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Jacques Tournier (Traducteur)
EAN : 9782253052296
414 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/01/1990)
  Existe en édition audio
3.91/5   829 notes
Résumé :
Tendre, la nuit ne le fut que brièvement pour les héros de ce roman, chez qui l'on pressent dès le début une fêlure qui laisse présager la chute. L'évolution est implacable, orchestrée par un récit impeccablement construit, efficace et délivré à travers plusieurs points de vue, dont l'alternance est motivée par la présence successive des protagonistes au devant de la scène. Bien plus que le roman autobiographique du couple légendaire Francis Scott et Zelda Fitzgeral... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (97) Voir plus Ajouter une critique
3,91

sur 829 notes

Myriam3
  08 novembre 2015
Installez-vous confortablement, baissez la lumière, le film commence. Un hôtel et sa plage, sur la Côte-D'azur, les années 20, images en noir et blanc. Une jeune starlette chaperonnée par sa mère débarque, en maillot, tapant dans l'oeil d'une bande de jeunes et riches Américains, comme elle. Parmi eux, les Diver, Nicole et Dick. Rosemary tombe tout de suite amoureuse de Dick. Elle le dit à sa mère, qui l'incite à s'affranchir et à vivre l'aventure. Elle le dit à Dick, aussi.
Soirées-champagne qui se finissent par un duel, un vrai; virée à Paris et fréquentation des meilleurs bars, bagarres, shopping dans les boutiques de luxe... tout serait parfait si, dans l'intimité du couple Diver, il n'y avait pas ce poids, ce secret, la maladie mentale de Nicole. Et son besoin absolu de Dick pour exister. Quant à Rosemary, même si elle disparaît assez rapidement de l'intrigue, elle se fait le fil conducteur, implicite, du roman et elle seule semble garder une sorte de maîtrise et de calme qui manquent à tous les autres personnages.
Je n'aime généralement pas ce genre de milieu, mais le récit, très cinématographique, loin d'être lisse et harmonieux, est au contraire saccadé, marqué de violences et de bipolarités. Le couple Diver est fascinant, et très certainement inspiré du couple de l'auteur lui-même. Les personnalités magnifiquement décrites, surtout celle de Dick absolument sans concession. On le voit, tout le long du récit, descendre par secousses de son firmament et sombrer dans un alcoolisme pathétique, comme on voit Nicole lutter contre sa maladie et chutant malgré elle.
Le roman a eu très peu de succès à sa sortie, peut-être à cause de sa très grande modernité, c'est bien le monde des célébrités, de la jet-set et des paparazzis qui se dessine déjà, le plaisir à tout prix, le progrès, le luxe, dans toute sa splendeur et décadence!
Le roman d'un écrivain maudit qui tombe dans la déchéance avec une grande lucidité, romantique cynique et désabusé, dégoûté de ce qu'il est devenu, mais aussi de celui qu'il était.
Une très belle lecture teintée d'amertume.
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Commenter  J’apprécie          628
Gustave
  27 juillet 2014
Francis Scott Fitzgerald était, d'après les dires de Malcolm Cowley, un critique américain qui lui fut contemporain, "un poète qui n'apprit jamais les règles de la prose." le propos en dit long sur un auteur dont le génie profond ne réside pas au premier abord dans la narration.

Il ne s'agit pas d'affirmer que Fitzgerald ne savait pas du tout construire des intrigues: cela étant dit, en terme de virtuosité et surtout d'originalité narrative, un Zola, un Mauriac, un Balzac, un Tolstoï et un Dostoïevski semblent bien supérieurs, dans la mesure où leur style en devient parfois "invisible" tant l'on est happé par le récit lui-même.
Cette apparente fragilité chez Fitzgerald se trouve compensée par un génie inégalé dans la suggestion, cette capacité qu'il possède comme nul autre à faire affleurer, avec une netteté implacable, les émotions les plus pénétrantes et les plus poignantes. On sait combien Fitzgerald admirait Joseph Conrad: les deux auteurs ont en partage une écriture où les descriptions elles-mêmes prennent une sorte de phosphorescence lyrique, émotive, qui leur ôte tout caractère froidement technique.

