les choses au clair avec lui. Certes, elle a un certain traumatisme, mais quand même... L'éloignement des deux amis va durer des mois et, sachant à quel point ils sont proches, je n'ai pas trouvé cela très crédible, c'était un peu exagéré. Car Mikkel est un garçon généreux et très attentif aux besoins de Tiril, qui de son côté passe complètement à côté des problèmes de son meilleur ami tellement elle est focalisée sur son handicap.
Elle ne s'entend également plus trop avec ses parents, notamment avec sa mère car c'est elle qui conduisait au moment de l'accident, aussi la rend-elle en partie responsable de son handicap. Ses parents font tout pour la soutenir, peut-être même un peu trop, car leur présence devient étouffante pour Tiril. Alors qu'autrefois elle adorait passer du temps avec eux, elle a à présent l'impression qu'ils veulent rester auprès d'elle uniquement pour la protéger et non pour profiter de sa compagnie comme c'était le cas avant. En fait, Tiril est tellement focalisée sur son aphasie qu'elle rattache tout à cela. Mais surtout, elle n'a plus confiance en eux car ils lui ont menti en lui promettant que tout s'arrangerait alors que ce n'est pas le cas : si elle a fait pas mal de progrès au début, son état semble stagner depuis un certain temps. Et c'est à partir de ce moment-là que toutes ces émotions négatives se sont amplifiées (colère, désespoir, ressentiment, terrible sentiment d'injustice, etc.), la faisant entrer dans un cercle vicieux où elle repousse les autres tout en leur reprochant de s'éloigner d'elle.
C'est en partie grâce à deux personnes que la jeune fille va sortir de ce cercle infernal : sa professeur Saga et Amena, jeune immigrée syrienne récemment arrivée en Norvège. Saga est très attentive à l'égard de ses élèves et s'aperçoit de l'isolement de Tiril, aussi va-t-elle régulièrement lui parler, lui donnant souvent des conseils plutôt pertinents. Quant à Amena, elle a un point commun avec Tiril : la difficulté du langage, bien que ce ne soit pas pour les mêmes raisons (Tiril est aphasique, Amena est étrangère donc a du mal à parler norvégien). Si au départ Tiril a du mal à accepter la nouvelle, certains événements vont les rapprocher et la personnalité d'Amena, qui ne se laisse pas faire et est assez mature, va grandement aider notre jeune héroïne. D'autant plus que la jeune immigrée à ses propres problèmes familiaux, et va faire clairement comprendre à Tiril qu'elle n'est pas la seule et que tout ne tourne pas autour d'elle. Ce sont donc là deux personnages que j'ai beaucoup appréciés, tant dans leur comportement que dans leur manière de voir les choses.
Au tout début du livre, nous avons une "note au lecteur" pour prévenir que, je cite, "les dialogues de Tiril n'ont volontairement pas de ponctuation afin de marquer son aphasie. Les fautes dans les messages écrits de Mikkel et les dialogues d'Amena son volontaires : chacun a son langage". Franchement, j'ai trouvé que cet avertissement n'était vraiment pas nécessaire. le récit est écrit de manière suffisamment claire pour que l'on comprenne ces éléments sans avoir besoin que l'on nous prévienne au préalable. D'ailleurs je ne dirais pas qu'il n'y a pas de ponctuation dans les dialogues de Tiril, mais plutôt une ponctuation particulière. Car nous avons bien des points en fin de phrase, en revanche pas de point d'interrogation ni d'exclamation : en effet, Tiril n'effectue pas les variances de ton propres au langage parlé. Nous avons également beaucoup de points de suspension, qui permettent de marquer les hésitations, la recherche des mots, les bégaiements, etc. Donc au final, la ponctuation est présente et au service de la mise en lumière du handicap du personnage, procédé que je trouve tout à fait pertinent et efficace.
Il en va de même pour les fautes de Mikkel : ce n'est pas qu'il est nul en orthographe, étant donné qu'il n'en fait pas quand il écrit à la main, c'est juste qu'il fait des fautes de frappe quand il écrit des SMS ou des mails. Tiril en fait suffisamment la remarque pour que l'on comprenne que l'auteur a décidé de les retranscrire. Quant à Amena, l'auteur se sert également des points de suspension pour figurer la recherche du vocabulaire et ses hésitations. Ses phrases ne sont pas toujours correctes, tout comme les mots utilisés, mais là encore c'est justement pour retranscrire les difficultés du langage. Et, comme pour Tiril, les choses sont amenées de telle manière que l'on en comprend aisément l'objectif.
Ainsi dans ce roman l'écriture est mise au service du langage et, plus particulièrement, des problèmes qui peuvent y être liés, soit ici l'aphasie et la barrière de la langue.
