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EAN : 9782823616026
224 pages
Editions de l'Olivier (27/08/2020)
3.64/5   118 notes
Résumé :
Thomas, Mehdi et Louise se connaissent depuis l’enfance.
À cette époque, Les Verrières étaient un terrain de jeux inépuisable. Aujourd’hui, ils ont grandi, leur quartier s’est délabré et, le temps d’un été, l’usine devient le centre de leurs vies.
L’usine, où leurs pères ont trimé pendant tant d’années et où Thomas et Mehdi viennent d’être engagés.
L’usine, au centre de la thèse que Louise prépare sur les ouvriers frontaliers, entre France et Su... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (50) Voir plus Ajouter une critique
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Kirzy
  08 juin 2021
Une saison d'été, trois amis d'enfance qui retournent dans le quartier populaire qui les a vus grandir, et se retrouvent à un moment charnière de leur vie, la petite vingtaine, un pas dans les études, l'autre dans la vie active, selon les parcours. Thomas a échoué dans ses études supérieures et se fait embaucher comme saisonnier dans l'usine de son père, désormais retraité, poussé par Medhi qui y travaille déjà. Louise, soeur jumelle de Thomas, va démarrer un thèse en sociologie sur les ouvriers français transfrontaliers, on est tout proche de l'opulente Suisse.
Thomas Flahaut a beaucoup de talent pour saisir cet étrange moment, comme flottant, du passage à l'âge adulte, lorsqu'on réalise les écarts sociaux, déjà présents dès le départ, qui se sont creusés par les études, rendant pour certains l'entrée dans le monde du travail difficile. le personnage de Thomas est souvent touchant, perdu dans son échec alors que son père, cassé par l'usine, rêvait d'ascension sociale plutôt que de voir son fils trimer dans son usine. Les dilemmes de Louise sont également très justement décrits, entre son désir de reconnaissance et la peur de trahir son milieu, elle qui utilise les codes des sciences humaines pour observer cet univers ouvrier paternel, et qui doit le faire avec objectivité alors qu'on sent en elle la volonté de rendre justice par l'écriture de sa thèse.
Les personnages sont intéressants. Ce sont les interactions qu'ils ont entre eux qui m'ont moins convaincues, un peu trop schématiques et attendues. Lorsque je décrochais, la belle écriture de Thomas Flahaut m'a souvent ramenée à son texte, portée par une voix sincère, profondément sincère.
En fait, ce qui m'a le plus intéressé dans ce roman, ce ne sont pas les personnages ni le romanesque insufflé et tissé en eux, c'est l'horizon quasi sociologique et éminemment politique de ces mots qui parlent de l'héritage ouvrier, des mutations de ce monde avec une authenticité vibrante. Il dit magnifiquement le corps à corps de l'homme avec la machine et le travail aliénant. Il réinterprète la lutte des classes dans le monde contemporain actuel, l'usine du livre étant désossée, avant fermeture, par les actionnaires suisses sous le regard des ouvriers, ceux en CDI et les intérimaires qui font le même travail mais dont la précarité les empêche de se dire ouvriers.
C'est là que ce roman ultra sensible m'a touchée, dans la mélancolie de ce monde qui disparaît. La citation en exergue de L'Établi, écrit par Robert Linhart au lendemain de mai 68 ( également cité par Leurs Enfants après eux, de Nicolas Mathieu, comme une évidence ) prend tout son sens lorsqu'on referme les pages.
Lu dans le cadre du collectif Les 68 premières fois
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marina53
  01 juillet 2021
À peine a-t-il franchi les portes de l'atelier qu'une odeur de fer brûlé et de plastique fondu le saisit. À ses côtés, Romuald, le chef d'atelier, qui lui présente Miranda, la machine dont il aura la charge durant les prochaines nuits. Non loin de là, son ami, Medhi, tendu, presque absent, accaparé par sa machine, et qui, malgré leur longue amitié, le regarde à peine. Sept étés que son ami travaille à l'usine Lacombe, alternant avec des saisons hivernales. Thomas, lui, débute ici. Non pas par choix mais parce qu'il a échoué à la fac. Quatre ans de mensonges à ses parents, leur faisant croire que tout allait bien. Sa jumelle, Louise, s'en sort mieux. Elle prépare d'ailleurs une thèse sur le milieu ouvrier, notamment les frontaliers qui, tous les jours, partent travailler en Suisse... Cette nuit n'est que la première des longues nuits d'été, fatigantes et épuisantes, aussi bien pour le corps que pour l'âme...
