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EAN : 9782823616026
224 pages
Éditeur : Editions de l'Olivier (27/08/2020)

Note moyenne : 3.7/5 (sur 74 notes)
Résumé :
Thomas, Mehdi et Louise se connaissent depuis l’enfance.
À cette époque, Les Verrières étaient un terrain de jeux inépuisable. Aujourd’hui, ils ont grandi, leur quartier s’est délabré et, le temps d’un été, l’usine devient le centre de leurs vies.
L’usine, où leurs pères ont trimé pendant tant d’années et où Thomas et Mehdi viennent d’être engagés.
L’usine, au centre de la thèse que Louise prépare sur les ouvriers frontaliers, entre France et Su... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
karineln
  11 avril 2021
Thomas rejoint cet été là l'équipe de nuit d'une usine pour travailler, et remplir le temps rendu libre par l'abandon de ses études. Revenu au bercail familial, les parents ignorent tout de la perdition de leur fils. Thomas y retrouve l'ami de toujours Mehdi, lequel a déjà pour habitude de venir travailler là les étés, dans l'Usine pour laquelle leurs pères respectifs ont tant sacrifié. Louise, la soeur de Thomas, revient aussi pour respirer loin de son appartement d'étudiante et tenter de progresser dans la rédaction de sa thèse centrée sur les ouvriers frontaliers…Entre Suisse et France, notre trio évolue ainsi dans le quartier de leur enfance, sur les routes qui mènent à la douane avant l'Usine, les cols, la forêt, le béton des villes industrielles au milieu d'une nature agricole et sauvage.
C'est avec une machine, une Miranda splendide, une mécanique incarnée que nous commençons ce roman en découvrant en même temps que Thomas les gestes à opérer, les pannes à accueillir, la panique et l'attractivité de la machine reine, reine déchue pourtant puisque menacée de désossement sous peu. L'Usine en frontière, en zone à part, en pays suisse avec des ouvriers français, des anciens et des intérimaires, pour faire tourner le peu qui reste d'une productivité en passe d'être déplacée. L'Usine comme un pays, un territoire à elle seule puisqu'elle aimante des hommes qui lui consacrent une vie. Une enclave dans cette Nature en col, en monts, en vallées encaissées et en quartiers industriels. Et d'enclave à enclume il y a peu de lettres pour suffire à nouer, sceller des chaînes de l'héritage, de la culpabilité, trop de lettres pour autoriser des enfants à transcender en confiance vers un horizon plus large, différent.
Thomas Flahaut nous offre une analyse juste de ce qui se joue pour le quidam dans ces délocalisations, ces managements voués à une productivité toujours plus concurrente, ces entreprises qui soldent les hommes aux machines…Plus qu'une peinture sociale, il nous définit un espace, l'organisation démographique et architecturale qui en dépend et masse l'Usine en son coeur. L'Usine comme si elle vissait à jamais à quelque chose de lourd ses visiteurs, ses occupants, même après sa fermeture, son abandon….Les ruines perdurent : fantomatiques elles s'enracinent et finissent par se fondre à la Nature qui l'encercle. Elles deviennent des endroits de jeux, de fêtes nocturnes et squats clandestins, poumon toujours vivace d'une enfance, d'une jeunesse qui apprivoise son environnement, et de s'en échapper ou s'y enterrer ?
Comment ces jeunes se donnent le droit d'exister, d'aspirer à autre chose quand on leur a transmis un investissement sans faille, une fierté malgré le harassement, une appartenance identitaire ? Comment se donner ce droit quand leurs parents se sont épuisés dans un corps à corps à leur outil de travail pour leur offrir une sécurité, une assise ? « Son père avait assimilé cet univers de gestes et de bruits qu'est l'usine. Un univers aride où la douleur est repoussée sans cesse au bout de l'opération, au bout de la nuit, au bout de la semaine, au bout de la saison, jusqu'au congé annuel, jusqu'à la retraite, jusqu'à l'accident. »
Jeunesse désenchantée ? Ou au contraire plus que jamais biberonnée au réel du monde ouvrier, aux zones industrielles déchues, au chômage, au non-choix d'un travail…Ce trio est plus que jamais attachant et s'incarne devant nous nettement. Ils se connaissent bien et leurs liens nous incluent tout de suite au milieu d'eux, sans besoin de verbiage ou de long discours. le silence rythme, espace, temporise les mots, voire piège les échanges nécessaires mais colore aussi d'une belle pudeur l'affection sincère et l'amour naissant. Aucun des trois n'est dupe, de la fuite agie, ou subie, ou encore détournée ; aucun des trois ne s'illusionne sur les peurs qui tenaillent et empêchent l'affranchissement ni sur l'égo qui conduit aux lâchetés et évitements…« Pour les darons, grandir, ça a été apprendre à rester à sa place. Pour Thomas et Louise, grandi, ça a été apprendre à fuir. »
Ils s'efforcent de s'inscrire, de manoeuvrer pour grandir toujours avec une sincérité désarmante. La découverte amoureuse entre Mehdi et Louise, Louise qui n'est plus la soeur, ni même qu'une simple fille mais La Fille auprès de qui on se dévoile dans la confiance que l'amour insuffle. La frontière image, au-delà d'une délimitation physique entre deux patries, les passages, les transitions où l'enfant-adolescent finit de quitter l'insouciance, de se défaire des attentes non-avouées et enjeux affectifs d'un foyer, étapes où un jeune tranche des choix responsables d'adultes…
