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EAN : 9782371000827
Éditeur : NOUVEL ATTILA (06/09/2019)

Note moyenne : 4.11/5 (sur 19 notes)
Résumé :
À la sortie de la guerre, les hommes sont rares, ou en mauvais état… C’est le temps des révolutions, de l’Europe, mais aussi des femmes… des femmes conscientes de leur pouvoir, qui s’émancipent de leurs foyers, tirent les ficelles, et se réapproprient leur destin.

Le jour où Gabrielle Thomas, dans sa paisible bourgade, tend à Adelphe le pasteur un exemplaire de Nêne, prix Goncourt de l’année, que chacun lit et annote à son tour, la vie des personnages... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
fanfanouche24
  13 septembre 2019
Un immense coup de coeur !!..
Un style fort, fluide et poétique...des sujets captivants abordés au travers
de personnages contrastés , chacun, admirable à sa manière, en dépit de
leurs failles et leurs défaillances !!
Une très belle lecture qui prend "aux tripes" ...provoquant de grandes émotions en dépit de la pudeur , de la retenue de l'auteure dans sa narration...!
Fortement attirée par l'originalité du traitement du sujet dont le fil conducteur est un livre publié à l'époque (1920)...qui va chambouler la vie de certains villageois et villageoises...
...Remise en question des idées reçues, et surtout sur la condition des femmes...
Resituons le contexte de ce roman : 1920, en France, en milieu rural...
les bouleversements, les changements de mentalités au lendemain de la Grande Guerre, alors que les Femmes ont pris en mains le pays, l'ont fait "marcher", pendant que tous les hommes valides étaient au front...En 1920, la guerre est finie, mais a laissé la France dans un état lamentable, avec toutes les gueules cassées, les blessures, traumatismes à panser !! Ernest Perochon vient de recevoir le Goncourt pour son roman, "Nêne", qui décrit le sort de soumission et de "bête de somme" d'une servante, qui ose "tomber amoureuse"...et en mourra...!!
Le récit débute lorsqu'une paroissienne, Gabrielle défie le prêtre, Adelphe,
qu'elle juge trop traditionnel, trop conformiste, enfermé comme chaque homme dans une appréhension trop limitative du rôle des femmes , dans cette période d'après-guerre...Pour le défier, elle lui remet "Nêne", le livre
d'Ernest Perochon, qui vient d'être récompensé par le Goncourt !...
"C'est une sauvageonne qui lui tend le Goncourt de l'année, un roman d'Ernest Pérochon, en sifflant qu'il est édifiant. Sans doute y trouvera-t-il matière à sermon… . "(...) (p. 10)
...Adelphe le lit, se trouve ébranlé dans ses convictions; sa cuisinière, Blanche, ne sait pas lire, mais lui exprime son envie qu'il lui lise ce roman...le soir , après sa journée...Blanche, "servante de son état" comme Nêne.. se met à s'identifier , avec excès, à cette dernière... pour son malheur...dont on ne dira rien... Même si elle apprend à lire grâce
au pasteur... Elle s'élèvera socialement... mais la mélancolie persistera...en dépit des efforts louables d'Adelphe , devenu son mari...!

Période chahutée, transitoire... où il faut reconstruire le pays...ainsi que la vie des gens....en bousculant les mentalités anciennes ! Et les femmes, à juste tire, veulent qu'on les prenne dorénavant, vraiment en compte, alors qu'elles ont sauvé , en quelque sorte, la marche économique du pays. Elles ont su remplacer les hommes absents, réquisitionnés au front !
"Il ne s'agissait pas de faire la morale à ces gens-là, elle ne les connaît ni d'Eve ni d'Adam et leurs imbroglios religieux l'indiffèrent. Alors quoi ? Les propos d'Ernest Perochon concernait avant tout les femmes. Ah bon ? Oui, c'est l'histoire d'une double soumission, celle d'une part d'une bête de somme, la servante, au service d'un patron dur à la tâche...et
du coeur; de l'autre celle de la femme, comme toujours née dévouée à la cause des hommes. (...) Un sacré paquet de grain à moudre pour un pasteur, une opportunité de réviser ses sermons en questionnant la raison de ce mauvais sort fait aux femmes; Dieu le voulait-il vraiment, Monsieur Delalande ? "(p. 38)
On s'attache à chaque personnage...avec leurs émotions, leurs doutes, leurs rêves, leur combat contre une destinée toute tracée...Ils s'inspirent de ce livre "Nêne" pour en tirer des leçons et ne pas faire les mêmes erreurs que son "anti-héroïne" !...
