AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782072859878
48 pages
Éditeur : Gallimard (16/05/2019)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 14 notes)
Résumé :
Tel est le chemin éternel de l’humanisme : comment l’homme a cherché à se construire, à grandir, entrelacé avec ses comparses,
pour grandir le tout, et non seulement lui-même, pour donner droit de cité à l’éthique, et ni plus ni moins aux hommes. Quand la civilisation n’est pas soin, elle n’est rien.
Cynthia Fleury

Soigner, la chose est ingrate, laborieuse, elle prend du temps, ce temps
qui est confisqué, ce temps qui n’est plus... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Fabinou7
  17 mars 2020
Je ne sais pas vous mais j'entends souvent « mais de quoi te plains-tu ? On a quand même de la chance… », oui, et ? Aucune opposition. Parce qu'on a de la chance dans notre système de soin (comme notre système démocratique), il nous faut continuer d'être exigeant, parce qu'ailleurs on n'a pas forcément le même « standing », la même « qualité » et que justement on nous admire et on s'appuie sur notre exemple pour améliorer les choses ailleurs, on n'a pas le droit de s'endormir sur nos acquis car c'est précisément là que ça se délite (tiens, d'ailleurs y a « élite » dans délite…).D'ailleurs ne nous pensons pas forcément hors sujet en terme de perfectibilité, car l'expérience peut nous montrer des systèmes de santé bien plus efficients in fine…

***
La collection Tract, comme son nom l'indique, présente des textes mêlant actualité et réflexion épistémologique en quelques dizaines de pages, ce format permet d'aborder en synthèse des sujets sociétaux, économiques ou philosophiques d'intérêt commun – partant du constat pragmatique que les citoyens n'ont pas le temps démocratique nécessaire pour approfondir davantage.

***

« Cela m'avait marquée : précisément leurs marques ; les corps fatigués alors qu'ils sont jeunes, les peaux sans éclat, les dos et les genoux qui font mal, les organismes et les esprits abîmés ». La philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury signe un court texte sur la philosophie du soin, une philosophie qu'elle veut « in situ » : faire entrer la philosophie à l'hôpital pour les patients comme pour les soignants. Pour Fleury, un pays aussi industrialisé, aussi avancé à la fois technologiquement et scientifiquement que le notre ne devrait pas constater un niveau de fatigue, de stress, des corps et des psychés aussi amochés.

« Quelque brigand que nous rencontrerions sur la route, peut-être pourrons-nous arriver à le rendre sensible à son intérêt personnel sinon à notre malheur. Mais demander pitié à notre corps, c'est discourir devant une pieuvre, pour qui nos paroles ne peuvent pas avoir plus de sens que le bruit de l'eau. » écrivait Marcel Proust.

La philosophie du soin est intéressante car elle nous touche absolument tous. Mais ce n'est pas sa particularité : la philosophie politique, du droit, de la justice ou du bonheur aussi nous touche. Mais différemment. Peut-être ces philosophies-là sont-elles plus prisées, plus abondantes sur les rayons des librairies aussi. Est-ce que la philosophie du soin est mise au second plan en raison de l'objet « bassement » matériel de son étude : le corps ?

Pour Fleury, le soin dépasse la notion de maladie d'une part, il s'inscrit dans un choix de société humaniste, garanti par l'Etat de droit, mais il dépasse aussi la notion de corps. C'est essentiel : « on adorerait pouvoir soigner la maladie, la déposer à l'hôpital comme on dépose sa voiture chez le garagiste » nous dit Fleury, or on ne soigne pas une maladie mais une personne malade.

« Prendre soin de quelqu'un, c'est prendre le risque de son émancipation ». le patient d'aujourd'hui est atteint de maladies physiques ou psychiques, de plus en plus chroniques, et il faut composer avec ce patient dans une dialectique moins autoritaire, moins patriarcale, le patient veut comprendre, le soin doit s'organiser non pas seulement pour lui, mais avec lui par le partage du savoir, cela me rappelle la formule de Ruwen Ogien qui déclarait « être malade est en train de devenir mon vrai métier, mais j'aimerais bien être licencié ».