Mehdi, en prince majestueux, navigue à vue dans le vide laissé par le départ d'une mère, vide porté par l'honneur muet d'un père et avec comme seul repère, phare d'une existence, l'Usine dévorante devant laquelle on s'incline malgré tout. Mehdi découvre l'amour et peu à peu le vide résonne d'autres échos, chants de possibles loin des lieux désaffectés et sordides et pourtant si familièrement rassurants. « Mais aujourd'hui, surtout, il y a Louise. Les yeux perdus dans une nuit depuis longtemps espérée, une nuit sans machine, Mehdi sent que le vide de cet atelier qu'ils traversent main dans la main pour rejoindre la cour, Louise l'a soudain rempli. le vide n'est plus qu'un décor dans lequel seule Louise existe. le visage de Louise est un foyer, ses paroles et ses baisers tracent les frontières d'un pays nouveau. Là, il n'y aura pas de place pour cette tristesse, cette colère ressentie dès le réveil, depuis toujours, se souvient-il. »
Pourtant l'Usine offre aussi une place qu'il n'est pas utile de justifier ni de revendiquer et dans cet entre-soi ouvrier la honte ne se faufile pas, on partage ce qui ne s'explique pas d'une implication du corps, d'une inscription sociale, d'un labeur qui permet un bâtit pour une famille. Ainsi l'extérieur où tout se tente pour un mieux-être peut paraître à bien des égards assez effrayant.
Thomas Flahaut réussit à nous transmettre cette ambivalence, cette trouille au ventre en conflit avec le désir légitime d'avenir meilleur lequel s'embarrasse peut-être d'un sentiment de trahison envers ceux qui ont ouvert la voie… sans compter cet orgueil auréolé d'humilité vaillante, cet orgueil qu'il est dangereux de voir se refermer sur lui-même, risquant ainsi de piéger les gens qui s'aiment, de les emmurer alors même qu'ils ont les clés pour oeuvrer à la libération des uns et des autres.
L'atmosphère, l'ambiance nous enveloppe, nous porte. Ces nuits chaudes ; la torpeur hypnotisée de Thomas qui se robotise pour faire chaque jour et ne plus penser ; la sensualité de Louise qui s'épanouit, dépasse les limites sclérosantes de l'ici ; la lucidité taciturne de Mehdi laquelle vacille devant un autrement qui s'amorce, qui semble s'ouvrir…On ressent la force des regards ; la lourdeur des épaules voutées des pères dont on sait la tendresse recouverte par tant d'années d'efforts et de chagrins ravalés ; l'élan amoureux, timide, craintif et qui éclot de plus en plus solide. Cette histoire est poignante et les dernières pages m'ont émue aux larmes : je les ai lues au ralenti comme une scène de film où subitement on pressent la tournure dramatique, le souffle suspendu et le coeur qui tombe.
Très beau roman qui vient confirmer la promesse du premier, déjà cinématographique, déjà social, interrogeant le dieu économie qui régit des vies, rendant hommage au courage des hommes et des femmes qui tentent de construite à partir d'une terre où ils sont nés, où ils s'implantent, d'où ils recommencent, une terre abîmée, construite, déconstruite, d'où l'exil parfois s'impose …
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AudreyT
  11 avril 2021
***,*
Thomas a raté la fac. A tel point que l'université refuse sa prochaine inscription. Alors il rentre aux Verrières, dans la maison des darons, là où il a grandit. Mais il ne dit rien à ses parents, pas encore. D'abord parce qu'il a honte et puis parce qu'il ne sait pas comment sortir de 4 ans de mensonges... Dans cette ville du Jura, frontalière de la Suisse, Thomas va apprendre le langage de l'usine, la même que celle où s'est épuisé son père. Il est intérimaire de nuit, pour l'été, aux côtés de son ami d'enfance, Mehdi. Chacun à leur façon, ils vont devoir faire le deuil de leurs rêves, de leurs espoirs, et avancer sur un chemin escarpé...
Les nuits d'été de Thomas Flahaut n'ont rien de la douceur du soleil couchant. Thomas et Mehdi ne goûtent aux nuits estivales que derrière leur Miranda, ces machines infernales enracinées à La Combe. Leurs pères s'y sont épuisés, espérant pour leurs fils un avenir meilleur.
C'est bien ce qui est le plus difficile à vivre pour ces deux amis. Un sentiment d'échec, de retour en arrière, de honte. Ils n'ont pas fait mieux, même si ils ont essayé...
Thomas Flahaut écrit avec justesse sur ces jeunes adultes perdus, qui ne trouvent pas de sens à leur vie, qui se croit invisible tant qu'ils n'ont pas de place dans le monde du travail.
L'amour et l'amitié les maintiennent à flots, difficilement parfois...
Une écriture maîtrisée et des personnages attachants font de ce roman une image un peu triste mais touchante d'une France à l'industrie qui se meurt, de parents qui espèrent mieux et d'enfants qui ont bien du mal à trouver leur place...
Encore une belle découverte des 68 premières fois...
Lien : https://lire-et-vous.fr/2021..
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CalliPetri
  09 avril 2021
HELENA
“O weary night! O long tedious night,
Abate thy hours”
HÉLÈNE
« Ô nuit accablante ! Ô longue et fastidieuse nuit,
Abrège tes heures »

