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Chantal Moiroud (Traducteur)
EAN : 9782266317382
256 pages
Pocket (03/06/2021)
4.31/5   64 notes
Résumé :
Dans la salle d'attente d'une clinique serbe, une mère attend. Eva, sa fille de seulement dix-huit ans, sera un homme dans quelques heures. En un dialogue sans réponse, la mère d'Eva tente de comprendre comment elles en sont arrivées là.
Une relation mère-fille inédite et bouleversante.
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Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
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✨Ce que j'ai ressenti:

« Je suis restée pendant des jours la tete entre les mains à me demander comment on faisait pour être une mère. »

Je ne suis pas sûre qu'on puisse vraiment le prévoir, l'anticiper, le saisir, avant de le vivre…Être mère. Être mère, c'est violent, exaltant, puissant, étrange, révélateur, apaisant, mais tout cela dans le même temps. C'est beaucoup trop fort pour qu'on puisse le décrire, parce que la seconde d'après, on est déjà sur une autre dynamique…Etre mère, c'est aller au-delà de ses propres limites, les dépasser, les réinventer, les retracer pour la seule et unique raison, son enfant. Parce que je suis mère, et que je sais les trésors de patience et d'amour qu'il faut déployer pour cela. Les larmes, le mal-être, les cauchemars, les insomnies, les trop-pleins. de joies, de colères, de bisous, de souffrances, de tendresses, d'impatiences. Chaque jour, il faut les gérer, les envelopper, les adoucir. Être mère, ce n'est pas de tout repos, on apprend chaque jour à le devenir, en symbiose avec son enfant. C'est lui ou elle, qui nous apprend à l'être, c'est nous qui le devenons en prouvant chaque instant notre persévérance à l'être…

Alors La mère d'Eva ne déroge pas à cette règle, elle défiera tout. Tout par amour. Si jamais elle avait un doute, en lisant ce témoignage, on peut aisément s'en convaincre…Elle est mère. Elle est mère, protectrice, maladroite, entière, aimante, colère, dévastée, surpuissante, faillible, inquiète, parfaitement imparfaite pour Eva. Avec Eva. Contre ou tout contre, mais toujours attentive à son bien-être. Elle est mère, dans tous ses temps d'hésitations, de doutes, de joies, de câlins, de bienveillance, de combats. Malgré la souffrance.

La souffrance d'Eva. Elle s'appelle dysphorie de genre, cette souffrance, et de part et d'autres, elle fait mal. Un mal insaisissable mais dévorant pour la mère comme pour la fille. Un mal-être qui vient peu à peu faire éclater la relation. Un mal intérieur qu'elles nous confient. L'une et l'autre, devant le gouffre. Juste avant le grand saut…

Ce fût un foudroiement. Cette lecture ne laisse pas indemne.

Parce qu'être mère, c'est parfois, aller jusque là. Mais on ne le sait pas toujours, on ne peut pas vraiment s'y préparer….Et cette nouvelle terre extrême, c'est comme un nouveau compte à zéro, un autre défi, une exigence immense…Peu de personnes peuvent le faire, ont le courage d'aller fouler cette terre inconnue, cet extrême déchirant. À moins d'être mère. D'avoir assez de forces, d'amour, de lâcher-prise, de tolérance, de bonté, de compréhension. Seule l'amour d'une mère peut dépasser ça, peut aller jusque là.

Parce que je vous le dis en tant que mère, cet amour-là, celui d'une mère pour son enfant, est infini. Il n'a pas de limites, de frontières, de genres ou de conditions. Il est puissant. Tout-puissant. Il nous pousse à surmonter Tout.

La mère d'Eva c'est un des combats que peut avoir à mener une femme. La mère d'Eva c'est une lecture retentissante. Deux cris de douleurs mêlés. Un foudroiement. Je n'ai pas pu m'y préparer, je l'ai juste laisser faire, et j'ai admiré l'amour d'une mère. Ca m'a fait un éclair dans le coeur. La mère d'Eva c'est nouvelle ère qu'elle accepte d'embrasser, tout simplement, tout-puissamment. Parce qu'elle est mère…La mère d'Eva.

