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ISBN : 2072486637
Éditeur : Gallimard (28/02/2013)

Note moyenne : 3.64/5 (sur 78 notes)
Résumé :
«En septembre 2012, à quelques jours de distance, trois personnes se sont jetées sur les voies du RER, derrière chez moi, dans les Yvelines. Un vieillard, une mère de famille, un homme qui n’a pu être identifié. À la violence de leur mort a répondu le silence. Il ne s'est rien passé. Nul n’a désigné la souffrance par son nom. Une voix neutre a seulement résonné dans les haut-parleurs de la gare : "Suite à un accident grave de voyageur…" Nos vies ont pris un peu de r... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
trust_me
  08 octobre 2013
En septembre 2012, trois personnes se sont jetées sur les voies du RER dans les Yvelines, non loin de chez l'auteur. Des tragédies que la SNCF qualifie d' « accident grave de voyageur. » Pour Éric Fottorino, c'est bien plus que cela : « Je ne reconnaissais rien dans ces paroles désincarnées. Elles composaient un chef d'oeuvre d'évitement. L'accident grave n'évoquait aucun geste, ne suggérait aucune image. Il relevait d'une langue vidée de sa substance, dénuée de compassion. Une suite de mots pour ne plus y penser, pour passer à autre chose. »
Fottorino, utilisateur quotidien des transports en commun, s'interroge sur les raisons de cette déshumanisation. Il voudrait redonner aux victimes la dignité qu'elles méritent. Des morts passées sous silence par les médias et que la SNCF ne considère que comme des problèmes techniques : « L'échelle des priorités s'imposait dans sa crudité, sa cruauté. le suicide sur les voies n'est pas une vie de perdu. C'est du temps de perdu. L'existence de tous est contrariée par la défaillance d'un seul. Des retards. Des arrêts inopinés. Des trains qui n'arriveront pas à l'heure. Il faut aller vite. S'assurer que le trafic peut être rétabli. » Des morts dont on se fiche ou pire, qui agacent. Sur certains forums, les usagers se lâchent. Ces suicidés ne sont que des égoïstes qui auraient mieux fait d'avaler des médocs ou de se tirer une balle dans la tête plutôt que d'embêter le monde. Ces suicidés anonymes dont on ne retient que le geste, dont l'existence n'intéresse personne. Heureusement, il y a aussi des messages de résistance au cynisme ambiant. D'aucuns voient « dans ces gestes la volonté de choquer et d'exhiber sa détresse avec une violence indécente, comme un reproche à notre indifférence ». L'auteur pense aussi aux témoins directs qui, pour la plupart, ne pourront jamais oublier ce qu'ils ont vu.
Ce texte est, entre autres, un cri de douleur poussé face au mépris et à l'indifférence, mais j'ai apprécié le fait que Fottorino ne se mette pas au-dessus de la mêlée : « Combien de fois ai-je moi-même pesté à l'annonce d'un retard dû à un accident de personne ? Suis-je donc devenu insensible aux autres ? Je préfère croire que les trains de banlieue anesthésient mes émotions. [ …] le temps du trajet, je ne suis plus tout à fait humain. Je ferme mes yeux à la laideur, mon coeur à la misère ». A aucun moment il n'endosse le costume du donneur de leçon. Il voudrait juste comprendre comment un geste aussi irréparable est possible : « Je me demande si on s'entraîne à mourir. Si se jeter sur les voies est un crime prémédité contre soi. Ou un meurtre sans coupable. » La réflexion est profonde et parfaitement construite, l'écriture magnifique. Un texte rare dont la beauté n'a, je trouve, rien de morbide.
Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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frconstant
  01 avril 2017
« Suite à un accident grave de voyageur », … le trafic est interrompu ! Éric FOTTORINO prend pour titre de ce livre (Gallimard,2013) cette expression que tous les habitués des chemins de fer connaissent. Chacun peut entendre en lui cette voix volontairement atone qui, non seulement tente de donner une information factuelle, mais qui, surtout, tente de cacher ce que comporte ce fait de douleurs et de désespérances humaines.
