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EAN : 9782070437849
176 pages
Gallimard (07/10/2010)
3.74/5   341 notes
Résumé :
Mon père s'est tué d'une balle dans la bouche le 11 mars 2008. Il avait soixante-dix ans passés. J'ai calculé qu'il m'avait adopté trente-huit ans plus tôt, un jour enneigé de février 1970. Toutes ces années, nous nous sommes aimés jusque dans nos différences. Il m'a donné son nom, m'a transmis sa joie de vivre, ses histoires de soleil, beaucoup de sa force et aussi une longue nostalgie de sa Tunisie natale. En exerçant son métier de kinésithérapeute, il travaillait... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (91) Voir plus Ajouter une critique
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L'homme qui m'aimait tout bas, c'est un chant d'amour et d'innocence, le cri sourd d'un enfant devant l'incompréhension de la mort d'un père et de tous les questionnements qui scellent parfois des portes à jamais...
J'entre dans l'univers d'Éric Fottorino avec ce livre.
C'est un chagrin intime, celui d'un enfant au coeur inconsolable.
Inconsolable, parce que la mort de quelqu'un qu'on aime est déjà une révolte en soi... Inconsolable, parce que vouloir mourir, se donner délibérément la mort, comme cela sans prévenir, demeure toujours et à jamais un acte incompréhensible pour les proches...
Se donner la mort d'une balle dans la bouche, au bord d'un printemps... Celui qui s'est donné la mort ainsi, dans sa voiture un 11 mars 2008, n'était pas le père biologique d'Éric Fottorino, mais son père adoptif... Qu'importe !
Qu'importe ? Non, pas tout à fait. Avec beaucoup de poésie et de délicatesse, ce récit aborde le sujet. Ici, en effet, Éric Fottorino sait trouver les mots pour dire la filiation et la transmission qu'il y a dans l'acte d'être adopté. Je suis père adoptif de deux enfants, un garçon, une fille, j'ai été particulièrement touché par les mots qui affleurent le sujet. Comme c'est dit ici avec tant de justesse !
Dans l'adoption, ce sont les enfants qui adoptent les parents. Ici, je ne parle pas de l'acte légal mais de celui du coeur. Ici, les mots d'Éric Fottorino nous le rappellent à merveille...
" Toutes ces années, nous nous sommes aimés jusque dans nos différences ".
Éric Fottorino demeure dans ses pages un fils vivant, l'enfant tout bonnement qu'il est, qu'il sera toujours, un fils qui fait entendre la joie de vivre que lui a transmis ce père adoptif qu'il appela dès le début : Papa...
Nous découvrons le portrait d'un homme peint avec pudeur, un kinésithérapeute qui travaillait " à l'ancienne ". C'est le portrait d'un homme taiseux, qui lui a transmis le soleil de sa Tunisie natale. Peut-être ces pages fouillent ce silence, cherchent des clefs pour ouvrir l'indicible...
Il était secret, taiseux, ce père qui s'appelle Michel. Il se sentait libre jusqu'à ce 11 mars 2008 où s'affirma sa liberté sans explication...
Comment faire le deuil, après cela ? Tenter de descendre au fond du gouffre pour comprendre, chercher à comprendre pourquoi, descendre un peu plus bas, à tâtons, là où c'est profond, vertigineux, les mots voudraient éclairer cet abysse d'incompréhension, mais il n'y a rien à comprendre dans cette obscure volonté de mourir qui habitait son père...
Remonter alors jusqu'à la lumière, ce n'est plus le soleil de Tunisie...
Je pense que pour l'auteur, écrire ce livre fut une manière de parler à ce père, parler à quelqu'un qui se taisait souvent, derrière ses gestes beaux, " à l'ancienne ", qui se terrait peut-être derrière ses secrets...
Remonter encore un peu plus près de la lumière, poser cette clef qui n'a pas réussi à ouvrir les portes...
C'est comme un dialogue, avec des jeux d'enfant, des souvenirs et des rêves, des odeurs gorgées de soleil et d'épices, on voudrait que le temps se dilate à l'infini.
Écrire pour retenir ce qui peut l'être encore, avant que le temps ne s'ouvre, ne s'éventre, n'enfouisse tout, lentement ou d'un seul coup capricieux...
C'est un fil renoué. Nous sommes le funambule de ce fil tendu entre deux rives...
Poser la clef sur le bord du chemin au cas où...
Aimer tout bas... En silence, sans faire de bruit... Venir et se retirer sur la pointe des pieds, aimer comme cela, avec les blessures de l'âme... Un jour, quelqu'un m'a dit que le mot "aimer" se suffisait à lui-même. Ce soir, Éric Fottorino me convainc du contraire...
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C'est marrant, moi qui ne lit jamais le journal le Monde (excepté le Monde des Livres), moi qui n'avait jamais entendu parler d'Eric Fottorino jusqu'à présent, il a fallu que l'on me dépose cet ouvrage pour que je l'intègre dans mon fonds de bibliothèque pour que tout de suite, je sois aimanté par cette écriture bouleversante.

