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EAN : 9782260017691
360 pages
Julliard (06/02/2014)
2.57/5   37 notes
Résumé :
Un homme, un jour, se décide à vendre quelques livres de sa bibliothèque. Chez le soldeur, il croise une jeune femme qui le subjugue. Il voudrait la revoir. Elle lui propose un pacte. Elle lancera un mot comme on lance un défi, et lui devra rassembler les livres autour de ce mot, les lui raconter et s en défaire pour n'en garder qu'un. Pour elle.
Le trajet chez le soldeur devient un rite, bientôt une obsession, et il se sépare de tous les livres qui ont nourr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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Comme une autobiographie par les livres ....

"Peut-être craigniez-vous qu'un livre sur les livres n'apparaisse que comme une coquetterie ? Vous avez donc imaginé un double inversé : il est homme, je suis femme ; il est âgé, elle est jeune; lui parisien, elle banlieusarde; il a baigné dans la culture, elle y a accédé... (...) Aviez-vous donc si peur, une fois de plus, de vous retrouver face à vous même pour éprouver le besoin de me prendre en otage de monologues à peine travestis en dialogues ? Doutez-vous tant de vous qu'il vous faille,
chaque fois , multiplier les leurres ?
C'est pourtant un beau livre que celui que vous auriez pu écrire. Un homme se déprend de lui-même. Il cherche sa vérité, et l'attaque comme un sommet, par sa face la plus périlleuse. Sa vie se confondait avec les livres ?
Alors quelle est-elle , sans eux ? Que va-t-il découvrir derrière sa bibliothèque, quand il l'aura vidée ? Lui ? Ou rien ? Il ôte, un à un, les vêtements qui furent les siens jusqu'à faire corps avec lui. mais y-a-t-il un corps sous ces oripeaux ?
Il s'était constitué par les livres, c'est par les livres qu'il se destitue. "(p. 349)


Ce roman (ou autofiction) de Michel Field avait tout pour me plaire; je l'ai acquis en juin 2014; je l'ai débuté aussitôt, abandonné, repris, ré-abandonné: pour la einième fois, je le reprends, décidée à en venir à bout . Tous les "ingrédients" étaient présents pour m'emporter dans cet amour des livres, cette passion même ...et une très vaste culture dans les domaines les plus variés, l'esprit possessif de l'auteur pour sa vaste bibliothèque, reflet des rencontres, d'apprentissages marquants qui ont nourri , construit son être, sa personnalité, affiné ses goûts...

"Depuis des années, sa bibliothèque s'était peu à peu imposée comme l'interlocutrice privilégiée de son existence. Elle était à la fois sa compagne, sa confidente, sa meilleure amie. Sa mémoire, puisque chaque période de sa vie était déposée là, sur quelque étagère. Son présent, la chose allait de soi. Et son avenir: chaque livre en appelait un autre, toute lecture exigeait une suivante et, plus il lisait, plus l'infini de ce qu'il n'avait pas lu, qui eût pu l'accabler, l'invitait au contraire à intensifier sa quête. Elle avait fini par avantageusement remplacer son rapport aux autres." (p.15)

Parvenu à un certain stade de son existence, il eut besoin de faire le point, de se "déprendre" de cette accumulation d'ouvrages.

Pour ce, il commence à se rendre chez un soldeur, pour vendre ses livres... Dans la queue des clients-vendeurs, une jeune femme l'accostera, et lui proposera un drôle de jeu: elle lui donnera un mot ou une idée... et il devra lui proposer un choix d'un ou de livres sur le sujet , et s'en séparer...! s'ensuivent des échanges énigmatiques, séduction, mises à distance...

Alors pourquoi ai-je abandonné cet ouvrage autant de fois ? Je ne parviens pas à saisir la vraie raison de ce manque d'accroche ...Peut-être la trop forte sensation du côté factice de ce dialogue et jeu entre cette jeune femme et notre "vieux" narrateur ! et quelques longueurs dans les digressions ( lorsque, je l'avoue, les thèmes m'intéressaient de façon moindre !)

Sinon, il est vraiment plaisant de voir la multitude d'ouvrages, d'auteurs lus, aimés par Michel Field sur les sujets les plus larges... une impression de familiarité et de rappels de souvenirs de mon propre parcours de libraire, de lecteur boulimique avec des maisons d'édition appréciées [ dont NEO , Nouvelles éditions Oswald...que l'on trouvait déjà chez les soldeurs, alors qu'il y avait des auteurs étrangers importants... Je me rappelle, entre autres "Des Bûcherons" de Thomas Hardy ]
Certaines de ses préférences croisent les miennes comme Panaït Istrati, Jack London...