Tendre est la nuit représente à cet égard véritablement l'apogée, un moment comme il y en aura plus jamais dans l'écriture fitzgeraldienne, où son génie lyrique et suggestive trouve son accomplissement ultime en un immense bouquet incandescent. Bien entendu, les plus fins connaisseurs me rétorqueront qu'il existe encore l'amour du dernier nabab. Pour magnifique qu'elle soit, cette dernière oeuvre demeure largement inachevée, Fitzgerald ayant été surpris par la mort alors qu'il l'écrivait, six ans après la publication de Tendre est la nuit.

A vrai dire, tout concourt à donner à Tendre est la nuit sa puissance évocatrice faisant de lui un roman de légende, à commencer même par le contexte biographique et même historique de sa création. L'on se souviendra que les deux sont indissociablement liés chez Fitzgerald, dont la gloire et le déclin littéraires sont exactement parallèles à la prospérité des années folles américaines et à la Grande Dépression déclenchée en 1929. le Fitzgerald de 1934, désespérément alcoolique, déserté par le succès et esseulé depuis que Zelda, son épouse, a sombré dans la maladie mentale, dans une Amérique ravagée par la crise, n'est guère plus que l'ombre de lui-même. La tragédie, qui demeurait encore un simple pressentiment cantonnée dans la fiction lorsqu'il écrivit Gatsby le Magnifique, en 1925, l'a désormais rattrappé dans sa propre vie.
A plus forte raison, l'on ne peut s'empêcher à posteriori de trouver à cette dernière oeuvre achevée de Fitzgerald cette même résonnance funèbre qui accompagne certains chefs-d'oeuvres ultimes des grands artistes tous domaines confondus, crées à l'article de la mort, à l'instar de la Pathétique de Tchaikovsky, ou la Neuvième de Mahler. le désespoir profond qui émane de ces oeuvres "testamentaires" tranche avec l'expression d'une espérance ultime qui se manifeste chez d'autres artistes, à l'instar de Boulgakov avec le Maître et Marguerite, ou Tout passe de Vassili Grossman, sans compter la Neuvième d'un Beethoven.

Pour revenir à Tendre est la nuit, outre le contexte de sa création, le choix du titre est également profondément signifiant dans sa puissance lyrique. Avant même de franchir le seuil du roman, ces vers de Keats semblent renfermer sa quintessence même:
"Avec toi, maintenant! Combien tendre est la nuit
Mais il n'y a plus de lumière
Sinon ce qui descend du ciel avec le vent
Pénètre l'ombre des feuillages
Et serpente à travers les chemins de mousse."
Rien n'y est dit explicitement, mais bien entendu suggéré, et ce de manière suffisante néanmoins: avant même que nous puissions entamer la lecture de ce roman, la conscience que nous assisterons à une tragédie s'impose avec une certitude implacable.

J'en viens enfin au roman lui-même.

J'en profite ici pour faire un conseil à suivre absolument: vous devez absolument lire Tendre est la nuit dans sa version de 1934, telle qu'existante dans son édition d'origine, qui débute par le point de vue de Rosemary Hoyt sur la Côte d'Azur, et en aucun cas par la version de 1936 qui remodèle le récit dans l'ordre chronologique. J'ai eu la chance de le découvrir dans sa version de 1934, et croyez-moi que si j'avais eu en main la version de 1936, il n'est pas certain que Tendre est la nuit eut intégré mon Panthéon personnel des livres à emporter sur une île déserte. La version chronologique de 1936 fut voulue essentiellement par Cowley plus que par Fitzgerald, qui se hasarda à suivre son conseil, dans un moment de doute sur soi-même à l'issue de l'insuccès flagrant de son roman.

De manière schématique, l'édition de 1934 s'articule en trois parties. La première débute par le point de vue sublimé et fasciné de Rosemary Hoyt, une jeune actrice de Hollywood, sur le couple richissime et brillant formé par Dick et Nicole Diver, modelés directement sur Francis Scott et Zelda Fitzgerald: une liaison est cependant sur le point de se créer entre Dick et Rosemary...
La seconde partie effectue un retour en arrière vertigineux, en montrant le lourd secret que dissimule le couple Diver: la schizophrénie dont souffre Nicole...Dick, psychiatre de renom, s'étant marié avec elle à seule fin de pouvoir la guérir un jour. Les prémices de la déchéance alcoolique de Dick Diver, nourrie par son désespoir de pouvoir guérir un jour sa femme, se font déjà jour, aggravée par le déchirement lié à sa passion naissante pour Rosemary, de telle sorte que la troisième partie n'est plus qu'une longue agonie pour le couple Diver, qui finira par se désagréger lorsque Nicole, guérie, convolera aux bras de Tommy Barban, un mercenaire rencontré déjà dans la première partie.