« Je t'ai laissé être ce que tu voulais. Je suis restée sur la rive à te regarder. »


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La Mère d'Eva ou un plongeon de 218 pages dans les entrailles d'une mère.

Une mère qui souffre de voir son enfant refuser le corps qu'elle lui a offert mais qui, plus que tout, aimerait son bonheur.

Alors qu'elle attend près du bloc opératoire que sa fille Eva subisse l'opération qui la fera devenir Alessandro, elle se souvient…
Elle se souvient de ces dix-huit dernières années passées à côté de cette enfant, ensemble, liées, déchirées, ennemies et si proches à la fois. Elle se remémore sa grossesse et la maternité comme l'entrée en fanfare de la peur dans sa vie, une peur qui ne la lâchera plus. Et elle conte. Elle conte comment cette petite fille qu'elle a fabriquée méticuleusement pièce après pièce dans son ventre, ce tout petit enfant que la nature a assignée fille, a rejeté dès le plus jeune âge ce corps qui était le sien.

Cette fiction, que l'on pourrait penser autobiographique tellement le récit et les émotions y sont précis, traite d'un sujet important : celui de la dysphorie de genre (ndlr : quand le genre et le sexe assignés à la naissance ne correspondent pas à l'identité de genre dans lequel se reconnait la personne, ce qui induit une grande détresse). Généralement, les fictions sur ce thème sont centrées sur le personnage qui découvre, vit et évolue avec sa transidentité. Or ici nous sommes plongés dans le coeur de cette mère, dont l'enfant qu'elle a mis au monde est le prolongement de son être et décuple sa souffrance.

Les avis sont unanimes : cette introspection maternelle est criante de courage et d'amour.
Je crois que, parce que je suis encore fille, et non mère, je n'ai réussi à m'identifier que difficilement à ce « je » qui a donné la vie. Cette mère que j'ai sentie aimante, désespérée et impuissante mais dont la violence des mots – bien que compréhensible – m'a souvent heurtée.
« Si tu veux te faire démembrer à dix-huit ans pour changer de sexe, je t'emmènerai au bout du monde pour le faire et j'attendrai assise dehors que tout se passe. »
Et parce que « Dieu n'est plus avec [eux] » et que « la malédiction a frappé », comme un ver qui lui ronge le cerveau, cette mère ose enfin dire toutes ces choses qui lui ont fait horreur. Elle déverse sans filtre pour apaiser sa peine et ses souffrances et elle détaille chaque geste de l'opération que son enfant est en train de vivre, comme pour se convaincre que tout ceci n'est qu'un mauvais rêve. Au fil du récit on la voit évoluer, passant de l'horreur au déni, à la résignation, pour finalement essayer de composer au mieux dans un mélange explosif de ces émotions aspirant finalement à la paix intérieure, pour elle et son enfant.

En refermant ce roman, très bien écrit mais étouffant, je suis partagée. J'éprouve beaucoup d'empathie pour cette mère et toutes les souffrances par lesquelles elle a pu passer mais, d'une certaine manière, je trouve presque inconvenant que les projecteurs aient été braqués sur elle.
Je l'ai détestée de cette violence déversée sur sa fille, témoignage des difficultés d'acceptation que vivent les proches des personnes transgenres, et je l'ai à la fois admirée de n'avoir jamais quitté le navire et d'avoir, malgré la souffrance ressentie, accompagné son enfant jusqu'au bout de sa transition.

