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Suzanne V. Mayoux (Traducteur)
EAN : 9782259211413
408 pages
Éditeur : Plon (26/08/2010)
4.37/5   485 notes
Résumé :
Au cœur d'une période de désordre politique et religieux, dans l'Ecosse des massacres et des rois rivaux du XVIIe siècle, Corrag, jeune fille maudite accusée de sorcellerie, attend le bûcher.

Le révérend Charles Leslie a fait le voyage depuis l'Irlande pour venir l'interroger sur les massacres dont elle a été témoin. Dans le clair-obscur d'une prison putride, les ombres du révérend et de la « sorcière » Corrag se frôlent et tremblent à la lueur de la... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (167) Voir plus Ajouter une critique
4,37

sur 485 notes

LydiaB
  10 septembre 2013
De l'Histoire de l'Écosse, je ne connais que ce que j'en ai lu dans la fabuleuse trilogie de Nathalie Dougal, "La mèche de guerre des Mac Donald". J'ai replongé avec délice dans cette période tourmentée (oui, je sais, cela peut paraître paradoxal) en lisant "Un bûcher sous la neige". Cette pauvre jeune femme, Corrag, vit ses dernières heures dans un cachot. le révérend Charles Leslie se rend à ses côtés afin qu'elle lui en dise plus sur le massacre auquel elle a assisté : celui de Glencoe. Il a besoin de savoir si le commanditaire de cette tuerie est bien le roi Guillaume.

Mais pourquoi Corrag se retrouve-t-elle dans cette situation ? Sa seule faute est d'être "libre" dans ce monde résolument encadré, aux normes parfois douteuses mais que l'on ne conteste pas et, surtout, que l'on ne contourne pas. Comme si cela n'était pas suffisant, elle a le don de "double vue" comme elle le dit. Et avoir des visions à cette époque n'est guère apprécié... On la traite de tous les noms d'oiseaux, dont le fatal "sorcière". Fatal car comme vous le savez, les "procès" (si on peut appeler cela ainsi) étaient vite réglés...

J'ai vraiment apprécié ce livre à double voix (le récit de Corrag d'un côté et la correspondance du révérend de l'autre). Je me suis retrouvée catapultée dans cette Écosse sauvage du XVIIe siècle, dans ce clan des MacDonald, dans cette société où tous les coups étaient permis. L'écriture est belle, empreinte de poésie là où l'on aurait pu attendre un style plus incisif. Je vous le conseille. Et je termine en remerciant la personne qui me l'a offert. Elle se reconnaîtra. Merci, merci, merci !

Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Commenter  J’apprécie          814
colka
  12 avril 2018
Un roman époustouflant ! Conte philosophique, roman historique, initiatique, il y a un peu de tout cela dans le récit de Corrag. Sorcière de mère en fille, c'est la seule hérédité qu'elle puisse revendiquer puisque sa génitrice Cora, a été pendue haut et court pour faits de sorcellerie. Cette étiquette lui colle à la peau, fait d'elle une paria, une hors-la-loi qui n'aura bien souvent d'autre issue que celle de fuir jusqu'au jour où elle va se retrouver dans une prison du clan Campbell, sale, pleine de vermine, avec aux pieds et aux mains de lourdes chaînes. le bûcher l'attend. Son crime : avoir aidé des membres du clan MacDonald à échapper au massacre perpétré par les soldats du roi Guillaume alors sur le trône d'Angleterre , un soir d'hiver de l'an 1692.
Le récit s'organise autour du récit tendu, échevelé de Corrag et des lettres du Révérend Charles Leslie venu en Ecosse pour recueillir son témoignage sur le massacre de Glencoe. Récit et lettres reposent sur des dialogues en décalé qui interpellent constamment le lecteur en l'obligeant à prendre la place de l'interlocuteur absent. Même habileté au niveau de l'effet miroir que créent toutes les remarques et les réflexions que se fait le Révérend concernant Corrag et qui vont l'amener progressivement à prendre une décision qui va à l'encontre de tous ses principes !
Mais c'est à la magie de l'écriture de Susan Fletcher qu'il faut rendre grâce avant tout. Elle a su combiner à merveille tous les détails réalistes découlant du contexte historique ; rudesse des moeurs, violences multiples liées aux querelles politico-religieux avec d'autres éléments liés à l'évocation des Highlands. Si le récit du Révérend fourmille de ces précisions qui ancrent l'histoire dans une Ecosse du XVIIème siècle où il ne faisait pas toujours bon vivre, les longs passages du récit de Corrag laissent à la place à des descriptions éminemment poétiques et suggestives. La langue très sensorielle de l'auteure donne à voir, à humer , à sentir les Highlands sous tous les cieux et au fil des saisons. Parfaite osmose enfin entre ces passages d'une grande densité poétique et ceux qui nous livrent, dans un langage enfantin, les ressentis, les émotions de Corrag et sa vision du monde.
J'ai cependant refermé ce roman sur un amer constat : toutes les époques ont leurs sorcières et la nôtre n'en manque pas hélas !
D'autres thématiques moins sombres aussi se dessinent en filigrane : la nécessité de témoigner, de prendre en main le cours de sa vie en repoussant le plus loin possible tous les déterminismes qui nous gouvernent.
Bref, un beau roman qui pour moi, sort des sentiers battus par sa richesse et sa complexité.
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Cannetille
  28 juin 2019
En 1692, l'Angleterre envoya ses soldats massacrer par traîtrise les membres du clan McDonald, qui avait tardé à prêter allégeance à Guillaume III d'Angleterre : ce fut le massacre de Glencoe, dans les Highlands écossais. A partir de ce fait historique, l'auteur a brodé sa propre légende autour d'un personnage imaginaire : Corrag, jeune Anglaise issue d'une lignée de femmes ostracisées pour leur indépendance et exécutées pour sorcellerie.

Corrag attend le bûcher, lorsqu'elle reçoit dans son cachot la visite du révérend Charles Leslie, personnage réel qui, fervent jacobite, tenta de soutenir la cause des Stuart contre le roi Guillaume : c'est lui qui rendit public ce qui advint à Glencoe. Dans le roman, il vient secrètement interroger Corrag en tant que témoin du drame. La jeune femme raconte : son enfance persécutée en Angleterre, sa fuite solitaire jusqu'à Glencoe où elle fut accueillie sans préjugés, et finalement, la tragédie qui intéresse tant Charles Leslie.

Mêlant fiction et faits historiques, cette longue et vaste fresque bien construite présente plusieurs points d'accroche : campé dans le magnifique écrin de nature des Highlands qu'il met avantageusement en valeur, le récit fait agréablement découvrir un fait historique qui a marqué l'Ecosse. C'est aussi un hommage aux plus de cent milles femmes considérées "sorcières" et tuées en Europe entre les XIV et XVIème siècles, qui m'a fait penser à celui de Catherine Hermary-Vieille dans sa trilogie Les Dames de Brières.

Je n'ai malheureusement pas pu vraiment m'attacher aux personnages insuffisamment crédibles : Charles Leslie, peu fouillé, est plutôt inconsistant, basculant trop rapidement des pires préjugés à une grande estime pour la prisonnière, bêlant d'amour dans ses lettres à son épouse, où il expose en détails et sans crainte des prises de position politique qui pourraient lui valoir la mort. Jusqu'à son emprisonnement, Corrag se tire de tous les mauvais pas avec une facilité bien improbable, et fait preuve de raisonnements sans doute assez incongrus chez une paysanne sans éducation de cette époque. La fin est quant à elle un peu décevante de facilité.

On pourra aussi trouver l'ensemble parfois trop lyrique et débordant d'un excès de bons sentiments, affaibli par quelques longueurs et répétitions. Nonobstant ces défauts, le roman reste intéressant et se lit avec plaisir, porté par un souffle épique, la beauté des paysages d'Ecosse et un hommage à des hommes et des femmes qui connurent un destin cruel, causé par une diablerie toute humaine.