Il importe de bien avoir à l'esprit cette construction en trois parties pour comprendre combien son rôle est central dans l'élaboration de cette tragédie romanesque qu'est Tendre est la nuit.
De manière très simple, la première partie, se déroulant essentiellement sur la Côte d'Azur et à Paris, pousse jusqu'au paroxysme l'illusion d'un couple richissime et heureux, à qui rien, absolument rien ne semble manquer. L'usage du point de vue d'un des personnages du roman, un procédé déjà inauguré par la figure de Nick Carraway dans Gatsby le Magnifique, est exploité pour faire ressentir de manière certaine au lecteur l'illusion qu'il se trouve devant le couple dans son expression la plus parfaite. Cette impression est d'autant plus profonde que le regard que Rosemary Hoyt porte sur les Diver est celui de la fascination pure, dénué de tout recul, contrairement à celui de Nick Carraway sur Gatsby. Les prodromes de la tragédie à venir se mettent cependant en place: l'attirance réciproque éprouvée entre Dick Diver et Rosemary, ainsi qu'une rumeur colportée sur l'état de santé de Nicole Diver par un des amis du couple...

Les trois dernières pages de la première partie suffisent à briser de la manière la plus brutale qu'il soit dans toute l'histoire de la littérature cette illusion. Rosemary découvre brusquement la vérité d'un couple rongé par la maladie mentale de Nicole: le basculement vers la tragédie est consommé, et ce de manière irréversible, à partir de la seconde partie montrant le passé de Dick et Nicole. Une fois n'est pas coutume, Fitzgerald a su mettre en place un dispositif narratif d'une banalité confondante, le retour en arrière, au service d'un récit où la disproportion entre un bonheur apparent et une réalité sordide en devient presque insoutenable.

Le dissipement de l'illusion marquera de manière ultime la déchéance de Dick Diver. La réalité de son couple et de sa propre vie, peu à peu rongée par l'alcoolisme, se révélant au grand jour, Dick perd l'ensemble des moyens lui permettant de fasciner ceux qui l'entourent, à commencer par Rosemary, dont l'évolution du regard qu'elle porte à son encontre évolue de la fascination à une pitié mêlée de répulsion face à son déclin.

