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Critique de Takalirsa


Takalirsa
  02 mai 2016
Une biographie d'artiste ayant l'antisémitisme pour arrière-plan.
Le choix de l'auteur de revenir à la ligne à chaque phrase est au départ déstabilisant : on peine à s'immerger pleinement dans ce texte qui met sur le même plan récit à la 3e personne, dialogues et interventions du narrateur. le style, un peu froid, un peu saccadé, crée une certaine distance. Malgré tout on accroche, happé par certaines phrases ainsi mises en exergue, et par un sentiment diffus d'émotion contenue. Et voilà que l'auteur l'avoue lui-même : « J'éprouvais la nécessité d'aller à la ligne pour respirer ». Imposer une certaine distanciation pour ne pas se laisser submerger par son bouleversement intérieur. Car Foenkinos a marché sur les pas de Charlotte, visitant chacun des lieux marquants de sa vie afin de mieux ressentir ce qu'a vécu l'artiste, et comprendre les événements et personnages qui l'ont construite. Une quête que l'on devine passionnée, quasi obsessionnelle. Émouvante aussi, la talentueuse jeune femme ayant constamment frôlé le désespoir et la folie au cours de sa brève existence. La partie biographique est empreinte de solitude et de tristesse (famille suicidaire, père absent, amours contrariées...), que viennent à peine raviver les succès artistiques. Il faut dire que le contexte historique n'aide pas...

Et c'est bien la thématique « art et nazisme » qui, à l'origine, m'a attirée vers ce livre. J'ai appris que les élites (intellectuels, artistes, médecins, professeurs) ont été les premiers touchés par l'antisémitisme montant. Dès 1933, la belle-mère de Charlotte, la cantatrice Paula Lindberg, perd le droit de se produire en dehors d'un public juif, de même pour son père Albert dans l'exercice de la médecine... Et puis les nazis décident de « mater aussi les pinceaux » : Charlotte entre in extremis aux Beaux-Arts (« Elle pourrait être une menace pour les jeunes aryens. La juive est séductrice, perverse »), se voit ensuite refuser les récompenses qu'elle mérite (« Il est impossible qu'elle reçoive ce prix. On parlerait d'enjuivement de l'école »)... La répression, la peur, l'exil, les dénonciations, les arrestations... « Ce n'est pas une vie pour une jeune femme » ! Alors Charlotte peint, pour exprimer sa souffrance, « pour ne pas devenir folle ». Entre angoisse et désespoir, elle crée une oeuvre originale associant peinture, textes et musique : « Vie ? Ou Théâtre ? », « Une union des arts nécessaire à la cicatrisation d'une vie abîmée », une forme inventive pour livrer sa vérité à elle. Avant de mourir.
Je cherchais un témoignage sur la guerre, j'ai découvert une artiste !
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