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Critique de Fandol


Fandol
  03 mai 2019
Original dans son approche de la littérature, captivant par son style et les idées qu'il déploie, Jérôme Ferrari a décidément une source d'inspiration très religieuse… Après le Sermon sur la chute de Rome qui lui avait valu le Prix Goncourt en 2012 puis deux autres romans que je n'ai pas lus, hélas, il nous entraîne dans une messe de funérailles peu ordinaire dans cette Corse qu'il connaît si bien et où il situait aussi le Sermon sur la chute de Rome.

À son image, comme le titre le laisse deviner, traite de la photographie, de son pouvoir et du métier de ceux qui gagnent leur vie en fixant sur pellicule, comme autrefois, ou dans une carte-mémoire aujourd'hui, des instantanés de vie ou de mort…
Antonia, héroïne du roman, a pu se consacrer à sa passion de la photographie et gagner un peu sa vie en travaillant pour un quotidien régional mais ne fait plus que des photos de mariage après une expérience traumatisante en ex-Yougoslavie.
L'auteur ne ménage aucun suspense, nous plongeant d'emblée dans le drame de la mort brutale d'Antonia, sur la route du retour chez elle : « La mort prématurée constitue toujours, et d'autant plus qu'elle est soudaine, un scandale aux redoutables pouvoirs de séduction. »
Intervient alors le personnage le plus important du roman : son parrain, un oncle du côté maternel devenu prêtre et à qui revient la redoutable charge de célébrer la messe servant de trame au récit de la vie d'Antonia.
Pas forcément en ordre chronologique, les souvenirs d'une vie brève mais intense remontent. Cela n'empêche pas les digressions, les références à des photos des guerres coloniales, le pouvoir de la presse mais c'est la Corse qui tient la vedette malgré l'épisode de la guerre civile entre Serbes et Croates.
C'est la période où les morts violentes se succèdent sur l'île de Beauté, des jeunes fauchés par un clan rival à cause de dissensions, de scissions, de différents que plus personne ne comprend. Antonia assiste à tout cela et constate comment son collègue plus expérimenté traite le crime : « Sa longue carrière dans la presse régionale lui ayant permis de développer des talents sans aucun doute innés, le journaliste cultivait désormais l'art de parler pour ne rien dire avec une virtuosité qui touchait au génie. Il combinait magistralement lieux communs, clichés, expressions toutes faites et considérations édifiantes de façon à produire sans coup férir et sur n'importe quel sujet des textes rigoureusement vides. »

Ainsi, dans À son image, Jérôme Ferrari explore tout un monde. D'abord celui de la photographie, celui des correspondants de guerre mais surtout le drame de cette jeunesse corse emportée par le mirage nationaliste. Les visages masqués, les armes en évidence mais surtout les règlements de compte sans fin, abrégeant de vies à peine entamées, d'une jeunesse brisée dans son élan ; morts voulues, programmées, alors que celle d'Antonia reste tellement injuste et révoltante.
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