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EAN : 9782290354599
91 pages
Éditeur : Librio (09/11/2006)
3.92/5   60 notes
Résumé :
Pourquoi se dire "fou" ? Dans ce roman hybride où se côtoient apostrophes au lecteur, méditation sur soi et autobiographie, Flaubert offre le bilan désenchanté d'un premier amour impossible.
Alors que la folie apparaît ici comme un état de "grande santé," celle qui préserve du conformisme abêtissant, l'auteur y raconte la naissance de sa vocation d'écrivain.
En transformant la folie en normalité, en recyclant et détournant les discours conventionnels, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Ellane92
  05 octobre 2015
Oeuvre de jeunesse, Les mémoires d'un fou est un récit en partie autobiographique de Flaubert, écrit en 1838, et publié à titre posthume en 1901. Flaubert y évoque, du haut de ses 17 ans, une certaine lassitude, voire même un dégout, de la vie. Il nous raconte ses années de collège,ses premières vacances en Normandie, ses premières réflexions sur l'amour.
Peu habituée à lire des mémoires, j'ai absolument et totalement pris en grippe Flaubert au cours de mes années de lycée, après avoir passé 4 heures par semaine 10 mois durant à écouter ma prof s'esbaudir sur la vie (étriquée de la névrotique) de Madame Bovary, et la voir rougir lors de ces fameuses scènes de la calèche, quand la femme mariée y retrouve l'un de ses amants. Deux mois à relire l'histoire de la calèche... c'est long, surtout quand on a 16 ans et un amoureux dont les yeux et le sourire sont à se damner !
Bref, en toute bonne foi, et en essayant de mettre de côté mes a priori, j'ai essayé de me plonger dans ces mémoires écrites à 17 ans. J'ai été étonnée du recul pris par Flaubert pour évoquer des évènements qui, au final, datent à ce moment-là presque d'hier ! Ses descriptions sur les premiers évènements de cette toute jeune vie sont émaillées de réflexions sur la religion, la culpabilité, l'écriture, l'art, et bien sur, l'amour et les femmes. J'ai été frappée par l'évocation récurrente de thématiques telles que le bien et le mal (quelques années plus tard, il sera jugé pour outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes moeurs à la sortie de l'illustre Madame Bovary !!) ou l'inutilité de chaque chose. Enfin, j'ai trouvé étonnant qu'on puisse être si désabusé à 17 ans. On découvre en Flaubert un jeune homme sensible et intelligent, qui porte sur les choses, les gens et les évènements un regard plutôt réaliste. Mal à l'aise dans le monde tel qu'il le perçoit, il préfère s'attacher l'adjectif de "fou" pour s'en démarquer.
Quoiqu'il en soit, et bien que l'ouvrage soit court (à peine 90 pages dans l'édition lue), j'ai trouvé que l'ensemble manquait un peu d'unité, de "liant" entre les différents sujets évoqués et dans la façon dont ils étaient évoqués. Quant à la prose de l'auteur, on y trouve entre autre les phrases à rallonge, où les apartés s'ajoutent joyeusement aux multiples propositions entre les non moins nombreuses virgules, un phrasé précis et réaliste, que l'on admire et que moi, je déteste...J'ai personnellement trouvé ces Mémoires d'un fou pompeuses autant que verbeuses, avec tout de même de jolies formulations et des idées intéressantes sur l'océan et l'art.
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araucaria
  20 avril 2021
Oeuvre de jeunesse de Gustave Flaubert, ce livre n'est pas un roman. Il s'apparente plutôt à un essai, un recueil de souvenirs et de pensées. Il est écrit trop précocement pour avoir valeur de "Mémoires". Quoi qu'il en soit l'auteur nous offre ses pensées et opinions sur la vie, le monde, les arts, l'amour. Il nous dit son isolement et ses difficultés à côtoyer ses contemporains, à aimer même ou à s'intéresser à l'amour. Il évoque ses lectures, Byron, Goethe... et en cela me semble encore perdu dans le romantisme. Assez torturé aussi il évoque l'âme, l'au-delà, la mort, le devenir d'un corps et de son esprit. Evoluant peu à peu, je veux dire en cela, prenant de l'âge, il connaîtra son premier amour platonique, puis découvrira, sans passion, l'amour charnel. Flaubert est alors un homme en devenir, un jeune homme qui se cherche, et désespère un peu de se trouver, de faire sa place. Une autobiographie assez pessimiste, une méditation sombre, voilà ce que nous offre l'auteur. Certains passages sont merveilleusement rédigés. Les chapitres s'enchainent sans avoir toujours de rapports entre-eux, mais je n'y vois cependant pas là l'oeuvre d'un fou, simplement d'un jeune homme qui s'interroge sur la vie et la place de l'homme dans la société du XIXe siècle et de l'homme dans l'univers. Une ébauche prometteuse de l'écrivain qu'il est devenu.