Ici, ce n'est pas le journaliste qui parle ni même l'écrivain, non c'est la voix d'un petit garçon, qui, même devenu adulte, a perdu son papa et c'est alors un cri déchirant. Certes, Michel Fottorino n'était pas le père biologique de notre auteur-narrateur mais autant l'un que l'autre se sont toujours considérés comme tels (le )premier en ne faisant pas de différence entre cet enfant de dix ans et ses deux autre enfants qu'il aurait plus tard avec la mère d'Eric) et pour le second, acceptant Michel dans sa vie comme un véritable héros qui, comme plus beau cadeau, lui offre son nom.

Eric Fottorino revient dans ces pages sur les beaux moments qu'il a passé avec son père, les moments que celui-ci a passé avec ses patients, les soulageant avec sa voix calme leurs blessures de l'âme (comme il le fit avec lui) et avec ses gestes tendres de kinésithérapeute leurs blessures du corps. Non, Michel n'a jamais rien demandé : il donnait sans compter car il aimait les autres tout simplement...mais homme pudique cependant lorsqu'il s'agit de sentiments ! Merci à Eric Fottorino de nous faire part de ce cadeau car parfois, pas besoin de beau discours pour dire à une personne qu'on l'aime et qu'on est fière d'elle : un simple regard ou un sourire suffisent !

Une lecture qui m'a vraiment emballée (même si il me manquait parfois certaines références sur la biographie du romancier) et que je ne peux que vous recommander !
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Dans notre pays, de nos jours, il y en a un peu moins, mais ça existe toujours les hommes qui aiment tout bas. Parmi eux, il y a ceux qui se taisent jusque dans leurs gestes et ceux qui, par leurs actes, le "crient" très fort. le père de l'auteur est de ces derniers, et son plus beau "cri" a été de faire du petit Éric, un petit garçon avec un papa.
Tellement souhaité ce papa, qu'il en invente sa petite enfance dans le pays d'origine de ce père adoptif.

"Ce sont des années magiques. Je suis immortel. Il ne peut rien m'arriver. Je déborde de mensonges vrais." P.54

Un père si bien adopté que le fils finit par lui ressembler.

"Plus d'une fois pourtant, il m'a semblé que je lui ressemblais, que je me comportais dans la vie comme lui se serait comporté. À force d'être mon modèle, il avait déposé son empreinte sur moi. Je finissais par prendre ses intonations, ses mouvements de sourcils. Enveloppe vide, je m'étais rempli de lui." P 71

Tant aimé ce père discret et bienveillant, que son livre le pleure haut et fort.