William Shakespeare, le songe d'une nuit d'été, traduction de Jean-Michel Déprats

« Thomas, sans outil de travail, est réduit à compter les heures qui passent. Compter les heures est plus long que de les laisser filer derrière soi, absorbé par les répétitions digestives de la machine. Il n'a rien d'autre à faire que contempler son reflet dans la paroi de Plexiglas encore intouchée de la Miranda de Mehdi. Thomas, tu as maigri. Louise le lui a dit cet après-midi. Les dégâts se voient maintenant dans toute leur ampleur. »

Vous qui ouvrez ce roman oubliez l'atmosphère légère et mutine des nuits d'été que l'on imagine chaudes, lascives et langoureuses, harmonie de bonheur sensuel et d'amours éphémères. Les nuits d'été auxquelles nous convie Thomas Flahaut sont l'envers du bonheur, et le tranchant des premiers mots qui ne forment même pas une phrase « Fer brûlé et plastique fondu » plante le décor et suffit à ôter toute illusion. L'été de ce roman, le 2e de l'auteur après Ostwald (Éditions de L'Olivier, 2017), sera « noir comme la nuit ».

Le Doubs frontalier avec le Jura suisse. La Suisse. Celle de l'usine. de l'atelier C. de la Miranda. Voilà où vont se passer les nuits d'été de Thomas Ledez, étudiant en échec, qui a méthodiquement, scrupuleusement raté tous ses examens au point que l'université lui refuse le renouvellement de son inscription. La fois de trop. Comment diable cet « étudiant qui jurait […] de ne jamais foutre les pieds dans cette usine à laquelle son père avait fait don de sa santé et de sa joie », va-t-il s'y prendre pour annoncer au daron et à la daronne que ses nuits seront celles de l'usine Lacombe pour faire « le métier de son père, un métier solide, quand toute sa vie d'avant n'était qu'un grand et orageux nuage » ? C'est bien simple, il ne le fera pas. Pas tout de suite.

