AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782742700448
115 pages
Éditeur : Actes Sud (24/08/1993)

Note moyenne : 3.44/5 (sur 94 notes)
Résumé :
Gabriel est l’unique fils d’une femme très belle qui le chérit plus que tout au monde. Du jour où elle disparaît, l’enfant au prénom d’ange sent gronder en lui le tonnerre de pulsions effrayantes. Du ventre des fées jaillissent parfois des ogres... Ce conte cruel d’une extrême violence semble écrit avec une douceur neutre, sans complaisance, sans jugement, rien que la description clinique d’un dérèglement fatal. Par ce joyau noir publié en 1993, une jeune femme fais... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  09 août 2012
Il était une fois…une fée. Femme si douce, si belle, vaporeuse comme un rêve doux, à nulle autre pareille.
« Elle se fait aimer chaque jour comme au premier instant de l'amour, celui de l'aveuglement, celui du miracle où les reproches restent des secrets invraisemblables. La fée prolonge la douceur. Sur elle le regard se brouille, s'adoucit dans les indulgences. Autour d'elle les choses sont transformées. le sortilège est puissant. »
Il était une fois…un homme. Qui sut se faire aimer de la fée. En lui, un fond de silence et de secret. En lui aussi, ce qu'il faut de grâce, d'intelligence, de générosité et de sollicitude pour plaire aux gens, notamment aux femmes, ce dont il abusa longtemps. Mais un jour l'homme croise la fée et « le sortilège fut en lui, comme une main qui contraindrait son coeur tout en le caressant ». Désormais la fée devient son amour, son ange, sa vie…sa fée.
De l'alchimie amoureuse entre l'homme et la fée, de leur emmêlement passionné et sublime, nait Gabriel, l'enfant au nom d'archange. Et la fée, comblée, heureuse, enveloppe l'enfant de tendresse et de bonté, l'enrobe d'amour et de douceur sans imaginer que son ventre de fée a enfanté la plus effroyable des créatures.
Il était une fois… un monstre. Dans le secret de son âme, Gabriel, l'enfant au nom d'archange, a développé en grandissant une nature perverse, corrompue par de puissants désirs de violence, une jubilation morbide et une fascination malsaine pour la douleur des autres.
Enfant déjà, il aime infliger mille délicieuses tortures à de petits animaux avant de leur offrir en sépulture des boîtes somptueuses que par la suite il confectionne avec un soin d'artiste maniaque et une admirable virtuosité.
Il devient « un adolescent plein de silences », puis enfin « cet homme jeune, trop calme et sage, timide et souriant », un être cadenassé de l'intérieur que rien ne semble émouvoir hormis cette joie impure que lui procure la mise-en-scène de la souffrance.
A la mort de la fée, emportée par un cancer, l'homme, accablé de chagrin, ne pouvant supporter de vivre sur les lieux de son bonheur perdu, laisse Gabriel seul dans la maison familiale. Plus rien désormais ne retient le jeune homme dans l'assouvissement de ses diaboliques instincts. le prédateur se met en chasse ; il a délaissé les petites proies animales pour se tourner vers un gibier plus conséquent, à la hauteur de ses appétits d'homme : les femmes.
Son premier viol le plonge dans un état de bouleversement et d'excitation délectables. Ah ! Quel plaisir d'éprouver tout contre soi une jeune chair se débattre ! « le corps d'un autre en souffrance, quel prodige » !
Gabriel écume la ville, jouant avec « le froid et l'humidité des recoins déserts ». Son désir s'emballe, plus rien ne compte hors le triomphe de son plaisir de mâle, mais bientôt il lui faut éprouver d'avantage. Il lui faut explorer le mystère de l'achèvement. Il lui faut serrer ses mains autour du cou gracile d'une jeune colombe. Il lui faut expérimenter la décomposition des corps. Et il se prend alors à penser aux petites filles…
En 1993, Alice Ferney signait avec « le ventre de la fée » son premier livre et faisait une entrée fracassante sur la scène littéraire, la puissance atroce de ce premier roman laissant immédiatement augurer un grand auteur en devenir.
Car, ah ! Quel livre ! On ne peut y penser sans frémir et c'est peu dire de ce bref ouvrage qu'il est dérangeant, déroutant, perturbant et, d'une manière totalement équivoque…manifestement beau.
