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EAN : 9782204140867
491 pages
Le Cerf (14/01/2021)
3.5/5   2 notes
Résumé :
État civil, compte bancaire, permis de conduire, mots de passe, etc. : nous ne cessons d'être enregistrés, numérotés, archivés. Pas d'existence sociale sans fichage : que dit, de notre désir d'appartenance, cette documentalité ? Le maître-livre dérangeant d'un grand philosophe contemporain.
Une société privée de mémoire et d'enregistrements est inimaginable, car toute règle et tout accord reposent sur la mémoire, et tout comportement sur l'imitation : voilà p... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Fortuna
  27 mars 2021
Après être parvenue à surmonter un sentiment de découragement lié à la difficulté du texte, et être arrivée au bout du cheminement, j'ai trouvé ce livre passionnant. En effet au fil des pages se révèle le propos de l'auteur et l'importance d'avancer par étapes.
Au centre de l'oeuvre une constatation : ce n'est pas le langage oral qui précède le monde de l'écrit comme les apparences pourraient nous le faire penser, mais c'est l'écrit, né de la trace, qui est premier. L'écriture est en effet née de ces signes gravés dans la terre puis dans la pierre, destinés à montrer, à compter, à laisser des traces. Et la trace c'est également ce que nous avons de commun avec les animaux. Mais chez l'homme elle s'est développée en langage, ciment des peuples et des civilisations. le document, inscrit dans la pierre, le parchemin, le papier et maintenant mémorisé dans les ordinateurs est devenu peu à peu indispensable et fondateur de toute notre société, ayant pris une nouvelle dimension avec le numérique.
L'auteur se démarque de la pensée kantienne qui considère que l'homme est le centre de la connaissance et ne peut appréhender tout objet et lui donner réalité qu'à travers son propre esprit. Or pour Maurizio Ferrarris il y a trois sortes d'objets : l'objet naturel qui existe en dehors de la présence humaine, l'objet idéal qui peut exister en dehors de toute autre existence, et l'objet social, création humaine. Les objets sociaux nécessitent une inscription, d'être partagés par au moins deux individus. Ces objets sont aussi divers que peuvent l'être un mariage, une frontière, un ticket de caisse, un billet de banque, une carte d'identité... Nous existons dans une société qui est celle de l'enregistrement, la communication venant en seconde place. L'Europe par exemple doit sa force au fait qu'elle est fondée sur des documents et non animée d'un "esprit" qui serait basé sur des éléments aussi imprécis qu'une culture ou une religion...La bureaucratie, donc l'importance de la documentalité, fonde son pouvoir.
Et aucun domaine n'échappe à cette notion de trace, d'inscription, de l'art à la culture, de nos institutions à notre vie quotidienne, l'ultime mention de notre individualité étant notre signature. La trace, condition de la mémoire, est devenue signe puis réalité sociale. Et finalement toute cette documentalité qui se révèle à travers notre usage quotidien d'Internet est un peu comme le cerveau de l'humanité et continue à se développer à chaque instant en mémorisant son histoire. A chaque instant de notre vie nous laissons des traces et elles font déjà partie de la mémoire...Sans traces, sans inscriptions, sans enregistrements, nous ne serions rien...Nous pouvons mesurer le problème des "sans-papier".
Bref, c'est un livre qui nous amène à réfléchir et à considérer le monde sous un autre angle et peut-être relativiser une certaine allergie à la paperasserie...qui peut aussi devenir paralysante par excès. Mais c'est un autre débat ! Merci aux éditions du Cerf et à Babelio pour la découverte de cet ouvrage très riche bien que d'un abord un peu ardu.
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Asteropsia
  02 avril 2021
Voilà un ouvrage particulier qui aborde un sujet ô combien passionnant : la construction de notre monde - saturé d'informations - à travers l'inscription, la trace. Il élabore une règle fondamentale : "Objet (social) = acte inscrit."
Pour celui qui n'est pas familier du langage universitaire, la lecture peut paraître obscure et difficile. Maurizio Ferraris fait appel à des notions complexes et il faut rester concentré pour ne pas perdre le fil de sa réflexion. J'ai dû relire plusieurs fois et reformuler certains propos pour biens les comprendre; et même après ça, j'avais le sentiment de ne pas tout saisir.
Il faut dire que l'on parle ici de pensée métaphysique abordée par un philosophe italien néoréaliste. Il réinterroge notre conception habituelle du monde. Selon le postmodernisme en vigueur, ce sont nos constructions mentales, nos interprétations qui forgent la réalité. Or pour Ferraris, c'est tout l'inverse, l'ontologie (ce qui est, ce qui existe) se distingue de ce que nous pensons, ce que nous concevons (l'épistémologie). Il faut d'abord partir de la réalité, de ce qui existe en dehors de nous, pour parvenir ensuite à des conceptions mentales, ce que nous percevons.
Pour Ferraris, notre monde social se construit à travers les traces, les inscriptions, (documents, archives, enregistrements) ; et non par le langage ou la communication. D'où une importance de la doctrine des traces, l'ichnologie. Car il ne le répète jamais assez : "Rien de social n'existe en dehors du texte."
