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ISBN : 2213602719
Éditeur : Fayard (21/02/2000)

Note moyenne : 3.33/5 (sur 3 notes)
Résumé :
La guerre à la dictature économique est déclarée ! Viviane Forrester lance, dans Une Étrange Dictature, un véritable appel à la résistance et pose une question essentielle : la place de l'être humain dans cette globalisation actuelle de l'économie où tous les repères sociaux traditionnels sont bousculés. Se basant sur des faits réels (entreprises florissantes, cotées en Bourse, licenciant en grand nombre ; gouvernements dépassés...), l'auteur désigne ici le seul cou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
YvesParis
  03 décembre 2012
Viviane Forrester ne nous amuse plus ! Quatre ans après le stupéfiant succès de "L'horreur économique", elle reprend sa paranoïaque croisade antilibérale. Critique littéraire au Monde, membre du jury Femina, romancière, biographe de Virginia Wolff et de van Gogh, Viviane Forrester n'est pas économiste et s'en fait fort. Comme en témoigne l'absence désarmante de toute bibliographie, de toute utilisation, horresco referens, aux travaux des économistes et des sociologues, qui ont réfléchi depuis vingt ans à la société post-industrielle et à la fin du travail, Viviane Forrester, qui s'auto-proclame le porte-drapeau d'une majorité silencieuse et opprimée, nourrit sa réflexion de la lecture des pages saumon du Figaro (p. 123) et des émissions du dimanche matin de Radio Notre-Dame (p. 85). Aux critiques maniaquement pointilleuses qui lui reprocheront de confondre les millions et les milliards de francs (p. 12), de prétendre que Rhône-Poulenc a fusionné avec Axa (p. 66) ou que Nelson Mandela a connu les geôles de l'apartheid pendant 28 et non 18 ans (p. 221), cette auteur exaltée a par avance répondu qu'elle refusait «de tripoter, sous le contrôle de ceux qui les exploitent, les données dépassées qu'ils mettent en avant et de jouer ainsi avec eux le jeu que l'on combat» (p. 27). Façon «stalinienne», s'il en est, d'interdire le débat avec le régime «d'ordre stalinien» (p. 21) qu'elle dénonce pourtant.
Si l'on en croit Madame Forrester, l'idéologie ultra libérale aurait réussi a instaurer une étrange dictature. Faisant de la globalisation la cause inéluctable de son règne, ce «discours dictatorial» (p. 21) agit dans l'ombre. Il ne cherche pas à prendre le pouvoir, mais à avoir tout pouvoir sur ceux qui le détiennent. Il repousse, nous dit Viviane Forrester, ses opposants aux marges de l'intelligence : «quiconque n'admet pas l'économie de marché comme modèle unique de société, comme définition même de la démocratie, est un autiste retardataire doublé d'un excité dangereux» (p. 51). D'ailleurs, l'auteur de cette note de lecture, en poursuivant de sa vindicte la courageuse Madame Forrester, qui s'assigne de «refuser d'être dupe ... [de] déceler l'imposture, [de] résister à la complicité» (p. 49), n'est-il pas l'allié inconscient et manipulé de ce «régime mortifère» (p. 197) et de «ses points de vue monomaniaques, obsessionnels, que diffusent ses propagandes» (p. 214) ? Là encore, en discréditant à l'avance la critique, Viviane Forrester clôt l'espace démocratique qu'elle prétend réhabiliter.