C'est qu'avec ce conte noir, Alice Ferney joue avec les antagonismes et les contrastes comme une magicienne joue avec ses sortilèges, faisant rivaliser les émotions du lecteur en une sorte de pugilat intérieur qui le laisse dans un profond état de malaise. Ce qui débute ainsi comme un conte de fée se transforme alors en fable horrifique. Avec l'impression de tomber au fond d'un gouffre obscur, l'on est précipité de la ouate au béton, d'un climat de douceur et de pureté empreint de beauté et d'amour maternel, en un lieu où se déchainent les passions les plus brutales et les plus écoeurantes.
L'auteur nous plonge de plain-pied dans la conscience d'un monstre dénué de remords, ne nous épargnant rien de sa folie, de ses actes ni de ses intentions.
Mais - et c'est là que réside toute la force de ce court roman - la romancière va utiliser le filtre d'un style poétique, lumineux, la transparence cristalline et délicate de ses lignes, pour opérer un véritable pouvoir d'attraction en faisant s'affronter en combat singulier, la beauté de la forme et l'horreur sans nom du fond.
Une écriture enchanteresse qui n'est pas sans rappeler celle de Sylvie Germain, cette façon troublante d'aborder la noirceur avec les mots les plus fins et sensibles et qui provoque chez le lecteur médusé, des sentiments contrastés, entre fascination et répulsion.
Véritable lecture coup de poing « le ventre de la fée » accouche dans la douleur des plus vils instincts de la nature humaine et sera à ce titre à déconseiller aux âmes sensibles…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          480
rabanne
  25 août 2016
Non, décidément, je ne peux pas mettre que trois étoiles à Alice Ferney.
Mon cinquième roman.
J'ai retrouvé la saveur d'une plume ciselée, précise et touchante, d'autant plus que je ne connaissais pas cette première publication (datant de 1993).
Un roman-conte, court, effrayant de noirceur et de cruauté , mais je ne peux m'empêcher également d'y avoir vu une certaine poésie, déconcertante, désenchantée, à travers le personnage "monstrueux" de Gabriel...
Bref, ce n'est pas une histoire de psychopathe malsain pour moi, ni de dualité dans la personnalité.
C'est le côté sombre, sans lumière, assumé, sans affect, aux confins de la folie, du deuil, de l'abandon.
Commenter  J’apprécie          545
Nastie92
  02 mai 2021
L'illustration de couverture est un détail d'une peinture de Klimt représentant une femme enceinte nue, dont le titre est "L'Espoir I".
En effet, quelle plus belle représentation de l'espoir qu'un ventre tout gonflé de cet enfant à naître, de cette promesse de vie à venir pour laquelle on imagine mille et un scénarios ?
Tous positifs, bien sûr !
La fée a connu, elle aussi, cette attente merveilleuse, cette espérance folle, ces moments de grâce où la femme se sent si forte, rendue invincible par la vie qu'elle porte en elle par la magie d'un corps qui peut enfanter.
Avec son écriture précise, élégante et délicate, Alice Ferney décrit à merveille ce personnage de femme qu'elle appelle la fée. La rencontre, le désir d'enfant et la naissance de Gabriel, prénom qui révèle bien ce que ce nouveau-né représente pour ses parents.
Tout va pour le mieux en ce début de roman qui commence comme un conte de fées.
De la suite, je ne révèlerai rien ; je vous laisse la surprise parce que c'est l'un des intérêts du livre.
Sachez simplement que le récit bascule dans une tout autre direction.
Sachez aussi que la légèreté initiale fait place à quelque chose de lourd, d'horrible, de difficilement supportable.
Alice Ferney passe allègrement de la lumière à l'obscurité, de la vie et ses aspects les plus joyeux à ce que certains êtres humains peuvent avoir de plus sombre.
Si le titre n'avait déjà été pris par Nietzsche, ce roman aurait pu s'intituler "Par-delà le bien et le mal".
Ce livre m'a bousculée, et j'ai aimé ça.
L'abomination de certaines scènes provoque un profond dégoût mais le style d'Alice Ferney est tellement poétique et limpide que l'opposition entre le fond abject et la forme lumineuse fait qu'en tant que lectrice, j'ai été fortement troublée.