FOTTORINO, lui-même usager des chemins de fer français, a vécu l'expérience plusieurs fois. La formulation, ‘Suite à un accident grave de voyageur…' s'est immiscée en lui, irréelle. « Je ne reconnaissais rien d'humain dans ces paroles désincarnées. Elles composaient un chef-d'oeuvre d'évitement ». Et, en effet, à l'analyse, le sujet principal est bien l'interruption de trafic. C'est là que réside le drame. le voyageur n'est qu'une circonstance causale. Il n'est rien, lui, le voyageur, il n'est personne. Il n'est même pas du train, il ne l'a pas pris, si ce n'est en pleine face. A cause de lui, les usagers vont devoir attendre. Ils râlent, ils ont autre chose à faire qu'attendre ! Ils ne cherchent pas à comprendre. Ils veulent seulement savoir quand le train pourra repartir. Au plus vite, bien sûr !
Dans ce livre qui ne porte pas l'appellation roman, l'auteur s'interroge sur la réaction des usagers, sur la sienne. Il ne se met pas en dehors, se demande « combien de fois ai-je moi-même pesté à l'annonce d'un retard dû à un accident de personne ? Suis-je donc devenu insensible aux autres ? Je préfère croire que les trains de banlieue anesthésient mes émotions ».
Constatant que le public des usagers dont il fait partie, est pris en flagrant délit de ce que Mauriac appelait autrefois « le crime du silence », l'auteur veut briser cette indifférence où « taire est l'auxiliaire du verbe tuer ». En niant cette souffrance de la personne devenue rien sous le train, on ne laissait aucune chance au désespéré de partager son mal-être. » Ce livre, en quelques soixante pages, nous ouvre à une réflexion sur la déshumanisation, sur les prédominances accordées au trafic et à l'organisationnel plutôt qu'aux humains. Pourquoi, se demande-t-il, règne sur ces suicides, une loi du silence ? une condamnation sans appel ? Comment se fait-il que « le temps du trajet, je ne suis plus tout à fait humain ».
Et non content d'oser aborder un sujet tabou, FOTTORINO fait preuve d'une habileté d'écriture qui touche le lecteur. Passé maître dans l'art de donner aux mots leurs sens usuels mais aussi de relire la situation en empruntant les sens cachés, secondaires, l'auteur fait mouche et titille l'esprit là où il faut.
- A propos de l'ordre de sortie d'un véhicule des sapeurs-pompiers en cas d'accident sur les voies, l'expression consacrée est ‘ personne sous un train '. La question de l'identité n'est pas importante… puisque c'est personne ! Et donc, déplacer un corps de sapeurs pour personne, c'est les déplacer pour rien !
- Les entrefilets dans la presse font largement état de la perturbation du trafic, peu de l'humain qui ne l'est plus. Tout au plus, décrira-t-on l'impact sanglant des débris humains à l'avant de la motrice et sur les voies. « La victime entre brièvement en scène, s'insinue l'existence du corps en même temps que son inexistence. L'apparition est une disparition »
- Etrange arithmétique des désespérés : n'être plus rien et juger que ce rien est encore de trop. Se changer en objet périmé qu'on retire de la circulation. Une denrée jetable, n'en parlons plus !
FOTTORINO a choisi d'en parler. Puisse ce livre éveiller nos consciences et nous pousser à un peu plus d'humanité lorsque nous serons retardés sur les voies ! Ce livre n'est pas un roman, c'est une claque, un cri !
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Sando
  29 mars 2013
Tout usager habitué aux transports en commun sait ce que signifie cette annonce prononcée, trop souvent, d'une voix monocorde : « Suite à un accident grave de voyageur, le trafic va être perturbé pour une durée encore indéterminée ». le terme de « suicide » n'est pas employé ouvertement, afin de ne pas causer une vague de détresse qui pourrait conduire à d'autres actes désespérés, néanmoins, chacun sait ce qu'une telle annonce sous-entend… Alors, qui sont ces anonymes, ces malheureux, qui dans un dernier acte désespéré se jettent sous les rames d'un train, d'un RER ou d'un métro ? Que sont-ils pour ces passagers pressés et mécontents, sinon des importuns qui ont trouvé le moyen de nuire une dernière fois en immobilisant le trafic ? Car oui, cela peut paraître fou, mais plutôt que la compassion, c'est bien souvent la colère, de l'agacement que les gens ressentent d'abord.
