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Philippe Gruca (Autre)François Jarrige (Autre)Philippe Gruca (Autre)Pierre Thiesset (Autre)Laurie Duhamel (Traducteur)
EAN : 9782373090765
112 pages
Éditeur : L'Echappée (10/09/2020)

Note moyenne : 4.46/5 (sur 26 notes)
Résumé :
La Machine nous a volé le sens de l’espace et du toucher, elle a brouillé toute relation humaine, elle a paralysé nos corps et nos volontés, et maintenant elle nous oblige à la vénérer. La Machine se développe – mais pas selon nos plans. La Machine agit – mais pas selon nos objectifs. Nous ne sommes rien de plus que des globules sanguins circulant dans ses artères.

Publiée en… 1909, cette stupéfiante anticipation écrite par le grand auteur britannique... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Erik35
  12 avril 2017
AVANT DE NE PLUS TROUVER LE BOUTON : OFF...
Nous sommes quelque part dans un futur imprécis, plus ou moins proche de notre maintenant, bien qu'il semble que notre civilisation issue des développement technologiques inaugurés à l'aube du XXème siècle ait pourtant lamentablement échoué, s'étant parfaitement fourvoyée dans un machinisme idiot, proposant à l'homme d''aller de plus en plus vite, d'un lieu à un autre, tandis qu'il était pourtant tellement plus simple d'imaginer que ce serait désormais les choses - matérielles ou dématérialisées - qui se déplaceraient dorénavant à notre place. La terre ayant été partiellement ou totalement détruite, l'humanité s'est rapidement repliée sous terre. Malgré un réseau dense et efficace de lignes intercontinentales de dirigeables très rapides - l'aviation n'est encore qu'à ses balbutiements et semble encore incapable de pouvoir servir de moyen de transport de masse -, les voyages sont devenus de plus en plus rares - pourquoi rallier un point B en partant d'un point A lorsque tous les points se ressemblent invariablement ? - et la plupart des besoins physiques, intellectuels et spirituels sont pris en charge par la "machine omnipotente", chacun participant ainsi de cette sorte de doux enfer climatisé acceptable et accepté.
E.M. Forster, pour illustrer son propos, nous fait suivre la destinée d'une mère et son fils. La première, Vashti, est une femme que l'on pourrait qualifier de "bien dans son époque", conférencière - sans jamais avoir nécessité de sortir de son antre/bureau/salle à manger/chambre - par le biais de son "cinématophe", un genre de "skype" bien avant l'heure, ne remettant en rien, bien au contraire, les avancées réformistes qu'elle vit, ou plutôt subit, au sein de cette pseudo-démocratie des idées - les êtres humains ne sont plus que des producteurs "d'idées" dont on ne voit jamais, comment ni à quel moment elles sont opérantes -. le second, son fils Kuno, semble vouloir se rebeller contre cet état de fait. Se rendant compte du caractère blasphématoire de ses pensées à l'encontre de cette divinité qu'est sur le point de devenir La Machine - un Dieu parfaitement vide et mécanisé, sans âme, sans contenu, sans désir -, il insiste à plusieurs reprise pour que sa génitrice vienne physiquement le voir. Au passage, nous apprenons que les liens de parentalité sont réduits à leur seule fonction biologique, l'éducation étant confiée à des tiers : un monde décidément de rêve, n'est-ce pas ? Malgré ses réticences au déplacement, cette dernière se résout à entendre cet enfant pour lequel elle ressent malgré tout une certaine empathie, mais c'est pour mieux écouter le récit sacrilège d'un jeune homme rebelle à cette nouvelle forme d'autorité, qui est parvenu à rejoindre la surface, sans la moindre autorisation, a découvert que des humains y vivaient encore mais s'est fait ramener illico presto dans son sous-sol ennuyeux par des espèces de vers blancs qui sont autant d'avatars de "l'appareil réparateur". Offusquée, Vashti prévient son enfant qu'il risque d'être condamné au "sans-abrisme", lequel est censé aboutir, peu ou prou, à une condamnation à mort.