Parmi ces personnalités aussi attachantes que faillibles, il y a bien sûr Adelphe, le pasteur serviable, bienveillant avec chacun,...mais aussi Marcel,
son ami le curé, adorant les discussions, la contradiction...Un personnage grognon, au coeur d'or !...
De très beaux passages sur leur Amitié dont celui qui suit :
"Marcel était son ami, la seule personne à qui il pouvait s'adresser en toute spontanéité, sans le souci de paraître ni de disparaître. Tout entre eux coulait d'une source instinctive, une sorte de reconnaissance immédiate entre deux consciences ne souhaitant pas tricher avec leurs faiblesses même si le reflet n'était pas toujours des plus glorieux. Deux hommes
qui s'épaulaient l'âme quand elle vacillait chez l'un ou l'autre (...) Toujours là par-delà les divergences, c'était même peut-être cela qui les soudait, ce goût de soupeser, d'opposer leurs petites opinions personnelles, celles dont on croit qu'elles engendrent l'hostilité entre les êtres alors qu'elles sont le plus droit chemin vers le voisin pour peu qu'on les considère avec courtoisie. C'était leur fonds de commerce amical, le plaisir d'aller chercher en l'autre de quoi s'éclairer et s'améliorer." (p. 121)
Comme chaque fois qu'une lecture captive, enthousiasme... j'éprouve bien du mal à quitter la vie des personnages...

***Je remercie aussi vivement l'amie, MarianneL[Librairie Charybde2 ] pour avoir attiré mon attention sur ce texte par sa chronique...1ère rédigée pour ce livre et cette auteure. Je ne regrette qu'une chose : ne pas avoir pu me rendre dernièrement à sa librairie pour la rencontre avec Isabelle Flaten...
Avant que je n'oublie... Je remercie aussi les éditions, "Le Nouvel Attila", qui publient des textes de qualité, avec des maquettes très élégantes...!! Je vais m'intéresser également de près aux autres texte d'Isabelle Flaten...Sans oublier , en premier lieu, de lire avec attention le roman de Ernest Perochon, "Nêne"...
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MarianneL
  16 août 2019
En 1920, année où ce roman oublié d'Ernest Pérochon reçut le prix Goncourt, Nêne est offert à Adelphe, pasteur d'une petite bourgade, par l'une de ses fidèles, Gabrielle Thomas. La manière dont elle lui tend le livre, avec une sorte de sauvagerie et de rébellion diffuse, préfigure les vacillements puis les bouleversements que la lecture de Nêne va provoquer dans l'existence de cet homme paisible.
« Ceux qui savent lire voient deux fois mieux », écrivait l'auteur grec Ménandre. Pourtant, initialement, Nêne, lecture potentiellement dangereuse, émancipatrice, embrouille la vision du petit monde d'Adelphe, puis celle de sa bonne Blanche, une femme illettrée qui régente son univers domestique, à qui Adelphe va accepter de lire le livre chaque soir. L'histoire de Nêne, servante entrée au service d'un paysan veuf et de ses deux enfants, finalement abandonnée, rejetée malgré son dévouement, va ouvrir une faille dans le coeur et l'esprit de la coriace Blanche.
Chaque lecteur en sait plus long sur un livre que l'auteur lui-même ; chacun des personnages d'Adelphe lit Nêne différemment, tentant d'infléchir dans la vie réelle le cours tragique d'une histoire qui hoquette.
La situation et l'écriture au charme suranné du neuvième livre d'Isabelle Flaten, à paraître le 6 septembre au Nouvel Attila, semblent refléter en miroir le roman d'Ernest Pérochon tout en renversant sa perspective puisqu'Isabelle Flaten place un homme, Adelphe, au centre de l'histoire.
