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EAN : 9782130834250
Presses Universitaires de France (02/02/2022)
3.58/5   13 notes
Résumé :
Peut-on jouir, dans un monde injuste, sans être complice de l'injustice ? La question se pose aujourd'hui alors que nos plaisirs, qu'ils soient érotiques, alimentaires ou festifs, semblent formatés par le capitalisme contemporain et butent sur des impératifs politiques nouveaux : le refus de la violence patriarcale, la préservation du vivant, les exigences sanitaires. Plutôt que de céder à l'ascèse, ce livre nous invite à redécouvrir la dimension politiquement subve... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Une réflexion originale et intéressante sur le plaisir comme élément constituant à part entière de la sphère du politique. Je ne suis pas particulièrement familière des ouvrages de philosophie mais cette plongée dans les idées m'a séduite, parce qu'elle est étroitement liée à nos sociétés contemporaines. Elle a pu ainsi me donner des pistes nouvelles d'interrogation, autant d'occasions de mesurer mes engagements aux nombreux impératifs de changement du monde. L'avant-propos fait entrer de plein pied dans la dimension politique du plaisir à travers ses réalités contrastées dans le contexte des classes sociales ; l'auteur puise ses exemples dans l'histoire et la littérature : la joie affirmée fièrement dans les occupations d'usine et les grèves du front populaire et, sous la plume se Zola, le regard envieux du bourgeois Hennebeau qui surprend dans les fourrés les étreintes à peine cachées des ouvriers. Oui, le plaisir immédiat des corps renvoie à la question de ce qu'il représente dans l'ordre social, à la fois dans le concret du réel et dans l'imaginaire rêvé d'une autre société à construire. L'auteur développe cette idée et recherche leur écho dans les écrits philosophiques qui ont marqué la deuxième moitié du vingtième siècle en France. Il nous propose ainsi d'explorer les écrits de Gilles Deleuze et Michel Foucault mais aussi ceux de Georges Friedmann. Il brosse par souci d'une démonstration par l'absurde, le portrait du « réactionnaire bon vivant » dans son rapport au plaisir et démontre ainsi que la gauche en est fort éloignée, les renoncements de la social-démocratie mis à part. On retiendra l'évocation heureuse de la Commune de Paris et le Manifeste de la Fédération des artistes rédigé par Eugène Pottier, qui évoque le « luxe communal » appliqué loin de toute utopie, à l'éducation gratuite et laïque (bien avant les lois de 1981 et 1905) une éducation « polytechnique » qui abolit l'opposition entre travail manuel, intellectuel et artistique. L'épilogue du livre nous confronte aux défis du temps présent, le plaisir est affirmé comme une donnée incontournable de toute réalité sociale autant que de sa transformation, mai 68 bien sûr est évoqué mais au-delà, les enjeux des révolutions à venir sont cités : renverser la destruction programmée de la planète par la logique du capitalisme, rétablit à gauche la dimension désirable des projets politiques.
Une lecture stimulante.
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Voici un livre tout à fait stimulant parlant du plaisir. Ce qui m'a donné envie de lire ce livre c'est le constat d'une époque ou l'on est sans cesse jugé. Peut-on encore prendre du plaisir en mangeant de la viande ? En prenant sa voiture ? En fumant ?

Le titre du livre ne laisse pas de doute, l'auteur s'interroge pour savoir s'il y a encore de la place pour le plaisir à gauche. Comme si la droite s'était approprié cette notion sous une forme d'hédonisme et de droit à jouir des biens matériels.

Pour répondre à cette question l'auteur remonte le temps : les événements de la Commune de Paris, les grèves de 1936 et mai 1968 sont souvent cités. J'ai beaucoup aimé le concept de « luxe communal » qui avait pour but de « transformer le travail en jeu ». Ce concept de « luxe communal » a été introduit par Eugène Pottier, l'auteur du Manifeste de la Fédération des artistes. Plutôt que d'associer au travail une valeur de rendement, les artisans, élevé au niveau d'artiste, doivent créer de beaux objets. Les communards sont aussi à l'origine des écoles publiques. Autre période, Simone Weil lors des grèves de 1936 note que sur les lieux de travail en grève on danse et on fait la fête. le mouvement des gilets jaunes et l'occupation festive des ronds points sont remarqués. L'urbanisme aliénant, simple lieu de passage, devient un lieu de joie lorsqu'il est occupé comme une agora. Michaël Foessel fait souvent ce constat : nous n'avons pas qu'un seul corps. L'un peut danser, faire la fête, l'autre travailler.