L'objet de sa révolte est celui-même contre lequel elle avait déjà pris les armes en 1996, dans son style inimitable : une «économie de casino, indifférente aux actifs réels» (p. 22), une «pseudo-économie basée sur des produits sans réalité, qu'elle invente en fonction du jeu spéculatif, lui-même clivé de tout actif réel, de toute production tangible» (p. 23), une «économie hystérique, inopérante, fondée sur du vent, à des années-lumière de la société et, par là, de l'économie réelle» (p. 23). La phrase est belle ; elle a du souffle ; mais a-t-elle un sens ? L'économie boursière que Viviane Forrester voue aux gémonies n'est pas toute l'économie. Notre brillante pamphlétaire se soucie-t-elle de savoir que la vie économique, en France comme dans tous les pays de l'OCDE, c'est à la fois des petits entrepreneurs, dans l'agriculture, l'industrie ou le tertiaire, et des services publics qui n'ont que faire de la Bourse et de ses «produits dérivés» (lesquels au demeurant facilitent le financement des entreprises cotées, et, partant, leur croissance et l'emploi ; car on ne sache pas qu'une entreprise qui s'ouvre de nouveaux marchés n'ait pas besoin peu ou prou d'embaucher pour servir ses nouveaux clients) ?
Cette «économie de casino» nous dit Viviane Forrester, ne crée pas d'emploi. Pire, elle n'en a plus besoin. D'ailleurs, cette main d'oeuvre excédentaire, dont l'ultra-libéralisme ne sait que faire, sera demain «parquée ... dans des réserves ou des camps» (p. 81), avant après-demain d'être tout bonnement liquidée (p. 47).
Le propos de Viviane Forrester devient illogique sinon confus lorsqu'elle aborde la question de la fin du travail. D'un côté, elle s'insurge - et comment ne pas la suivre sur ce terrain - d'un système économique qui n'offre pas à tous un travail, alors même que le travail, aujourd'hui, socialise et dignifie. Mais, dans le même temps, elle n'a pas de mots assez durs, pour les «petits boulots» et autres «emplois placebo» (p. 99) que la collectivité offre à nos jeunes privés d'avenir.
De deux choses l'une, a-t-on envie de lui répondre. Soit il faut faire son deuil du plein emploi et apprendre à vivre durablement avec un fort volant de chômage. Chômage dont il faut s'accommoder et surtout gommer le caractère stigmatisant. Et Viviane Forrester n'a pas tort de clamer que «si la dignité d'un homme ou d'une femme dépendait du fait d'occuper ou non un emploi, elle n'aurait pas grande valeur» (pp. 83-84). Soit, l'on refuse un système à deux vitesses, où l'emploi devient l'apanage d'une élite, où le chômage, la marginalisation et l'oisiveté humiliante deviennent le lot commun de tous ceux dont notre économie ne veulent plus. Et alors, si l'on est un tant soit peu cohérent - ce dont Viviane Forrester ne s'embarrasse manifestement pas - on ne répugne pas aux petits boulots, fussent-ils mal payés, aux emplois placebos qui certes réduisent, artificiellement, les chiffres du chômage. Mais qui ont une autre vertu, ô combien bénéfique : grâce à eux, des populations fragilisées, victimes d'une formation inadaptée, retrouvent pied dans le monde du travail et se donnent les moyens de postuler demain à un emploi plus stimulant et mieux rémunéré. A trop critiquer, comme le fait Viviane Forrester, les emplois McDo aux États-Unis ou la politique française d'allégement du coût du travail, on oublie que ces postes faiblement rémunérés constituent - les chiffres le montrent - un marche-pied vers l'emploi pour des populations qui, à défaut, se verraient irrémédiablement marginalisées. Si l'on refuse la société à deux vitesses (et nous ne doutons pas que Viviane Forrester la refuse), il n'y a pas d'alternative ... est-ce être intoxiqué par la Pensée unique dominante que de le dire ?

Le problème du pamphlet de Viviane Forrester est qu'il s'épuise en une stérile diatribe. Il critique, mais ne propose rien. Il détruit vainement, mais ne construit pas. L'auteur le reconnaît bien volontiers. Pour elle, la priorité est au refus de l'horreur économique. L'heure n'est pas à la «proposition d'un autre modèle, d'un kit de remplacement» (p. 213). Et à ceux qui, d'aventure, lui reprocheraient la stérilité de sa thèse, Viviane Forrester dénonce par avance la «ruse» consistant à discréditer la critique dénuée de «solution de remplacement prête à l'usage» (p. 214). Qu'elle nous pardonne si, précisément, nous tirerons argument de son refus de se projeter dans l'avenir. Il nous semble, en effet, que son courroux, somme toute sympathique, contre un soi-disant complot ultra-libéral qui, au nom de la prospérité générale laisse encore trop d'individus au bord de la route, révèle son inanité dans son incapacité à proposer, fût-ce sommairement, une alternative.
C'est une chose de critiquer la «pensée unique libérale». Cette critique ne doit pas être considérée avec mépris. Qu'elle ait touchée, en 1996, un lectorat nombreux, que rebutait la littérature économique, est révélateur d'un malaise. Mais c'en est une autre de proposer, positivement, un meilleur système. En y échouant, Viviane Forrester révèle la faillite de sa tentative.
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Patrick Lapeyre Prix Femina
Patrick Lapeyre Prix Femina 2010 pour "La Vie est brève et le désir sans fin" paru aux éditions POL - Remise du Prix le 2 novembre 2010 à l'Hotel Crillon -Paris : Membres du Jury Femina : Diane de Margerie - Viviane Forrester - Claire Gallois - Benoîte Groult - Paula Jacques - Christine Jordis - Mona Ozouf - Danièle Sallenave - Chantal Thomas -Paule Constant - Camille Laurens - Solange Fasquelle - Prix Femina Etranger: Sofi Oksanen "Purge" éditions Stock - AFP TV
>Economie>Economie>Conjoncture et conditions économiques (134)
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