Prolongement sur le massacre de Glencoe de 1692 dans la rubrique le coin des curieux, à la fin de ma chronique sur ce livre sur mon blog :
https://leslecturesdecannetille.blogspot.com/2019/06/fletcher-susan-un-bucher-sous-la-neige.html

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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saphoo
  20 janvier 2018
Magnifique roman, tant par la plume, la construction du récit, les faits historiques, les descriptions et bien sûr le petit truc qui fait qu'on adhère totalement au livre et qu'on aimerait qu'il ne se finisse jamais.
Les faits se passent au XVII siècle en Ecosse, un massacre a eu lieu, les sorcières sont aussi pourchassées, brûlées, noyées, pendues... l'ignorance de l'homme mène à bien des horreurs.
notre petite sorcière, est pourtant pure, simple, en harmonie totale avec la nature, elle nous livrera sa vie au coeur de cette Ecosse, ce fut de réels moments de bonheur de partager cette vie en symbiose avec les éléments, la faune et la flore.
Mais d'un autre côté, il y les hommes avec leurs préjugés, leurs croyances, leurs peurs, et par peur, ils sont capables de tout et même de pire horreur.
L'homme convoite aussi toujours plus, pour un trône, pour une terre, quelques coups d'épée et l'affaire est faite...
Corrag, dit avec ses mots simples avec son amour et son respect de chaque être, cette évidence, que ce sont eux "les méchants" et non elle, pleine de bonté, de simplicité. Et puis le représentant de Dieu, le révérend qui rend visite à la petite sorcière, il l'écoute, chaque jour, et petit à petit, il commence à ôter les ornières, il voit et entend le coeur pur de Corrag, il a compris, il changera, et il deviendra aussi un homme au service de l'homme.
Très juste, bien équilibré entre les récits de Corrag, et les lettres du révérend , on est complètement emporté dans cette contrée sauvage à courir sur les crêtes, et tendre une pomme au cerf qui a faim (ceux qui liront ou ont lu le livre comprendront)
très beau récit, très belle plume, certes qui pourrait décourager certains, car il faut être patient pour connaitre la fin. Corrag a besoin de dérouler son histoire fait par fait, elle doit dire pour que le révérend retransmettre cette vérité.
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blandine5674
  25 mars 2019
Une bibliothécaire me l'avait conseillé. L'écosse, les sorcières au XVIIe siècle et la grosseur du roman, pas trop tenté. Enfin, je finis de le faire attendre et me lance… Et je ne le regrette pas. Une histoire touchante, prenante, intéressante, aux personnages attachants. Corrag est emprisonnée pour sorcellerie est dans l'attente du bûcher. Elle racontera son parcours au Révérend Charles Leslie à qui elle va ouvrir les yeux et changer son optique sur le fait qu'il faut connaître les gens avant de se faire une opinion. Vie d'errance, mais surtout de liberté, de beaux passages de communication avec la nature et en particulier avec un cerf. Des faits réels sur le Massacre de Glencoe.
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Citations et extraits (185) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   10 septembre 2013
Je ne me suis pas arrêtée. C'est seulement arrivée sur l'autre face de la corniche que j'ai fait halte, car j'entendais des voix des Lowlands. Dans la neige, j'entendais des voix d'hommes. J'ai cligné des yeux. Pensé cache-toi. Deux habits-rouges grimpaient le col et s'approchaient, alors je me suis tapie. J'ai creusé une congère avec mes mains, me suis enfouie dans le trou et plaqué les mains sur la bouche pour museler mon souffle haché tandis qu'ils passaient devant moi. Ils se hâtaient. Un d'eux a dit je ne veux pas prendre part à ça ! Non ! Je ne peux pas... et l'autre a répondu c'est contraire à toutes les lois que je connais ! Et ils étaient aussi tourmentés que moi, ces deux hommes qui s'échappaient.