"Mon père a été. le temps est passé et il a passé vite. Être et avoir, ne plus être, ne plus avoir. Glissement imperceptible et pourtant si pénible. Mon père est, vit, respire, mon père était. S'habituer à ce "était" alors qu'il est encore là. Était : jamais imparfait n'a si bien mérité ce nom, le passé est imparfait, qui souligne ce qui n'est plus et ne sera plus jamais. Impossible de parler de papa au présent désormais, ... " p. 33

Magnifique livre... tant d'émotions... de poésie... de si beaux passages sur le deuil, l'adoption, l'amour entre et un père et un fils... oui, tant d'amour !
Il est bon maintenant que je me taise... dans le silence, imaginez-vous le lire !
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« Nuit Blanche des Livres », pas loin de chez moi. Aux côtés de François Busnel il est là, Eric Fottorino, et la larmichette au coin des mirettes (je suis une fille sensible à mes heures perdues) je lui parle de son Korsakov lu il y a déjà longtemps mais dont je garde encore un souvenir ému (voir larmichette dont au sujet de laquelle je viens de parler plus haut).

A la faveur de cette rencontre je découvre aujourd'hui "L'homme qui m'aimait tout bas", dédicacé au passage avec une souriante et chaleureuse bienveillance, merci Monsieur.

Plusieurs fois déjà, dans ses autres romans, Eric Fottorino esquissa son enfance et ses origines à travers des personnages fictifs, mais ici c'est à la première personne qu'il s'exprime pour ce bouleversant hommage à son père adoptif, l'homme humble et généreux qui l'a « aimé tout bas » et auquel il voue à jamais une admiration d'exception.

Humble et généreux l'auteur semble l'être tout autant, car à travers le portrait de ce père adoré je retrouve l'écriture à la fois discrète et lumineuse qui m'avait tant marquée, cette façon singulière de manier les mots parfois, cette prose délicate et inventive d'où affleure une poésie infiniment touchante.

Une histoire d'amour entre un père et son fils, une merveille de sensibilité et de pudeur, « un récit solaire malgré les ombres » (qu'il a écrit dans ma dédicace, Monsieur Fottorino).