J'ai apprécié certains paragraphes, m'en voulant aussitôt de les apprécier.
Une expérience de lecture assez vertigineuse.
Ce roman au titre trompeur est le premier d'Alice Ferney et elle y montre déjà tout son talent.
Il offre un double contraste saisissant entre le début de l'histoire et la suite, entre la beauté de l'écriture et l'horreur du récit.
Âmes sensibles, s'abstenir, ce livre est d'une noirceur folle !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          311
Nowowak
  20 novembre 2020
A-t-on le choix ? Passer de « La mémoire des murs » de Tatiana de Rosnay à ce livre est une expérience étrange. le premier conte l'irruption de la folie chez une jeune femme dont la petite fille a tragiquement disparu dans les affres d'une mort subite. Au comble de l'anéantissement la psychose lui donnera des intentions de meurtre envers le père ce ce bébé qui ne grandira jamais. le second roman (assez court, 115 pages) passe vite sur l'idylle d'un début doux comme un bonbon acidulé pour conter un phénomène pas moins sordide. Un homme aime une fée, la fée est belle et légère, un bébé attendu va naître. le petit garçon aura lui la chance de grandir. Mais il ne va pas devenir ce que la tendresse initiale du récit autorisait à imaginer. La peur excite Gabriel. Il en a assez d'être gentil et souriant. Il jette le masque. Ce jeune homme va-t-il devenir l'ombre noire, l'ogre cruel essoufflé d'envie qui viole et habite la mémoire des murs ? Gabriel est-il le double maléfique de Helena ? Il devient sourd à toutes les prières. Il devient un mâle assailli par le désir, par cet engin dur comme une corne qui ne cherche qu'à s'enfoncer. Quel est ce croisement surprenant entre ces deux oeuvres qui se sont superposées sans le vouloir ?
« Autour d'eux le silence laisse se tramer les secrets, les choses mystérieuses qu'il épie. le visage de l'enfant s'est complètement déformé, on dirait un masque de monstre, ou un visage de vieillard à la peau tendue comme du parchemin. »
« Elle va tomber, elle le sait, s'affaler dans des bras détestés. Elle voit venir cette fin, l'horreur de ces morsures et de cas caresses fourbes. »
Lorsque la fée rencontre l'homme, sans un mot l'alchimie se met en place, c'est le bonheur dans toute sa splendeur, toute ressemblance avec des instants magiques que vous avez vécus ne serait peut-être pas une simple coïncidence. Chez Alice Ferney, il y a cette pureté d'écriture, ce don sublime qui touche car oui ces moments vous les avez vécus. « Ils forment un de ces couples où chacun des deux, plein de qualités, gagne encore à cet emmêlement. Une magie mystérieuse les fait apparaître tantôt un tantôt deux, par l'alchimie de respects et de complicités réciproques. (…) Toujours vient l'impression qu'ils se parlent autrement, par regards, par caresses, ou par ce fil secret qui les attache l'un à l'autre. (…) En vérité on ne voit que leur désir. (…) Il lui parle très bas et elle sourit, l'air distrait, presque ronronnante, voluptueuse dans son silence. (…) Il dit mon amour, mon ange, tu es belle, tu es ma vie. Elle hoche la tête en signe d'approbation. »
Le coeur du « Ventre de la Fée » est cet enfant de l'amour qui sans raison expliquée
ou explicable est devenu un monstre impitoyable. Assister à ses errements et subir de multiples interrogations est le lien commun de ces deux livres forts bouleversants et déstabilisants. « le corps d'un autre en souffrance, quel prodige ! » voilà ce que ses pensées crachent dans sa tête après son acte ignominieux. Gabriel sorti d'un ventre de fée sans pouvoir y retourner. Quand l'enfance s'était achevée, Gabriel n'a plus jamais ri.
Le lecteur qui n'a pas peur de la violence des coups et des corps lira la suite que je tais volontairement avec une empathie maltraitée et déboussolée pour comprendre un tel basculement. le « Ventre de la Fée » est une réponse possible à « La mémoire des murs ». Je me surprends moi-même d'avoir rapproché ces deux auteures et ces deux récits par un magnétisme inexpliqué. C'est ainsi. L'un a appelé l'autre et ils étaient dans ma bibliothèque à se guetter. J'ai organisé la rencontre.
Nowowak