Des ouvriers frontaliers qui, chaque jour, vont travailler en Suisse, chez Lacombe, une usine de fabrication de pièces destinées à l'automobile. Parmi eux, Thomas et Medhi, des amis d'enfance. Fini pour eux le temps de l'insouciance et des nuits d'été pleines de promesses. Leurs nuits d'été sont désormais consacrées au travail chez Lacombe, là où leurs pères ont trimé avant eux. Des nuits d'été où résonnent les cris des machines, tous comme ceux des hommes mais que l'on feint de ne pas entendre, où l'on danse et boit parfois pour s'oublier et oublier, où les corps s'échinent à la tache, où les coeurs battent à l'unisson et où désespoir et désillusions battent en cadence. Ce roman social, autofictionnel, met en scène trois vingtenaires, enfants d'ouvriers, qui vont vivre un été charnière. Des personnages, criants de vérité, très attachants, à qui Thomas Flahaut donne à tour de rôle la parole. Profondément désenchanté et un brin mélancolique, Thomas Flahaut nous étreint par la poésie et la force de ses mots, nous émeut par son humanité et sa tendresse et nous berce entre illusions et résignation.
Un roman d'apprentissage d'une rare justesse...
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Ptitgateau
  13 mai 2021
Ce roman raconte l'histoire de parents qui ont voulu le mieux pour leurs enfants, mieux pour eux, c'étaient les études, et le fait d'échapper au travail en usine,
C'est aussi l'histoire de trois jeunes qui se cherchent, Louise, qui poursuit un cursus de sociologie, qui découvre l'amour, qui semble fuir par peur de la vie active, Thomas son frère, qui n'ose avouer à son père son échec et la fin de ses études, Thomas qui est embauché pour travailler à l'usine, Thomas qui déprime, Thomas qui doute de ses capacités, Thomas qui se tait... Et Mehdi, employé à l'usine la nuit et qui travaille à la vente des poulets rôtis avec son père le jour...
Trois êtres qui se croisent et qui évoluent chacun à leur façon, qui essaient de vivre, qui partagent des bribes de leur vie avec le lecteur, les bribes d'une vie qui promet errance et ennui, fuite et impossibilité de s'exprimer alors que l'on démonte peu à peu, toutes les machines de l'usine qui va être transplantée, générant chômage et conditions de travail qui se dégradent.
On observera l'impuissance de chacun face au pouvoir des employeurs, on observera la difficulté des jeunes à s'installer pour envisager leur vie future, difficulté courante désormais et pas seulement dans cette région que décrit l'auteur.
Je n'ai pu m'empêcher en lisant ce beau roman, de faire le rapprochement avec quelques-uns des Rougons Macquart de Zola car il décrit avec précision la situation sociale d'une famille d'ouvrier avec deux-cents ans de différence.
Un roman qui fait réfléchir et montre combien il est difficile de devenir adulte, et combien la précarité paralyse, empêche l'action et amène à baisser les bras.

Lien : https://1001ptitgateau.blogs..
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Cacha
  25 janvier 2021
J'ai lu ce roman réaliste dans le cadre du Prix Summer 2021.
Deux amis d'enfance sont employés provisoirement dans l'usine suisse proche de la frontière avec le Jura français, une région que l'auteur connaît bien. L'un y travaillait chaque été, l'autre a été embauché après des études ratées. Sa soeur jumelle, étudiante en sociologie, a choisi d'étudier cet univers si bien décrit.
Nous assistons à la fermeture de l'usine et au désarroi des ouvriers. Ces jeunes gens désabusés, qui essaient simplement de vivre le plus heureux possible malgré toutes les difficultés pour y parvenir et pour sortir de leur milieu social.
J'ai suivi successivement ces trois voix mais sans me perdre dans le récit comme ce fut le cas dans d'autres romans.
Ce jeune auteur relate l'histoire par petites touches, sans misérabilisme, ni mièvrerie lorsqu'il s'agit d'amour.
L'histoire est sensée se passer avant la crise sanitaire et économique, je pense que la situation doit être bien pire aujourd'hui.
Mon seul bémol concerne la remarque sur le woofing, un peu trop généraliste à mon gré.
