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Critique de EvlyneLeraut


EvlyneLeraut
  10 septembre 2020
Habiter en Terres Charentaises, détenir « Les Pantoufles » comprendre d'autant plus ce qui va advenir dans ce livre subtil. Une chance !
« Les Pantoufles » est une bouffée d'oxygène. Une histoire à dévorer au coin du feu. Captivante, contemporaine, elle apporte sa pierre à l'édifice des questionnements existentialistes. Les degrés savoureux, profonds, opèrent leurs champs d'actions. « Les Pantoufles » est un retournement de situation. Tel « Diogène » le narrateur s'épanche du côté des Cyniques. « Puis, ayant snobé l'ascenseur, à l'instant où l'on quitte la moquette du palier pour le carrelage de l'escalier, au bruit étouffé de ses pas, on se rend compte qu'on a oublié de chausser ses mocassins. On fixe un instant les pantoufles. Force est de constater qu'on a oublié aussi les clefs. » Charentaises magnétiques au pied, le narrateur part au travail. Une réunion capitale l'attend. « Je n'étais pas devenu l'homme invisible, mais l'homme silencieux. Je ne foulais plus le même sol que mes congénères, j'avançais en marge. A côté de mes pompes, en quelque sorte. » Sa dissidence est armure. Il va oser affronter les diktats sociétaux, bousculer les non-dits tels des pions sur un jeu de dames, ses pantoufles sont opératives. Il brise sa carapace. Se prend à les garder toujours au pied. Piège mental aussi. Se protéger de l'abîme causé par sa solitude, les difficultés, ses pertes de repaires affectifs. « Les Pantoufles » est énergisant, sociologique. L'écriture est souriante, formidablement maîtrisée. Que dire de l'humour qui étale ses crayons de couleur. Cette intelligence verbale qui balaie à coups d'envolées le conventionnel et le conformisme qui collent à la peau. Les faux-semblants qui dénaturent les essences mêmes, du réel qui se cherche. « de surcroit, dans un endroit où Les Sans-Culottes s'étaient illustrés un Sans-Chaussures ne pouvait que se sentir chez lui. » Les pantoufles vont se muer. Lancer des signaux. L'insistance d'affronter le semblant, de s'allier à l'esprit libertaire qui va bousculer la donne. « Otto vint prendre la défense de mes pantoufles en expliquant à Brune que, tu sais ma chérie, c'est la quintessence de la sublimation de l'objet, la dérive de celui-ci dans le champ du réel le plus trivial pour l'amener à quitter ce réel et parvenir au statut d'oeuvre d'art. » Notre frondeur casse les codes. Il se métamorphose, bouscule les aprioris, tous. « D'aucuns se réclament de l'équerre et du compas ; il nous fallait un symbole fort pour exprimer notre refus de marcher en suivant le troupeau. Et surtout, elle avait applaudi au fait, que, depuis lors, j'avais décidé de les garder aux pieds, en manière de pied de nez envers mon destin. » « Les Pantoufles » est un récit bienfaisant. Il vous glisse une paire de pantoufles aux pieds. Kaléidoscope d'un pas de côté salvateur. Brillant, spéculatif, il est la solution pour un lendemain meilleur. Optimiste, volontaire, engagé, « Les Pantoufles » de Luc-Michel Fouassier initie au possible. Il est pour tout à chacun. Publié par les Editions de l'Arbre Vengeur. Une belle surprise !
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