Isabelle Flaten interrogeait avec ruse, justesse et bienveillance les imperfections du genre humain dans ses précédents recueils de nouvelles (Se taire ou pas, Chagrins d'argent, Ainsi sont-ils) ; elle donne ici vie à des personnages d'une épaisseur formidable, à commencer par Adelphe : un homme à l'existence parcimonieuse, qui ne comprend rien aux femmes, mais d'emblée attachant par sa tolérance et son aptitude à questionner ses propres manquements plutôt que ceux des autres. L'existence d'Adelphe, « petit moineau épinglé sur une branche vacillante, les ailes coupées devant ce monde rugissant », et de son entourage, et en premier lieu de Gabrielle et Blanche, est donc perturbée par l'irruption de ce roman-grain de sable et par ce qu'Adelphe commence d'entrevoir du « coeur obscur des femmes » et de leur volonté de conquérir une place plus juste dans la société.
Loin de se réduire aux limites de la petite bourgade, le roman, à partir de la vie d'Adelphe, raconte l'histoire d'un siècle couturé par les guerres et marqué par les luttes pour l'émancipation des femmes. En 1920, lorsque paraît Nêne, la Grande Guerre n'est pas loin, conflit pendant lequel les femmes ont travaillé dur dans tous les domaines, des anonymes aux champs à Marie Curie et sa fille Irène, activement engagées sur le front avec le développement de la radiologie médicale mobile. Témoin ouvert des changements du siècle, Adelphe rompt la lignée des hommes qui vont « de père en fils sans la clé des femmes, avec l'incertitude pour seule boussole ».
La réussite et le charme du roman tiennent aussi au rythme de sa narration, paisible tout d'abord, au rythme lent de la petite bourgade et de la vie aux horizons réduits d'Adelphe, et qui s'accélère avec le siècle et les tourbillons grandissants dans l'existence du pasteur jusqu'au ralentissement ultime sur les rives de la grande vieillesse.
Avec ce roman joliment féministe, éloge de la lecture et de la tolérance, Isabelle Flaten réussit à enchanter en formant, sur un ton décalé avec l'époque, un roman très actuel.
Nous aurons le plaisir de recevoir Isabelle Flaten le 6 septembre en soirée chez Charybde (81 rue du Charolais, Paris 12ème, à Ground Control) pour fêter la parution d'Adelphe.
Retrouvez cette note de lecture et et beaucoup d'autres sur le blog de Charybde ici :
https://charybde2.wordpress.com/2019/08/16/note-de-lecture-adelphe-isabelle-flaten/
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motspourmots
  17 septembre 2019
Il m'est arrivé une drôle de chose avec ce roman. Il m'a d'abord résisté, ou est-ce l'inverse ? Très intriguée par le sujet de départ, je l'ai commencé avec beaucoup d'envie et l'ai pourtant reposé à plusieurs reprises après à peine deux ou trois pages. Une difficulté à entrer dans le texte, le rythme, l'atmosphère peut-être. Je m'apprêtais à passer à un autre livre pour reprendre celui-ci plus tard quand j'ai eu l'impression qu'Adelphe m'appelait. Qu'il s'était en quelque sorte emparé de mon esprit malgré moi. J'y suis donc retournée, me suis peu à peu laissé aller au rythme de la phrase, retrouvant un certain plaisir évoquant la lecture des classiques pour très vite éprouver un réel plaisir à la délicieuse compagnie de cette petite communauté d'où émergent les figures d'Adelphe et de Gabrielle.
L'idée de départ est formidable. Isabelle Flaten exhume de l'oubli le Prix Goncourt 1920, le roman Nêne écrit par Ernest Pérochon dont j'avoue je n'avais jamais entendu parler, et en fait le déclencheur de son intrigue puisque sa lecture va provoquer, au sein d'une bourgade bien tranquille une cascade d'événements imprévus. Nous sommes donc au sortir de la Grande Guerre, moment qui a vu les femmes commencer à prendre leur destin en mains fortes du rôle qu'elles avaient assumé en l'absence des hommes. Mais Adelphe, le pasteur n'en a pas vraiment conscience. A quarante ans, bien qu'entouré de femmes, il ne s'est jamais posé la question de leurs aspirations ou de leurs rêves d'accomplissement. le jour où Gabrielle Thomas, l'une de ses paroissiennes lui offre un exemplaire de Nêne en lui glissant, exaspérée que "tout est là", il ne se doute pas encore des répercussions de sa lecture... ou de la lecture à voix haute qu'il entreprend d'en faire chaque soir à Blanche, sa bonne, rapidement bouleversée par le roman et les leçons qu'il contient. le pauvre Adelphe, lui, ne comprend pas ce que Gabrielle perçoit dans ce livre mais ce qu'il voit bien par contre, c'est la beauté de la jeune femme et l'attirance qu'elle exerce sur lui...