Ce qui in fine donne à roman une résonnance terriblement tragique et lyrique, au-delà de ce qu'il dit de la tragédie personnelle vécue par le couple Fitzgerald lui-même, c'est finalement son caractère profondément réel: le décalage entre la vie (que ce soit la nôtre ou celle des autres) telle que l'on se la représente et telle qu'elle est réellement, qui est au coeur de toute désillusion, l'incapacité profonde à rendre pérennes les rares moments d'équilibre qui peuvent exister. Cette conscience du déséquilibre disproportionné entre représentation et réalité a nourri de manière irréversible la chute de Dick Diver, incapable de la soutenir toute une vie.
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Ambages
  07 mai 2017
En 1 : Ils s'aiment
« Ils étaient encore au meilleur de l'amour. Ils étaient remplis d'illusions généreuses, l'un vis-à-vis de l'autre, d'illusions tellement démesurées que la fusion de leurs deux personnalités les entraînait vers des hauteurs où les relations humaines n'avaient plus aucune importance? Ils semblaient l'un et l'autre être parvenus à ces hauteurs-là dans un état de parfaite innocence, comme s'ils y avaient été conduits, malgré eux, par une série d'incidents bénéfiques, une si importante série d'incidents qu'il n'y avait plus d'hésitation possible ; ils étaient destinés l'un à l'autre. »
En 2 : On y réfléchit un peu
« Ou bien on réfléchit soi-même, ou on laisse les autres réfléchir pour vous, prendre barre sur vous, détourner ou conditionner vos instincts naturels, vous civiliser, vous stériliser. »
En 3 : Mais comment lui dire...
« Être bien élevé, c'est admettre que les gens sont tellement fragiles qu'il faut prendre des gants pour les manipuler. le respect humain interdit de traiter quelqu'un de menteur ou de lâche, mais si on passe sa vie à ménager les sentiments des gens, et à entretenir leur vanité, on finit par ne plus savoir ce qui, en eux, mérite d'être respecté. »
En 4 : On est toujours tout seul. Seul même à deux, même à dix, fondus dans un groupe cosmopolites de gens aisés sur les bords de la Riviera
« Se sentir solitaire, tant d'esprit que de corps, incline vers la solitude, et la solitude elle-même incline à plus de solitude encore. »
Alors... « Autant vous rassurer tout de suite – pour Dick Diver, c'est maintenant que tout commence. »
J'avais envie de faire un résumé qui me corresponde, en reprenant les citations qui me permettent de retrouver les lignes de ce roman. Des lignes de fuites. Fuites pour ne pas entrer dans une rédaction laborieuse de mon ressenti (paresseuse un peu) et pour souligner cette fuite outrancière d'une société qui s'impose un rire de façade pour masquer ses souffrances. Je me suis interrogée sur ce couple, qui signait ses messages à l'attention de leurs amis « Dicole ». Comment peut-on en arriver à cette fusion sans imaginer qu'à un moment les deux allaient étouffer ?
J'ai apprécié la construction du roman tout autant que la plume de l'auteur, même si j'ai une préférence pour Le jardin d'Eden d'Ernest Hemingway. Ai-je été d'accord avec tout, certainement pas, mais il est certain que la description d'une époque est rendue de manière somptueuse et fine.
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rabanne
  05 juin 2020
Ouvert il y a neuf jours, je ne me suis pas pressée pour lire ce roman de 414 pages (mon tout premier de Francis Scott Fitzgerald), et j'ai finalement bien fait de ne pas me précipiter, même de glisser une petite lecture entre deux.
Nous sommes dans les années d'après-guerre, vers 1925. La Riviera est devenue le lieu favori de villégiature où afflue toute la jeunesse dorée anglo-saxonne et européenne. Parmi elle, un couple d'américains fortuné attire tous les regards et suscite toutes les envies. Leur aura et leur beauté irrésistibles fascinent surtout Rosemary, et ses dix-huit ans. Or, derrière le faste et l'élégance, derrière cette comédie des apparences, se cache un douloureux passif et des combats loins d'être résolus...
Lire ce roman, c'est comme plonger dans l'un de ces films romanesques des années 30, 40 ou 50, en noir et blanc, à l'atmosphère mystérieuse et extrêmement raffinée. Car, il s'agit bien de cela, d'un récit d'ambiances extérieures (lieux, paysages) et intérieures (passions humaines, quête d'identité), doté d'un style très cinématographique, où les tableaux s'enchaînent, le lecteur devenant rapidement captif du scénario.
La plume de l'auteur, malgré une certaine langueur, m'a touchée par sa profondeur psychologique, portant sur la société (des Années Folles) un regard aussi satirique qu'indulgent, aussi compatissant que lucide envers ses protagonistes, tour à tour vulnérables, névrosés, traumatisés, superficiels, révoltés, désenchantés...
Un portrait réaliste et assez dramatique de ladite "génération perdue" (CF : 4e de couverture), qui ne souhaite que s'amuser et s'étourdir, malgré les remords, les regrets et le prix à en payer !
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afriqueah
  27 septembre 2020