Le « grand et orageux nuage » n'a réussi à prévenir ni les espoirs vaincus, ni l'horizon flou, ni l'avenir, lui, bien tracé par le déterminisme social de ce coin de France. Les Nuits d'été est le roman d'une génération qui veut fuir Les Verrières pour un ailleurs dont elle perçoit mal les contours, mais qu'elle a élu en opposition à ce qu'elle connaît, et qui finalement se retrouve prise en tenaille entre un idéal rêvé et la vie, la vraie :

« Pour les darons, grandir, ça a été apprendre à rester à sa place. Pour Thomas et Louise, grandir, ça a été apprendre à fuir. S'enfuir d'ici ne serait pas une mauvaise chose. Ce serait la seule fuite raisonnable de l'été. »
À travers ses trois personnages touchants et attachants, Thomas et sa jumelle Louise, tous deux 25 ans, et Mehdi l'ami d'enfance, Thomas Flahaut trace, le temps de quelques semaines d'été, au fusain noir, le portrait mélancolique d'une jeunesse perdue à un moment charnière de son existence, quand le passé ne peut plus être un refuge et quand l'avenir précaire n'est qu'interrogations.

Les Nuits d'été, ce ne sont pas que les fêtes organisées dans la forêt où l'on s'écroule à bout d'alcool et de fatigue, c'est avant tout l'usine. Et l'usine, ce sont les « objectifs [...] conçus pour être inatteignables. Quand, malgré tout, on est près de les rattraper, ils grimpent subitement », c'est le vacarme incessant, car le silence qui succède à l'usine, c'est encore l'usine (excusez-moi de plagier Guitry sur Mozart). L'écriture de Thomas Flahaut où s'essoufflent les juxtapositions rend très bien la fatigue compacte qui hébète les « opérateurs » et use les corps :

« La nuit devient une longue et unique phrase formée de verbes qui ne se conjuguent qu'à l'infinitif, charger, surveiller, contrôler, attendre, enfiler, plier, rompre, ouvrir, fermer, attendre, décapsuler, enfiler, renverser, ramasser, vider, remplir, interrompre, relancer, attendre, décharger, vérifier, déposer, envelopper, pousser, descendre, traverser, actionner, charger, sortir, monter, charger, surveiller, contrôler, attendre. Jusqu'à la pause de une heure du matin. »

Les Nuits d'été, c'est « un univers aride où la douleur est repoussée sans cesse au bout de l'opération, au bout de la nuit, au bout de la semaine, au bout de la saison, jusqu'au congé annuel, jusqu'à la retraite, jusqu'à l'accident. »

Ce roman n'en est pas vraiment un, en ce qu'il n'est pas que fiction. En puisant dans sa propre expérience (le personnage principal ne s'appelle-t-il pas Thomas ?), Thomas Flahaut lui a donné la force documentaire d'une chronique pour dire l'absurdité de ces corps qui maigrissent et s'épuisent à fabriquer des stators dont nul ne sait à quoi ils serviront, pour dénoncer le démantèlement d'usines en vue de leur délocalisation, pour rendre compte de ces vies d'usine qui ne lâchent rien et « gardent au fond des poches une poignée de poudre à canon bien serrée dans un poing bien réel et bien dur qui, un jour, que [les chefs suisses] en soient sûrs, se retournera contre eux. » Beaucoup de choses dans ce roman – solidarité, entraide, odeurs, bruits, fatigue, cadences, anéantissement, etc. - dessinent un lignage fort avec les feuillets d'usine d'À la ligne de Joseph Ponthus (La Table ronde, 2019 ; Folio, 2020), auxquels on pense, immanquablement et qui, eux aussi, pour des raisons à la fois semblables et autres, ne sont pas un roman (lisez-le !).

