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EAN : 9782070358540
176 pages
Gallimard (11/09/2008)
4.11/5   38 notes
Résumé :
Dix ans après, Philippe Forest revient sur l'événement qui fut à l'origine de son premier roman, L'enfant éternel. Le récit d'hier est devenu un essai. Que peuvent signifier dans notre monde aujourd'hui la maladie et la mort d'un enfant ? Le chagrin provoqué par la perte, l'effarement devant la vérité crue et la révolte exigent d'être pensés sans répit. Les mythologies mensongères, le prétendu " travail de deuil ", le recours à la religion et à tous ses substituts, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique

Philippe Forrest a perdu une petite fille de 4 ans, cancer, et il écrit, non pas par calcul littéraire ou par fascination morbide. Pour écrire sur son chagrin, celui de sa femme, celui de son père, celui des soignants, celui, plus général et indiscutable, de ceux qui partagent « l'extraordinaire immobilité du chagrin, l'effarement inaltéré devant la vérité. »
La plupart des médecins pratiquent pourtant, à force de voir mourir, une politique volontariste de la bonne humeur masquant une « interminable tristesse. »

Philippe Forrest analyse : pourquoi la mort d'un enfant ? Autant on peut imaginer qu'une mauvaise vie, un pessimisme récurrent, des problèmes pas résolus et latents, le désir inconscient de mourir, justifient pratiquement le cancer, autant la pensée, quand il s'agit d'innocents, est stoppée. le cancer, dit Forrest, « frappe aveuglément sans se soucier de savoir qui est digne de vivre et qui mérite de mourir ». de plus, dit-il, les exhortations à lutter contre la maladie en fait une sorte de mythe dénoncé par Suzan Sontag. Non, il n'y a pas de justice quant on parle de la mort, pas de culpabilité à avoir, pas de pardon à demander, pas d'attitude propice à la guérison.

Cela advient.
La mort , surtout celle d'un enfant, alors que l'on voudrait absolument la partager , en parler, car c'est ainsi que je comprends les livres de Philippe Forrest, tournant autour de cette infamie, touche cependant aux règnes du sacré, dans les sociétés primitives étudiés par Frazer, comme dans notre société qui se prétend moins primitive.
La mort, tabou, mieux vaut s'en éloigner, l'enfouir pour éviter la contagion.
Le chagrin porte en lui une réprobation devant l'insouciance des vivants, mais comment pouvez vous continuer à danser, comme si ce qui vous attend n'existe pas ?

Pourtant, ce livre ne reproche rien à personne, lui aussi a continué de vivre, et d'écrire ; il affirme que le chagrin de la perte d'un enfant ne se guérit jamais, mais on continue.
Ecrire l'a-t-il sauvé ? NON.
Peut-on le consoler ? NON.
Cependant, dit-il, « que vaudrait un livre sec et sans larmes ? »
Philippe Forrest nous donne un livre de philosophie, avec ses doutes, sur, en premier, la question de si écrire plusieurs livres sur la mort de sa fille ne cachait pas un désespoir plus profond, celui de vivre.
Doutes du philosophe.
Ce livre, au moment où je pleure la mort d'un de mes meilleurs amis, Jean Paul, et où je choisis de partager mon chagrin, m'émeut encore plus à sa relecture.
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Philippe Forest a perdu sa fille d'un cancer alors qu'elle avait quatre ans. Il a raconté les derniers mois de Pauline dans "l'Enfant éternel". (je n'avais pas trop aimé ce récit mais je m'abstiendrai d'en faire une critique vu le sujet) il s'agit ici plutôt d'un essai même s'il prend parfois la forme du récit.
Il y aborde les thèmes du milieu hospitalier, de la maladie, du deuil dans notre société contemporaine. La maladie, le handicap, la vieillesse et surtout la mort dérangent parce qu'ils apportent une contradiction entre l'idéal de satisfaction permanente et immédiate et le réel, entre l'idéal du corps parfait éternellement jeune et sain et la réalité.
Le patient, le malade ou la personne endeuillée sont contradictoires avec l'impératif de jouissance de la société moderne. Leur état est acceptable selon lui s'il ne s'éternise pas. L'auteur conteste le concept à la mode de résilience qui correspond aussi à un impératif de réussite, bonheur et combativité et qui en plus rendrait coupables tous ceux qui ne guérissent pas.
Réflexions sur l'exhibition du malheur dans la société contemporaine en apparence (seulement) contradictoire avec son refus.
Il évoque le cas particulier du deuil de l'enfant, l'incompréhension de la société devant le refus de donner à nouveau la vie. Pour lui, refaire un enfant aurait signifié le remplacer ce qui en ferait un simple objet de consommation.
Ses analyses sont très intéressantes, référencées, souvent justes, développées mais on n'est pas obligé de les partager dans leur intégralité.
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Philippe Forest et son épouse ont vécu ce qu'un père et une mère peuvent vivre de pire dans leur vie de parents: la mort de leur fille Pauline, emportée par le cancer quand elle avait trois ans.La tragédie et le désespoir, le romancier-essayiste les avait déjà racontés dans ses romans. Dix ans plus tard, le besoin de présenter à nouveau ces évènements sans aucun artifice, l'incite à la rédaction d'un essai dans lequel il s'interroge sur l'appréhension de la maladie dans notre société.