Le charme de ce roman tient sans doute à la douceur du regard de l'auteure qui s'applique à recueillir chaque sursaut des uns et des autres avec une gourmandise que l'on perçoit très bien. Les voies du seigneur sont impénétrables et les sentiments qui habitent Adelphe nous le rendent éminemment sympathique dans sa façon de naviguer dans un océan de doutes sans jamais s'affranchir d'un certain droit au bonheur. Isabelle Flaten explore avec une agréable fantaisie qui ne cède rien au fond, quelques décennies d'évolution de l'affirmation du rôle des femmes. Et leur émancipation sur deux générations et le début d'une troisième. Elle trouve ici un moyen habile de revisiter le thème de la transmission, par l'exemple, l'hérédité ou les mots. Et nous offre un roman délicieux, qui se démarque par la fraîcheur de son ton et la profondeur de son étude des relations entre les êtres.
Une très très belle surprise qui me donne envie de m'intéresser aux précédents ouvrages de cette romancière que je découvre avec ce titre.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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EvlyneLeraut
  10 octobre 2019
L'incipit « Tout juste le récit achevé, Adelphe Delalande sort la blague à tabac de la poche de son gilet et bourre sa pipe avec méthode. » dévoile une beauté littéraire hors norme. L'écriture est scintillante. Ciselée, calme, elle est un levier. A elle seule, elle emporte le lecteur vers l'horizon verbal d'un majeur qui ne se nomme pas. Isabelle Flaten est discrète. Effacée dans cette offrande grammaticale où l'humilité semble des fleurs dans un champ, trop fragiles pour être cueillies. Il suffit d'admirer la courbe du mot, l'histoire qui va advenir pour être comblé. En cela « Adelphe » est une opportunité rare. L'histoire est celle d'un pasteur, Adelphe, torturé, en prise avec des tourments existentialistes. Avec en toile de fond ce désir de vivre à l' instar d'un hédoniste, de prier sur les courbes du monde. Il est le point de gravitation de ce récit. La trame, les faits et le ton qui reflète le culte. Adelphe est en proie au doute. Dans cet âge où vacillent les certitudes, la quiétude. C'est un homme qui ploie tel le roseau vers l'abîme d'une vie, en quête de vigueur et d'amour. le fil rouge du récit est « Nêne » d'Ernest Pérochon, emblème sociologique d'une époque où le féminisme était tabou. L'auteure puise l'idée avant le mot. « Blanche se lève en le remerciant encore une fois et constate qu'en fin de compte, cette histoire c'est comme elle et lui. La porte claque. Adelphe ne veut plus rien savoir. Plus ce soir. » Nêne va semer le trouble. Egarer les brebis. Les femmes de ce récit vont s'affranchir. Tourner le dos aux torpeurs d'un bovarysme. S'éveiller dans l'aura alphabétique de la littérature. Ne plus craindre les foudres de Dieu. Ces femmes paraboliques sont l'éveil d'un féminisme qui écarquille les yeux sur la légèreté des possibilités. L'être et l'avoir vont devenir des jeux d'enfants. Adelphe est pris au piège. Il ne sait plus. Il affronte peu à peu ses démons, et se prend à les aimer. « Son attitude est condamnable, il n'aurait pas dû céder aux caprices de la chair, et pourtant il ne le regrette pas. » Ce récit est une carte postale d'un siècle passé, qui reste accrochée au mémoriel, à la dentelle furtive, aux lèvres magnifiées de ces femmes, aux rides d'un Adelphe qu'on aime d'un seul coup de toutes ses forces. Ce récit en noir et blanc est salvateur, olympien. Il se mérite. Il faut le lire doucement, dans le silence. Etre attentif au moindre sursaut. Etreindre cette plénitude naissante, d'une histoire romantique et sentimentale. Publié par Les Editions le Nouvel Attila, c'est un livre qui fait du bien, un futur grand classique.