Merci à Babelio et aux Editions Hervé Chopin pour ce plongeon au coeur de la complexité et des tourments de l'Humain.
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La dysphorie de genre est un sujet que je connais peu et sur lequel je n'avais jamais lu, que ça soit fictionnel ou non.Je ne savais donc pas trop à quoi m'attendre, mais j'avais envie d'en apprendre plus. Dans ce roman, on est vraiment centré sur la mère d'Eva, comme l'indique le titre. Une mère qui s'interroge sur ce qu'elle a bien pu rater pour que sa fille veuille devenir homme. Ce point de vue, bien qu'il soit un parti pris de l'autrice tout à fait volontaire, m'a dérangé dans ma lecture. J'ai éprouvé un certain malaise à « écouter » cette femme se morfondre sur ses « erreurs » plutôt que d'essayer de comprendre et de soutenir sa fille. Et dans le même temps, j'essayais d'imaginer à quel point ce genre de situation peut être compliquée… Une mère fantasme son enfant pendant la grossesse… et ne retrouve jamais son fantasme dans le bébé qui vient au monde. Mais comment s'attendre à ce que son enfant soit à ce point différent de ce qu'on a imaginé ?
Cette lecture n'a pas été évidente, car j'étais perdue entre le malaise ressenti face à certaines réactions de la mère, et l'empathie que je pouvais avoir pour elle en voyant tous les efforts maladroits qu'elle faisait pour sauvegarder la relation avec son enfant. La dysphorie de genre créé des situations très compliquées dans les familles, car si l'enfant a besoin, ce qui est normal, d'être traité selon son identité de genre, il ne faut pas non plus oublier que l'entourage, et dans ce cas précis la mère, doit faire le deuil de l'être connu. Au bout du compte, en avançant dans ma lecture, mes réactions ont évolué. Si j'avais du mal avec les réactions de la mère, je me mettais aussi plus à sa place, essayant d'imaginer la difficulté d'apprivoiser le changement de situation. Je n'ai par contre pas réussi à comprendre ce besoin de chercher ce qu'elle avait mal fait… Qui a-t-il de mal à ne pas être cet enfant fantasmé ? Pourquoi cela serait du à une erreur de qui que ce soit ? La seule explication qui me semble convenir à ce genre de réaction est la pression mise sur les mères à élever des enfants parfaits. Or, c'est bien connu, les seuls parents parfaits sont ceux qui n'ont pas d'enfants !!!
La mère d'Eva est un roman à la fois dérangeant par certains aspects, mas aussi très émouvant. On suit l'évolution de cette mère qui fait tout ce qu'elle peut, même si c'est parfois maladroit, pour soutenir son enfant dans ses démarches pour faire coïncider son identité de genre et son sexe. Jusqu'à se retrouver dans la salle d'attente d'une clinique serbe pendant que son fils est en train de se faire opérer pour enfin être lui. Elle se retrouve seule, loin de ses proches, car c'est la seule solution pour aider son fils dans sa démarche. Malgré toutes les réflexions et réactions qu'elle a pu avoir, elle était prête à se rendre au bout du monde pour le bonheur de son enfant. Bien que j'ai eu beaucoup de mal avec le fait qu'elle persiste à parler de sa fille Eva tout du long du livre, à lui écrire cette lettre au féminin, je reste admirative de cette femme qui se bat pour son enfant.
Les paragraphes précédents ont pu donner l'impression que ce livre est un témoignage, mais il s'agit bien d'un roman, et les réactions de la mère sont des partis pris volontaires de l'autrice, pour faire réagir et réfléchir les lecteur.ice.s. le moins qu'on puisse dire, c'est que ça a marché avec moi. Ça m'a ouvert un nouveau champ de réflexion et de questionnement. Et ça m'a fait ouvrir les yeux sur le fait que même dans ce genre de situations, c'est sur la mère que se reporte trop souvent toute la pression. C'est trop souvent sur elle qu'on jette l'opprobre, y compris lorsque que, comme moi au début de la lecture, on trouve qu'elle ne réagit pas assez vite assez bien.
Merci à SIlvia Ferreri de m'avoir permis d'ouvrir mes perspectives, et de me rendre compte que je ne dois pas, sous prétexte de défendre une minorité, jeter forcément la pierre à ceux qui essaie de faire bien mais se trompent. J'ai l'impression que c'est de plus en plus souvent le cas, notamment sur les réseaux sociaux. Je ne nie pas la violence pour un jeune homme assigné femme à la naissance (ou inverse) d'entendre ses parents s'adresser à lui au féminin, mais j'entends la difficulté pour ces parents de faire le deuil de l'enfant qu'ils pensaient connaître.
Au bout du compte, La mère d'Eva a été une lecture riche et intéressante, tout en laissant une grande part à l'émotion. Je n'ai d'ailleurs pas pu retenir une petite larme aux derniers mots du livre, que la mère adresse à son enfant.
J'ai reçu la version papier de ce livre de la part des éditions Hervé Chopin. Merci à eux pour la confiance.
Lien : https://leslecturesdesophieb..
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Deuxième roman de cette rentrée littéraire lu sur le sujet de la dysphorie du genre mais raconté par un proche. Sur l'idée de départ, il y a sans conteste des similitudes, hasard du calendrier! Pour autant le cri d'amour d'une mère a une résonnance différente. La mère d'Eva attend, attend la naissance d'Alessandro après des années de combat. Elle vient d'une famille de filles, son enfant n'a pas échappé à cette lignée et pourtant très tôt Eva va se démarquer des petites filles.

