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EAN : 9789973580450
392 pages
Éditeur : Elyzad (24/05/2012)
3.68/5   11 notes
Résumé :
Tunisie, 2008, ciel bleu, âmes grises. Pègre et politique ont scellé leurs épousailles, l'affairisme tient le haut du pavé. Non loin de Bizerte, un village qui se meurt en silence où des jeunes embarquent pour l'Italie, les soirs sans lune. Dans une maison, au bout d'une corniche déserte, deux hommes et une femme se trouvent réunis : Rached, jeune fonctionnaire cupide et désinvolte, Naceur, ingénieur dont la vie, un jour, bascula, et Michkat, avocate en quête de rep... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Mimeko
  17 octobre 2019
A Tunis, Michkat, la quarantaine, avocate et divorcée, s'occupe de sa mère qui commence à perdre la tête... Dégoutée par les compromissions et les magouilles de son patron, elle démissionne et s'interroge sur son avenir. Il y a bien un endroit où elle pourrait faire le point, la maison de famille en bord de mer, un lieu chargé de souvenirs, qu'elle souhaite retaper.
Au même moment, Rached, est contacté par Mansour - un homme qui semble disposer d'un réseau politique solide et étendu - pour trouver un endroit calme pour y héberger un certain Naceur, qui vient de sortir de prison. Ses recherches l'amène vers cette petite maison en bord de mer qui semble inhabitée et que le gardien voisin propose de louer empochant le loyer pour son compte...Une cohabitation commence entre Rached et Naceur, dans une sorte de résidence sous surveillance, accompagnée par la famille du gardien qui se charge de faciliter la vie des deux hommes dans cette cohabitation forcée.
Ouatann - qui signifie pays, patrie et foyer - est une confrontation de plusieurs personnages dans un lieu unique, la petite maison de famille, réquisitionnée sans que la propriétaire n'ait été prévenue mais le sujet du roman est ce huis clos mystérieux entre deux personnages dont on apprend au fur et à mesure le passé et les motivations. Des personnages, archétypes de la Tunisie d'avant la révolution de jasmin, qui représentent des corrupteurs et corrompus, affairistes et hommes de main...La famille du gardien, elle, représente cette Tunisie pauvre, instruite mais exploitée dans un contexte de chômage élevé et Michkat, symbolise la femme tunisienne, émancipée universitaire qui s'interroge sur son devenir et sur ses choix de vie.
Ouatann est un récit très intéressant sur le plan historique, Azza Filali s'empare de personnages qui représentent à la fois cette Tunisie engluée dans la corruption, l'affairisme, et la Tunisie des combines souvent nécessaires pour permettre aux plus démunis de survivre...
Ouatann est donc un récit instructif avec toutefois un bémol, une fin un peu bâclée et expéditive, mais j'ai apprécié l'aspect politique et historique du roman.
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zazy
  15 juin 2012
Ce livre voyageur est arrivé chez moi sur le dos d'une comète, Venant de chez Philisine et je les en remercie.
Les livre de la collection Elyzad sont toujours de bonne qualité, celui-ci ne déroge pas à la règle. La couverture est symptomatique des petits cafés tunisiens : dessins au mur et chaises hétéroclites sur la terrasse. Merci pour cette qualité et votre exigence.
La première page à peine commencée, nous nous trouvons devant une tentative de corruption de fonctionnaire. Michkat, avocate, divorcée, travaille pour un grand cabinet et son illustre patron n'est pas le dernier dans ce monde de requins pas blancs du tout. « Aucun doute, cette transaction est une escroquerie absolue : dans un quartier d'affaires, quelques maisons branlantes, entourées de buildings où on fait de l'argent. Démolir les maisons, édifier un centre de loisirs : boutiques, cinémas, salles de sport…. Pour cela, il faut que les autorités acceptent de déloger les propriétaires qui refusent de… euh, quitter leurs maisons. » Lassée par tout ça, elle démissionne de son poste et cette vacuité va peu à peu l'emplir. le chapitre suivant nous présente Rached, marié, mais mal, père de 2 jumelles s'ennuie dans sa vie de petit fonctionnaire et sa vie tout court. La rencontre « opportune » avec Mansour va changer radicalement sa vie. Plus tard, il y aura Naceur, homme d'affaires en délicatesse sortant de prison. Michkat va se trouver au milieu de tous, je ne vous dévoilerai pas pourquoi et cela va lui ouvrir ‘esprit et changer sa vie.