L'auteur y rattache également la musique, par le biais de laquelle Tiril s'exprime, et qui prend un rôle de plus en plus important dans son processus de guérison. À chaque début de chapitre consacré à Tiril sont écrites des strophes illustrant son humeur, ses sentiments, et à plusieurs reprises dans le texte l'auteur nous montre la jeune fille en train d'écrire des paroles de chansons, non sans difficulté car l'aphasie ne concerne pas uniquement l'expression orale, mais aussi l'écrit. Tiril a intégré un groupe de heavy metal, crier dans le micro ne semblant pas être une action touchée par son aphasie, ce qui lui permet de se défouler. Un autre genre musical, conseillé par Saga, va grandement l'aider dans ses problèmes d'expression et dans sa quête d'identité. Car Tiril a besoin de se redéfinir, de comprendre qui elle est à présent. Est-ce que son aphasie doit forcément être ce qui la définit ? Peut-elle être qui elle désire être, y compris avec ce handicap ? S'agit-il de l'accepter, ou de le combattre ? Tout un questionnement, dont nous n'avons pas forcément toutes les réponses à la fin car ici ce n'est pas l'arrivée qui compte, mais le chemin à parcourir. Et, petit à petit, Tiril trouve des pistes pour l'aider à avancer au mieux.
En bref...
Le fracas du silence est un roman pour adolescents qui aborde des sujets assez divers (amitié, famille, immigration, musique, handicap, etc.) mais tous articulés autour d'une thématique centrale : la difficulté à s'exprimer. Cela passe principalement par l'aphasie du personnage principal, mais aussi par la barrière de la langue à travers le personnage d'une jeune immigrée syrienne, ainsi que la peur de la confrontation (face à la famille, aux amis, etc.). Si l'héroïne peut sembler par moments agaçante à force d'autoapitoiement, l'on comprend aisément sa colère face à ce handicap, survenu après un accident et dont elle ne parvient pas à se débarrasser, qui l'empêche de s'exprimer. Si certains personnages sont plus intéressants que d'autres, notamment de par leurs réflexions particulièrement pertinentes, tous ont un rôle important à jouer dans la quête d'identité de l'héroïne. L'auteur utilise de manière efficace les techniques d'écriture pour retranscrire les difficultés d'expression des personnages (ponctuations, fautes, etc.) et a eu la brillante idée de personnifier l'aphasie, lui donnant ainsi une voix éminemment cynique à laquelle l'héroïne est sans cesse confrontée. Ce sont surtout ces procédés qui, à mes yeux, rendent ce roman si plaisant et original. Une belle découverte.
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DreamBookeuse
  11 octobre 2020
J'avais adoré Détroit et Nola Forever de Fabien Fernandez chez Gulf Stream Editeur et, à l'instar de Charlotte Bousquet, l'auteur m'a envoyé son nouveau roman chez scrineo : Les Fracas du Silence. Je tiens à le remercier, ça me touche beaucoup quand un roman souhaite que je lise son livre, ça veut aussi dire qu'il me fait confiance. Mais attention, je reste toujours libre de ce que je dis ! 😉
MON AVIS
On commence ce roman de quelques 340 pages avec A. A. c'est un personnage qui pourrait ressembler à la voix de Détroit. Un personnage qui n'en est pas un puisqu'il s'agit plutôt du point de vue de l'aphasie, cet handicap qui affecte Tiril depuis son accident de voiture. C'est aussi une petite voix que j'ai déjà eu dans ma tête : celle qui te dit à quel point tu es nulle, que tout ce que tu fais n'est pas bien, que tu n'arriveras jamais à rien dans la vie. Celle qui vous enfonce et que vous n'aimeriez plus entendre mais provient du plus profond de votre propre malaise dans la société, de votre propre instabilité. J'ai trouvé ça très intelligent de la part de l'auteur de faire parler l'aphasie puisque ce handicap empêche Tiril de parler, de s'exprimer, comme elle le voudrait. Intelligent et déstabilisant parce que A. utilise le tu. Je me suis sentie parfois agressée par cette voix et je pense que ça peut être aussi dérangeant pour des personnes anxieuses ou extrêmement sensibles. C'est une voix qui va évoluer au fur et à mesure du roman et que Tiril commence à accepter sa condition. On la verra disparaître puis refaire son apparition au grès de ses émotions, et elle se fait tantôt confidente, tantôt ennemie.