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karineln
  11 avril 2021
Thomas rejoint cet été là l'équipe de nuit d'une usine pour travailler, et remplir le temps rendu libre par l'abandon de ses études. Revenu au bercail familial, les parents ignorent tout de la perdition de leur fils. Thomas y retrouve l'ami de toujours Mehdi, lequel a déjà pour habitude de venir travailler là les étés, dans l'Usine pour laquelle leurs pères respectifs ont tant sacrifié. Louise, la soeur de Thomas, revient aussi pour respirer loin de son appartement d'étudiante et tenter de progresser dans la rédaction de sa thèse centrée sur les ouvriers frontaliers…Entre Suisse et France, notre trio évolue ainsi dans le quartier de leur enfance, sur les routes qui mènent à la douane avant l'Usine, les cols, la forêt, le béton des villes industrielles au milieu d'une nature agricole et sauvage.
C'est avec une machine, une Miranda splendide, une mécanique incarnée que nous commençons ce roman en découvrant en même temps que Thomas les gestes à opérer, les pannes à accueillir, la panique et l'attractivité de la machine reine, reine déchue pourtant puisque menacée de désossement sous peu. L'Usine en frontière, en zone à part, en pays suisse avec des ouvriers français, des anciens et des intérimaires, pour faire tourner le peu qui reste d'une productivité en passe d'être déplacée. L'Usine comme un pays, un territoire à elle seule puisqu'elle aimante des hommes qui lui consacrent une vie. Une enclave dans cette Nature en col, en monts, en vallées encaissées et en quartiers industriels. Et d'enclave à enclume il y a peu de lettres pour suffire à nouer, sceller des chaînes de l'héritage, de la culpabilité, trop de lettres pour autoriser des enfants à transcender en confiance vers un horizon plus large, différent.
Thomas Flahaut nous offre une analyse juste de ce qui se joue pour le quidam dans ces délocalisations, ces managements voués à une productivité toujours plus concurrente, ces entreprises qui soldent les hommes aux machines…Plus qu'une peinture sociale, il nous définit un espace, l'organisation démographique et architecturale qui en dépend et masse l'Usine en son coeur. L'Usine comme si elle vissait à jamais à quelque chose de lourd ses visiteurs, ses occupants, même après sa fermeture, son abandon….Les ruines perdurent : fantomatiques elles s'enracinent et finissent par se fondre à la Nature qui l'encercle. Elles deviennent des endroits de jeux, de fêtes nocturnes et squats clandestins, poumon toujours vivace d'une enfance, d'une jeunesse qui apprivoise son environnement, et de s'en échapper ou s'y enterrer ?
Comment ces jeunes se donnent le droit d'exister, d'aspirer à autre chose quand on leur a transmis un investissement sans faille, une fierté malgré le harassement, une appartenance identitaire ? Comment se donner ce droit quand leurs parents se sont épuisés dans un corps à corps à leur outil de travail pour leur offrir une sécurité, une assise ? « Son père avait assimilé cet univers de gestes et de bruits qu'est l'usine. Un univers aride où la douleur est repoussée sans cesse au bout de l'opération, au bout de la nuit, au bout de la semaine, au bout de la saison, jusqu'au congé annuel, jusqu'à la retraite, jusqu'à l'accident. »
Jeunesse désenchantée ? Ou au contraire plus que jamais biberonnée au réel du monde ouvrier, aux zones industrielles déchues, au chômage, au non-choix d'un travail…Ce trio est plus que jamais attachant et s'incarne devant nous nettement. Ils se connaissent bien et leurs liens nous incluent tout de suite au milieu d'eux, sans besoin de verbiage ou de long discours. le silence rythme, espace, temporise les mots, voire piège les échanges nécessaires mais colore aussi d'une belle pudeur l'affection sincère et l'amour naissant. Aucun des trois n'est dupe, de la fuite agie, ou subie, ou encore détournée ; aucun des trois ne s'illusionne sur les peurs qui tenaillent et empêchent l'affranchissement ni sur l'égo qui conduit aux lâchetés et évitements…« Pour les darons, grandir, ça a été apprendre à rester à sa place. Pour Thomas et Louise, grandi, ça a été apprendre à fuir. »
Ils s'efforcent de s'inscrire, de manoeuvrer pour grandir toujours avec une sincérité désarmante. La découverte amoureuse entre Mehdi et Louise, Louise qui n'est plus la soeur, ni même qu'une simple fille mais La Fille auprès de qui on se dévoile dans la confiance que l'amour insuffle. La frontière image, au-delà d'une délimitation physique entre deux patries, les passages, les transitions où l'enfant-adolescent finit de quitter l'insouciance, de se défaire des attentes non-avouées et enjeux affectifs d'un foyer, étapes où un jeune tranche des choix responsables d'adultes…