Rached va se retrouver « baby-sitter » ou grande-chiourme de Naceur, à Bizerte, dans une villa oubliée au bord de la mer « Personne ne vous a parlé de la villa qui est la pointe de la corniche ? » Soyez rassuré, cette maison le gardien la loue au black, il faut bien vivre ! Les propriétaires n'en savent rien, mais ce n'est pas grave, il suffit de se cacher lorsqu'elle vient chercher l'argent. Voici nos deux hommes en tête à tête, essayant de s'apprivoiser sans vouloir s'attacher. Drôle d'ambiance. Autour d'eux gravitent le gardien et ses deux fils tous aussi véreux qui comblent le vide de leurs vies sans travail pour l'un par les prières et pour l'autre par les magouilles et le jeu.
Ce petit bout de Tunisie est le royaume des chômeurs « j'ai une gueule à boulot ? Moi, Lazhar, ou les autres, ceux qui sont assis au café toute leur vie ! On est interdits d'existence, tu le sais bien ! Voilà des lustres qu'aucun responsable de Tunis n'a mis les pieds ici, même pour nous raconter des bobards ! Les seuls à débarquer sont des mafieux qui viennent nous doubler pour les traversées ; comme aucun de nous n'osera les vendre, ils font leur beurre sur le dos des gamins, puis réintègrent Tunis et remettent leur beau costume plein de respectabilité. » Abderrazak résume la situation dans un cri de désespoir.
Le désespoir, un invité incontournable de ce beau livre. Que faire, que dire lorsque l'espoir s'en est allé ? Voici donc le règne de la débrouille, des petits boulots, des arnaques, de la corruption, même, et surtout, dans l'administration.
La mer, il y a la mer… Porteuse des espoirs les plus fous pour ceux qui prennent un bateau clandestin pour rejoindre l'Italie via la Sicile… mais qui souvent, se feront prendre car la guerre est rude, mafieux et policiers peuvent s'entendre sur le dos d'un concurrent La mer est là, le jeu également, qui permet à Rached de survivre, de pimenter sa vie et, pour d'autres, de survivre.
Je l'ai déjà dit, mais j'espère que le printemps arabe n'amènera pas un long hiver sur la Tunisie. J'aimerais beaucoup que la notion de Ouatann ne soit plus synonyme de désespérance et de fuite à l'étranger.
Azza Filali est capable de nous parler du désespoir sans pathos. Un livre que l'on ne peut lâcher l'intrigue est très bien menée, les personnages vrais. J'avais déjà beaucoup apprécié sa nouvelle dans « Vingt ans pour plus tard ». Elle a toujours cette petite lucarne que l'on peur appeler l'espérance. Un très bon livre et, encore, un coup de poing dans le coeur.

Lien : http://zazymut.over-blog.com..
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Dosamuse
  09 avril 2015
Une révélation ! Je ne suis pas sure de pouvoir parler de ce livre tellement l'impression qu'il m'a laissé est particulière. Tout ce que je peux dire c'est que depuis sa lecture, je l'ai offert à sept reprises.
Les auteurs francophones ont, selon moi, une tendance à en faire des tonnes au niveau de la langue, des phrases interminables, des mots trop savants, à en rendre la lecture fastidieuse. Avec Azza Filali, la plume est agréable, fluide.
L'histoire est sublime car on y distingue parfaitement ce ras le bol des Tunisiens face à la corruption, au chômage, à ce pays qui roulait à deux vitesses. Je pense que ce sont ces raisons qui ont poussé les gens dans la rue le 14 janvier 2011, j'en faisais partie. Et ce roman rappelle parfaitement ces raisons, liberté et dignité, c'est pour ça qu'il est à lire car beaucoup semblent oublier pourquoi les Tunisiens se sont 'révoltés'.
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Norlane
  19 janvier 2020
Une douceur mélancolique ; du suspense - il y a quelque chose de l'enquête, ce n'est pas le huis-clos de 2 jours suggéré par la 4e de couverture ; la Tunisie contemporaine (avant la chute du régime de Ben Ali) où la mer et le ciel ne sont pas toujours bleus, où les rêves sont l'argent et le départ, où les couples divorcent et des femmes se demandent si le tissu doit atteindre les orteils ou les chevilles, où les études ne servent à rien, plus tournée vers le Canada et l'Italie que vers la France ; de l'humour ; une écriture qui donne envie de copier plein de citations ; une interrogation sur les "chez-soi" et ce qu'on en fait.