"Il voulait maintenant comprendre ce que signifiait une bibliothèque. Ce que voulait dire cette succession d'actes, acheter, lire, garder, classer, accumuler, se laisser envahir par les livres. Il voulait maintenant savoir ce qu'on pouvait apprendre de quelqu'un en lisant sa bibliothèque : sa vie ? Son fantasme de vie ? Les regrets d'une vie ? "(p. 249)

Michel Field parle de boulimie, de lecture de plusieurs ouvrages, en simultané, mais aussi des multiples questionnements, hésitations pour classer au mieux "nos bibliothèques" ... Lecture plaisante et enrichissante , qui rend hommage à quasiment tous les genres et toutes les disciplines ! Hommages aux Livres et aux Lecteurs boulimiques !!

"C'est peut-être ça, une bibliothèque. mais tout aussi l'inverse. Une manière de poursuivre le dialogue avec les morts, de les faire revivre, de mettre ses pas dans les leurs. de sauvegarder le lien. Ces livres délaissés, comme mis à l'index dans cette petite pièce désolée, n'attendaient qu'une chose. Qu'on les ouvre à nouveau. Qu'on les parcoure . La lecture, chaque fois, comme une résurrection. Comme un défi aux morsures du temps qui passe."
(p. 276)

Joyeuse d'avoir enfin lu cet ouvrage, qui est comme une conversation complice et stimulante sur toutes nos folies et excès face à nos attachements démesurés aux livres... C'est aussi une invitation à l'éclectisme et à la tolérance !...

D 'abondantes remarques judicieuses sur ce que peut représenter une bibliothèque, à quel(s) cheminement (s) individuel (s) renvoie(nt)-telle ?

Comme un livre de chevet, que l'on peut reprendre au hasard, relire tel ou tel passage...retrouver des mini-bibliographies, des références oubliées ou méconnues!
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L'idée me séduisait (la couverture aussi), mais je ne suis pas totalement convaincue.

L'auteur aborde les raisons qui peuvent expliquer pourquoi nous, lecteurs assidus, éprouvons ce besoin de garder nos livres, de les stocker, de les classer, de les regarder, sans forcément les relire d'ailleurs. Pourquoi, à d'autres moments, pouvons-vous décider de nous en séparer? Et comment? Selon quels critères? Avec quels souvenirs, avec quels regrets?

Il aborde plusieurs thèmes, comme autant d'étagères : ses souvenirs et lectures d'enfance, ses études, les lectures dites sérieuses et celles de détente. Bien sûr, un grand nombre de références m'étaient inconnues, ce qui ralentissait ma lecture. Bien sûr, certaines thématiques (la politique, par exemple) ne m'intéressent pas, et j'avoue avoir alors sauté des pages (mais Pennac a dit que l'on pouvait!). Je fus davantage intéressée par les sections cuisine, polar (où je me suis amusée à retrouver d'anciennes lectures, et où est mentionnée par exemple La Ligue de l'imaginaire, de Chattam, Thilliez, Giacometti et d'autres), ou celles relatives à Paris ou encore à l'enfance (où j'ai failli pleurer en pensant que je peine parfois à faire lire (et comprendre) 3 pages à mes élèves alors qu'il évoque ses souvenirs du Comte de Monte-Cristo, entre autres...).

J'ai appris pas mal de choses, découvert des anecdotes intéressantes ou amusantes (l'existence d'une annonce nécrologique officielle concernant Hercule Poirot, que j'ignorais totalement, honte à moi ! ), souri à plusieurs reprises en me reconnaissant dans le personnage (ses prises de tête sur le meilleur classement : alphabétique? chronologique? thématique?, ses humeurs sur les bibliothèques design qu'il faudrait ne pas défigurer en y posant des livres, la disposition des étagères Billy qui relève parfois d'un tetris géant à travers l'appartement, la nouvelle littérature scandinave qui fait ressembler les catalogues des maisons d'édition à un catalogue ikea...).