Après A. C'est au tour de Tiril de s'exprimer. Toute l'histoire tourne autour d'elle, de son appétence pour la musique, de ses difficultés à s'exprimer et des chansons qu'elle écrit. Tiril n'est pas un personnage auquel on a envie de s'attacher, elle n'est pas douce ou tendre. Elle serait plutôt « attachiante ». Son handicap lui donne le prétexte d'être égocentrique et de malmener ses ami.e.s pour éviter qu'on la prenne en pitié, qu'on lui envoie des regards de compassion. Cheveux noirs, habits noirs, idées noires pour repousser les autres et se repousser soi même aussi. Attachiante donc. Mais réaliste aussi. Parce qu'on est pas toujours gentil, doux et plein de bonnes attentions. Parfois on a envie de faire mal, de blesser, de taper sur les murs et les autres, se faire entendre et Tiril encore plus, elle qui peine à faire deux phrases, se trompe de mots. Elle qui a envie de crier des chansons métal, sans poésie et sans saveur juste pour se libérer des émotions qui la tourmentent.
J'ai lu beaucoup d'avis qui disaient qu'iels n'avaient pas réussi à s'attacher à elle et lui avaient préféré les personnages qui l'entourent. Mikkel, Armena, sa grand mère, ou sa professeure de littérature aussi. Je les ai trouvés intéressants parce que très divers : un ami auquel elle est profondément attachée, une réfugiée syrienne qui a, elle aussi, des difficultés à s'exprimer en norvégien qui n'est pas sa langue norvégienne, sa grand mère exilée afin d'échapper à un mariage et qui lui donne le courage d'assumer ses rêves… L'enseignante m'a semblé légèrement surréaliste. Sûrement parce que dans mon monde les enseignants sont plutôt du genre à ne rien voir et à tout laisser passer. Mais elle l'a fait rentrer dans le monde des chants traditionnels samis, des joiks qui représentent toutes les choses qui nous entourent. Il y a peu de la culture norvégienne dans le roman (un bémol ?) mais chaque chose est disséminée avec justesse et j'ai particulièrement aimé cette excursion auprès des chants traditionnels presque chamaniques, j'adore en écouter mais je n'en connaissais pas du tout la signification.
L'ensemble du roman montre l'évolution du personnage de Tiril sur un an à travers ses combats, ses rencontres, sa musique, ses poésies. On y parle de l'aphasie, un handicap dont je n'avais jamais entendu parler et je suis contente de l'avoir découvert dans un roman. C'est une première appréhension de ce handicap, il faudrait sans doute aller un peu plus loin et faire quelques recherches pour le comprendre totalement surtout que nous sommes face à une adolescente dont les problèmes se mêlent également à tout cela. D'ailleurs il est intéressant de souligner, ce que fait très bien Les Fracas du Silence, que oui, une ado handicapée a exactement les mêmes préoccupations, les mêmes douleurs, que toute autre adolescente au même âge et elle doit gérer en plus son handicap ce qui exacerbe tout le reste ! Tiril est un exemple de courage et de détermination malgré (ou à cause de) tous ses moments sombres et auto destructeurs.
A la fin l'auteur nous donne quelques pistes, ce qui lui a permis de travailler sur ce sujet, rencontres et livres. J'en attendais peut être un petit peu plus, mais il ne faut pas non plus noyer son lecteur sous les jargons et méthodes scientifiques. J'ai apprécié la fin, lumineuse, pétillante, en contrepoint des premiers mots de A. au début du roman, mais je n'ai pas trop aimé la façon dont elle était amenée. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous spoiler 🙂
EN RESUME
Les Fracas du Silence est un roman touchant qui mêle à la fois le handicap de l'aphasie, très peu vu en littérature, une adolescente à fleur de peau avec des rêves de musiques et de chants, une culture norvégienne que l'on retrouve dans les joiks traditionnels samis qui viennent exprimer les cris du coeur mieux que les mots. de l'ombre à la lumière on y suit le personnage de Tiril, entre auto-destruction et détermination, égocentrisme et courage, dans un combat pour le droit de s'exprimer et d'être libre, enfin, dans un monde qui semble peu fait pour les silences.
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Les_lectures_de_Sophie
  14 août 2020
Ce roman est tout en sensibilité et aborde notamment le sujet du handicap au sens large. Car qu'est-ce que le handicap ? Tout simplement quelque chose qui empêche une personne, dans sa vie quotidienne, d'accomplir certains actes, certaines tâches de manière aisée. Autrement dit, pour moi, tout le monde peut, à un moment ou à un autre, se retrouver handicapé. Et dans ce roman, Tiril souffre d'un handicap lié à sa santé, mais Amena est elle aussi handicapée dans sa vie quotidienne, par le fait qu'elle ne parle pas couramment le norvégien. C'est d'ailleurs une des spécificités de ce roman : le style d'écriture est adapté à chacun des personnages, afin de mieux refléter leurs difficultés quotidienne. Ainsi Mikkel, qui peine à l'écrit, enverra des SMS pleins de fautes, ou Tiril s'exprimera avec une ponctuation particulière, voire pas de ponctuation, reflétant le fait que les mots sortent mal et/ou sortent à la suite les uns des autres. J'ai apprécié ce soin apporté à la personnalisation de chacun, qui permet notamment de mieux « entendre » Tiril ou Amena, et d'une manière générale de mieux comprendre les personnages.