Ils se sont éloignés. Et j'ai pensé vas-y vite ! Cours ! Cours ! Je suis sortie de mon trou, et tandis que je descendais vers le glen j'ai trébuché, ce qui m'a fait tomber, rouler sur la pente comme une pierre, j'avais mal et je me sentais impuissante mais c'était une descente rapide, tout ce que je voulais. Puis j'ai couru vers l'ouest pour pénétrer dans le glen, par le même chemin que la première fois, une nuit silencieuse au clair de lune, et en atteignant le Mélange des eaux qui étaient gelées et d'un bleu luisant, j'ai regardé la vallée et vu une splendeur. Tout était blanc. Tout se taisait et brillait.
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blandine5674blandine5674   25 mars 2019
La dernière exécution d’une prétendue sorcière en Grande-Bretagne eut lieu en l’an 1727. Le Witchcraft Act de 1735 mit fin à la peur et aux persécutions qui sévissaient depuis des lustres. On estime que durant les trois siècles précédents, ce sont plus de cent mille femmes – pour la plupart instruites, indépendantes, âgées ou ayant leur franc-parler – qui furent traduites en justice, accusées de sorcellerie. La torture était couramment pratiquée pour obtenir des aveux. En Europe, le nombre de ces meurtres se monte à quarante mille.
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tamara29tamara29   02 mars 2019
Je suis faite pour certains endroits, comme vous savez. Me MacIain m'a demandé ''pour quoi es-tu prête à sacrifier la vie ?'' et je n'ai pas répondu. Mais tandis que je le recousais, j'aurais pu dire ''pour ce monde'', je pense. Pour de la bonté. Pour les moments simples, quotidiens que nous cessons de voir alors qu'il ne faudrait pas, une marmite où l'eau bout, ou une fleur plus ouverte que le jour d'avant. Parce que j'aime vraiment ces moments-là.
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blandine5674blandine5674   24 mars 2019
Et quelle vie fut la sienne… Je me demande si je ne l’envie pas, en partie. Quand avons-nous cueilli des baies sur leurs buissons, et savouré ces baies ? Pour ma part, ce souvenir remonte à mon enfance. Et avons-nous jamais bu en penchant vers l’eau de la manière d’un chat ? Ce doit être sous l’effet du whisky que j’écris cela. Mais elle a donné à manger à un cerf dans sa main nue, Jane – une pomme pourrie, mais le cerf y a planté ses dents, l’a prise, et tandis qu’elle narrait cet épisode mon cœur disait oui ! Et l’enviait. Jamais je ne me suis tenu immobile dans un marécage, ni n’ai entendu une chouette hululer.
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Ali022Ali022   31 janvier 2021
Ce qui compte, ce sont les gens, eux et leur cœur. Et je me suis penchée très lentement. Je me suis penchée comme le cerf l’avait fait vers ma main, doucement et en silence et avec des yeux brillants, car c’est difficile, bien difficile de donner à un autre être vivant toute sa confiance, de se dépouiller de sa nature et d’être fragile, un temps. J’avais un peu peur. Toute ma vie, j’avais eu un peu peur. Mais à présent j’étais fatiguée. Je ressentais une énorme fatigue dans mon corps et dans mon esprit. Je pensais au pelage épais du cerf. Je pensais à son existence faite de pluies battantes et de rochers, et à sa manière de tourner le dos pour s’éloigner à grands bonds. Lui aussi, il avait été gagné par la fatigue. Je l’avais vu, quand il s’était approché de plus en plus. J’avais vu ses yeux se fermer à moitié tandis qu’il avançait vers ma main. Sa bouche s’était ouverte avec lenteur. Son souffle était chaud, et mon souffle avait la même chaleur que celui du cerf. Mon souffle touchait le visage d’Alasdair, et ma bouche au-dessus de la sienne je respirais son souffle. Nous étions frêles, à ce moment. Nous hésitions, partageant notre souffle. Nous étions tout yeux, souffle et crainte et besoin, et ce fut le moment – le moment court et nu – où il était trop tard pour tourner le dos, pour rebrousser chemin.
Je n’en pouvais plus de lutter.
Je n’en pouvais plus de « sorcière ». Ni d’être robuste.
p.363
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