Les Nuits d'été interroge la place de chacun, dans la société, la famille, les relations amicales. Une place qu'interroge au sens strict Louise, doctorante en sociologie à l'université de Besançon. Elle a choisi de présenter une thèse sur cette vie ouvrière qui ne peut s'enraciner nulle part puisqu'à cheval entre deux pays. Peut-être sa manière à elle de ne pas oublier ? de ne pas se couper complètement du monde ouvrier d'où elle vient ? Une place qu'essaient de trouver tant bien que mal Thomas et Mehdi, qui passe ses nuits à l'usine et ses jours à aider son père à vendre des poulets rôtis sur les parkings des grandes surfaces.

Qu'il est malaisé ce passage à l'âge adulte qui se heurte à la réalité sociale ! Qu'elle est nostalgique et lucide la radioscopie de cette région en perdition ! Et enfin, qu'il est beau et mélancolique le portrait de ces trois jeunes gens impuissants à se hisser à la hauteur des rêves que leurs parents ont eus pour eux, leur incompréhension mutuelle finissant de les éloigner au moment où, paradoxalement, les fils mettent leurs pas dans ceux du père !

« de ce silence est tissée toute la relation qu'il entretient avec son fils. Depuis quand ? Thomas s'est parfois posé la question. D'aussi loin que puissent remonter ses souvenirs, le daron a toujours été bavard dans des situations où lui-même ne parvenait pas à dire un mot. »

Selon moi, au-delà de la dénonciation des nouveaux diktats économiques qui précipitent la désagrégation de bassins industriels entiers, réduisant à une peau de chagrin tout un tissu économique et social, ce roman est celui de la frontière et du passage. La frontière franco-suisse évidente parce que physique et géographique, mais aussi la frontière entre adolescence et âge adulte, entre complicités d'enfants et amours de jeunes adultes, entre insouciance et dure réalité, entre convictions et désillusions, entre attentes et résultats, entre idéal et concrétude. Et enfin, celle, précaire car chaque jour menacée, entre les membres d'une famille qui ne semblent plus faits pour se comprendre et que l'on aimerait voir réconciliés.

