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EAN : 9782072913068
240 pages
Éditeur : Gallimard (01/10/2020)
3.48/5   506 notes
Résumé :
« J’avais du mal à écrire ; je tournais en rond. Mes personnages me procuraient un vertige d’ennui. J’ai pensé que n’importe quel récit réel aurait plus d’intérêt. Je pouvais descendre dans la rue, arrêter la première personne venue, lui demander de m’offrir quelques éléments biographiques, et j’étais à peu près certain que cela me motiverait davantage qu’une nouvelle invention. C’est ainsi que les choses ont commencé. Je me suis vraiment dit : tu descends dans la r... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (124) Voir plus Ajouter une critique
3,48

sur 506 notes

Ladybirdy
  01 octobre 2020
Dévoré, englouti, savouré, je n'en ai fait qu'une bouchée de la famille Martin.
Un pur régal. C'est frais, c'est singulier, c'est bon et beau à la fois. Je dis bravo.
David Foenkinos est en panne d'inspiration pour son prochain roman, les fictions l'ennuient, il se met en tête d'accoster la première personne qu'il croisera dans la rue et d'écrire son roman. La première tête croisée sera Madeleine Tricot, une dame âgée de quatre-vingt ans. L'écrivain fera ensuite la connaissance de sa fille Valérie, son mari Patrick et leurs deux enfants Jérémie et Lola. Voici la famille Martin au complet.
Partant en quête de l'intimité de ce petit monde, l'écrivain trouvera plus que de l'inspiration, que la vie est tout de même bien meilleure que la fiction. La famille Martin est somme toute banale, chacun faisant écho à tout un chacun.
L'écrivain avec le plus grand naturel va nous faire côtoyer une famille comme une autre. La magie opère car l'auteur fait preuve d'humour, de tendresse, d'empathie et qu'au final ce petit monde s'apportera beaucoup mutuellement. On craint le pire, on envisage le meilleur mais surtout on sourit et on se sent bien. Ne serait-ce pas merveilleux d'avoir un écrivain célèbre motivé à écrire sur nous ? Toute vie est passionnante sitôt qu'on s'y attarde, toute vie peut devenir romanesque. Et avec peu de choses, un peu de lui, un peu des autres, David Foenkinos nous offre un livre cinq étoiles riche en émotions. Un excellent moment de lecture.
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Litteraflure
  04 octobre 2020
Qui ose tout ce foin pour Foenkinos ? Que c'est mauvais !
Lieu d'achat : Carrefour (symboliquement, j'y tenais). Coût : 19,50 euros ; à la fin de cette chronique, je vous dis tout ce que vous pouvez acheter avec 19,50 euros. Temps de lecture : 3h15 ; à la fin de cette chronique, je vous dis tout ce que vous pouvez faire en 3h15 de votre précieux temps.
D'abord l'intrigue, bancale : un romancier qui ne trouve pas l'inspiration et apostrophe un quidam dans la rue, en désespoir de cause (p14).
Ensuite le titre : une grosse ficelle marketing car Martin étant le nom de beaucoup de Français, il y aura bien un « coeur de cible » pour dire « on l'achète ils s'appellent comme nous ». L'avantage avec la banalité du nom (et la vie qui va avec), c'est que Foenkinos peut encore parler de lui (exemples édifiants p104 et p127), parfois avec une certaine lucidité (p15) mais sans autodérision - il ne faut pas exagérer. C'est un livre qui ne démarre jamais, tout entier dédié à l'ébauche du projet. Les clichés pullulent, les anecdotes sont des potins et le style, d'une rare platitude (voir le dialogue p131). Les sujets ? Conventionnels (naufrage du couple, vieillesse nostalgique) et mieux traités par d'autres auteurs, comme l'adolescence que Riad Sattouf raconte si bien (sur un temps long) dans les cahiers d'Esther ou Lagerfeld, examiné avec talent par Raphaëlle Bacqué.