Il faut rendre capacitaires les individus, les émanciper, ne pas opposer vulnérabilité et autonomie. Rendre les individus capacitaires pourquoi ? d'abord pour retrouver une autonomie et un degré de liberté plus important (moins de fatigue, meilleur moral, moins dépendant vis-à-vis des proches – même si à cet égard, les proches au-delà des soignants gardent un rôle crucial : « le soin est une fonction en partage » ) mais également (et surtout pour l'Etat), sociologiquement, en capacité de remplir leurs devoirs économiques et sociaux comme le soulignait, à nouveau, le philosophe et « patient en C.D.I aux Hôpitaux de Paris » Ruwen Ogien dans « Mes mille et une nuits ». Ogien pointe également le fait qu'on peut rendre capacitaire les soignants eux-mêmes, l'exemple de certaines piqûres assez basiques longtemps réservées aux médecins alors que les infirmières pouvaient tout à fait le faire…

« Quand l'État de droit détruit ses citoyens, en leur donnant un sentiment de chosification, il se porte atteinte à lui-même ». Néanmoins on peut penser que l'ambition de Cynthia Fleury (c'est peut-être ce qui la motive aussi à publiciser son action) est contrainte. Les politiques de réduction budgétaires, la santé à plusieurs vitesses selon les classes sociales et les zones géographiques (l'un découlant sans doute de l'autre), le manque de personnel, les cadences infernales aussi bien dans les cliniques privées que dans l'hôpital public, la politique de prévention embryonnaire, le « management déshumanisant, oscillant entre pressions arbitraires et injonctions contradictoires et rendant malades quantité de personnels » que cite Fleury appelant en renfort Jean Oury « bien sûr, si un directeur est sadique, phobique, paranoïaque, tout s'en ressent. On aura beau amener des techniques de pointe, de la psychanalyse de groupe ou autres, on n'aboutira pas à grand-chose. Mais il y a une pathologie qui est entretenue par la structure de l'ensemble hospitalier, par les habitudes, les préjugés… »

Ne nous voilons pas la face, les réductions budgétaires ne concernent pas seulement les urgences, les personnels et les infrastructures, mais également les traitements.
Si certains affirment que les maladies chroniques (qu'on ne peut guérir) sont potentiellement source d'économies pour les industries pharmaceutiques qui renoncent à investir dans la recherche, il n'en reste pas moins que la réduction du remboursement des dépenses de santé (notamment les prix astronomiques de certains traitements) peuvent conduire à ne pas les envisager pour tous.
Cela joue aussi sur les pronostics délivrés par le médecin, et pourtant déjoués par nombre de patients d'où l'enjeu de comprendre les paramètres qui font que l'on refuse au patient tel ou tel protocole.

« Plus qu'un partenaire, le patient doit être un patient expert, un patient compétent ». Pourquoi Cynthia Fleury nous dit que le patient doit faire partie du process, doit bénéficier du partage de connaissance (des formations diplômantes existent d'ailleurs désormais) ? C'est aussi pour avoir, dans une certaine mesure, l'information (peut-être même le discernement) nécessaire à son consentement aux soins, au suivi des effets secondaires de ces médicaments ou encore du refus d'un médecin de lui faire bénéficier de tel ou tel protocole, et je cite (encore) Ruwen Ogien : « ce qui m'est le plus pénible, j'ai l'impression, c'est de me dire que ma vie dépend largement des décisions des médecins de prolonger le traitement ou pas selon des critères que je ne connais pas, mais qui pourraient un jour devenir purement financiers. »

« Dire la vérité au malade est certes une nécessité. Cependant la nécessité de veiller à ce que cette vérité n'affaiblisse pas le sujet et les aidants, mais au contraire les renforce dans leur quête de traitement et de guérison, est tout aussi décisive – d'autant que le régime d'incertitude dans lequel évolue la médecine invite à quelque humilité par rapport à la perception de ce qui est vérité. » Pour Fleury, sans forcément être dans la suspicion évoquée plus haut (hélas parfois légitime), le médecin et le patient ont besoin l'un de l'autre pour mettre en place le soin. Ils ont besoin de se faire confiance, de se dire quand ça ne va pas, cela peut représenter une difficulté pour le médecin de soigner un patient qui – bien que ce soit sa liberté - continue à fumer quand il a un cancer au poumon ou à se goinfrer de sucreries s'il est diabétique, qui ne prend pas son traitement etc, mais le médecin a aussi besoin du patient, car il n'existe pas deux physiologies identiques, deux corps similaires, les réactions, effets secondaires, le patrimoine génétique, les allergies etc diffèrent selon un ensemble de paramètres extrêmement large et donc le médecin a besoin du « retour d'expérience » du patient qui vit dans sa chair et son âme les effets de la maladie comme ceux du traitement, le patient enseigne au médecin sa médecine alors même qu'il espère un médecin totalement compétent pour le guérir, en fait, un peu comme à la télévision on fait face aux « aléas du direct ».