Oui, j'ai souri. Mais j'ai regretté de nombreuses longueurs sur des thèmes qui ne me passionnaient pas (je plaide coupable), donnant parfois l'impression d'un étalage de culture quelque peu rébarbatif et qui m'a un peu gênée. D'autre part, j'ai eu beaucoup de mal à accepter que le narrateur, qui accumule des milliers d'ouvrages depuis des décennies sans jamais s'en séparer, change son fusil d'épaule aussi facilement, aussi rapidement. Cela manquait, pour moi, d'un entre-deux, d'une étape intermédiaire. A moins que je ne fasse là que projeter la souffrance qui serait la mienne si je devais me défaire de mes (pourtant nettement moins nombreux) trésors?

Une impression en demi-teinte donc, même si ce fut un bonheur de plonger avec le narrateur dans certains souvenirs communs, dans certaines lectures oubliées et qu'il a fait revivre sous mes yeux. La réflexion qui sous-tend le roman est intéressante et parlera certainement à un grand nombre de lecteurs qui, comme moi, manquent cruellement de place et de compréhension conjugale ;) Mais non, décidément, je ne peux pas envisager de vider mes bibliothèques...
Lien : http://margueritelit.canalbl..
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Un homme, un jour, se décide à vendre quelques-uns de ses livres chez un soldeur bien connu à Paris (on reconnaît la librairie en trois boutiques du Bd Saint-Michel...). Il affronte la queue en extérieur, les étages sordides, l'accueil goguenard ou désagréable des « blouses grises » quand soudain son regard est accroché par une jeune femme qui lit en attendant son tour. Vaguement androgyne, look décontracté et chevelure sombre, il extrapole rapidement et s'en fait une certaine idée. Ayant parfaitement senti l'intérêt qu'il lui porte, elle lui propose un jeu étrange : s'il veut la revoir et nouer une histoire avec elle, il devra apporter des livres de sa bibliothèque choisis en fonction d'un mot donné par elle, lui raconter ces livres et en choisir un qu'il lui offrira. le premier mot sera « enfance ». Et l'homme de rassembler des livres lus dans son enfance, chargés de souvenirs et d'émotion, hésitant sur ceux qu'il va abandonner pour elle, sur celui qu'il lui offrira.

Ainsi, progressivement, sa bibliothèque va se vider, au rythme des exigences de la belle. Jeu de séduction un peu pervers, douloureux (elle l'oblige à de cruels renoncements sans toutefois lui offrir ni sa présence ni son attention, encore bien moins son amour). L'écriture se fait incisive, charnelle, érudite, et nous entraîne dans des méditations sur la bibliothèque et son principe de rangement, sur le sens des mots et des idées, sur les grands « genres » littéraires (la part est belle consacrée à l'érotisme!), sur la charge affective portée par chacun des livres que nous gardons soigneusement.
Michel Field se garde d'un passage en revue des auteurs qui serait fastidieuse et pontifiante, il accorde une place essentielle au département « philosophie » de sa bibliothèque (et pour cause). Il écrit avec facilité et humour (même si certains jeux de mots sont bien un peu lourdauds) et nous réserve une belle « chute ».
J'ai particulièrement apprécié le chapitre consacré à Paris et l'on sent bien que nous avons affaire à un homme né dans un milieu « bobo »et intellectuel, dans l'Ile Saint Louis, petit garçon à qui on offrait pour ses sept ans deux livres consacrés à Chopin et à Lully. C'est ce côté un peu « nous sommes entre gens intelligents et érudits » qui peut agacer par moments mais bon...il s'agit certainement du personnage, pas de l'auteur !

J'apprécie bien aussi le passage sur ce paradoxe de la philosophie qui veut que les ouvrages de commentaires et d'exégèse dépasse très largement en nombre de lignes et en poids les textes qui leur ont donné lieu.
En dépit de certains passages un peu indigestes (notamment celui consacré aux livres de cuisine...), c'est un livre à la fois plaisant et intéressant, notamment pour son approche de la création littéraire et du lien auteur-personnage.
Il raconte comment Agatha Christie fit mourir Hercule Poirot et annoncer sa mort dans le New York Times du 6 août 1975. Cinq mois plus tard elle mourait à son tour : la revanche des personnages sur leurs auteurs.

Merci à l'inconnu qui a mis à disposition les épreuves non corrigées de ce livre dans un lieu qui m'a été accessible !