Le Masque et la Plume l'avait pourtant prévenu (il y fait allusion) : « il faut travailler plus, M. Foenkinos ». Mais la spécialité de David, ce sont les plateaux de télé (il est si sympathique) et les plateaux de petits fours qu'on lui sert dans les cocktails mondains.
Le dernier roman de David Foenkinos, c'est comme une chouquette, elle est trompeuse, et finit par gaver. Sucrée en surface, vide à l'intérieur, elle n'en est pas moins bourrative.
Faux départ, fausse modestie, fausse mise en abyme, fausse intrigue, tout sonne faux dans ce livre, avec au final cette confession confondante et mielleuse, comme un aveu d'échec : « J'avais compris que la vie demeure le plus puissant des antidotes à la fiction ». Ah oui ? Alors cessez de faire l'écrivain.
Bilan : 🔪🔪🔪
Pour 19,50 euros, vous pourrez acquérir : 800 grammes de chouquettes, un vibromasseur multi vitesses avec ventouse, un tube d'autobronzant Garnier ambre solaire, une entrée pour le musée d'Orsay + une bouteille d'Évian, un abonnement mensuel sur Netflix…
En 3h15, vous pourrez : revoir le film « La liste de Schindler », appeler votre ex, courir le marathon de New York, aller en train jusqu'à Canterbury (UK), faire cinq fois le tour du périphérique en écoutant votre musique préférée, patienter dans la file d'attente du bureau de poste…
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migdal
  17 juin 2021
Après quelques lectures éprouvantes (Les impatientes ; Bilqiss), quel plaisir de plonger dans un bain d'optimisme en découvrant la famille Martin et ses soucis quotidiens qui semblent, en prime abord, d'une grande banalité et qui sont réglés avec sérénité, notamment par la délicieuse grand mère. Mais au fil des pages, nous découvrons la toxicité de Stéphanie, une soeur exilée, et le harcèlement subi par Patrick dans son entreprise. Et de la comédie, nous basculons dans la tragédie.
La révolte de Patrick, l'écho que Jérémie lui donne sur les médias sociaux, et la victoire qui en découle, tirent le rideau sur l'épouvantable Desjoyaux pour le plus grand plaisir du lecteur.
Sans avoir l'air d'y toucher, David Foenkinos égratigne les tares de notre époque et nous livre un conte aussi moral que positif.
Un récit porte bonheur avec une intrigue originale, des héros emphatiques et une écriture cultivée offrent une agréable détente estivale.
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marina53
  04 février 2021
Pour un écrivain, n'y a-t-il rien de pire que le syndrome de la page blanche ? C'est ce qui arrive au narrateur (David Foenkinos ?) qui, en mal d'inspiration, décide de laisser le hasard le conduire vers un nouveau sujet de roman. Et ce, en arrêtant la première personne croisée dans la rue, en bas de chez lui, afin d'écrire le réel et laisser tomber ses personnages inventés. L'heureuse élue est Madeleine Tricot, une dame âgée, qui lui propose de monter chez elle. Devant une tasse de thé, Madeleine se confie assez vite et parle de son mari, aujourd'hui décédé, de ses deux filles, Stéphanie et Valérie. Cette dernière, habitant le quartier et passant la voir tous les jours, fait justement son entrée. Si elle semble, de prime abord, réticente au projet de l'écrivain, elle lui propose pourtant d'écrire sur elle et sa famille. Voilà comment, le soir même, il se retrouve à dîner chez la famille Martin...