Mehdi, en prince majestueux, navigue à vue dans le vide laissé par le départ d'une mère, vide porté par l'honneur muet d'un père et avec comme seul repère, phare d'une existence, l'Usine dévorante devant laquelle on s'incline malgré tout. Mehdi découvre l'amour et peu à peu le vide résonne d'autres échos, chants de possibles loin des lieux désaffectés et sordides et pourtant si familièrement rassurants. « Mais aujourd'hui, surtout, il y a Louise. Les yeux perdus dans une nuit depuis longtemps espérée, une nuit sans machine, Mehdi sent que le vide de cet atelier qu'ils traversent main dans la main pour rejoindre la cour, Louise l'a soudain rempli. le vide n'est plus qu'un décor dans lequel seule Louise existe. le visage de Louise est un foyer, ses paroles et ses baisers tracent les frontières d'un pays nouveau. Là, il n'y aura pas de place pour cette tristesse, cette colère ressentie dès le réveil, depuis toujours, se souvient-il. »
Pourtant l'Usine offre aussi une place qu'il n'est pas utile de justifier ni de revendiquer et dans cet entre-soi ouvrier la honte ne se faufile pas, on partage ce qui ne s'explique pas d'une implication du corps, d'une inscription sociale, d'un labeur qui permet un bâtit pour une famille. Ainsi l'extérieur où tout se tente pour un mieux-être peut paraître à bien des égards assez effrayant.
Thomas Flahaut réussit à nous transmettre cette ambivalence, cette trouille au ventre en conflit avec le désir légitime d'avenir meilleur lequel s'embarrasse peut-être d'un sentiment de trahison envers ceux qui ont ouvert la voie… sans compter cet orgueil auréolé d'humilité vaillante, cet orgueil qu'il est dangereux de voir se refermer sur lui-même, risquant ainsi de piéger les gens qui s'aiment, de les emmurer alors même qu'ils ont les clés pour oeuvrer à la libération des uns et des autres.
L'atmosphère, l'ambiance nous enveloppe, nous porte. Ces nuits chaudes ; la torpeur hypnotisée de Thomas qui se robotise pour faire chaque jour et ne plus penser ; la sensualité de Louise qui s'épanouit, dépasse les limites sclérosantes de l'ici ; la lucidité taciturne de Mehdi laquelle vacille devant un autrement qui s'amorce, qui semble s'ouvrir…On ressent la force des regards ; la lourdeur des épaules voutées des pères dont on sait la tendresse recouverte par tant d'années d'efforts et de chagrins ravalés ; l'élan amoureux, timide, craintif et qui éclot de plus en plus solide. Cette histoire est poignante et les dernières pages m'ont émue aux larmes : je les ai lues au ralenti comme une scène de film où subitement on pressent la tournure dramatique, le souffle suspendu et le coeur qui tombe.
Très beau roman qui vient confirmer la promesse du premier, déjà cinématographique, déjà social, interrogeant le dieu économie qui régit des vies, rendant hommage au courage des hommes et des femmes qui tentent de construite à partir d'une terre où ils sont nés, où ils s'implantent, d'où ils recommencent, une terre abîmée, construite, déconstruite, d'où l'exil parfois s'impose …
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critiques presse (2)
LaTribuneDeGeneve   12 octobre 2020
Ce roman mélancolique et sociologique est porté par un style à la fois abrupt et poétique qui saisit le lecteur dès la première page. Une langue qui ne renie pas ce que l’auteur nomme «le français littéraire» mais use aussi de la répétition pour suggérer cet univers d’appauvrissement de l’intériorité et du langage que représente l’usine.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
LaCroix   28 août 2020
Dans ce roman profond sur l"héritage social", deux jeunes garçons voient, en quelques semaines, disparaître l?usine où leurs pères ont trimé et où eux-mêmes ont été engagés.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
marina53marina53   01 juillet 2021
Louise se dit qu'il faut écouter les chansons que tout le monde écoute parce qu'elles disent l'état présent du langage, elles disent les mots vrais. On ne dit plus je t'aime dans les chansons parce qu'on n'est plus en 1980. On ne dit plus je t'aime parce qu'on l'a trop entendu à la télé, dans les chansons, dans les séries. Parce qu'on a vu des partouzes sur Internet avant d'avoir embrassé pour de vrai, d'avoir eu l'impression de tomber dans le vide au premier contact d'une autre langue sur la sienne. On nous a tellement dit qu'on parlait mal, qu'on écrivait mal, qu'on ne savait pas, qu'alors on ne dit plus les mots vides comme ça. Les chansons disent les mots vrais : la peur, la mélancolie, l'argent, la baise. C'est le nouveau siècle, il est bien entamé. Et l'amour du nouveau siècle, c'est des gestes, pas des mots. L'amour, on n'en parle pas. On le fait et c'est déjà bien.
