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Critique de Lindenbroock


Lindenbroock
  31 janvier 2013
Dans l'attente d'un colis en provenance d'une session de Masse Critique, il y a toujours une certaine impatience. Mais que dire lorsqu'il arrive avec plusieurs mois de retard. Enfin ça y est, il est là.

Au premier regard, la facture du livre est attrayante. Visuel constitué d'une mosaïque de photos d'époque, couverture souple et papier de belle qualité. En le feuilletant, je constate rapidement que le contenu éditorial touffu est agrémenté de documents iconographiques de toutes natures, reproduits avec soin.

L'introduction qui ne fait pas moins de 40 pages est rédigée à la première personne du singulier. Elle raconte les difficultés pour l'auteur à mettre la main sur l'objet de sa convoitise, c'est-à-dire des archives suffisamment riches et susceptibles d'alimenter ses recherches. Si certaines anecdotes sont intéressantes, le propos traîne en longueur et aurait mérité d'être plus concis. Certes, il donne une idée des obstacles à franchir lorsqu'on mène des recherches mais n'apporte guère plus et retarde le moment d'entré dans le vif du sujet. Dommage.

La substance même de ce livre est constituée de témoignages touchants livrés par les documents de la compagnie de chemin de fer suburbain appelé Nord-Sud de 1887 à 1930. Par la suite, cette petite compagnie sera absorbée par sa rivale, la très puissante CMP (Compagnie du chemin de fer Métropolitain de Paris), avant de devenir la RATP en 1949.

A l'époque, les dossiers du personnel sont alimentés par de nombreuses lettres personnelles, fiches, photos d'identité et courriers professionnels qui révèlent des rapports houleux entre une société toute puissante à l'organisation quasi-militaire et des employés bien souvent dans la misère. le paternalisme est de rigueur. En conséquence, les agents du Nord-Sud jouent souvent le jeu de la soumission afin de s'attirer les bons sentiments et les faveurs de leur hiérarchie. C'est vrai qu'il existe des avantages non négligeables à se soumettre aux bons vouloirs des cadres. L'ensemble des services sociaux dont nous faisons usage aujourd'hui n'existe pas encore. La compagnie tiendra un rôle de précurseur dans le domaine de la santé notamment. On verra aussi sa conduite durant la grande guerre. Mais ce qui est le plus intéressant, au-delà de l'entreprise et de ses rapports avec ses salariés, c'est l'instantané de tout un pan de notre histoire qui est livré à notre curiosité.

Les documents photographiés sont passionnants et arrivent à propos pour étayer le contenu éditoriale. Ils illustrent à merveille les différents chapitres et permettent de donner corps à tous ces ouvriers et petites gens.

Que dire de plus ? J'ai terminé l'ouvrage. Je l'ai lu avec plaisir mais j'en sors aussi avec une certaine frustration. Un goût d'inachevé. Soyons honnête, le travail fournit est considérable. Mais toute cette documentation décortiquée, analysée, mise bout à bout manque encore un peu d'âme. J'aurais aimé une mise en perspective plus poussée de toute cette micro-société plutôt qu'une simple juxtaposition de destins classés par thème (candidatures, moeurs, guerre, médecine du travail…).

Par ailleurs, le ton d'abord très agréable devient vite prétexte à des digressions de peu d'intérêt comme celles concernant les caméras de surveillance londoniennes, Déclic le chat de l'auteur ou encore les goûts naissant de celle-ci pour les talons hauts de couleur pourpre. Il y a trop de commentaires hors sujet, anachroniques. Quoi qu'il en soit ce travail a le mérite de ramener au jour une entreprise humaine étonnante qui fait partie intégrante de notre histoire et qui a été complètement occulté. Et rien que pour cela, ce bel ouvrage mérite d'être lu.
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