Qui pourrait croire ou penser que le romanesque est plus intéressant que le réel ? Que des personnages fictifs vivent forcément des choses plus captivantes qu'une vraie personne ? Ce n'est pas le cas de David Foenkinos qui, dans son dernier roman, décide de raconter la vie d'une famille rencontrée au hasard. le sujet de ce roman est-il vrai ou non ? Qu'importe au final. L'auteur joue sur cette ambiguïté, devenant tour à tour spectateur puis acteur. Puisque, comme dans toutes familles (ou presque), il y a des secrets, des non-dits, des coups bas, l'on va en apprendre beaucoup sur cette famille Martin, qu'il s'agisse du premier amour de Madeleine, des conditions de travail de Patrick, le mari de Valérie, du mariage qui s'étiole ou encore pourquoi Valérie et Stéphanie ne se parlent plus depuis des années. Si certaines scènes se jouent d'une certaine facilité, David Foenkinos sait rendre très attachante cette famille Martin. Son sens de la formule, ses dialogues animés, sa plume très agréable et légère et ses touches d'humour rendent cette lecture particulièrement plaisante.
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cicou45
  02 janvier 2021
C'est souvent en écrivant sur rien que l'on en dit et découvre le plus sur soi. L'auteur a décidé d'écrire sur la première personne qu'il rencontrerait dans la rue afin de laisser le destin faire et de lui fixer le thème de son prochain roman. Epiant d'abord une jeune femme qui prenait sa pause-cigarette dans la boutique d'en face à la même heure, il a d'abord cru que ce serait elle le thème de son prochain livre mais non...Là encore, coup de hasard, alors qu'il pensait l'aborder, elle n'y était pas. A sa place, une dame d'un certain âge : Madeleine. Eh bien, ayant d'abord voulu écrire uniquement sur cette dernière, c'est fau sein de toute une famille finalement, Les Martin, qu'il va devenir l'attraction principale de son prochain écrit. En effet, Valérie, l'une des deux filles de Madeleine, ne voyant pas d'un très bon oeil que sa mère côtoie un écrivain, prétextant que celle-ci perd un peu la tête, exige que l'auteur se concentre également sur son histoire à elle, enlisée dans un mariage qui pour elle n'a plus aucun sens avec deux ados à charge.
Une histoire de famille qui peut paraître banale à première vue mais que la plume experte de David Foenkinos, sait rendre extraordinaire et d'ailleurs, c'est pour cela que l'on appelle cela la Vie tout simplement ! Interrogeant ses sujets un à un, l'auteur se livre immanquablement (on n'a jamais rien sans rien) et c'est ce qui rend ce roman doublement attachant car le lecteur en apprend autant sur l'auteur, au travers de ses mots et de ce qu'il nous livre de sa propre vie, que sur celle de ses protagonistes qui, vous le verrez, n'ont rien de commun, et c'est ce qui fait la force de ce roman. A bien chercher, chacune de nos vies peut, si elle le désire, être transformée en roman ! A nous lecteurs d'y croire !
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critiques presse (10)
Elle   09 avril 2021
L’auteur de « La Délicatesse» vient de publier « La Famille Martin », qui découle d’une rencontre inopinée, en pleine rue.
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Culturebox   21 décembre 2020
Dans son dernier roman, "La famille Martin" (Gallimard) David Foekinos se met en scène au milieu d'une famille dont il raconte l'histoire.

Lire la critique sur le site : Culturebox
LeJournaldeQuebec   30 novembre 2020
Une très sympathique histoire née d'un manque d'inspiration ? C'est ce que nous propose l'écrivain français David Foenkinos avec La famille Martin.

Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LeSoir   10 novembre 2020
Comment remédier à une crise d’inspiration ? Foenkinos trouve la solution en plongeant à deux pieds dans le réel pour raconter l’histoire d’une famille. Ordinaire.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LaPresse   10 novembre 2020
David Foenkinos est une sorte de magicien qui crée des histoires invraisemblables afin d’émouvoir, de faire sourire et de faire réfléchir. Dans La famille Martin, il manipule les codes du roman, se positionnant en écrivain en manque d’inspiration. Il décide d’écrire le portrait de la première âme croisée dans la rue, une vieille dame au passé romantique.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Liberation   03 novembre 2020
Ce sont des ennuis banals qui prennent du volume grâce à l’arrivée de l’écrivain. Ils demeurent néanmoins banals.