***
A lire pour découvrir ce que propose concrètement Cynthia Fleury et nous imprégner de ces réflexions car nous sommes tous confrontés à la maladie, puis pour approfondir, je ne saurais que conseiller le philosophe Ruwen Ogien, disparu en 2017, qui s'est servi de son cancer pour livrer des réflexions essentielles sur notre rapport social aux malades et à l'environnement du soin, qui sans surprise n'est qu'un révélateur de l'état plus global d'un discours social ambiant (infantilisation, dolorisme, domination, culpabilisation, indifférence, tabou, déséquilibre d'information, désocialisation etc).

A ce jour, dans la chaine de conséquences et (ir)responsabilités ayant conduit à une crise sanitaire généralisée, l'adéquation entre les moyens mis à disposition ou supprimés et réduits depuis des années pour l'hôpital comme pour la recherche, les décisions politiques & démocratiques différentes selon les pays, les délais de prise de conscience selon les pays touchés, cet ouvrage peut aider au sursaut pour enfin RE-penser très vite la question du soin dans la cité.

Qu'en pensez-vous ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          4419
Chri
  29 mai 2020
Tout cadre avec le surréalisme de l'hôpital, son système de démence unificateur, couvant un héroïsme quotidien, et les enjeux sociétaux incommensurables qui l'entourent.
Cynthia Fleury paraît même être le parfait casting pour inaugurer cette nouvelle chaire d'enseignement « humanités et soins » à l'hôpital : son tempérament hautement résilient, sa compétence de psychanalyste, ses engagements politiques sociaux-démocrates, et sa philosophie en cohérence avec ses engagements multiples.
La suite de cette critique est cependant beaucoup plus problématique.
- le problème de l' « Exceptionnalité humaine » et de l'État d'exception.
Le caractère exceptionnel qui domine objectivement ce casting, se retrouve dans « l'exceptionnalité humaine », proclamée d'un bout à l'autre de ce livre, encore ironiquement présente dans l'État de droit, lorsque celui-ci tend à se complaire dans un « État d'exception ». Il est peut-être alors le résultat d'un principe d'action, fondé sur la négation ou l'exception, de bout en bout, ce genre de lien fort, que l'auteure cherche à démontrer entre « Individuation et État de droit ».
Mais avant de voir comment se déploie cette exceptionnalité humaine à l'hôpital - où le genre humain est seul présent - ses membres, ayant tous une formation de biologie, savent que le soin est plus généralement un animalisme, y compris dans ses manifestations les plus sublimes. L'auteure aime d'ailleurs citer Donald Winnicott, en faisant des soins d'une mère à son bébé, un « processus naturel » de référence, que les soignants devraient s'efforcer d'imiter.
Au bout de toutes mes lectures, je crois même que je pourrais écrire une anthologie du spécisme, mais finalement, tout ça n'a rien à voir avec des connaissances biologiques, mais plutôt avec toutes les raisons dans lesquelles on s'enferme, pour calmer une sorte d'inquiétude, qui attend donc d'être sérieusement questionnée.
L'auteure le reconnaît finalement, cette «  exceptionnalité humaine » n'est qu'une « fiction régulatrice », mais fondée sur un mensonge, de surcroît jamais complètement démenti, comme on peut le voir juste après. Pire, ce prétexte spéciste, qui avance masqué, est plus généralement un différentialisme, donc un prétexte qui devient facilement un réflexe différentialiste.
On ne parle pas ici des spécificités humaines, qui intéressent notamment la médecine, mais d'une attitude, qui, en s'efforçant d'établir des différences de nature, manifeste inconsciemment l'angoisse de vivre avec et au risque d'autres, étranges étrangers, dans leur « vérité multiple ».
On retrouve, en tous les cas, intact, le vieux mythe kantien de l'arrachement à « l'état sauvage de nature », ou selon l'expression de l'auteure, l'homme qui doit échapper à sa « vérité animale et multiple ». Outre le fait que cette philosophie de l'arrachement ne répond plus aux enjeux planétaires, l'arrachement à la « vérité multiple », pose directement un problème de démocratie, comme une sorte d'universalisme abstrait.
- le problème de l'« irremplaçabilité » et du « Moi minimal ».