Mère et fils se quittent sans plus jamais devoir se revoir - mais Kuno, comprenant sans doute l'aberration itérative de la Machine en prophétise la mort prochaine. Celle-ci se fait d'abord attendre mais son emprise totale se double d'une fragilité de plus en plus vive, et d'autant plus que l'humanité qu'elle est supposée servir, quand bien même nous comprenons tout l'inverse, est une humanité de moins en moins "Faber" et de plus en plus vainement "Sapiens", laquelle n'est donc plus d'aucune utilité pour prendre techniquement soin du monstre qu'elle a créé. Ainsi la fin prévue par le jeune homme devient-elle inexorable et, après une série de pannes plus ou moins graves, c'est toute la machine-Léviathan qui cesse brutalement de fonctionner, entraînant avec elle toute cette humanité totalement inféodée à ce confort facile et ennuyeux dans un épouvantable cataclysme définitif.
S'il est difficile de dire aujourd'hui encore à quel point cette dystopie froide, effrayante, déshumanisée s'avérera prophétique, il n'en demeure pas moins que cette longue nouvelle d'un auteur esqsqentielqlqemeqnt connu pour sa description minutieuse, forte, attentive de ses contemporains britanniques, de leurs petits et grands travers - que l'on songe, en particulier, au célèbre Howard End -, E.M.Forster fit montre, en rédigeant ce texte en 1909, d'une singulière sensibilité et d'un don tout aussi étonnant de prévision. Jugez-en plutôt : en des temps où le seul moyen de communication immédiat et international était encore le télégraphe et son langage Morse, où l'automobile ainsi que l'avion n'en sont qu'à leurs premiers balbutiements, que le téléphone ne semble avoir d'avenir qu'au sein d'une classe sociale particulièrement aisée, que le premier essai officiel de Télédiffusion Sans Fil n'aura lieu que 6 années plus tard, notre jeune romancier préfigure l'informatique et les écran portables, conçoit les réseaux sociaux - plus particulièrement ceux de type "Skype" -, prévoit ce mode d'enseignement à distance de plus en plus en vogue que sont les "Mooc", imagine des lignes aériennes internationales, assure les réseaux souterrain d'immenses lignes de métro, etc, etc, etc.
Mais plus encore, il prédit l'apparition de la "Mégamachine", conceptualisée par des philosophes comme Jacques Ellul ou Günther Sanders, comprends que toutes les petites machineries - électriques, téléphoniques, etc- sont de plus en plus interconnectées, reliées irréversiblement les unes aux autres, créant ainsi un genre de Léviathan mécanique où, si un morceau se met à flancher, tout le reste peut déraper et cesser de fonctionner. Il a aussi déduit que de cette hyper-connexion entre les êtres surgissait un phénomène aussi imprévu que néfaste, c'est à dire une uniformisation irréversible des modes de vie, des habitudes, des envies, des rêves... Et, conclusion des conclusions, E.M. Forster a fort bien pressenti que de maître-créateur, l'être humain pouvait finir par devenir l'esclave de sa création, tandis que le machinisme tendait peu à peu à une machinisation stupéfiante de l'individu, devenu en même temps le disciple fidèle et révérencieux de la chose qu'il a tout d'abord su créer.
Un petit texte intelligent, vif, d'une grande facilité de lecture, qui souffre un peu de n'avoir été développé plus longuement par son auteur, car, avec un tel foisonnement de thèmes, une telle sensibilité, nul doute que l'auteur avait-là matière à rédiger l'une des grandes dystopie du siècle passé. Mais on ne refait pas l'histoire et demeure, pour notre plus grand plaisir, ce "La Machine s'arrête" republié fort plaisamment par une petite maison d'édition décalée et passionnante nommée le pas de côté. Une excellente initiative de leur part !
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wooter
  08 mars 2021
Dystopie hurlante agée de 110ans, ce court récit est pourtant d'une fraicheur saisissante.
Y'a de quoi jalouser la bonne littérature qui ne vieillit pas, elle.