Le fracas du silence est un roman dépaysant, l'auteur nous emmenant en Norvège, dont la culture et les habitudes quotidiennes diffèrent des nôtres. Cette distance que le lecteur peut mettre avec les héros permet peut-être une compréhension plus facile, car cela rend le discours moins impactant personnellement. Ce recul offre une possibilité aux jeunes (et moins jeunes) de ne pas se sentir directement mis en cause, tout en prenant conscience d'une situation. Ce procédé peut être à double tranchant, mais ici l'auteur ayant pris soin d'inclure des spécificités de la culture norvégienne, ça fonctionne très bien. Et au-delà en ce qui me concerne, car j'ai eu envie de chercher si des possibilités de soins équivalentes existaient en France… et hormis une publication du CHU de Bordeaux qui évoque le chant comme thérapie de l'aphasie, une recherche superficielle ne permet pas de trouver grand chose. La France est souvent très frileuse envers les techniques alternatives non prouvées scientifiquement. Pourtant, si quelque chose n'a pas d'effets délétères sur la santé, mais peut apporter des améliorations chez certains patients, pourquoi s'en priver ? Certaines initiatives émergent dans ce sens dans les hôpitaux publics, mais elles sont encore trop rares et confidentielles…
Concernant l'histoire en elle-même, on suit principalement Tiril, qui se bat au quotidien contre son aphasie, mais aussi contre ses parents qui essaient de la protéger des vérités qu'ils estiment trop dures à entendre. On a l'impression que dans sa famille, seule sa grand-mère continue à la traiter normalement, et non comme une petite chose fragile. Pourtant c'est un fait, la grande majorité des enfants et adolescents qui ont subit un accident grave de la vie, ou sont handicapés, ont une force intérieure inimaginable. Jetez un oeil dans un centre de rééducation pour jeunes, et vous découvrirez un lieu plein de vie, avec un grande majorité de patients qui se battent et avancent en toute conscience de leur handicap. le livre « Patients » de Grand Corps Malade raconte un centre de rééducation de manière tellement vraie…
On suit aussi ses mais Mikkel et Amena. Celui duquel elle s'éloigne et celle qu'elle découvre. On la voit aussi à ses répétitions avec un groupe de métal, où elle chante, et où le rythme très martelé des paroles l'aide finalement à s'exprimer. Comme dans tout roman ado, les protagonistes s'interrogent sur la vie, l'amour… mais pas de manière trop lourde. Ça fait partie de leur quotidien, tout comme les moqueries et insultes envers les gens qui sortent du rang, qui ne se fondent pas dans la majorité.
Le fracas du silence est un roman prenant, qui aborde des thèmes difficiles mais nécessaires d'une manière très naturelle. Fabien Fernandez nous montre le quotidien de jeunes aux profils atypiques, leurs difficultés mais aussi leurs similitudes avec les autres jeunes de leur âge. Il nous prouve que malgré le fait que nous nous arrêtions souvent à quelques caractéristiques d'une personne, nous avons plus en commun avec elle que de différences au bout du compte. Ne vous arrêtez pas à la couverture de ce roman, tout un monde se cache derrière…
J'ai reçu la version papier de ce livre dans le cadre de ma participation au Club des lecteurs Scrineo pour l'année 2020. Merci à eux pour la confiance.
Lien : https://leslecturesdesophieb..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Eve-YesheEve-Yeshe   15 décembre 2020
Je me suis retrouvée tétanisée devant cette œuvre miroir. Le Cri. Je ne peux pas la décrire en détail. Ce sont juste des ressentis. Peu importe : sans le savoir, Munch m’a volé une partie de mon âme pour l’exposer. Je l’ai fixée du regard durant une bonne demi-heure avant que mon père vienne me récupérer. Il m’avait emmenée au musée pour me changer les idées, alors, quand je me suis pétrifiée, il m’a laissé le temps de m’imprégner en allant se promener.
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AlouquaLectureAlouquaLecture   05 juillet 2020
– Mikkel, pourquoi… pourquoi… tu es… toujours là… Pour moi.

– T’es stupide, parfois. T’en ferais autant pour moi : c’est normal.

– Merci.

Ce crétin me ferait presque encore pleurer.
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TrampolineTrampoline   27 mars 2021
J'embarque silence et solitude avec moi et le reste du monde n'a qu'à s'écrouler.
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OdlagOdlag   03 décembre 2020
On est dans le même Titanic, ma belle. Ça ne veut pas dire qu'on est amies.
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