Pour moi : chute étonnante : dans une dernière lettre remise au narrateur, la femme révèle qu'elle n'est qu'une création littéraire de cet homme, l'histoire n'est donc qu'une supercherie, il n'y a pas de roman, mais une réflexion sur la création littéraire et le lien qui unit le narrateur et son personnage.



« A la question stalinienne d'hier - « le pape, combien de divisions ? » - était venue se substituer la question télévisuelle d'aujourd'hui - « l'auteur, combien de rééditions ? ».
Sur Paris : « La ville comme une bibliothèque dont les artères seraient un entrelacs d'étagères disposant ses vivants volumes au gré des nécessités de l'histoire et des impromptus de la fantaisie, proposant au lecteur-promeneur son univers de signes, qui emprunterait un livre comme il emprunte une voie, pour ses voix où les mêmes mots ne disent jamais la même chose. »

Une info importante : le chausseur Louboutin situé Passage Véro Dodat et l'explication de sa semelle rouge : reproduire le trait de rouge à lèvres gras observé chez une collaboratrice et s'en servir pour égayer la chaussure noire ! 
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Je crois que pour aimer ce livre, il faut aimer se triturer les méninges !
Ici l'histoire n'est qu'un support pour servir le discours sur la passion que peut engendrer la littérature, mais pas que...
Il ne faut pas s'attendre à une intrigue forte sous peine d'être rapidement déçu. L'intérêt est ailleurs et croyez-moi, il y en a !

"Le soldeur" n'est pas destiné seulement aux passionnés de littérature car le livre est traité comme le reflet du monde, des Hommes et de leurs relations dans notre société. Dans cette histoire, le livre est en quelque sorte l'arbre qui cache la forêt. le narrateur parle du livre car c'est sa zone de confort, mais de son rapport aux livres, de ses goûts littéraires, de sa façon de ranger les livres découle toute sa personnalité. Lorsqu'il dépeint ses lectures, il dépeint son caractère et au delà de lui, par recoupement, le nôtre ou celui de notre voisin.

Il y a dans ce livre énormément d'émotion et d'amour. L'émotion est contenue, elle m'a plu car il fallait sans cesse imaginer le ressenti réel du narrateur. Il va parler de tel livre qu'il a aimé lire, qui a acquis une valeur affective, dont il peine à se séparer, puis il le liquide sans effusion. Ce flou artistique, ce décalage entre un objet auquel on tient et celui qu'on jette laisse une grande liberté d'interprétation au lecteur, j'ai trouvé cela agréable.
Quant à l'amour, c'est un amour peu commun à traiter que celui du livre. L'auteur choisit d'en parler comme d'une curiosité à deux faces. Il y a le livre face A, l'objet qu'on expose dans une bibliothèque et le livre face B dont on s'empare, dont on tourne les pages et qui nous nourrit. Que faut-il privilégier ? Les yeux ou l'esprit ? le plaisir des yeux n'est pas grand chose finalement car si les livres s'entassent, ils encombrent, alors qu'ils pourraient servir à d'autres.

Finalement, l'auteur soulève beaucoup de questions. S'ensuit un raisonnement quasi philosophique sur la représentation du livre : est-il synonyme de partage ou est-ce un plaisir strictement égoïste ? C'est très intéressant de suivre la lecture sous cet angle.

Le bémol que j'émets toutefois, c'est la longue liste des ouvrages en fonction de leur édition, la couleur de leur couverture. Les plus érudits s'en sortent, les lecteurs comme moi ont tendance à s'y perdre. J'aime lire, mais je ne lis apparemment pas suffisamment pour tirer une quelconque satisfaction quand on m'évoque l'esthétique d'une édition en particulier.
C'est le seul inconvénient du Soldeur: plus on est en phase avec les goûts de l'auteur, plus on tire plaisir à se balader dans sa bibliothèque.
D'un autre côté, l'incroyable talent de l'auteur, c'est de réussir à nous embarquer même quand on n'est pas en phase avec ses lectures.
C'est un livre dans lequel il faut se plonger sans a priori pour en saisir toutes les subtilités et surtout ne porter aucune attention particulière à l'histoire entre le narrateur et l'inconnue en elle-même car elle n'est qu'un fil conducteur.
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Voilà exactement le style de livre qui a le don de me désespérer, car il est à la fois tout ce que j'attends d'un texte, à savoir secouer, provoquer et stimuler la découverte, et à la fois terriblement déprimant, voire humiliant, car jamais en toute une vie je n'arriverai à lire autant que Michel Field…

Donc un homme solde sa bibliothèque. Fait le vide. Mais avant il détaille par thèmes tous
ses livres classés soigneusement (et non entassés comme chez le lecteur lambda):
philosophie, Paris, cuisine, sport, les bouquins sur Carla et les autres, et j'en passe.