Les Nuits d'été est le roman du crépuscule et du désenchantement, celui d'« un monde qui a aboli le soleil par le sommeil, un monde où n'existe que la succession infinie des nuits d'été. »
Le 2e roman de Thomas Flahaut est authentique et dense, porté par une écriture sobre et sincère qui l'empêche de tomber dans la démonstration et le réquisitoire lourdauds. Je sais que l'époque est à l'envie de douceurs réconfortantes pour beaucoup d'entre nous, moi y comprise. Paru l'été dernier, ce roman lent, qui raconte la fin d'un monde où la nuit s'infiltre partout et où même les amours sont malheureuses, s'y prête peu. Ce serait quand même dommage de passer à côté de ce beau récit.
2e roman, lu pour la session 2021 des #68premieresfois
Lien : https://www.calliope-petrich..
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Cacha
  25 janvier 2021
J'ai lu ce roman réaliste dans le cadre du Prix Summer 2021.
Deux amis d'enfance sont employés provisoirement dans l'usine suisse proche de la frontière avec le Jura français, une région que l'auteur connaît bien. L'un y travaillait chaque été, l'autre a été embauché après des études ratées. Sa soeur jumelle, étudiante en sociologie, a choisi d'étudier cet univers si bien décrit.
Nous assistons à la fermeture de l'usine et au désarroi des ouvriers. Ces jeunes gens désabusés, qui essaient simplement de vivre le plus heureux possible malgré toutes les difficultés pour y parvenir et pour sortir de leur milieu social.
J'ai suivi successivement ces trois voix mais sans me perdre dans le récit comme ce fut le cas dans d'autres romans.
Ce jeune auteur relate l'histoire par petites touches, sans misérabilisme, ni mièvrerie lorsqu'il s'agit d'amour.
L'histoire est sensée se passer avant la crise sanitaire et économique, je pense que la situation doit être bien pire aujourd'hui.
Mon seul bémol concerne la remarque sur le woofing, un peu trop généraliste à mon gré.
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Bazart
  18 septembre 2020
Fils d'ouvrier, Thomas Flahaut a lui-même travaillé pendant une petite période dans une usine de son Jura natal avant de partir étudier le théâtre et la littérature à Strasbourg et en Suisse .
Le monde ouvrier semble assurément l'habiter et en tout cas imprégner l'ensemble de ses écrits puisqu'il était déjà le décor principal de son premier roman, Ostwald, à forte dimension apocalyptique.
Pour les nuits d'été, son second roman, Thomas Flahaut s'inscrit dans une veine plus réaliste mais définitivement liée à un ancrage social très fort, dans la droite lignée du Goncourt 2018, le roman de Nicolas Mathieu "Leurs enfants après eux".
Les trois protagonistes princiaux de ce roman sont trois amis d'enfance, deux garçons Mehdi et Thomas et une fille Louise qui se retrouvent le temps d'un été dans la cité HLM du Doubs de leur enfance. Alors que Louise prépare sa thèse de sociologique, Thomas se fait embacher dans l'usine où travaille Mehdi et ou ont travaillé leurs pères respectifs.
Alors que ces paternels ont trimé toute leur vie pour éviter que leurs descendance connaissent le même destin, l'ultra libéralisme ambiant fait que finalement, la précarité est également l'horizon qui attend la génération postérieure.
Ces trois jeunes gens qui cherchent leur place dans une vie et une société qui semble ne pas vouloir d'eux sont parfaitement représentatifs d'une partie de la jeunesse actuelle qui tentent de survivre dans un monde jalonné d'obstacles surtout pour ceux qui n'avaient pas toutes les cartes en main .
Flahaut décrit toutes ces mutations et ces contradictions du monde professionnel actuel avec énormément de justesse, et en privilégiant toujours la densité romanesque de son récit, sans jamais verser dans le roman à thèse.
On pense évidemment dans un genre littéraire très différent au très beau A la ligne de Joseph Pontus (La Table Ronde, 2019)
Mais Les nuits d'été aborde également des sujets qui traversaient déjà le premier roman de l'auteur, celui de la quête identaire, du très difficile passage à l'âge adulte et des relations parfois complexes entre les générations.
Thomas Flahaut connaît parfaitement les décors et les personnages de son roman, et cette authenthicité et cette empathie qu'ils leur portent contribuent pour beaucoup à la grande réussite de ces nuits d'été, aussi mélancoliques que sincères...
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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critiques presse (2)
LaTribuneDeGeneve   12 octobre 2020
Ce roman mélancolique et sociologique est porté par un style à la fois abrupt et poétique qui saisit le lecteur dès la première page. Une langue qui ne renie pas ce que l’auteur nomme «le français littéraire» mais use aussi de la répétition pour suggérer cet univers d’appauvrissement de l’intériorité et du langage que représente l’usine.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
LaCroix   28 août 2020
Dans ce roman profond sur l"héritage social", deux jeunes garçons voient, en quelques semaines, disparaître l?usine où leurs pères ont trimé et où eux-mêmes ont été engagés.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
BazartBazart   11 septembre 2020