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Warrenbismuth
  09 février 2020
Un livre qui existe grâce à un autre, étonnant destin ! En effet, au début des années 1920, peu de temps après l'armistice et dans une France encore en morceaux, Gabrielle, paroissienne, offre à « son » pasteur Adelphe, la quarantaine, un exemplaire du prix Goncourt 1920, le roman « Nêne » d'Ernest PÉROCHON (quasi unanimement oublié par la mémoire collective), ajoutant que tout est dans ce bouquin. Alors Adelphe va le lire, n'y trouvant pas franchement ce que Gabrielle voudrait lui faire deviner. Ce « Nêne » va circuler de mains en mains entre les ouailles, même la servante illettrée Blanche aimerait en connaître les pages, alors Adelphe va le lui lire, puis il va apprendre à lire à Blanche. Qui va devenir sa femme. Pour le meilleur et pour le pire.
« Nêne » va délier les langues, chaque lectrice, chaque lecteur n'y voyant que ce qu'il/elle a envie de comprendre, pas toujours dans le sens de la personne qui le lui a transmis ni du roman, y cherchant sa propre vie, son propre parcours. Nêne, la servante soumise, trop soumise, qui va donner pourtant des idées à ses lectrices Gabrielle et Blanche.
Peu de personnages jalonnent cette histoire d'un temps ancien. Nous avons donc tout le temps de faire connaissance avec eux, et même de nous y attacher. Car ils sont beaux ces personnages, touchants, émouvants, complexes. Mais en trame de fond, outre le Goncourt 1920, c'est bien la condition de la femme qui est mise en exergue, cette femme qui a fait fonctionner la nation de l'intérieur en 14/18 lorsque l'homme allait se faire zigouiller du côté de l'est du pays par exemple, c'est grâce à la gente féminine que le pays peut repartir fin 1918. Alors elle décide qu'elle a désormais son mot à dire. « Elle juge inadmissible qu'un groupe de vieux croûtons fasse pression pour durcir la loi contre l'avortement, en quoi cela les concerne-t-il ? Qu'ils laissent les femmes disposer de leur corps. Est-ce qu'Adelphe imagine ce qu'il adviendrait de lui si l'on décrétait que la semence appartenait à l'État, que toute éjaculation non vouée à la procréation relevait d'un tribunal correctionnel ? Elle en a assez de vivre dans un monde indigne où seuls les hommes ont le choix d'être ce qu'ils veulent, tandis que les femmes sont domestiquées pour leur bon vouloir. Ça suffit ».
Adelphe est l'un de ces pasteurs ancrés dans le passé, avec ses certitudes et ses clichés, notamment sur les femmes. Or il est entouré par des dames. Gabrielle la féministe, bien sûr, pour laquelle il en pince et qui tombera enceinte (l'un des grands mystères de ce roman), Blanche la servante qui deviendra sa femme puis la mère de Jacques. Il n'y a guère que Marcel, le curé, qui représente le sexe « fort ». Et encore, curé moderne, pas vraiment convaincu par sa position et qui finit par déteindre sur Adelphe : « Pourtant s'il osait, il leur dirait que Dieu n'est pas un ami, inutile de le tutoyer, qu'il n'est pas un esprit non plus, pas la peine de le prier, Dieu n'est qu'un repère, une balise pour la route, rien de plus. Il est le phare vers lequel les hommes doivent tourner leur regard, une exhortation à se hisser au-delà du médiocre, à ambitionner la noblesse du geste. Et le pasteur leur sert seulement de guide ».
Vous l'aurez compris, ce roman est féministe, avec un Dieu caché mais définitivement absent. L'écriture est tassée mais pas suffocante, pour tout dire elle est même un enchantement de par sa précision, sa sonorité, des lignes dans lesquelles sont soigneusement distillées des pointes d'humour. La période pendant laquelle s'étend l'histoire est de 1920 à 1960 environ, sur deux générations. Il ne sera fait quasiment aucune allusion à la deuxième guerre mondiale. En revanche, le rôle des femmes sera débattu, sera imposé à un Adelphe un peu trop avare de ses privilèges de mâle. C'est le roman de l'émancipation, des femmes qui s'affirment, décident, mais aussi celui des secrets de famille. C'est pour finir un roman sur la transmission, la force et la magie des mots, sur la passation de la littérature pour qu'elle demeure vive et reste une source d'inspiration et de décisions.