Lien : https://pasplushautquelebord..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          351
littlecat
  05 août 2016
Cette première oeuvre d'Alice Ferney est vraiment terrifiante.
L'histoire commence comme un joli conte de fée. Une belle femme blonde, douce, sereine, attend son premier enfant.
C'est le bonheur.Son mari est amoureux et Gabriel sera l'enfant chéri, adoré.
mais Gabriel, ange ou démon ?
La fée a enfanté le diable. A la mort de sa mère, Gabriel, jeune adulte se révèlera monstre en violant et tuant.
Ce conte est un vrai coup de poing, intense et cruel mais l'écriture est belle.
Commenter  J’apprécie          241

Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Nastie92Nastie92   02 mai 2021
Il fait chaud dans la chambre et c'est comme un nid très douillet. Elle voudrait ne jamais quitter cet endroit, ne jamais interrompre ce moment d'exception, elle et son fils seuls à se reposer. Il lui semble que le temps est aboli, qu'elle se laisse vivre sans penser à rien qu'à reprendre des forces, et qu'elle n'a jamais éprouvé auparavant un tel sentiment de douceur.
Commenter  J’apprécie          70
MalauraMalaura   09 août 2012
Il comprit que le plaisir était capable d'étouffer jusqu'aux regrets. Car c'était un plaisir immense, une jubilation du corps qui s'allégeait un instant de toute forme de conscience.
Dans le combat contre le corps de l'autre, lorsqu'il était entré dans le corps de l'autre, lorsqu'il avait refermé ses mains sur la chair de l'autre, et que ses ongles avaient crevé la peau en même temps qu'il crevait de plaisir, il avait oublié.
Oublié ce qu'il y a de plus horrible dans la vie, son déroulement de ruban insensible.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          400
Zazette97Zazette97   19 mars 2012
Il avait l'impression que c'était le premier véritable viol, et ce qui l'étonnait c'était de vivre cette dérive sans lui prêter aucune gravité. Si incroyable que cela puisse paraître, il avait autrefois retenu des envies dont l'assouvissement le remplissait maintenant d'indulgence.
Il comprit que le plaisir était capable d'étouffer jusqu'aux regrets. Car c'était un plaisir immense, une jubilation du corps qui s'allégeait un instant de toute forme de conscience.
Dans le combat contre le corps de l'autre, lorsqu'il était entré dans le corps de l'autre, lorsqu'il avait refermé ses mains sur la chair de l'autre, et que ses ongles avaient crevé la peau en même temps qu'il crevait de plaisir, il avait oublié.
Oublié ce qu'il y a de plus horrible dans la vie, son déroulement de ruban insensible.
Pour lui désormais c'était clair : son désir assouvi était revenu plus vigoureux, si pressant qu'il faudrait bien recommencer, qu'il était impossible d'imaginer lui résister.
Il ne résisterait pas : la même crise, la même jouissance, il y pensait sans cesse. Il savait qu'il recommencerait, bientôt, demain peut-être, parce qu'il ne contrôlait plus rien de corps baigné une fois dans la violence. p.85
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
MargaritaMargarita   07 février 2015
Ils forment un de ces couples où chacun des deux, plein de qualités, gagne encore à cet emmêlement. Une magie mystérieuse les fait apparaître tantôt un tantôt deux, par l'alchimie des respects et des complicités reciproques. Pour les autres, vue de l extérieur, l'alliance est intimidante. Rarement on les surprend à échanger quelques mots, et toujours vient l'impression qu'ils se parlent autrement, par regards, par caresses, ou par ce fil secret qui les attache l'un à l'autre. A force de les contempler, on finit par comprendre ce sentiment étrange qu'ils causent: en vérité on ne voit que leur désir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
littlecatlittlecat   04 août 2016
Plus elle crie plus il la veut, c'est cela qu'elle ne comprend pas. Que plus elle crie plus il s'excite. Il y a des refus qui sont des désirs inavoués, des non qui veulent dire oui, des non qui provoquent le désir, des non qu'il adore. C'est le non qu'il préfère. Pour la première fois il le sait sans détour.
Commenter  J’apprécie          120

Videos de Alice Ferney (39) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alice Ferney
Confidences d'écrivaine avec Alice Ferney, qui vient de publier l'intimité, chez Actes Sud.
Cette discussion entre Alice Ferney et Marie-Andrée Lamontagne s'est déroulée lors du Salon du livre de Montréal 2020 et a été offerte en collaboration avec le Consulat général de France à Québec, dans le cadre du projet La France à la page!
#SLM2020 #àlivreouvert #ouvertaumonde
autres livres classés : contes noirsVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox






Quiz Voir plus

Alice Ferney

Alice Ferney, de sa véritable identité Cécile Brossollet, épouse Gavriloff, est née à Paris en ...

1941
1951
1961
1971

10 questions
42 lecteurs ont répondu
Thème : Alice FerneyCréer un quiz sur ce livre