Cette fois on ne parle pas du genre humain, mais de la personne humaine, même si on devine, dans la négation, une sorte de continuité avec le problème précédant. L'image est frappante : « les individus qui ont un sentiment de remplaçabilité tombent malades…réduits au Moi minimal ». Mais cette expression cadre trop bien, avec une société qui valorise le Moi sur une échelle quantitative - malade, peut-être, de ses « irremplaçables » - et qui participe malheureusement, à ce que l'auteure dénonce, à travers l'expression de chosification. L'expression “Moi minimal” fait penser à la température corporelle minimale, mais au-delà de cette image bizarre, ce genre d'expression fait craindre une manière grossièrement objectiviste ou scientiste d'envisager le psychisme. Je ne parle même pas de ceux pour qui le Moi n'est qu'une illusion.
- le problème de la « vérité capacitaire ».
Le vieux problème de la médecine, « toute vérité n'est pas bonne à dire », devait forcément être abordé dans ce livre, et l'auteure confirme effectivement le besoin de clarifier la multiplicité de sens du concept de « vérité ». Mais ce livre participe à la confusion, en assignant le mot « vérité » à toutes les sauces, et en faisant d'emblée la caricature du philosophe, « seulement soucieux de connaître la vérité qui parfois ne produit rien d'autre que l'assignation à résidence douloureuse ». du coup, le problème est fermé sur lui-même, là, où la philosophie pragmatique, par exemple, pouvait apporter un autre éclairage. Tentons, par exemple, d'écarter le nom « vérité », et de n'utiliser que l'adverbe « vérifié » dans l'expérience, en reformulant complètement les propositions.
- le problème du « bébé qui n'existe pas » avec Winnicott.
Ce personnage surgit avec sa formule provocatrice, qui signifie que le bébé « est dépendant d'un autrui soutenant son monde pour qu'il advienne ». Mais le plus étonnant, c'est que cette inexistence reste non critiquée par l'auteure, malgré la place d'honneur qu'elle réserve à la philosophie de l'existentialisme. Même si on ne s'intéresse pas à son intimité, ce bébé « se rencontre, et surgit dans le monde ». Elle souligne même que le rapport qu'il vit avec sa mère, devrait inspirer largement la manière de soigner. Mais le critère de l'« inexistence », tel qu'il est énoncé, s'applique monstrueusement aux patients, à toute personne vulnérable, et même au monde entier. Nous sommes toujours dépendant d'un autrui pour advenir.
- Problème de l'universalisme abstrait.
L'auteure entame ce livre, avec l'évocation puissante de la continuité, entre les observations de Marx, dans les Manuscrits de 1844, et sa propre observation des gilets jaunes, « les corps fatigués et les esprits abîmés », tous ces gens qui doivent payer pour une « vie en miettes ». L'État est accusé de développer un sentiment de chosification. Ce mot qui revient si souvent dans ce livre, on pourrait tenter de le mettre en rapport avec un universalisme abstrait. En remontant, en effet, jusqu'à l'universalisme des Lumières, on saisirait peut-être le contraste, entre d'un côté, un enthousiasme authentique, et d'un autre côté, ce qu'il y a de distordu, souterrain et cruellement puissant, au fond du kantisme. Une seule citation de Pierre Bourdieu, mettrait le public sur cette voie, mais l'auteure s'arrête là.
Or, les problèmes sont têtus. le fameux Winnicott, que l'auteure aime citer, déclarait également : « Il ne faut pas oublier qu'il n'y aura jamais assez de psychothérapeutes pour traiter tous ceux qui ont besoin d'être soignés ». Nous savons qu'une personne au RSA ne peut pas consacrer la moitié de ses revenus à une psychanalyse. Mais irait-on jusqu'à dire que les besoins de soins psychologiques de ces personnes, ne sont que du confort, qu'une psychanalyse n'est qu'un confort ?
- le problème du « boom des maladies chroniques » et de la continuité de vie.
Ce n'est pas un de ces « pronostics d'effondrement » devant lesquels l'auteure s'insurge. le « boom des maladies chroniques » est au contraire, un problème déclaré, pour le coup réellement alarmant. Mais, contre toute attente, Cynthia Fleury, qui affichait volontiers dans d'autres chapitres, son engagement social, politique, philosophique, reste ici, étonnamment effacée. Ce chapitre reste ainsi sagement cadré dans l'institution, sans imagination.