Beaucoup de morts vont émailler le récit, comme si le roman devait se terminer en peau de chagrin. Pourtant l'espoir est bien au bout. Un livre magnifique, un style impeccable, des personnages charpentés, une histoire maîtrisée, qu'attendre de mieux d'un roman ? Sorti fin 2019 aux éditions le nouvel Attila, il m'a échappé à sa sortie, mais le rappel valait le coup, à vous de jouer ! D'ailleurs nous reviendrons vers cette auteure, notamment grâce à des publications dues aux excellentes éditions du Réalgar.
https://deslivresrances.blogspot.fr/

Lien : https://deslivresrances.blog..
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
AstazieAstazie   28 juillet 2020
Adelphe, propulsé par sa jeunesse, dont la foi vacillait faute d authentiques raisons d'être entière, s engouffra dans l écho , avide de hisser ses incertitudes au rang d espoir.
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fanfanouche24fanfanouche24   13 septembre 2019
Marcel était son ami, la seule personne à qui il pouvait s'adresser en toute spontanéité, sans le souci de paraître ni de disparaître. Tout entre eux coulait d'une source instinctive, une sorte de reconnaissance immédiate entre deux consciences ne souhaitant pas tricher avec leurs faiblesses même si le reflet n'était pas toujours des plus glorieux. Deux hommes qui s'épaulaient l'âme quand elle vacillait chez l'un ou l'autre (...) Toujours là par-delà les divergences, c'était même peut-être cela qui les soudait, ce goût de soupeser, d'opposer leurs petites opinions personnelles, celles dont on croit qu'elles engendrent l'hostilité entre les êtres alors qu'elles sont le plus droit chemin vers le voisin pour peu qu'on les considère avec courtoisie. C'était leur fonds de commerce amical, le plaisir d'aller chercher en l'autre de quoi s'éclairer et s'améliorer. (p. 121)
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fanfanouche24fanfanouche24   11 septembre 2019
C’est une sauvageonne qui lui tend le Goncourt de l’année, un roman d’Ernest Pérochon, en sifflant qu’il est édifiant. Sans doute y trouvera-t-il matière à sermon… Il a souri, d’un rictus emprunté, le cœur n’y était pas, seulement la pratique, une longue et patiente bienveillance acquise à force de saluer les fidèles à l’issue du culte chaque dimanche que le Seigneur a fait, avec parfois des surprises. Le geste de la jeune femme en était une. (...)
De nouveau il ouvre le livre et crayon en main à part à la recherche du propos souterrain, souligne les phrases suspectes, celle-ci peut-être, ou bien celle-là, et soudain elle est là, page vingt-sept, une droite dans la cervelle : " Maintenant qu'on ne les poignait plus, ils se gringaçaient entre eux. Portés vers l'instruction, ils discutaient les idées nouvelles et aussi leurs croyances. Suivant puis dépassant les pasteurs libéraux, beaucoup coulaient maintenant vers l'irréligion. "(...) (p. 10)
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MarianneLMarianneL   16 août 2019
Tout juste le récit achevé, Adelphe Delalande sort la blague à tabac de la poche de son gilet et bourre sa pipe avec méthode. Il l’allume, la glisse entre ses lèvres et aspire des bouffées voraces qui forment un halo de volutes opaques, une sorte de voile sur l’embarras. Dimanche dernier, déjà, quand elle lui a offert le livre sur le parvis du temps, il s’est empourpré sans raison. D’ordinaire il reçoit les cadeaux de ses paroissiennes de bonne grâce, avec le sourire facile, le remerciement aisé. Lorsqu’il s’agit d’une bouteille de vin, il souligne avec malice les vertus d’un petit verre sur son âme en cas de turbulence. Ce jour-là, quelque chose sortait de l’ordinaire, les yeux de Gabrielle étaient arrimés aux siens d’une étrange façon. Une manière de faire qu’il ne lui connaissait pas, la paupière haute, volontaire et le chignon mal arrangé, des mèches blondes éparpillées sur un visage d’ange. C’est une sauvageonne qui lui tend le Goncourt de l’année, un roman d’Ernest Pérochon, en sifflant qu’il est édifiant. Sans doute y trouvera-t-il matière à sermon… Il a souri, d’un rictus emprunté, le cœur n’y était pas, seulement la pratique, une longue et patiente bienveillance acquise à force de saluer les fidèles à l’issue du culte chaque dimanche que le Seigneur a fait, avec parfois des surprises. Le geste de la jeune femme en était une.