« Tendre est la nuit… mais il n'y a plus de lumière »J dit le poème de Keats dont s'inspire Fitzgerald dans le titre de son roman.
Dick Diver apparaît dans la première partie du livre séduisant par ses attentions continuelles, plaisant à tous, beau, sensible à l'attrait qu'il provoque, et justement une petite actrice « comme un bourgeon qui s'ouvre », s'éprend éperdument de lui.
Mais il est marié.
Mais il aime sa femme.
Peu importe pour elle, elle le veut.
Et puis, tiens, il est psychiatre.
Dans la deuxième partie, par un retour en arrière dans sa jeunesse pauvre « avec cette sérénité admirable des étudiants, proche plus qu'aucune autre de l'extase mystique » il en vient à souhaiter presque, tellement il est comblé par la vie, qu'une petite fêlure le ronge doucement. Il va être servi, car nous assistons au cours du roman à la destruction quasiment complète de Dick, à la déconstruction d'un homme qui se veut sauveteur et ne prend pas garde aux relations toxiques qui l'entoure.
Tombant amoureux d'une internée de l'hôpital psychiatrique où il travaille,(Nicole/ Zelda) il connaît les dangers du transfert, il se demande bien pourquoi sacrifier sa vie si ce n'est pour être aimé, cependant « cette petite épave, maintenant, à peine sauvée d'un naufrage, lui offrait l'essence de tout un continent. ».
Il s'est en réalité fait acheter par la famille de multimillionnaires de Nicole, (on a les moyens , ce serait bien un docteur tout neuf sorti de l'usine de jouets, au vernis pas encore sec, se disent ils)qui lui ont facilité l'ouverture de la clinique, et la lui ont fait l'épouser.

Se succèdent alors inceste, alcoolisme, schizophrénie, pédophilie déguisée, puisque les deux femmes qu'aime Dick : sa femme, qui le bouleverse lorsqu'elle lui adresse un sourire d'enfant « comme si tous les enfants perdus à travers le monde souriaient en même temps qu'elle »et l'actrice Rosemary( le bourgeon de rose/ l'enfant de Marie) prête à tout pour profiter des avantages que lui donne sa virginité, sont deux enfants qu'il doit sauver.

Et lui qui a sauvé et sauve chaque jour sa femme de la folie, essaie de ne pas avoir l'air d'un gigolo, mais ses rêves presque mystiques achoppent à la réalité.
Et la nuit n'est plus tendre.
Elle est noire, cette nuit, le monde est noir.

Fêlure, donc, celle de Nicole( un peu fêlée), celle de Dick, qui se met à douter de lui, celle de Baby( encore !) la soeur ainée de Nicole, portant en elle toute l'insatisfaction figée des femmes seules, celle de Fitzgerald, dont le roman Gatsby avait été mal accueilli par le public, et dont Tendre est la nuit sonnera le glas. de plus, Zelda, enfermée en Suisse écrit la même histoire, avec sa propre analyse et toute sa hargne, sous le titre : « Accordez moi cette valse » ( le titre aurait pu être : « Merci pour ce moment ») et celle du couple Nicole/ Dick, séparé par la différence sociale, financière et de santé mentale.