- le problème de l'asepsie psychique ou prévention des maladies nosocomiales psychiques.
C'est en parlant de l'institution, que ce problème est mis sur la table, et la formulation est très claire. On peut penser à la recherche des « germes », notamment le surmenage légendaire, surréaliste, des soignants. On peut penser aussi à la contamination ou aux conséquences, en direction des autres soignants, comme des patients. Mais en lisant ce livre, je pense au « germe » que peut constituer son discours défensif, triste, stoïque - « défense de l'exception humaine », « la raison ne doit pas plier » (...) - en alourdissant une ambiance déjà plombée par un certain management affairé et incapable de prendre du recul.
On retrouve d'ailleurs cette tonalité, dans l'expression, « L'espérance dans la tristesse », tirée du livre « La fin du courage » de la même auteure.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
Gribouille_idf
  05 novembre 2019
Ce livre reprend le discours inaugural que Cynthia Fleury a prononcé lors de la cérémonie de titularisation à la chaire « Humanités et Santé » au Centre national des arts et métiers.
Dans son discours, divisé en huit parties, elle évoque les gilets jaunes face à un Etat de droit défaillant, en partant d'un extrait des « Manuscrits de 44 » de Karl Marx, et s'indigne. Elle insiste sur l'importance de l'humanisme et des humanités (disciplines), en relatant ses travaux antérieurs sur la Renaissance. Elle s'attarde, bien entendu, sur la nécessité du soin (probablement à prendre au sens du « care »), sa fonction dans la société, mais aussi des soignants et des soignés, en revisitant la notion d'irremplaçabilité (qui a fait l'objet d'un livre lumineux). Elle écoute les vulnérables, les sans-voix, les âmes perdues, en se faisant philosophe clinicienne, comme avec ses « femmes désenfantées » ; ces mères qui ont perdu leur enfant, « des mères endeuillées ». En somme, elle vivifie notre rapport à l'altérité et le rend possible par la pratique philosophique du soin.
Tout est à prendre chez Cynthia Fleury, tout est à méditer tant notre monde, sous le coup de la mondialisation et des effets déshumanisants de la rationalisation, bascule dans un avenir incertain. Il faut se soucier des autres avant qu'il ne soit trop tard, c'est un peu la leçon de cette philosophie de bien-être à laquelle j'accorde une grande place dans nos "vies minuscules".
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          82
david19721976
  29 janvier 2020
L'homme existe sur deux plans: La réflexion humaniste est fondée sur la connaissance de l'homme, elle débouche naturellement sur la conscience de soi, puis vient le dépassement de la condition primitive, sa liberté individuelle mais aussi sa vertu. La médecine forme un ensemble très complexe. Le médecin doit soigner, instruire les patients, les soulager de leurs maux, l'humanisme empathique et confiant: les deux associés sont des arguments thérapeutiques et réciproques non négligeables à la participation mentale dans les maladies étant souvent très importante.
Commenter  J’apprécie          40
DLN
  06 août 2019
C'est un texte court, un de ces tracts que publie désormais Gallimard, mais qui résonne comme un programme de travail, ou plus exactement comme une suite d'intuitions développées, et à continuer à développer, dans le cadre de la chaire "humanités & santé" que Cynthia Fleury anime à l'APHP et au Cnam.
La première intuition, presqu'un postulat, et c'est celle du titre lui même, "le soin est un humanisme", c'est que "l'existence précède l'essence" ; par parallélisme on est tenté de dire que le soin précède la médecine. le soin manifestation de cette "exceptionnalité de l'homme", cette "fiction régulatrice" (comme l'est le "contrat social" de Rousseau), qui n'a pas existée, puisqu'on sait maintenant la grande continuité entre l'animal et l'homme, mais qui est au fondement de l'éthique humaine.
Voir la suite sur mon blogue : http://www.daniel-lenoir.fr/le-soin-est-un-humanisme-sur-le-tract-eponyme-de-cynthia-fleury/
Lien : http://www.daniel-lenoir.fr/..
Commenter  J’apprécie          40