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marina53marina53   01 juillet 2021
C’est vrai qu’il est chiant à toujours répéter que ce qu’on a, on ne le doit pas à la chance, mais à notre mérite, à notre travail. Il aurait aimé avoir cette chance-là. Mais réussir, c’est rien d’autre que la conséquence d’avoir tout fait comme on nous a dit de faire. C’est du dressage. On t’a dressé pour que tu puisses pas envisager la vie autrement qu’en étant diplômé. On t’a programmé le cerveau pour que tu angoisses à l’idée de pas l’être.
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marina53marina53   02 juillet 2021
Son père avait assimilé cet univers de gestes et de bruits qu’est l’usine. Un univers aride où la douleur est repoussée sans cesse au bout de l’opération, au bout de la nuit, au bout de la semaine, au bout de la saison, jusqu’au congé annuel, jusqu’à la retraite, jusqu’à l’accident. Pour dire Lacombe, il disait “nous”.
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BazartBazart   11 septembre 2020
Mais Mehdi n'a pas le temps de s'étonner qu'ils soient si peu nombreux dans le grand atelier, pas le temps d'en demander la raison à Romulad.la Miranda qu'il sait être la sienne pour l'avoir soignée durant tant d'étés gueule déjà. Son ventre est vide. Son alarme stridente, m^me après un automne , un hiver et un printemps loin d'elle, il ne peut pas l'oublier. Le rythme de l'usine le hameconne. Ainsi commence l'été. Mehdi se frotte les mains. Allez."
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EstelleMLEstelleML   21 février 2021
Ceux qui se disent ouvriers, c'est ceux qui sont fixes, qui peuvent se payer une maison à la frontière s'ils arrivent à travailler assez longtemps sans se casser le dos, se faire licencier ou se tuer sur la route. Moi, mon père, il était ouvrier. Quand t'es intérimaire, t'as beau faire le travail d'un ouvrier, t'es pas un ouvrier. C'est un vieux mot de toute façon. Il est presque plus utilisé. Ton frère, il l'utilise. Parce qu'il doit rêver du communisme ou un truc comme ça. Mais je suis sûr que maintenant qu'il a été opérateur, il l'utilise plus. C'est un mot que les gens qui n'ont jamais mis les pieds dans l'usine utilisent pour rêver. D'ailleurs, une fois, j'ai pensé à ce que ça pouvait signifier, ce mot, opérateur. Un ouvrier, ça fait une œuvre. Ça sait ce que ça fait, même si son boulot est chiant, que c'est que des petits gestes paramétrés à l'avance. Et puis, ça signifiait autre chose encore, à une autre époque. Ça signifiait un monde et une fierté. Quand t'es opérateur, tu fais des opérations. C'est tout. Tu vaux moins que la machine, t'es pas fier. Ya pas de monde non plus. Tu te fais pas d'amis parmi les collègues intérimaires parce que tout le monde change tout le temps de boîte. Et les fixes, ils te regardent de haut. Tout ce qui fait tenir, quand tu bosses en Suisse, c'est l'argent. Les ouvriers ont de la loyauté envers leur usine. Moi, je suis opérateur intérimaire et je suis loyal envers l'argent.
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Videos de Thomas Flahaut (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Thomas Flahaut
Interview de Thomas Flahaut sur sa résidence à l'IMEC (Institut Mémoires de l'Édition Contemporaine) du 4 mai au 30 juin 2021.
© Réalisation Normandie Livre & Lecture
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