Face à tant d'indifférence et d'individualisme, Eric Fottorino cherche à comprendre comment nous en sommes arrivés là. Comment, dans une société régit par les moyens de communication, le silence peut-il être si imposant, si oppressant, au point de ne plus s'ouvrir aux autres et d'endurer, seul, des souffrances parfois trop lourdes à porter ? Des sentiments anesthésiés, une peur profonde qu'on tente d'apaiser, une détresse contagieuse que l'on s'empresse de fuir sont autant de symptômes de notre société, où chacun est obligé de s'entourer d'une carapace pour survivre. Un livre court, de seulement 60 pages, mais terriblement percutant, nécessaire, qui dit le malaise d'une époque et son manque d'altruisme. Une réflexion pertinente, dans une langue concise et éloquente, sur un monde toujours pressé, qui ferme les yeux sur la solitude et la détresse qui l'entoure. Un petit texte qui bouscule le lecteur et l'oblige à réfléchir sur un sujet qui le touche de près et à se poser une question primordiale : qu'a-t-on fait de notre humanité ?
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livr-esse
  18 avril 2013
" Suite à un accident grave de voyageur... ", tout parisien entend cette phrase au moins une fois par mois. Mais que cela représente t il pour nous ?
Suite à trois suicides sur son trajet quotidien, Eric FOTTORINO essaie de décortiquer nos réactions, sa réaction, à ses drames quotidiens.
Dans un premier temps, il ressent le besoin de trouver l'identité de ces personnes et de comprendre pourquoi ils en sont arrivés là. Mais en essayant de remonter le fil de ses histoires, il se heurte au silence.
Il commence alors à cogiter à nos réactions respectives face à cette phrase qui nous parait aussi banale que l'annonce d'un retard.
Mon avis :
Pour beaucoup cette phrase représente uniquement un retard au boulot ou à un rendez-vous mais la réflexion va rarement au-delà. Pourtant, mettre fin à ses jours en se jetant sous un metro, ce n'est pas anodin. C'est sûrement la seule solution trouvée à une souffrance.
Je suis ravie que quelqu'un ose en parler. En tant que petite provinciale débarquée à Paris, j'ai été très choquée par l'indifférence des gens par rapport à cette phrase. Certains vont même jusqu'à en vouloir à cet homme ou cette femme qui a osé se suicider à l'heure de son trajet. Sommes nous si égocentriques que ça ??? Mon retard est plus emmerdant que la mort d'un inconnu, c'est ça ???!!!
On parle aussi de saison des suicides comme on parle de saison des fraises. Je trouve que tout cela manque d'humanité et ce n'est vraiment pas pour moi. Me voilà ravie d'avoir retrouvée ma province mais je sais bien que chaque jour, chaque semaine ou chaque mois, il y a un accident grave de voyageur.
En tout cas bravo et merci à Monsieur Fottorino d'avoir oser en parler et réveiller nos consciences parfois trop profondément endormies.
Je dois ajouter que la plume est vraiment très belle.
Lien : http://www.livr-esse.com/art..
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Petitdejauxlivres
  11 juin 2013
Dans un tout petit livre, Fottorino revient sur une annonce bien connue des usagers des transports en commun: "suite à un accident grave de voyageur..." Une petite phrase qui se banalise alors que derrière se cache des drames humains. En l'espace de quelques jours, Fottorino a été confronté à trois reprises à cette annonce. Il s'est alors intéressé à ces individus ou plus exactement aux conséquences de leurs actes.
Alors que des personnes en pleine détresse vont commettre l'irréparable, les autres s'inquiètent pour les retards occasionnés, la désorganisation du trafic, les rendez-vous ratés, les enfants à récupérer...