critiques presse (1)
NonFiction   20 juin 2019
Lorsque le soin et le sujet soigné sont dissociés, ce sont autant les soins que les sujets soignés qui sont en péril, et par conséquent toute l’institution de soin.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Gribouille_idfGribouille_idf   05 novembre 2019
Quant à la notion d’irremplaçabilité, je l’ai expérimentée par défaut, en clinique, avec mes patients : les individus qui ont un sentiment de remplaçabilité tombent malades et peuvent opérer des passages à l’acte contre eux-mêmes ou autrui. Ils sont victimes de désubjectivation. Il y a comme une détérioration du sujet en eux. Il en est ainsi en politique quand l’Etat de droit détruit ses citoyens, en leur donnant un sentiment de chosification, il se porte atteinte à lui-même car ces sujets, anéantis, réduit au Moi minimal, deviennent étrangers au sentiment d’engagement dans la sphère publique, ou traduisent politiquement leur ressentiment par des votes extrémistes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
DLNDLN   01 août 2019
Il faut entendre ce terme d'enquête au sens large, celui de l'investigation journalistique et scientifique, la manière dont nous créons des méthodologies et des protocoles validés pour faire émerger de la connaissance et affaiblir la désinformation dans laquelle nous baignons.
Commenter  J’apprécie          40
Gribouille_idfGribouille_idf   05 novembre 2019
Il faut se soucier de rendre « capacitaires » les individus, c’est-à-dire de leur redonner aptitude et souveraineté dans ce qu’ils sont ; comprendre que la vulnérabilité est liée à l’autonomie, qu’elle la densifie, qu’elle la rend viable, humaine ; travailler à faire que cette vulnérabilité soit pour autant la moins irréversible possible.
Commenter  J’apprécie          30
DLNDLN   31 juillet 2019
Là encore, il convient de se remémorer cette vérité première qu'il n'y a pas de maladie mais seulement des sujets qui tombent malades et que la reconnaissance de cette subjectivité est la seule opérationnelle pour la production d'un soin.
Commenter  J’apprécie          30
DLNDLN   31 juillet 2019
Si la médecine recherche la "vérité" scientifique au sens du meilleur diagnostic possible, il n'en demeure pas moins qu'elle n'est pas assimilable à une pure recherche mathématique ou laborantine qui peut fonctionner de façon abstraite, sans se soucier de son impact sur les personnes.
Commenter  J’apprécie          20

Videos de Cynthia Fleury (73) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Cynthia Fleury
Cynthia Fleury est l'auteure de "La fin du courage", publié aux éditions Fayard. Pour la philosophe lorsque l'on défend la vie, on ne doit pas défendre uniquement son côté organique. Comment fait-on pour fortifier le courage ? Et surtout pour le trouver ? Il n'y a pas de courage sans peur, explique Cynthia Fleury. La peur est naturelle, ce qu'il faut éviter c'est la panique : "Notre relation à la vie passe par une tolérance au risque, à l'incertitude. C'est ce qui est compliqué parce que notre société refuse le risque et considère que l'incertitude est le contraire de la raison et de la performance".
Retrouvez l'intégralité de l'interview ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/la-grande-librairie-saison-12/1448617-a-quoi-sert-la-philosophie.html
+ Lire la suite
autres livres classés : philosophieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox






Quiz Voir plus

Philo pour tous

Jostein Gaarder fut au hit-parade des écrits philosophiques rendus accessibles au plus grand nombre avec un livre paru en 1995. Lequel?

Les Mystères de la patience
Le Monde de Sophie
Maya
Vita brevis

10 questions
325 lecteurs ont répondu
Thèmes : spiritualité , philosophieCréer un quiz sur ce livre