Il développe ainsi sa réflexion en plusieurs thèses. C'est l'ontologie (la philosophie de ce qui est) qui catalogue le monde de la vie. le monde lui-même n'est pas construit par le sujet (l'humain) mais bien un espace fait de règles qui lui sont propres; en somme, que la réalité (ce qui existe) précède la vérité (le discours que l'on construit au sujet de ce qui est). Cette réalité se retrouve à travers les objets et non les sujets. Ces objets possèdent des lois immanentes : l'évolution (l'objet est plus facilement reconnaissable qu'un concept), la réification (l'objet, plus clair et délimité, permet d'illustrer et de donner une évidence visible aux concepts, ex : icônes d'ordinateurs), le catalogue (l'objet peut être classifié, collectionné, archivé).
Parmi ces objets, Ferraris distingue les *objets naturels qui existent dans l'espace et le temps indépendamment du sujet (artefacts, éléments physiques, les corps humains ou animaux); les *objets idéaux, qui existent en dehors de l'espace du temps indépendamment du sujet (théorèmes, relations entre individus); et les *objets sociaux qui existent dans l'espace et le temps de façon dépendante du sujet.
Ces objets sociaux sont primordiaux dans la pensée de Ferraris. On parle ici de tout ces objets 'artificiels', créés et conçus par l'homme : les oeuvres d'arts, les documents administratifs, les promesses, ou encore les titres de noblesses. Les objets n'ont pas de représentations (contrairement aux sujets) et ils peuvent exister pour plusieurs personnes (alors que les pensées sont uniques à chaque individu). L'objet social est un acte inscrit qui résulte d'acte sociaux or rien de social n'existe en dehors du texte. C'est à dire que l'enregistrement, l'inscription donne forme à l'objet. A ce titre, Ferraris insiste sur l'importance de l'inscription et non de la communication dans la création de notre société. Ce ne sont pas les mots qui forgent notre monde mais leur écriture. Des paroles seules ne suffisent pas à créer un objet social, elles doivent être inscrites et enregistrées afin de laisse une trace.
Cette doctrine de la trace ou ichnologie imagine l'esprit humain comme une table sur laquelle les informations sont inscrites. Les objets sociaux forment ainsi des documents qui fixent les idées et concepts et les inscrivent les actes et les faits. La lettre est donc le fondement de l'esprit : ce sont les inscriptions qui nous forgent comme êtres sociaux. de ce fait, notre individualité se manifeste à travers le style unique et singulier de chacun, une signature personnalisée qui nous différencie de la norme et d'autrui.
Ferraris nous offre ici une réflexion intéressante bien que complexe sur notre rapport à la trace, à l'information et à l'identité. Si nous ne sommes pas 'inscrit' officiellement, nous n'existons pas. Et cette pensée me fait songer, non sans frissons, à cette bureaucratie labyrinthique qu'est l'administration française…
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
FortunaFortuna   21 mars 2021
A travers l'itération, l'enregistrement, l'inscription, la communication (autant de fonctions rendues possibles par la trace), on parvient à la construction d'un monde social et c'est au sein de ce monde qu'on lieu les significations. Voilà pourquoi il est important de laisser des traces et voilà pourquoi cela est naturel.
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AsteropsiaAsteropsia   02 avril 2021
« Il y a une distinction cruciale entre faire l’expérience de quelque chose, parler de notre expérience et faire science (par exemple, entre avoir mal à la tête, décrire cela à quelqu'un et formuler un diagnostic). »
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AsteropsiaAsteropsia   02 avril 2021
Lorsqu'une expression crée une pensée et la fait entrer dans le monde, nous obtenons un objet social, qui dépend des sujets dont il tire son origine et auquel il s'adresse. 
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AsteropsiaAsteropsia   02 avril 2021
Un mot, lorsqu'il est émis à l’extérieur et est enregistré, se transforme en chose, il devient en l’occurrence un objet social qui peut peser une tonne.
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Vidéo de Maurizio Ferraris
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Philosopher ensemble !
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Avec la participation de: Alain Fleischer, Anastasia Colosimo, Anne Dufourmantelle, Avital Ronell, Barbara Cassin, Bernard Harcourt, Bernard Stiegler, Boris Cyrulnik, Bruno Karsenti, Camille Riquier, Catherine Chalier, Catherine Millet, Charlotte Casiraghi, Christian Godin, Claire Chazal, Claire Marin, Claude Hagège, Cynthia Fleury , Davide Cerrato, Denis Kambouchner, Dominique Bourg, Donatien Grau, Edwige Chirouter, Elisabeth Quin, Emanuele Coccia, Éric Fiat, Étienne Bimbenet, Fabienne Brugère, François Dosse, Frédéric Gros, Frédéric Worms, Gary Gillet, Geneviève Delaisi de Parseval, Geneviève Fraisse, Georges Didi-Huberman, Georges Vigarello, Géraldine Muhlmann, Gérard Bensussan, Hakima Aït El Cadi, Jean-Luc Marion, Jean-Pierre Ganascia, Joseph Cohen , Judith Revel, Julia Kristeva, Laura Hugo, Laurence Devillairs, Laurent Joffrin, Luc Dardenne, Marc Crépon, Marie Garrau, Marie-Aude Baronian, Mark Alizart, Markus Gabriel, Marlène Zarader, Martine Brousse, Corine Pelluchon, Maurizio Ferraris, Mazarine Pingeot, Michael Foessel, Miguel de Beistegui, Monique Canto-Sperber, Nicolas Grimaldi, Olivier Mongin, Paul Audi, Perrine Simon-Nahum, Peter Szendy, Philippe Grosos, Pierre Guenancia, Pierre Macherey, Raphael Zagury-Orly, Renaud
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