Lire la critique sur le site : Liberation
LeFigaro   29 octobre 2020
Le romancier, en panne d'inspiration, accoste une vieille dame dans la rue pour en faire son héroïne.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaTribuneDeGeneve   26 octobre 2020
Entre fiction et autofiction, le nouveau roman de l'auteur de «Qui se souvient de David Foenkinos» étonne.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
Elle   20 octobre 2020
Y a de la joie, de l'amour en fuite, des retrouvailles, des larmes qui coulent enfin dans « La Famille Martin », le nouveau roman plein de fraîcheur de David Foenkinos.

Lire la critique sur le site : Elle
LaTribuneDeGeneve   19 octobre 2020
David Foenkinos, son nombril et le nôtre. Dans «La famille Martin», l'écrivain radiographie ses manies et obsessions avec une autodérision jouissive.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
Citations et extraits (222) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   09 novembre 2020
INCIPIT
J’avais du mal à écrire ; je tournais en rond. Pendant des années, j’avais imaginé de nombreuses histoires, ne puisant que rarement dans la réalité. Je travaillais alors sur un roman autour des ateliers d’écriture. L’intrigue se déroulait lors d’un week-end consacré aux mots. Mais les mots, je ne les avais pas. Mes personnages m’intéressaient si peu, me procuraient un vertige d’ennui. J’ai pensé que n’importe quel récit réel aurait plus d’intérêt. N’importe quelle existence qui ne soit pas de la fiction. Fréquemment, lors de séances de dédicaces, des lecteurs venaient me voir pour me dire : « Vous devriez raconter ma vie. Elle est incroyable ! » C’était sûrement vrai. Je pouvais descendre dans la rue, arrêter la première personne venue, lui demander de m’offrir quelques éléments biographiques, et j’étais à peu près certain que cela me motiverait davantage qu’une nouvelle invention. C’est ainsi que les choses ont commencé. Je me suis vraiment dit : tu descends dans la rue, tu abordes la première personne que tu vois, et elle sera le sujet de ton livre.
2
En bas de chez moi, il y a une agence de voyages ; je passe chaque jour devant cet étrange bureau plongé dans la pénombre. L’une des employées sort souvent fumer devant la boutique, et demeure quasiment immobile en regardant son téléphone. Il m’est arrivé de me demander à quoi elle pouvait penser ; je crois bien que les inconnus aussi ont une vie. Je suis donc sorti de chez moi en me disant : si elle est là en train de fumer, elle sera l’héroïne de mon roman.
Mais l’inconnue n’était pas là. À une volute près, je serais devenu son biographe. À quelques mètres, je vis alors une femme âgée en train de traverser la rue, tirant un chariot violet. Mon regard fut happé. Cette femme ne le savait pas encore, mais elle venait d’entrer dans le territoire romanesque. Elle venait de devenir le sujet principal de mon nouveau livre (si elle acceptait ma proposition, bien sûr). J’aurais pu attendre d’être inspiré ou attiré davantage par une autre personne. Mais non, il fallait que ce soit la première personne vue. Il n’y avait aucune alternative. J’espérais que ce hasard organisé me mènerait à une histoire palpitante, ou vers un de ces destins qui permettent de comprendre certains enjeux essentiels de la vie. À vrai dire, j’attendais tout de cette femme.
3
Je me suis approché, m’excusant de la déranger. Je m’étais exprimé avec la politesse mielleuse de ceux qui veulent vous vendre quelque chose. Elle a ralenti le pas, surprise sûrement d’être ainsi abordée. J’ai expliqué que j’habitais dans le quartier, que j’étais écrivain. Quand on arrête une personne qui marche, il faut aller à l’essentiel. On dit souvent que les personnes âgées sont méfiantes, mais elle m’a immédiatement adressé un grand sourire. Je me suis senti suffisamment en confiance pour lui exposer mon projet :
« Voilà… J’aimerais écrire un livre sur vous.
