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Critique de Tandarica


Tandarica
  10 décembre 2016
Victime d'un sacré refroidissement, frustration de ne pas avancer dans des dizaines de lectures en cours, dont notamment la lumineuse petite dame de la grande maison de Jack London, je décline systématiquement toute invitation amicale à prendre un café. Une très vieille connaissance, personne que j'admire par ailleurs pour sa grande force de travail, ignorant cependant mon renoncement au café, que j'ai remplacé si judicieusement par du thé vert depuis des années, m'a élégamment transmis ce délicieux cadeau. Désespérant probablement de ne pas me voir arriver, comme prévu, à Bucarest (what else ?) elle m'a transmis le livre de confessions de Gheorghe Florescu, m'obligeant ainsi à m'asseoir pour le prendre enfin, ce café virtuel.
Je reconnais une certaine malice, dans la mesure où le Hadji Tudose m'ayant servi d'alibi à l'ajournement de ce rendez-vous apparaît furtivement dans les premières pages, puisque l'auteur a des liens très intimes avec l'église de la Trinité, personnage de la nouvelle de Barbu Delavrancea, et plus ou moins symbole d'une concorde communautaire rare en Roumanie et qu'on retrouve ici. le vrai plaisir de cette lecture est pourtant dans ce style très simple et linéaire d'une narration des tribulations d'un expert en café dans la Roumanie des années 1944 à 2008. Ayant personnellement passé des heures entières dans des files d'attente pour quelqu'un pour un achat d'oranges ou de bananes alors que je n'avais pas dix ans, je lis aujourd'hui ce témoignage sur les coulisses du commerce, notamment des produits importés dans les années de pénurie alimentaire sous le communisme. Mais l'intérêt réside aussi dans l'humilité du ton, qui rend constamment hommage aux maîtres qui ont su transmettre leur savoir-faire, comme l'Arménien Avedis Carabelaian, négociant en café et torréfacteur artisanal, qui a cédé à l'auteur bien plus que son fonds de commerce. Au bout d'une centaine de pages, quelques apologues sur les lois incontournables du commerce (élémentaire, mon cher Watson !) expriment admirablement l'émotion de la reconnaissance due à ceux qui nous précèdent dans la passion professionnelle.
Malgré mon peu d'habitude, je prends cependant pleinement conscience du caractère historique et très politique de ces confessions. L'aspect documentaire m'apparaît dès lors précieux et en cela l'auteur peut être rassuré : une personne au moins aura lu ce que sa main gauche, victorieuse de l'indisponibilité de la droite, causée par un accident vasculaire cérébral en 1990, a déposé sur papier. Pour rédiger cette brève critique, j'ai utilisé quant à moi un logiciel de reconnaissance vocale, et plusieurs tasses de matcha à l'odeur et à la saveur d'un café qui a su "faire parler les chevaux" (cf. p. 116).
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