Mais Mehdi n'a pas le temps de s'étonner qu'ils soient si peu nombreux dans le grand atelier, pas le temps d'en demander la raison à Romulad.la Miranda qu'il sait être la sienne pour l'avoir soignée durant tant d'étés gueule déjà. Son ventre est vide. Son alarme stridente, m^me après un automne , un hiver et un printemps loin d'elle, il ne peut pas l'oublier. Le rythme de l'usine le hameconne. Ainsi commence l'été. Mehdi se frotte les mains. Allez."
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EstelleMLEstelleML   21 février 2021
Ceux qui se disent ouvriers, c'est ceux qui sont fixes, qui peuvent se payer une maison à la frontière s'ils arrivent à travailler assez longtemps sans se casser le dos, se faire licencier ou se tuer sur la route. Moi, mon père, il était ouvrier. Quand t'es intérimaire, t'as beau faire le travail d'un ouvrier, t'es pas un ouvrier. C'est un vieux mot de toute façon. Il est presque plus utilisé. Ton frère, il l'utilise. Parce qu'il doit rêver du communisme ou un truc comme ça. Mais je suis sûr que maintenant qu'il a été opérateur, il l'utilise plus. C'est un mot que les gens qui n'ont jamais mis les pieds dans l'usine utilisent pour rêver. D'ailleurs, une fois, j'ai pensé à ce que ça pouvait signifier, ce mot, opérateur. Un ouvrier, ça fait une œuvre. Ça sait ce que ça fait, même si son boulot est chiant, que c'est que des petits gestes paramétrés à l'avance. Et puis, ça signifiait autre chose encore, à une autre époque. Ça signifiait un monde et une fierté. Quand t'es opérateur, tu fais des opérations. C'est tout. Tu vaux moins que la machine, t'es pas fier. Ya pas de monde non plus. Tu te fais pas d'amis parmi les collègues intérimaires parce que tout le monde change tout le temps de boîte. Et les fixes, ils te regardent de haut. Tout ce qui fait tenir, quand tu bosses en Suisse, c'est l'argent. Les ouvriers ont de la loyauté envers leur usine. Moi, je suis opérateur intérimaire et je suis loyal envers l'argent.
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Pau_linePau_line   11 septembre 2020
Les gens comme moi ne sont là que pour remplir brièvement des espaces vides, pense-t-il. C'est à ça que nous servons. Nous sommes des mottes de terre que l'on déplace dans des trous. Ces trous, nous sommes encore les seuls à pouvoir les remplir. Plus pour longtemps, dit-on. Les trous deviennent rares, se rétrécissent. Le père disait, Trouve autre chose que l'usine. Le père disait, Trouve quelque chose à faire, fais-toi ton trou. Tant qu'il y a des trous, il y aura des hommes pour s'y épuiser. Mais le creuser, son propre trou, c'est autre chose.
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Pau_linePau_line   11 septembre 2020
C'est comme si j'avais dû vivre la nuit toute ma vie. C'est ça, la vraie malédiction. Je voulais que mon fils puisse profiter du jour. Ma nuit était dure et froide. C'était une nuit de travail. Ou des nuits avec la boule au ventre parce que j'en avais pas du travail. La nuit aussi parce qu'on était invisibles, qu'on valait moins qu'une machine et qu'on te virait sans raison. C'était partout et tout le temps la nuit. Mais je pense que la nuit tu ne l'as pas connue et que tu ne la connaîtras pas. C'est bien et je suis heureux pour toi.
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Pau_linePau_line   11 septembre 2020
Le long des tunnels et des viaducs, Mehdi chasse les discours qu'il construit à l'avance, les mots qu'il voudrait dire à son père lorsqu'il le retrouvera dans son appartement des Verrières. La forme que prendront ses excuses qui n'est pour l'instant qu'indécise, une pâte de honte et de regret tenue par l'amour qu'il lui porte. Chasser tout cela, chasser aussi la torpeur amoureuse pour ne se concentrer que sur la route qui défile, presque toute droite, presque immobile dans la vitesse constante. Dissiper les brumes de l'alcool et de la fatigue par un frisson du corps tout entier qui prend sa source quelque part entre épaules et omoplates.
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Vidéo de Thomas Flahaut
Quatrième édition du Prix Summer avec la désormais traditionnelle table ronde réunissant les cinq écrivains sélectionnés cette année, et la remise du Prix au lauréat 2021 désigné par l'ensemble des 750 jurés du Prix.
Une rencontre animée par Yann Nicol, en présence des 5 auteurs sélectionnés Prix Summer : Miguel Bonnefoy, Négar Djavadi, Thomas Flahaut, Julia Kerninon et Hugo Lindenberg.
Cinq auteurs dont les livres montrent la diversité du genre romanesque – la fresque familiale de Miguel Bonnefoy, le roman de formation de Julia Kerninon, la fable sociale de Thomas Flahaut, le récit d'enfance de Hugo Lindenberg ou le roman noir contemporain de Négar Djavadi. Des livres qui questionnent souvent, entre invention romanesque et matériau autobiographique, les notions d'héritage, de transmission, de quête des origines ou de honte sociale, mais aussi de déterminisme, d'émancipation et de liberté.
Remise du Prix en présence du Vice Président à la Culture de la Métropole de Lyon, M. van Styvendael et de l'adjoint à la culture de la Ville de Bron, M. Mirallès-Fomine.
Organisée en partenariat avec La Métropole de Lyon https://www.grandlyon.com.
Plus d'infos https://www.fetedulivredebron.com/programme/prix-summer/.
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