— Pardon ?
— C’est vrai que ça peut paraître un peu étrange… Mais c’est une sorte de défi que je me suis lancé. J’habite juste ici, dis-je en désignant mon immeuble. Je vous passe les détails, mais je me suis dit que je voulais écrire sur la première personne que je croiserais.
— Je ne comprends pas.
— Est-ce qu’on pourrait prendre un café maintenant pour que je vous expose la situation ?
— Maintenant ?
— Oui.
— Je ne peux pas. Je dois remonter chez moi. J’ai des choses à mettre au congélateur.
— Ah oui, je comprends », répondis-je en me demandant si ces premières répliques ne prenaient pas un tour absolument pathétique. Je m’étais senti excité par mon intuition, mais voilà que j’en étais déjà à écrire sur la nécessité de ne pas recongeler des produits décongelés. Quelques années après avoir obtenu le prix Renaudot, je sentais le frisson du déclin me parcourir le dos.
Je lui ai proposé de l’attendre au café, au bout de la rue, mais elle a préféré que je l’accompagne. En me demandant de la suivre, elle m’offrait d’emblée sa confiance. À sa place, je n’aurais jamais laissé un écrivain entrer chez moi aussi facilement. Surtout un écrivain en manque d’inspiration.

4
Quelques minutes plus tard, j’étais assis tout seul dans son salon. Elle s’affairait dans la cuisine. De manière totalement inattendue, une vive émotion me traversa. Mes deux grands-mères étaient mortes depuis de nombreuses années ; cela faisait si longtemps que je ne m’étais pas ainsi retrouvé dans le décor de la vieillesse. Il y avait tellement de points communs : la toile cirée, l’horloge bruyante, les cadres dorés entourant les visages des petits-enfants. Le cœur serré, je me souvins de mes visites. On ne se disait rien, mais j’aimais nos conversations.
Mon héroïne est revenue avec un plateau sur lequel étaient disposés une tasse et des petits gâteaux. Elle n’a pas pensé à se servir quoi que ce soit. Pour la rassurer, j’ai évoqué ma carrière en quelques mots, mais elle ne semblait pas inquiète. L’idée que j’aurais pu être un homme dangereux, un imposteur ou un manipulateur ne lui avait pas effleuré l’esprit. Plus tard, je lui ai demandé ce qui m’avait valu cet excès de confiance. « Vous avez une tête d’écrivain », avait-elle répondu, me laissant un peu perplexe. Pour moi, la plupart des écrivains ont l’air libidineux ou dépressifs. Parfois les deux. Je possédais donc, pour cette femme, la tête de mon emploi.
J’étais si impatient de découvrir mon nouveau sujet de roman. Qui était-elle ? Avant toute chose, il me fallait son nom de famille :
« Tricot, annonça-t-elle.
— Tricot, comme un tricot ?
— Oui voilà, c’est ça.
— Et votre prénom ?
— Madeleine. »
Ainsi, j’étais en présence de Madeleine Tricot. Un nom qui me laissa dubitatif pendant quelques secondes. Jamais je n’aurais pu l’inventer. Il m’est arrivé de passer des semaines à chercher le nom ou le prénom d’un personnage, résolument persuadé de l’influence d’une sonorité sur un destin. Cela m’aidait même à comprendre certains tempéraments. Une Nathalie ne pouvait pas se comporter comme une Sabine. Je pesais le pour et le contre de chaque appellation. Et voilà que, sans tergiverser, je me retrouvais avec Madeleine Tricot. C’est l’avantage de la réalité : on gagne du temps.