Pendant ces heures où sa fille se fait "démembrer" cette mère fait une introspection de ces dix-huit dernières années. de l'amour du couple est né une petit fille, un bonheur sans ombre, une relation fusionnelle, où les premiers jours ont été passés dans un cocon à trois puis à deux lorsque le père a repris le travail. S'épanouir dans ce rôle, faire corps avec Eva en la nourrissant, la partie sur l'allaitement m'a vraiment parlé, moi qui allaite toujours ma fille, pouvoir regarder, toucher, sentir ce petit être se nourrir de nous quelle merveilleuse expérience. Les années passent et les premiers signes du mal-être apparaissent. Que faire? le déni? Accepter? Certes mais en espérant que tout rentre dans l'ordre? 

Sylvia Ferreri nous conte l'amour d'une mère, un amour qui fait mal car nous n'engendrons pas nos enfants pour les façonner à notre bon vouloir cependant certains de leur choix peuvent nous être incompréhensibles, mais refuser peut nous éloigner à jamais. Comment supporter voir son enfant au plus mal? Comment l'accompagner sans le trahir? Il n'y a pas de solutions miracles, des erreurs peuvent être commises. Cela remet-il en cause l'amour? Cette mère aime sa fille quoiqu'il advienne, leurs incompréhensions n'en sont que plus difficiles à vivre. Cette introspection est magnifique, elle vibre au plus profond de mon coeur de mère. 

En parallèle, on découvre toute la difficulté de la dysphorie du genre, comprendre, s'accepter, se faire accepter surtout par ceux qu'on aime. Un combat de tous les jours. Toutes ces démarches pour enfin vivre en adéquation avec ce qu'ils sont au plus profond d'eux. le roman relate cela, il me semble avec précision certes avec le regard de la mère mais elle souffre en même temps que sa fille alors leur douleur se fait notre. 

Ce roman est d'une justesse et d'une poésie remarquable, j'ai été bouleversée. Il parle de la vie, des épreuves à surmonter et de l'amour d'une mère pour sa fille, un amour au-delà de tout. Je vous conseille de découvrir ce roman qui pour un premier est une merveille. 
Lien : https://leslecturesdemamanna..
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Je remercie Agnès Chalnot et les éditions HC pour ce service presse.

"Une autre terre, un lieu nouveau, où tu pourras enfin être ce que tu désires et où je pourrais enfin me reposer"

Eva jeune femme de 18 ans est accompagnée de sa mère dans une clinique de Serbie qui va changer sa vie et elle le désire depuis ses 4 ans.
Eva est arrivée par surprise, les médecins disaient que sa mère qu'elle était vieille et stérile, ce qui est terrible en soi, mais elle fût choquée, elle ne voulais pas cette enfant, elle n'était pas prête mais petit à petit, elle fini par l'aimé plus que tout. Eva est très proche de son père, ils sont fusionnels.

Quand au collège, Eva est victime de moqueries, la mère se comporte en lionne qui protège ses petits et rien ne l'arrête.
Depuis toujours Eva se sent homme dans un corps de femme qui la dégoutte. Depuis l'enfance, elle ne porte que des pantalons, sweet et ne joue qu'à des jeux de "garçons". A l'apparition de ses premières règles, ce fût un drame pour elle, quand sa poitrine à pousser, Eva se les bander pour les cacher.

A 16 ans, elle commence à prendre des hormones pour transformer son corps. Elle va jusqu'aller au tribunal pour avoir son opération dont les parents sont contre. La mère se sent coupable, elle pense être une mauvaise mère, se demande si c'est une punition. La famille à vu beaucoup de médecins, psychologue, pédiatre.