L'auteur cite également de nombreux auteurs parlant du plaisir et son préalable, le désir. Deleuze et Foucault sont par exemple cités car ils n'ont pas la même conception du plaisir. Deleuze a une vision radical du plaisir pour lui c'est comme une mort, quelque chose de consommé. Pour Foucault au contraire le désir c'est l'imaginaire alors que le plaisir c'est ce qui est immanent, ce qui est réalisé. On retrouve également cité Jean-Jacques Rousseau et quelques philosophes grecs pour donner un aperçu de cette notion de plaisir à travers les époques.

Face à l'absurde du monde, ses lois, ces statues de « grands hommes » qu'on construit puis qu'on déboulonne, l'auteur propose d'en rire pour les dépasser. Pour appuyer son propos il cite l'analyse hégélienne du rire, mais aussi la tragédie et les comédies antiques. Un rire cathartique qui procure de la joie.

Enfin tout au long de l'ouvrage des films et leurs réalisateurs sont cités pour appuyer tel ou tel propos. Ainsi on trouve par exemples des films de Claude Sautet et Michel Audiard. le plaisir et le regard du spectateur ne sont pas les mêmes à travers les époques.

Les différents supports, à force d'exemples marquent le lecteur et on comprend mieux ou Michaël Foessel veut en venir. Il fustige les collapsologues et les « puristes » de l'ascétisme. Même végan on ne peut pas se prétendre « meilleur » que quelqu'un qui mange de temps en temps de la viande.

En épilogue, l'auteur propose des plaisirs partagés, mais aussi la notion de démesure du plaisir. Politiquement la gauche ne peut pas se positionner sur la honte, sur le fait de culpabiliser. Selon l'auteur, en démocratie faire voter des lois liberticides est dangereux et difficile. Les mesures autoritaires, d'état d'urgence (confinements, covid) sont tout aussi problématique. Il vaut mieux que ce soit nos gestes, nos paroles qui soient porteuses de bifurcation, de changements, d'une autre réalité possible. Il faut miser sur les émotions qui rendent les consciences heureuses. (p228). En politique, les seules expériences prometteuses sont celles d'où la terreur et la honte sont absentes.

L'idée de l'auteur c'est de créer du plaisir, de se faire plaisir, pour ensuite que ce plaisir devienne quelque chose de désirable, un désir. C'est le plaisir qui doit susciter le désir et pas l'inverse. Par nos actions, créons un monde désirable.
Lien : http://www.romary.fr
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critiques presse (2)
Telerama
04 mai 2022
Vous partagez la mélancolie de gauche de Vincent, François, Paul et les autres, ou vous préférez la gaillardise gourmande des Tontons flingueurs, aujourd’hui revendiquée par la droite ? Résumé abrupt, forcément trop abrupt, d’une question explorée philosophiquement (avec moult références au cinéma) par Michaël Fœssel dans son dernier essai, Quartier rouge.
Lire la critique sur le site : Telerama
Bibliobs
04 février 2022
Le philosophe Michaël Fœssel invite la gauche à renouer avec les traditions qui articulent plaisir et émancipation.
Lire la critique sur le site : Bibliobs

Videos de Michaël Foessel (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Michaël Foessel
Peut-on encore être de gauche et aimer le steak frites? C'est la question que semble poser le dernier livre, "Quartier Rouge ", du philosophe Michaël Foessel. Dans ce nouvel essai, il montre le pouvoir politique du plaisir, des occupations joyeuses d'usines à la colère suscitée par la fermeture des théâtres et des bars lors des confinements.
La gauche progressiste est en effet accusée d'être de plus en plus moraliste et ascétique, entre obligation de modération à l'aune de la crise climatique et souci de l'auto-critique face aux minorités. La droite hédoniste aurait pris la défense du plaisir.
L'auteur montre qu'il est devenu urgent de réfléchir à nouveau sur la dimension émancipatrice du plaisir. En effet, on a aujourd'hui tendance à porter une attention de plus en plus exclusive à la souffrance ou au désir comme origine de la critique sociale. Or le plaisir a une vraie valeur politique. Il permet au discours de rejoindre le réel.
Le plaisir devrait donc redevenir un enjeu pour la gauche. Ses principes n'ayant plus d'effet dans le réel. le parti socialiste a en outre abandonné la promesse que portait son emblème - le poing et de la rose dont les épines servent d'avertissement : le plaisir et la joie ont le pouvoir de subvertir l'ordre établi. Un pouvoir de subversion et d'émancipation du plaisir qu'il faudrait réhabiliter aujourd'hui, à l'heure où le capitalisme prétend avoir formaté notre bonheur.
Olivia Gesbert invite à sa table Michaël Foessel, philosophe et professeur à l'Ecole polytechnique.
#philosophie _____________
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