L'Homme assoiffé de technologie à réussi à créer une machine, La Machine, qui subvient à tous ses besoins, il vit alors dans un type de chambre universel et consensuel qui rappelle l'épisode 15 millions de mérites de l'excellente série Black mirror. Agencée comme une alvéole dans un nid d'abeilles un peu facon Matrix, cette chambre mène pourtant à des vomitoires donnant l'accès aux transports en commun qui permettent de voyager partout, pourtant l'homme ne se déplace presque plus puisqu'il a tout a porté de doigt et que la planète devient extrèmement uniformisée.
Mais ce petit « techno-cocon » comme l'appellerait certainement Alain Damasio, n'est pas au gout de tous…
Je m'arrête ici pour ne pas spoiler, je préciserai juste qu'on y retrouve tout l'humanisme profond dont faisait preuve E.M. Forster, dans cette lecture riche qui peut se révéler entre autre comme un plaidoyer pour la nature et un questionnement quant à la providence de la mécanisation extrême et ses dérives.
Un petit récit puissant et surement en avance sur son temps car plusieurs technologies contemporaines y sont citées avant d'avoir été inventées, on se sent un brin soulagé que depuis Isaac Asimov ait suffisamment marqué les esprits avec ses trois lois de la robotique et qu'elles soient aujourd'hui appliquées.
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ErnestLONDON
  21 septembre 2020
Avec cette nouvelle d'anticipation, écrite en 1909, E.M. Forster (1879-1970) décrit une société dans laquelle tous les besoins, physiques comme sociaux, sont désormais satisfaits par la Machine. La surface de la Terre, n'étant plus que « poussière et boue », chacun vit désormais cloitré dans sa chambre, enterrée quelque part. La civilisation antérieure utilisait « le système pour amener les gens aux choses, au lieu d'amener les choses aux gens ». « Les hommes partaient pour changer d'air plutôt que de changer l'air de leur chambre. » « Ni le jour ni la nuit, ni le vent ni la tempête, ni les marées ni les tremblements de terre n'entravaient l'homme à présent. Il avait attelé le Léviathan. Toute l'ancienne littérature, avec son éloge et sa crainte de la Nature, sonnait aussi faux que le babil d'un enfant. » Un jour, pourtant, il semble que la Machine commence à s'arrêter.
(...)
Son texte, non seulement n'a pas pris une ride, mais semble être un miroir tendu à son lecteur par delà les révolutions technologiques, dans l'espoir qu'il soit réceptif à l'optimisme de Kuno : « L'humanité a retenu la leçon ».
Article complet sur le blog :
Lien : https://bibliothequefahrenhe..
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VIRGINIE34
  29 août 2016
Étonnante nouvelle d'E.M.Forster, publiée pour la première fois en 1909. "La machine s'arrête" propose de découvrir une société dominée par la technologie, où les rapports humains n'ont lieu qu'à travers des écrans, où l'idée même de sortir de son habitation devient une source d'angoisse intense... Une mère et son fils se confrontent: la première est totalement dépendante de ce mode de vie, le second lui assure que la machine n'est pas une divinité, qu'il faut s'en débarrasser. Et quand la machine s'arrête, tout le monde est démuni... Chaque invention de l'auteur trouve écho dans nos interrogations actuelles face à l'invasion de la technologie dans notre quotidien. Une nouvelle datée de plus d'un siècle qui parle de notre époque avec une force incroyable.
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Bob-Morane-Contre-Tout-Chacal
  22 juillet 2014
Kuno téléphone à sa mère avec un visiophone et demande à la voir "en vrai", ce qui scandalise sa mère. Finalement, elle viendra, "parce que quelque chose d'énorme pourrait se produire", lui dit-il. Elle effectuera un voyage en dirigeable au-dessus d'une terre sans vie...
Critique de notre dépendance aux machines, critique des relations humaines dégradées que l'on peut avoir par Internet et le portable, critique des médias (tout le monde cherche à avoir des "idées" originales) , critique de la connaissance abstraite des Universitaires, critique écologique avant l'heure.... car ce texte a été publié en 1909, à une époque où les Anglais débattaient des bienfaits de la société industrielle. E. M. Forster n'était pas un écrivain de science-fiction, mais il a eu des intuitions géniales concernant l'évolution de notre société.