En revanche, il y a un désavantage de taille : le manque d’alternative. J’avais déjà écrit un roman sur une grand-mère et les problématiques de la vieillesse. Allais-je à nouveau être soumis à ce thème ? Cela ne m’excitait pas vraiment, mais je devais accepter toutes les conséquences de mon projet. Quel intérêt, si je commençais à biaiser avec la réalité ? Après réflexion, j’ai songé que ce n’était pas un hasard si j’avais fait la rencontre de Madeleine : avec leur sujet de prédilection, les écrivains ont un rapport proche de la condamnation à perpétuité1.

5
Madeleine habitait le quartier depuis quarante-deux ans. Je l’avais peut-être déjà croisée, ici ou là, mais son visage ne me disait rien. Cela dit, j’étais encore relativement nouveau dans le coin, mais j’aimais arpenter les rues pendant des heures pour réfléchir. Je faisais partie de ceux pour qui l’écriture s’apparente à une forme d’annexion d’un territoire.
Madeleine devait connaître les histoires de bien des habitants du quartier. Elle avait dû voir des enfants grandir et des voisins mourir ; elle devait savoir derrière quel nouveau commerce se cachait une librairie disparue. Il y a sûrement un plaisir à passer une vie entière dans le même périmètre. Ce qui m’apparaissait comme une prison géographique était un monde de repères, d’évidences, de protections. Mon goût immodéré pour la fuite me poussait souvent à déménager (j’étais également du genre à ne jamais ôter mon manteau dans un restaurant). À vrai dire, j’aimais m’éloigner du décor de mes souvenirs, contrairement à Madeleine qui devait chaque jour marcher sur les traces de son passé. Quand elle passait devant l’école de ses filles, elle les revoyait peut-être courir vers elle, se jetant à son cou en criant « maman ! ».
Si nous n’étions pas encore dans l’intime, notre discussion avait démarré avec une grande fluidité. Au bout de quelques minutes, nous avions tous deux, me semble-t-il, oublié le contexte de notre rencontre. Cela confirme une évidence : les gens aiment parler d’eux. Un être humain est un condensé d’autofiction. Je sentais Madeleine illuminée à l’idée que l’on puisse s’intéresser à elle. Par quoi allions-nous commencer ? Je ne voulais surtout pas l’orienter dans la hiérarchie de ses souvenirs. Elle finit par me demander :
« Je dois vous parler de mon enfance, d’abord ?
— Si vous voulez. Mais vous n’êtes pas obligée. On peut commencer par d’autres périodes de votre vie.
— … »
Elle parut un peu perdue. Il était préférable que je la guide dans le dédale du passé. Mais, au moment où j’allais commencer l’entretien, elle tourna la tête vers un petit cadre.
« On pourrait parler de René, mon mari, dit-elle. Il est mort depuis longtemps… Alors ça lui fera plaisir qu’on parle de lui en premier.
— Ah d’accord… », répondis-je en notant au passage qu’en plus des lecteurs vivants, il me faudrait aussi contenter les morts.

6
Madeleine prit alors une grande inspiration, telle une plongeuse en apnée, exactement comme si les souvenirs se cachaient au fond de l’eau. Et le récit débuta. Elle avait rencontré René à la fin des années 60, dans un bal du 14-Juillet se déroulant dans une caserne de pompiers. Avec une amie, elle s’était mis en tête de partir en quête d’un bellâtre avec qui danser. Mais c’était une silhouette plutôt chétive qui s’était approchée d’elle. D’emblée, Madeleine avait été touchée par cet homme, dont elle sentait qu’il n’était pas coutumier d’aborder une inconnue. Ce qui était vrai. Il devait avoir éprouvé quelque chose de rare, dans son corps ou son cœur, pour oser se lancer ainsi.