C'est étourdissant d'érudition, brillant, virevoltant, à l'image de Michel Field lui-même.

On passe de Bourdieu aux macarons de Pierre Hermé. On souffre de voir s'entasser dans des cartons les livres d'enfance, la bibliothèque du vieil oncle, les dictionnaires et en même temps on se dit qu'on devra bien y passer aussi, un jour, et se désencombrer après avoir caressé avec nostalgie chaque couverture.

Donner, vendre, faire circuler, partager. Une belle leçon. Et en même temps une question : lire moins, mais mieux, n'est-ce pas préférable ? Une petite bibliothèque d'indispensables chez soi, et pour le reste, emprunter, méditer, laisser infuser les pages au lieu d'être boulimique… Non ?
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
Depuis des années, sa bibliothèque s'était peu à peu imposée comme l'interlocutrice privilégiée de son existence. Elle était à la fois sa compagne, sa confidente, sa meilleure amie. Sa mémoire, puisque chaque période de sa vie était déposée là, sur quelque étagère. Son présent, la chose allait de soi. Et son avenir: chaque livre en appelait un autre, toute lecture exigeait une suivante et, plus il lisait, plus l'infini de ce qu'il n'avait pas lu, qui eût pu l'accabler, l'invitait au contraire à intensifier sa quête.
Elle avait fini par avantageusement remplacer son rapport aux autres. (p.15)
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Il y avait du Diderot dans cet homme-là (Gaston Bachelard) et dans sa volonté de ne pas laisser la rationalité scientifique écraser l'imaginaire. Comme Denis, capable de rédiger les articles de l'Encyclopédie, mais aussi d'en dessiner les planches, et encore d'en rédiger les légendes- faisant ainsi de l'ouvrage phare des Lumières une étonnante anticipation d'Internet dans sa volonté d'offrir à tous la quintessence du savoir, et dans son souci de permettre à chacun de se frayer un chemin comme il voudrait ou comme il pourrait, soit par les textes, soit par les images, soit par leur dialogue...(p. 102)
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C'est peut-être ça, une bibliothèque. mais tout aussi l'inverse. Une manière de poursuivre le dialogue avec les morts, de les faire revivre, de mettre ses pas dans les leurs. De sauvegarder le lien. Ces livres délaissés, comme mis à l'index dans cette petite pièce désolée, n'attendaient qu'une chose. Qu'on les ouvre à nouveau. Qu'on les parcoure . La lecture, chaque fois, comme une résurrection. Comme un défi aux morsures du temps qui passe. (p. 276)
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Peut-être craigniez-vous qu'un livre sur les livres n'apparaisse que comme une coquetterie ? Vous avez donc imaginé un double inversé : il est homme, je suis femme ; il est âgé, elle est jeune; lui parisien, elle banlieusarde; il a baigné dans la culture, elle y a accédé... (...)
Aviez-vous donc si peur, une fois de plus, de vous retrouver face à vous même pour éprouver le besoin de me prendre en otage de monologues à peine travestis en dialogues ? Doutez-vous tant de vous qu'il vous faille, chaque fois , multiplier les leurres ?
C'est pourtant un beau livre que celui que vous auriez pu écrire. Un homme se déprend de lui-même. Il cherche sa vérité, et l'attaque comme un sommet, par sa face la plus périlleuse. Sa vie se confondait avec les livres ? Alors quelle est-elle , sans eux ? Que va-t-il découvrir derrière sa bibliothèque, quand il l'aura vidée ? Lui ? Ou rien ? Il ôte, un à un, les vêtements qui furent les siens jusqu'à faire corps avec lui. mais y-a-t-il un corps sous ces oripeaux ?
Il s'était constitué par les livres, c'est par les livres qu'il se destitue. (p. 349)
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L'inutile accélération du temps effréné de la consommation avait une conséquence sur les mots eux-mêmes: on parlait de plus en plus par sigles et par abréviations, comme si la patience de nommer les choses était en elle-même une perte de temps. Là encore, le livre résistait. (p.22)
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