Fottorino dresse un portrait peu enviable de notre société dans laquelle l'égoïsme et l'individualisme l'emportent. A la lecture de ce roman on est rattrapé par une réalité qui dérange: une annonce vocale volontairement banale mais qui cache un réel drame humain face à des réactions de colère qui perturbent le quotidien. Il faut vite oublier ce geste perturbateur et faire en sorte que tout redevienne vite normal.
Dans notre société, notre quotidien serait-il alors plus important qu'une vie humaine?
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critiques presse (2)
Culturebox   07 janvier 2014
C'est un tout petit livre (63 pages), mais son contenu donne à réfléchir. Dans "Suite à un accident grave de voyageur", le journaliste et écrivain Eric Fottorino s'interroge sur notre société qui laisse de moins en moins de place aux émotions et à la compassion. Un monde à cent à l'heure où les plus fragiles n'ont guère de place.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Lhumanite   15 avril 2013
C’est un livre d’une minceur extrême. À l’image de la trace laissée par ceux dont il est question. Ni document ni roman, seulement une manière de constat. [...] Éric Fottorino cherche ici à « fissurer le silence ». Celui de ceux qui sont morts et celui des vivants. Pratiquant avec talent l’écriture comme une mise en alerte.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
tessgeffroytessgeffroy   06 mars 2014
"Si au moins ces accidents pouvaient faire réfléchir à la détresse grandissante qui règne autour de nous...? Même pas ! ils n'ont qu'à crever en cachette, tous ces emmerdeurs qui ne supportent plus d'être malheureux !" écrit le bien nommé Dépité. "Il n'y a rien d’égoïste dans le suicide, oppose FMIII. "juste" une souffrance qui devient insupportable."
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MaldororMaldoror   21 mai 2013
Un "accident grave" n'empêcherait personne de dormir. Dire "suicide" eût au contraire été périlleux pour les vivants. Certains auraient entendu un signal, un encouragement, une invitation peut-être. Le suicide, c'était contagieux. Cela pouvait donner des idées. Comme évoquer le feu avec un pyromane. Mieux valait parler à côté, parler ailleurs. Parler pour ne rien dire. Neutraliser la zone d'inquiétude avec des termes propices à l'oubli, inoffensifs et creux. "Mal nommer les choses, jugeait Camus, c'est ajouter au malheur du monde." Ne pas les nommer, c'était nier notre humanité.
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tessgeffroytessgeffroy   06 mars 2014
Elle se demande jusqu'à quel degré de souffrance il faut aller pour se détruire de la sorte. Jusqu'où il ne faut pas s'aimer. Elle estime que la destruction physique fait partie d'un choix. On ne peut plus imaginer le corps de la victime. Plus d'intégrité de l'être. Plus de territoire inviolé. Un morcellement. Un anéantissement. S'éradiquer comme une mauvaise herbe.
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nilebehnilebeh   24 novembre 2015
P33 : Cela commence ainsi, un accident grave de voyageur. Quand personne ne s'adresse à personne. Quand personne ne regarde plus personne. Il suffirait d'un mot , bien sûr. Une parole simple et légère, une attention. L'ambiance glacée n'est pas propice aux confidences. Chacun est encombré de son silence qui le renvoie vers les bas-fonds de sa solitude.
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MaldororMaldoror   31 mars 2013
France et souffrance, France et sous-France. Le suicide interroge les fondements de notre condition humaine. Notre société du chiffre triomphant et des records insignifiants ne sait pas relier chômage et suicide, précarité et suicide, harcèlement et suicide, perte de l'estime de soi et acte désespéré. Laideur et envie d'en finir.
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Videos de Éric Fottorino (87) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Éric Fottorino
Présentation par Eric Fottorino, François Vey et Mathieu Sapin. Entretien avec Sylvie Hazebroucq.
Retrouvez la revue : https://www.mollat.com/livres/2330620/zadig-n-1-reparer-la-france
Note de Musique : Free Music Archive
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