René lui raconta plus tard les raisons de son trouble. Selon lui, elle ressemblait trait pour trait à l’actrice Michèle Alfa. Tout comme moi, Madeleine ne la connaissait pas. Il faut dire qu’elle n’a pas fait beaucoup de films
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migdalmigdal   16 juin 2021
Comme à chaque fois que j'étais invité chez quelqu'un, je regardai la bibliothèque. J'ai l'impression qu'on peut tout savoir d'une personne en observant les livres qu'elle possède. À l'époque où je cherchais à acheter un appartement, je me dirigeais directement vers les étagères, en vue de découvrir les romans qui s'y trouvaient. S'il n'y en avait pas, je quittais aussitôt les lieux. Il m'était impossible d'acquérir un bien dont les précédents propriétaires ne lisaient pas. C'était comme apprendre qu'un crime horrible avait eu lieu au même endroit des années auparavant (chacun ses excès). De la même manière que certains croient aux revenants, je juge tout à fait credible qu'il puisse exister une sorte de fantôme de l'inculture.
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hcdahlemhcdahlem   09 novembre 2020
Il observa son dessert un court instant sans rien dire; dam ses yeux, je vis que cela le mettait en joie. Oui, grâce une île, je voyais quelque chose s’allumer en lui pour la première fois depuis le début de notre conversation. Quand on en vient à trouver du réconfort dans un dessert, les choses vont effectivement mal. Il semblait perdu comme un enfant, plus vraiment à même de prendre des décisions d’adulte. Cet homme que j‘avais jugé trop vite était touchant. Il se sentait perdu professionnellement, et cela rejaillissait forcément sur sa vie de couple. Valérie avait tenu des propos si durs à son égard. Était-elle tout à fait lucide? J ’étais disposé à vanter les qualités de Patrick auprès de sa femme, à plaider les circonstances atténuantes. mais était-ce mon rôle? Je voulais écrire un livre, pas devenir une sorte d’entremetteur. Mais en m’immisçant ainsi dans la vie d’une famille, je me retrouvais au carrefour de tous ses problèmes. J ’avais une vision d’ensemble; le spectateur d’un orchestre dissonant.
Certes, leur couple était en crise. Mais, soyons honnête. qui n’est pas en crise? La vie est une suite de crises. Qu’elles soient individuelles (adolescence, quarantaine, existentielle) ou collectives (financière, morale, sanitaire). Et je passe sur les manifestations du corps (le foie ou les nerfs, par exemple). Le monde occidental a fait de la crise un slogan tout-terrain. Au fond cela renvoie à la solitude absolue de chacun. Je pense si souvent à cette célèbre phrase d’Albert Cohen: «Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. » Espérons au moins que cette île soit flottante. p. 102
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LadybirdyLadybirdy   02 octobre 2020
À l’époque où je cherchais à acheter un appartement, je me dirigeais directement vers les étagères, en vue de découvrir les romans qui s’y trouvaient. S’il n’y en avait pas, je quittais aussitôt les lieux. Il m’était impossible d’acquérir un bien dont les précédents propriétaires ne lisaient pas. C’était comme apprendre qu’un crime horrible avec eu lieu au même endroit des années auparavant (chacun ses excès). De la même manière que certains croient aux revenants, je juge tout à fait crédible qu’il puisse exister une sorte de fantôme de l’inculture.
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marina53marina53   09 février 2021
Chez les Martin, je trouvais quelques classiques, des best-sellers et trois ou quatre Prix Goncourt. D'un point de vue littéraire, j'étais dans une famille moyenne qui lisait les livres dont tout le monde parle. Je fus pourtant surpris de découvrir De l'inconvénient d'être né d'Emil Cioran, au milieu des lectures grand public. Cela me parut aussi impressionnant que si les Marx Brothers avaient réalisé un drame. En attrapant l'ouvrage, je lus toutefois l'étiquette : "Livre offert pour l'achat de deux Folio". Le philosophe roumain se retrouvait donc au cœur d'une offre promotionnelle qui lui permettait d'aller jeter un œil du côté des livres à succès. Il aurait peut-être aimé cette ironie de la postérité. J'ai alors pensé à l'une des ses phrases que j'aime tant : "Il est incroyable que la perspective d'avoir un biographe n'ait fait renoncer personne à avoir une vie."
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