+ Lire la suite
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fanfanouche24fanfanouche24   12 septembre 2019
Les autres femmes, les anonymes aux champs, les volontaires du ciel, prêtes à piloter pour transférer les blessés, celles des coulisses aussi, les Américaines des ouvroirs à l'instar d'Edith Wharton qui ont mis leur fortune et leur talent pour adoucir les misères de leurs soeurs. Les femmes durant le conflit ont bossé dur dans tous les domaines. Elles pensent avoir prouvé de quoi elles étaient capables. Un soupir. Malheureusement ce n'est pas fini, tout est à recommencer. Leur cause est loin d'être entendue (...) (p. 50)
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Vidéo de Isabelle Flaten
"Pour cette onzième rencontre qui se déroulera, pour la première fois, dans le cadre de l'opération La Voie des Indés (http://lavoiedesindes2013.wordpress.com/), l'équipe des Soirées de la Petite édition convie la maison d'édition strasbourgeoise La Dernière Goutte. Fondée par Nathalie Eberhardt & Christophe Sedierta en 2007, la Dernière Goutte s'est fait une spécialité de défendre des textes forts aux univers grotesques, bizarres ou sombres (comme le dit si bien leur site web). Rééditions d'auteurs français oubliés, création contemporaine à fleur de peau ou mystérieuse, mais aussi textes rares allemands, hongrois côtoient toute une jeune génération d'auteurs argentins qui, pour autant qu'ils sont sombres, n'en oublient pas moins d'embarquer les lecteurs dans le rêve, la farce ou la mélancolie.
Au programme de cette soirée, on effeuillera les empêchements de la vie quotidienne avec Isabelle Flaten, on partira à la recherche du poète Endsen dans les rues de Prague avec Pierre Cendors, on jettera un œil Derrière le mur de briques hongrois de Tibor Déry, on visitera les prisons de Poritsky, on partira (ou on restera) à Buenos aires, avec Mariano Sisikind, on tâtera La Peau dure de Fernanda Garcia Lao, on parlera d'un Affabulateur, des romans oubliés de Jacques Sternberg, de L'homme de trop, on pénètrera dans la Casa Balboa de Mario Rocchi et l'on produira une Thèse sur un enlèvement avec Diego Paskowski. Et bien entendu, nous finirons la soirée autour d'un verre!
Nous serons accompagnés, dans l'exploration de ces mondes fantasmatiques par Christophe Sedierta, l'un des éditeurs, et ses invités: Pierre Cendors et Isabelle Flaten, auteurs, et Frédéric Gross-Quelen, traducteur de l'espagnol. Il se pourrait que d'autres invités se joignent, un peu plus tard à la soirée.
De plus, l'éditeur a accepté, spécialement pour les Soirées, de proposer son nouveau titre: Enfer, s'écria la duchesse, une satire surprenante de Michael Arlen qui ne sortira en librairie que le 3 novembre. Avis à ceux qui aiment les avant-premières!
Pour en savoir plus sur la maison, les traditionnels liens:
le site http://www.ladernieregoutte.fr/ la page facebook : https://www.facebook.com/pages/Editio...
Pour être informé de l'actualité des soirées de la petite édition, retrouvez-nous sur notre page facebook: https://www.facebook.com/SoireesDeLaP...
ou sur Libfly.com: http://www.libfly.com/soirees-de-la-p...
La Voie des Indés est une opération d'exploration collective de l'édition indépendante. Plus de renseignements ici: http://lavoiedesindes2013.wordpress.com/"
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