Tout cela tient dans 94 pages, c'est très bien écrit et toujours très lisible pour les lecteurs d'aujourd'hui. La postface est également très intéressante, car elle éclaire le contexte dans lequel cette novella a été écrite.
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critiques presse (1)
Bibliobs   10 novembre 2020
« Nous ne sommes rien de plus que des globules sanguins circulant dans ses artères », écrit Forster dans ce petit livre génial posté au siècle dernier, édité de nouveau pour ceux qui « likent » par principe la 5G et l’invention de véhicules qu’on dit autonomes.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
Bob-Morane-Contre-Tout-ChacalBob-Morane-Contre-Tout-Chacal   09 octobre 2014
Méfiez-vous des idées de première main ! s'écria l'un des intellectuels les plus évolués d'entre eux.
Les idées de première main n'existent pas vraiment. Elles ne sont rien de plus que des impressions physiques produites par l'amour et la peur, et qui pourrait ériger une philosophie sur cette base grossière ? Faites en sorte que vos idées soient de deuxième main, et si possible de dixième main, car elles seront alors très éloignées de l'élément perturbateur : l'observation directe.
N'apprenez rien de ce sujet qui est le mien : la Révolution française. Retenez plutôt ce que je pense de ce qu'Enicharmon pensait de ce qu'Urizen pensait de ce que Gutch pensait de ce que Ho-Yung pensait de ce que Chi-Bo-Sing pensait de ce que Lafcadio Hearn pensait de ce que Carlyle pensait de ce que Mirabeau disait à propos de la Révolution française.
Par l'intermédiaire de ces dix grands esprits, le sang qui a été versé à Paris et les fenêtres qui ont été brisées à Versailles seront clarifiés en une idée que vous pourrez employer de la manière la plus utile dans la vie quotidienne (...).
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Erik35Erik35   12 avril 2017
Ne pouvez-vous voir que c'est nous qui sommes en train de mourir, et qu'ici-bas la seule chose qui vive vraiment, c'est la Machine ? Nous avons créé la Machine, pour qu'elle accomplisse notre volonté, mais nous ne pouvons plus la faire plier à notre volonté. Elle nous a volé le sens de l'espace et le sens du toucher, elle a brouillé toute relation humaine et réduit l'amour à un acte charnel, elle a paralysé nos corps et nos volontés, et maintenant, elle nous oblige à la vénérer. La Machine se développe — mais pas selon nos plans. La Machine agit — mais pas selon nos objectifs. Nous ne sommes rien de plus que des globules sanguins circulant dans ses artères.
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Erik35Erik35   14 avril 2017
Personne n'admit que la Machine était hors de contrôle. Année après année, elle était servie avec une efficacité croissante et une intelligence décroissante. Plus un homme connaissait ses propres devoirs envers la Machine, moins il comprenait les devoirs de son voisin, et pas une seule personne au monde ne comprenait le monstre dans son ensemble.
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seb9308seb9308   25 décembre 2020
Plus un homme connaissait ses propres devoirs envers la Machine, moins il comprenait les devoirs de son voisin, et pas une seule personne au monde ne comprenait le monstre dans son ensemble.
Ces génies souverains avaient péri. Ils avaient laissé des instructions complètes, il est vrai, et leurs successeurs étaient chacun devenus les experts d'une portion de ces directives. Mais l'humanité, dans son désir de confort, avait dépassé les limites elle avait beaucoup trop exploité les richesses de la nature. Avec calme et complaisance, elle sombrait dans la décadence, tandis que le progrès avait fini par signifier le progrès de la Machine.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   01 novembre 2020
L'un des paradoxes de la modernité relevé par Forster est le suivant : la planète est de plus en plus uniformisée, et dans le même temps, des efforts colossaux sont déployés dans le seul but de parcourir le plus vite possible l'espace d'un point A à un point B. À quoi bon se déplacer, si l'on vit dans un monde qui n'est fait que de points A ?

Postface. Avant que la machine ne s'arrête, ... par Phillippe Gruca et François Jarrige, p. 103
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Videos de E. M. Forster (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de E. M. Forster
Bande annonce de la série Howards End (BBC, 2017), adaptation du roman d'E.M. Foster
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