Nicole s'accroche à lui puis le jette, c'est bien son droit d'avoir un amant. Il se perd en croyant sauver, il la perd et elle le brise en remettant en cause ses vertus de psychiatre.
Fitzgerald ironise souvent, et pourtant Tendre est la nuit est un livre très moderne sur la dépendance dans l'amour, les simulacres d'amour, les adorations sans amour véritable, la différence de cultures (symbolisée par les parfums : Chanel n·16 de Nicole qui en bonne américaine se douche plusieurs fois par jour, s'étrille, se talque et se parfume) s'opposant aux relents aigres de son amie suisse, ou à l'eau de Cologne de sa servante. Oui l'argent a une odeur de propre.) la peur du vieillissement, la peur d'être aimé pour sa fortune, la peur de tromper et de blesser, la peur du temps qui passe, la peur de rater sa vie, la peur de ne pas être aimé. Tous ces doutes et ces peurs, ce processus de démolition inhérente à toute vie, pense Fitzgerald, côtoient et magnifient la fête, le champagne, les plages de la Côte d'Azur, le tragique se mariant avec le futile, la folie avec les rêves et la recherche d'illumination, le sarcasme avec la mystique. Et toujours l'écriture somptueuse de Fitzgerald, lyrique, drôle, cynique, passionnée, passionnante.
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critiques presse (1)
LaLibreBelgique   02 août 2011
Roman d’un amour impossible et désespéré, "Tendre est la nuit" est aussi le récit d’un renoncement qui voit un être payer "son tribut personnel à des faits impossibles à alléger, à anéantir, à absoudre" et affronter "un certain principe de solitude : tellement facile d’être aimé, tellement difficile d’aimer".
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (115) Voir plus Ajouter une citation
MaliseMalise   08 octobre 2012
On dit des cicatrices qu'elles se referment, en les comparant plus ou moins aux comportements de la peau. Il ne se passe rien de tel dans la vie affective d'un être humain. Les blessures sont toujours ouvertes. Elles peuvent diminuer, jusqu'à n'être plus qu'une pointe d'épingle. Elles demeurent toujours des blessures. Il faudrait plutôt comparer la trace des souffrances à la perte d'un doigt, ou à celle d'un œil. Peut-être, au cours d'une vie entière, ne vous manqueront-ils vraiment qu'une seule minute. Mais quand cette minute arrive, il n'y a plus aucun recours.
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MissbouquinMissbouquin   11 mars 2013
« Être admis, pendant un moment, dans l’univers de Dick Diver était, de toute façon, une expérience inoubliable. Il donnait aux gens l’impression d’avoir pour eux des attentions particulières, de déceler, sous l’amas des compromissions qui l’avaient étouffée depuis tant d’années, ce que leur vie pouvait avoir d’unique et d’incomparable. Personne ne résistait longtemps à son exquise politesse, aux égards qu’il poussait si loin, et de façon si intuitive, qu’on ne pouvait les mesurer qu’aux résultats qu’il obtenait. Alors, sans autre précaution, de peur de laisser faner des relations à peine écloses, il vous ouvrait les portes de son univers. Tant que vous le considériez comme un tout parfait, auquel rien ne manquait, que vous y adhériez sans réserve, il ne travaillait qu’à vous rendre heureux. Mais, au premier soupçon, à la première lueur de doute, qui paraissait remettre en jeu l’intégralité de cet univers, il disparaissait à vos yeux, et c’est à peine si l’on se souvenait de ce qu’il avait bien pu dire ou faire. »
+ Lire la suite
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KayaKaya   17 septembre 2012
Pense à quel point tu m'aimes, avait-elle murmuré. Je ne te demande pas de m'aimer toujours à ce point-là. Mais je te demande de t'en souvenir. Quoi qu'il arrive, il y aura toujours en moi celle que je suis ce soir.
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Cath36Cath36   27 juillet 2011
Etre admis, pendant un moment, dans l'univers de Dick Diver était, de toute façon, une expérience inoubliable. Il donnait aux gens l'impression d’avoir pour eux des attentions particulières, de déceler, sous l'amas des compromissions qui l'avaient étouffée depuis tant d'années, ce que leur vie pouvait avoir d'unique et d'incomparable. Personne ne résistait longtemps à son exquise politesse, aux égards qu'il poussait si loin, et de façon si intuitive, qu'on ne pouvait les mesurer qu'aux résultats qu'il obtenait. Alors, sans autre précaution, de peur de laisser faner des relations à peine écloses, il vous ouvrait les portes de son univers. Tant que vous le considériez comme un tout parfait, auquel rien ne manquait, que vous y adhériez sans réserve, il ne travaillait qu'à vous rendre heureux. Mais, au premier soupçon, à la première lueur de doute, qui paraissait remettre en jeu l'intégralité de cet univers, il disparaissait à vos yeux, et c'est à peine si l'on se souvenait de ce qu'il avait bien pu dire ou faire.
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rabannerabanne   04 juin 2020
(...) c'était toujours le même phénomène. Un être s'attachait si étroitement à lui qu'il devenait cet être même. Comme s'il n'y aucun choix possible. Comme s'il fallait tout prendre ou tout rejeter en bloc. Comme si, jusqu'à la fin de sa vie, il était condamné à se charger de certains êtres et de leur personnalité, à n'être complètement lui-même qu'autant qu'ils étaient complètement eux-mêmes. Ce qui mettait en jeu un certain principe de solitude : tellement facile d'être aimé, tellement difficile d'aimer.
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"New York dans les années 1910. Anthony Patch a vingt cinq ans. C'est un orphelin mélancolique et cultivé qui n'attend rien d'autre de la vie que l'héritage d'un grand-père milliardaire. Il rencontre Gloria, la Beauté incarnée. Ils s'aiment, se marient, se détruisent. Fitzgerald explique ainsi leur naufrage : « Leur tort n'était pas d'avoir douté, mais d'avoir cru. Ils avaient poussé à l'extrême l'exquise perfection de leur ennui, leur élégante insouciance, leur inépuisable insatisfaction – jusqu'au désastre. Voilà tout. »
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