Philippe Forest a voulu se démarquer du roman afin d'exprimer sans littérature, ce que peuvent signifier dans le monde d'aujourd'hui la maladie et la mort d'un enfant. le récit d'hier est devenu un essai. Néanmoins, la sobriété du texte, sans artifice, en fait malgré tout une oeuvre littéraire émouvante, bouleversante, récit cru et nu d'une épreuve insurmontable pleine de questionnements et de réflexions sur ce tabou, ce "malaise sacré", que nous entretenons depuis toujours avec la mort.
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e n'ai pas pu en lire plus de 20 pages.
Non pas qu'il soit mal écrit. Mais le sujet traité m'a plongée dans une telle tristesse et une telle angoisse que je ne peux pas en continuer la lecture.
D'après la quatrième de couverture, ce document est un témoignage touchant d'un père qui a perdu son enfant.
Je ne mets pas en doute la qualité de l'écriture, le choix du sujet et le besoin de l'auteur de noter noir sur blanc ses émotions. Je respecte cette nécessité, mais je ne peux absolument pas aller plus loin dans la découverte de cette épreuve.
Et je m'en excuse sincèrement.
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Magnifique témoignage et réflexion autour de la mort inacceptable d'un enfant.belles reflexions
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
« Il m’est arrivé une fois dans ma vie de me sentir fier d’être français, et ce n’était certainement ni lors de la Coupe du monde de football en 1998 ni lors de l’élection présidentielle de 1981. C’était lorsque j’ai réalisé quelle protection assurait l’hôpital français aux patients atteints d’affections graves. Je me souviens de ma surprise lorsque j’ai constaté que n’avions strictement à nous soucier matériellement de rien, que nous étions totalement déchargés de cette préoccupation – certes mineure au regard de l’angoisse plus grande que nous éprouvions – dès lors que se trouvait reconnue la maladie de notre fille, et que l’administration hospitalière se substituait entièrement à nous pour régler la moindre des questions soulevées par le traitement. Je me souviens qu’il en allait de même pour tous, et même pour les familles qui venaient d’ailleurs. Je me souviens de tous ces enfants qui arrivaient à Curie venus d’Europe ou de pays plus lointains parce qu’ils savaient qu’ils trouveraient en France plutôt que dans leur propre pays les garanties du traitement le meilleur et le moins lourd. Je me souviens plus précisément de cette petite fille africaine débarquée de l’avion sur un brancard, arrivée en plein milieu de la nuit dans les couloirs de l’Institut Curie, défigurée par une tumeur énorme qui avait fait grandir pendant des semaines ou des mois la masse d’un cancer qui gonflait ignoblement sa joue droite et ouvrait sur son visage la plaie d’un sourire terrible. Je me souviens d’avoir aussitôt pensé qu’elle était perdue mais qu’il était juste – quel qu’en soit le coût absurde – qu’il y ait un lieu, quelque part dans le monde, où elle puisse trouver refuge, guérir ou bien mourir et que ce lieu se trouvait dans le cinquième arrondissement de Paris. »
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Vue depuis son envers, la société de consommation dans laquelle nous vivons est aussi une société de consolation. La même industrie fonctionne pour rendre le plaisir obligatoire et pour déclarer la douleur interdite.
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Je crois très sincèrement que chacun est le romancier de sa vie, qu'il donne la forme d'un rêve ou d'un récit. Moi aussi, comme tout le monde, j'ai fait un roman de ma vie et j'ai voulu que ce roman dise l'inexpiable crime de la mort d'un enfant. Mais, le livre refermé, je me trouvais tout aussi démuni qu'avant. Sauvé ? Certainement non. Gueri ? Meme pas. Vivant ? Tout juste.

La mort est la réalité. Il n'y a sans doute pas de sens à vouloir la refuser. Le discours de la religion, de l'idéologie, de la science, la vieille et immémoriale sagesse, le bons sens enfi nous ordonnent de l'accepter et de nous résoudre enfin à l'ineductable.
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Il en va ainsi de la vérité : depuis toujours elle est connue de tous et de tous elle est sans cesse oubliée. C'est pourquoi elle demande perpétuellement à être redécouverte. Et elle ne peut l'être qu'à titre personnel puisque la révélation qui la concerne ne prend jamais d'autre forme que celle d'une expérience. C'est-à-dire : d'une épreuve.
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Chacun s’invente la religion qui lui paraît juste et digne. Je ne suis pas assez naïf pour ne pas réaliser que j’ai moi aussi ma religion. La conviction que je me suis faite que la mort est un scandale radical, dépourvu de sens, insusceptible d’être racheté dans l’économie d’une quelconque rédemption, constitue l’article unique d’un « credo » dans lequel j’ai investi toute ma foi et auquel je suis plus dogmatiquement attaché que le plus fanatique des fidèles ne l’est à son propre catéchisme. Devant la mort, il n’y a que des croyances.
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Vidéo de Philippe Forest
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