La psychologue a mis des mots sur ce qui arrive à Eva : La dysphorie de genre : C'est naître dans un corps qui ne correspond pas à votre personnalité. Un homme dans un corps de femmes et une femme dans le corps d'un homme qui s'identifie de façon obsessionnelle au sexe opposé à celui de l'état civil ou de la biologie.

J'aurais aimé connaître les sentiments d'Eva au fil du temps, son ressenti envers son corps qui change, ses batailles intérieures, ses émotions.
J'ai aimé voir le cheminements des parents pour accepter le faite de perdre sa fille pour retrouver un homme à son réveil. Une histoire émouvante et touchante que je recommande et qui je l'espère fera réfléchir les parents qui devraient accepter le faite que leurs enfants ce sont pas nés dans le bon corps. Et j'espère que les gens qui souhaite se faire ou se fond opérés trouverons la paix qu'ils recherchent tant.

"Je t'ai laissée être ce que tu voulais"
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
Et Radovic [le chirurgien] nous dit que c'était la première demande de la part des femmes-hommes. Supprimer la poitrine, la détruire.
Chez les femmes qui vivent dans un corps qui n'est pas le leur, la poitrine est le premier ennemi à abattre.
(p. 65)
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J'ai toujours pensé qu'il [mon père] ne m'aimait pas beaucoup. Et j'ai cru que c'était parce que j'étais une fille. Comme si c'était ma faute. J'ai toujours cru que si j'avais été un garçon, nous aurions été plus unis. Mais peut-être pas. Il n'était pas dans sa nature d'être proche de quelqu'un. Pas même de ma mère.
J'ai compris tard ce genre d'amour.
(p. 38)
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Je n’avais jamais aimé le genre humain et je m’en éloignais chaque jour davantage. Sauf que mes raisons avaient changé. J’avais ajouté la colère, l’indifférence, l’ennui. Et surtout, j’avais ajouté la peine au désamour. L’être humain me faisait de la peine. Je regardais les gens, j’observais les visages, je les scrutais, je cherchais leur croix dans les regards. Mais chez elle, je ne vis rien. Aucune douleur qui la rapprochât de moi. C’étaient les personnes qui me faisaient le plus peur. d’où leur venait une telle assurance ? Quelle charme protégeait leurs vies pour qu’elles se comportent avec une telle insolence ? Elle n’imaginait pas qu’un jour, cela pouvait lui arriver aussi ? Un enfant mort, disparu, violé, castré, pédé ? Non, la vie n’aurait pas de surprises pour elle. Les autres, c’était nous. Eux, ils avaient des routes droites, des vies idéales, des enfants parfaits. (p. 195)
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Je suis là, Eva, je suis à côté de toi. Je suis assise dans le couloir froid à côté du bloc opératoire où tu es étendue, nue, pour la première fois fille, enfant, femme.
Tu ne m'entends pas et tu ne me vois pas mais je suis là. Je ne te quitte pas. J'ai promis de rester jusqu'à la fin et je suis là. Je t'ai amenée au bout du monde poir te faire démembrer comme un agneau sacrificiel et je vais rester là jusqu'à l'accomplissement de ce sacrifice extrême. Jusqu'à ce que tu sois plus toi et qu'il y ait à ta place un être nouveau.
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Nous avons appris à nous connaître au cours de cette année de vie dans deux pays différents. Pour la première fois je l’ai vue comme un être humain et non comme un rôle, une règle, une figure fixe et immuable. Elle me dit que je lui manquais et c’est la chose la plus affectueuse qu’elle soit jamais parvenue à me dire. A l’époque, je croyais qu’entre parents et enfants il n’était pas nécessaire d’exprimer des sentiments. Que le lien lui-même était suffisant. Je sentais un manque quelque part, un vide, mais j’ai compris plus tard seulement ce que c’était. J’ai compris qu’être aimé par ses parents n’est pas la même chose que se sentir aimé. L’affection qui semble évidente pour les adultes ne l’est pas du tout pour les enfants. Être aimé et se l’entendre dire fait toute la différence dans la force dans laquelle vous affrontez le monde. Entendre votre mère vous dire qu’elle vous aime et que vous êtes ce qu’elle a de plus précieux au monde n’est pas la même chose que le supposer. (la narratrice parlant de sa mère, p. 73)
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