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C'est avec "l'homme qui m'aimait tout bas" que j'entre dans l'univers d'Éric Fottorino. Ce récit autobiographique est teinté de mélancolie, parsemé de questionnements mais aussi je dirais que c'est un hymne à l'amour. Éric Fottorino nous parle de la joie d'avoir eu comme père Michel Fottorino et de la joie de ce jour où il a été adopté et ainsi autorisé à l'appeler papa. Ce livre est aussi et surtout l'occasion de nous parler de son chagrin face à la disparition brutale de son père. Bien que n'étant pas une passionnée de cyclisme, je n'ai pas été ennuyée par les passages où il évoque sa passion du vélo, passion reçue de son père. Éric Fottorino arrive par son amour retranscrit dans ce récit à nous faire à notre tour aimer ce papa aimant, aimé et admiré.
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Citations et extraits (77) Voir plus Ajouter une citation
Avant, il n'y avait que des femmes. Ma mère, sa mère, des femmes avec leurs douleurs et leurs tristesses, l'une trop jeune et l'autre trop vieille, deux solitudes avec mon enfance au milieu. L'arrivée de Michel a tout changé. Fini le vendredi maigre et la messe du dimanche - lui qui ne croyait qu'au foot. Fini Bordeaux la sombre et bonjour La Rochelle au soleil. Fini le fils unique sans père -si c'est pas malheureux -, bonjour au bonheur en famille, père et mère, et un, et deux et trois garçons. Tout avait changé soudain. Une voix d'homme, des vêtements d'homme, des chaussures de cuir, mocassins noirs ou clairs à languette lustrée, des souliers à crampons avec chaussettes rouge et blanc et protège-tibias pour les jeux du stade. Raquettes de tennis et balles Dunlop, neuves et moussues, ou rasées comme des moines à force de coup droits et de smashs, jeu, set et match. Le journal L'Équipe. Le couteau à manche noir qu'il tenait de son grand-père. Et dans la salle de bains, une boule blanche de savon à barbe constellée de poils sombres coupés ras, un blaireau touffu à manche de bois poli, des lames Gillette avec le rasoir mécanique, l'after-shave dans son flacon de verre... Zorro était arrivé, sans se presser, le grand Zorro, avec son charme et son grand chapeau. Ses auréoles blanches de fumeur de Gitanes et la barbe à papa de mousse à raser.
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Tu m'aimais tout bas, sans effusion, comme on murmure pour ne pas troubler l'ordre des choses. Tu m'aimais tout bas, sans le dire, sans éprouver le besoin d'élever la voix.
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Je revois cette scène qui ne figure dans aucun de mes livres. Michel et maman se connaissent depuis peu. Nous cheminons un soir de printemps le long de la Garonne. Nous avons dîné dans une guinguette et maintenant ils marchent devant moi, maman a passé son bras gauche à la taille de Michel, qui lui tient l'épaule. Soudain je les laisse s'éloigner jusqu'à ce qu'ils deviennent plus petits, serrés l'un contre l'autre. Leurs deux ombres ne font plus qu'une, penchée sur le miroir du fleuve. Alors je tends le bras et par le jeu de la distance ils marchent dans le creux de ma main. C'est ma vie que je tiens là, notre vie heureuse qui commence. J'aurai bientôt neuf ans et je viens de naître. Bientôt je m'appellerai Éric Fottorino, je suis le gamin du Grand-Parc qu'il vient chercher pour l'emmener au foot dans sa Simca bleue, celle qu'il gare le soir sous nos fenêtres et dont je vérifie avant de trouver le sommeil qu'elle ne part pas, qu'elle reste là, qu'il reste avec nous.
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Depuis sa mort, il vit plus que jamais en moi à travers les hasards qui surgissent. Le lendemain du drame, marchant en direction de la place Denfert-Rochereau, je suis passé devant le cimetière Montparnasse et, détournant mon regard, j'ai vu la devanture d'un restaurant du Sud-Ouest baptisé Chez Papa. Pas une journée ne s'écoule sans ces rappels étranges qui pourraient laisser croire que la mort aime jouer à cache-cache avec les vivants.
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Cette fois nous nageons. Plutôt je me noie sans m'en apercevoir. J'ai dix ans, nous sommes à la Pointe Espagnole, en famille un dimanche d'été, baignade non surveillée. Ma petite planche en bois, le nez dressé pour prendre les vagues, glisse vers le large. Les courants m'emportent. Je n'entends pas vos cris. Je m'éloigne. Je n'ai pas la moindre idée du danger. Quand je lutterai pour revenir vers le rivage, ce sera trop tard. Je revois très précisément mon père à travers le rideau épais des années. Il s'est élancé du bord et a plongé comme un javelot, tête la première. Soudain entre la crête et les vagues, il est là. Comment a-t-il fait pour me rejoindre si vite? Il parle calmement, n'a pas le souffle coupé.
Pour maman là-bas sur le sable, nous ne sommes que deux petits points dans un gouffre bleu. Je la vois qui court puis s'effondre. Je devine que maman pleure, qu'elle nous voit déjà par le fond, papa et moi.
Mon père, serein, continue de me parler, il m'invite à bien respirer, à rester tranquille. Mais je ne suis pas affolé puisqu'il est là. La confiance est une forme d'inconscience.
Après, je saurai que chaque année des enfants et aussi des adultes périssent dans ces courants. Je n'ai pas eu peur, mon père m'a rejoint, on est revenus sans encombre sur le sable. On avait dérivé loin des serviettes et de ma mère paniquée. Sauvés. Mon père a son petit sourire, il nous console. Il y a bien assez d'eau salée dans l'océan, pourquoi le grossir de nos larmes.
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Vidéo de Éric Fottorino
Éric Fottorino, président du jury, anime la rencontre avec Nicolas Rouillé, Valérie Igounet et Guy le Besnerais, lauréats du Prix du Livre du Réel 2024 en littérature et BD.
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