La couverture m'a attirée, l'intérieur était à la hauteur.
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kathel
  16 décembre 2015
Les trente premières pages de ce roman nous mettent en présence de Michkat, une jeune avocate d'un cabinet de Tunis, aussi désabusée par ce que son patron lui demande de faire, que déçue par sa vie privée. Alors qu'on commence à s'attacher à cette jeune femme, le roman opère un tournant pour présenter Rached, un jeune fonctionnaire manquant de scrupules. Puis un second tournant nous mène à Nabeul, dans une villa en bord de mer, où les personnages se retrouveront au travers de remises en question, autant que d'épisodes mouvementés.
Ce roman peut paraître un peu déroutant dans la mesure où il est d'un genre indéterminé, mi critique de société, mi roman choral, mi roman noir, mi roman de formation… Mais l'ensemble de toutes ces moitiés (!) fonctionne bien et évoque avec précision et virtuosité la Tunisie contemporaine. J'ai aimé la manière qu'a l'auteur de nous faire rentrer dans l'intimité de ses personnages, sans lasser ni égarer par la multiplicité des portraits. Son style est tout à fait agréable à lire, son français coloré et évocateur.
Sous la légèreté de surface, paraît le désespoir profond des jeunes sans travail ni avenir. L'histoire se passe en 2008, et je souhaite qu'un peu d'espoir soit revenu dans le quotidien des jeunes tunisiens de maintenant. L'auteure ne cache rien de l'attrait irrésistible de l'Europe, de la dépression qui envahit tous et tout, des multiples combines et magouilles pour survivre. Celles-ci, associées à l'humour de certaines situations et à la vivacité des dialogues, évoquent un peu les romans de Iain Levison.
Bref, une très intéressante lecture, à l'opposé de certains romans français nombrilistes et/ou larmoyants que je ne citerai pas.
Lien : https://lettresexpres.wordpr..
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
DosamuseDosamuse   12 août 2013
- C'est quand même bizarre que tu ne saches pas mettre un sefsari, tu n'as pas eu de mère ?
- Bien sûr que j'ai une mère, mais grâce à Dieu, elle porte le hijab comme mes tantes et mes soeurs.
- Elles doivent être sourdes comme toi...Avec le drap qui te lange le crâne, tes oreilles sont hors réseau
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MimekoMimeko   14 octobre 2019
La chambre, scrupuleusement rangée, est triste, comme lorsque la vie est partie laissant derrière elle, l'odeur rance des histoires terminées; au mur, une photo de maman, sur la terrasse de la maison de la plage.
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MimekoMimeko   09 octobre 2019
Il fit une pirouette : "Reste un point : que faire de ce pays?" L'homme se gratta pensivement le menton. "Voyons, on pourrait le fermer pour "non-conformité aux normes en vigueur", ou en faire une maison de retraite pour les vieux d'Europe, on pourrait même le rendre aux Français, ça leur ferait de la place pour leur ferrailles maritimes, qu'en penses-tu ?
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DosamuseDosamuse   15 août 2013
Chaque mois, j'établis la liste des meilleures pâtisseries, selon le plaisir conféré par chacune, puis la liste est remaniée au gré de mes pérégrinations et des nouvelles trouvailles. Au fond de ma gorge, entre langue et palais, Tunis déploie une géographie intime et savoureuse qui me comble.
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DosamuseDosamuse   18 août 2013
Je te propose de trinquer à nos épouses pratiquantes, frigides et momifiées avant l'heure... Que Dieu leur pardonne d'avoir bousillé leurs vies et, accessoirement, les nôtres !
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Video de Azza Filali (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Azza Filali
La romancière Azza Filali était l'une des invitées de "Maghreb-Orient Express" ce dimanche 16 novembre 2014. Elle a publié aux éditions Elyzad "Les Intranquilles" dans lequel ses personnages évoluent dans la Tunisie de l'après Ben Ali, une période de turbulences juste avant les premières élections libres. TV5 Monde
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