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AmandineMM
  12 août 2011
Il s'agit d'une oeuvre de jeunesse de Flaubert dont il s'est servi par la suite pour l'écriture d'Une éducation sentimentale. le style y est déjà merveilleusement lyrique et ironique, véritablement délicieux à lire. Ses descriptions sont absolument magnifiques: pas trop longues, elles font bien voir les paysages ou femmes à travers son regard, tour à tour plein des illusions de la jeunesse et désabusé, sombre. La narration commence avec ce second regard: celui d'un jeune homme qui se sent déjà vieux et dégoûté de tout, surtout de la vie. Flaubert lui-même finit par se lasser de cette posture et revient en arrière, au temps de l'innocence et de la découverte de l'amour, ou plutôt d'une femme. Il raconte ces nouvelles sensations, l'impossibilité de les écrire, sa timidité et ses chimères. Enfin, il en revient au jeune désabusé, tout en nous ayant ainsi fait comprendre comment celui-ci en était arrivé là, et développe une série de considérations sur l'homme et son orgueil, toujours dans un style remarquable.
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PiertyM
  27 janvier 2014
Je me suis laissée emporter par le lyrisme de la première partie avant que le champs poétique se casse et laisse place à de petites histoires de femmes mais qui gardent bien sur le même rythme....
Tout jeune, tout fou, tout vieux en même temps! Un regard assez précoce sur soi, génial en même temps!
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Carosand
  07 mars 2020
Gustave Flaubert se révèle bien être fou, mais un fou lyrique et clairvoyant, dont l'humour ravageur chargé de rancoeur pour cette fatalité qui nous incombe tous ne nous permet pas l'insouciance d'être. Il est l'enchanteur d'un monde perdu dans l'infini, le René mélancolique De Chateaubriand se mire dans "cette majesté de néant".
A méditer juste pour le plaisir d'être fou.
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
Aurel82Aurel82   26 avril 2019
Et maintenant si rieur sur tout, si amèrement persuadé du grotesque de l'existence, je sens encore que l'amour, cet amour comme je l'ai rêvé au collège sans l'avoir, et que j'ai ressenti plus tard, qui m'a tant fait pleurer et dont j'ai tant ri, combien je crois encore que ce serait tout à la fois la plus sublime des choses, ou la plus bouffonne des bêtises! Deux êtres jetés sur la terre par un hasard, quelque chose, et qui se rencontrent, s'aiment, parce que l'un est femme et l'autre homme! Les voilà haletants l'un pour l'autre, se promenant ensemble la nuit et se mouillant à la rosée, regardant le clair de lune et le trouvant diaphane, admirant les étoiles et disant sur tous les tons: je t'aime, tu m'aimes, il m'aime, nous nous aimons, et répétant cela avec des soupirs, des baisers; et puis ils rentrent, poussés tous les deux par une ardeur sans pareille car ces deux âmes ont leurs organes violemment échauffés, et les voilà bientôt grotesquement accouplés, avec des rugissements et des soupirs, soucieux l'un et l'autre pour reproduire un imbécile de plus sur la terre, un malheureux qui les imitera! Contemplez-les, plus bêtes en ce moment que les chiens et les mouches, s'évanouissant, et cachant soigneusement aux yeux des hommes leur jouissance solitaire, pensant peut-être que le bonheur est un crime et la volupté une honte.
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araucariaaraucaria   17 avril 2021
Oh!... la triste et maussade époque. Je me vois encore errant, seul, dans les longs corridors blanchis de mon collège, à regarder les hiboux et les corneilles s'envoler des combles de la chapelle, ou bien couché dans ces mornes dortoirs éclairés par la lampe, dont l'huile se gelait. Dans les nuits, j'écoutais longtemps le vent qui soufflait lugubrement dans les longs appartements vides, et qui sifflait dans les serrures en faisant trembler les vitres dans leurs châssis; j'entendais les pas de l'homme de ronde qui marchait lentement avec sa lanterne, et, quand il venait près de moi, je faisais semblant d'être endormi et je m'endormais en effet, moitié dans les rêves, moitié dans les pleurs.
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Ellane92Ellane92   05 janvier 2016
Comment aurait-elle pu, en effet, savoir que je l'aimais, car je ne l'aimais pas alors, et, en tout ce que je vous ai dit, je vous ai menti ; c'était maintenant que je l'aimais, que je la désirais, que, seul sur le rivage, dans les bois ou dans les champs, je me la créais là, marchant à côté de moi, me parlant, me regardant. Quand je me couchais sur l'herbe, et que je regardais les herbes ployer sous le vent et la vague battre le sable, je pensais à elle, et je reconstruisais dans mon cœur toutes les scènes où elle avait agi, parlé. Ces souvenirs étaient une passion.
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mandarine43mandarine43   26 mars 2011
[Incipit.]

Pourquoi écrire ces pages ? À quoi sont-elles bonnes ? - Qu'en sais-je moi-même ? Cela est assez sot, à mon gré, d'aller demander aux hommes le motif de leurs actions et de leurs écrits. - Savez-vous vous-même pourquoi vous avez ouvert les misérables feuilles que la main d'un fou va tracer ?
Un fou ! cela fait horreur. Qu'êtes-vous, vous, lecteur ? Dans quelle catégorie te ranges-tu ? dans celle des sots ou celle des fous ? - Si l'on te donnait à choisir, ta vanité préférerait encore la dernière condition. Oui, encore une fois, à quoi est-il bon, je le demande en vérité, un livre qui n'est ni instructif, ni amusant, ni chimique, ni philosophique, ni agricultural, ni élégiaque, un livre qui ne donne aucune recette ni pour les moutons ni pour les puces, qui ne parle ni des chemins de fer, ni de la Bourse, ni des replis intimes du cœur humain, ni des habits moyen âge, ni de Dieu, ni du diable, mais qui parle d'un fou, c'est-à-dire le monde, ce grand idiot, qui tourne depuis tant de siècles dans l'espace sans faire un pas, et qui hurle, et qui bave, et qui se déchire lui-même ?
Je ne sais pas plus que vous ce que vous allez dire, car ce n'est point un roman ni un drame avec un plan fixe, ou une seule idée préméditée, avec des jalons pour faire serpenter la pensée dans des allées tirées au cordeau.
Seulement je vais mettre sur le papier tout ce qui me viendra à la tête, mes idées avec mes souvenirs, mes impressions, mes rêves, mes caprices, tout ce qui passe dans la pensée et dans l'âme; du rire et des pleurs, du blanc et du noir, des sanglots partis d'abord du cœur et étalés comme de la pâte dans des périodes sonores, et des larmes délayées dans des métaphores romantiques. Il me pèse cependant à penser que je vais écraser le bec à un paquet de plumes, que je vais user une bouteille d'encre, que je vais ennuyer le lecteur et m'ennuyer moi-même ; j'ai tellement pris l'habitude du rire et du scepticisme, qu'on y trouvera, depuis le commencement jusqu'à la fin, une plaisanterie perpétuelle, et les gens qui aiment à rire pourront à la fin rire de l'auteur et d'eux-mêmes.
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araucariaaraucaria   16 avril 2021
Je vais donc écrire l'histoire de ma vie. - Quelle vie! Mais ai-je vécu? Je suis jeune, j'ai le visage sans ride et le coeur sans passion. - Oh! comme elle fut calme, comme elle paraît douce et heureuse, tranquille et pure! Oh! oui, paisible et silencieuse, comme un tombeau dont l'âme serait le cadavre.
A peine ai-je vécu : je n'ai point connu le monde, c'est-à-dire je n'ai point de maîtresses, de flatteurs, de domestiques, d'équipages; je ne suis pas entré (comme on dit) dans la société, car elle m'a paru toujours fausse et sonore, et couverte de clinquant, ennuyeuse et guindée.
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Videos de Gustave Flaubert (96) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Gustave Flaubert
Gustave Flaubert : "Flaubert tel qu’il fut" par Henri Guillemin (1957 / France Culture). Diffusion le 17 juin 1957. Dans cette conférence d'Henri Guillemin, prononcée à l'occasion du centenaire de la publication de "Madame Bovary", il est tout d'abord question de Flaubert adolescent, qu'on connaît moins. En 1846, il a écrit à Louise Colet : « Le secret de tout ce qui vous étonne en moi est dans ce passé de ma vie intérieure que personne ne connaît. » Pourtant il existe des moyens de le connaître, comme sa correspondance et ses œuvres de jeunesse, car il fut un écrivain précoce. Son goût de l'amitié est évoqué, ainsi que des éléments plus intimes, on apprend que cet homme drôle va s'assombrir à partir de 1870 parce que les morts tombent autour de lui, des amis, puis sa mère en 1872. Dans son œuvre, Flaubert s'interdit de dire "je" mais il met beaucoup de lui dans ses personnages.
Source : France Culture
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L'Éducation Sentimentale

Fumichon, concernant la propriété, évoque les arguments d'un homme politique dont Flaubert parle en ces terme dans une lettre à George Sand: "Peut-on voir un plus triomphant imbécile, un croûtard plus abject, un plus étroniforme bourgeois! Non! Rien ne peut donner l'idée du vomissement que m'inspire ce vieux melon diplomatique, arrondissant sa bêtise sur le fumier de la Bourgeoisie!". De qui s'agit-il?

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