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ISBN : 2070293351
Éditeur : Gallimard (01/01/1990)

Note moyenne : 3.99/5 (sur 115 notes)
Résumé :
"Les Mots et les Choses" valut à Michel Foucault une réputation internationale. Ensuite, ses autres ouvrages ne feront que développer une seule et même thèse : celle de la mort de l'homme et de l'humanisme classique qui concevait le sujet pensant comme une exception dans l'ordre de la nature. Avec l'avènement des sciences humaines, l'homme est devenu un objet d'étude au même titre que les phénomènes naturels. Cette objectivation de l'homme a en même temps rendu poss... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  14 octobre 2017
Imaginez que « Les mots et les choses » fut le best-seller de l'année 1966. de nos jours, le top des ventes en matière d'essais est tenu par Christophe André ou Frédéric Lenoir. du premier aux seconds, c'est un gouffre de connerie qui s'est creusé. Un vide de la pensée. Peut-être cette fameuse analytique de la finitude dont nous parle Foucault et qui, pour s'être éprouvée jusqu'à ses limites les plus extrêmes, a fini par retomber en demi-molle souriante.

Donc, Foucault examine scrupuleusement les quelques siècles passés en Occident du point de vue de ce qu'on pourrait appeler l'inconscient collectif épistémologique. Ce n'est pas une histoire de la pensée mais une archéologie du savoir : au lieu de suivre le développement des connaissances, il s'agit de mettre à jour les conditions de possibilités des discours qui se sont formés (les épistémès). Foucault dégage ainsi trois épistémès et remarque que le changement majeur intervient entre l'âge classique et l'âge moderne, aux environs du 17e siècle. Alors qu'à l'ère classique, le language et les mots étaient liés par le prisme de la représentation, sans ambiguïté ni équivoque, l'âge moderne se définit par leur éloignement progressif puis par leur séparation : l'ordre a succombé à l'historicité. Cette rupture met à jour de nouveaux domaines de réflexions. C'est ici qu'apparaît l'homme comme objet de réflexion dont peut s'emparer la conscience épistémologique. Deux nouvelles formes de pensées apparaissent : la critique kantienne qui cherche à former une nouvelle synthèse possible entre les représentations, et l'Idéologie qui interroge quant à elle les conditions qui permettraient d'établir un rapport entre les représentations du côté de l'être qui s'y trouve représenté. Cette dualité est rapidement dépassée et remplacée par un domaine de recherches variées, les sciences humaines.

Voilà que l'on entend ricaner au fond de la classe. Ceux qui se réjouissent déjà de formuler leurs objections en logorrhée gerbante sont priés de fermer leur gueule. Non, Foucault ne tombe pas dans le piège et n'essaie pas de ressasser le merdier habituel selon lequel les sciences humaines seraient vraiment des sciences. « Inutile donc de dire que les « sciences humaines » sont de fausses sciences ; ce ne sont pas des sciences du tout ; la configuration qui définit leur positivité et les enracine dans l'épistémè moderne les met en même temps hors d'état d'être des sciences ; et si on demande alors pourquoi elles ont pris ce titre, il suffira de rappeler qu'il appartient à la définition archéologique de leur enracinement qu'elles appellent et accueillent le transfert de modèles empruntés à des sciences ». Voilà qui met fin aux débats stériles. Mais les sciences humaines ont une qualité que ne possèdent pas forcément toutes les autres : celle de vouloir se démystifier sans arrêt. Leur remise en question perpétuelle se fait par le prisme de l'histoire et de l'inconscient, ce qui a donné lieu à l'émergence de l'ethnologie et de la psychanalyse. Mais si leur objet d'étude est cela même qui constitue la méthode de remise en question des sciences humaines, alors elles se constituent en contre-sciences : plutôt que de former un savoir sur l'homme, elles le font disparaître en remontant vers les raisons de sa constitution comme objet de savoir.

Mais ce qui est fondamental reste quand même cette découverte de l'homme, non pas résultat d'une reconnaissance de notre nature spécifique d'être humain mais comme aboutissement de processus historiques particuliers. C'est pour cette raison qu'une technologie de pouvoir s'est formée dans la continuité de ces processus historiques, faisant germer l'illusion d'une subjectivité qui serait la source de ces comportements, alors que la maîtrise de ceux-ci dépend du pouvoir qui peut s'imposer sur cette prétendue subjectivité. On comprend alors mieux pourquoi toute l'oeuvre de Foucault s'est ensuite articulée sur cette question : comment le gouvernement de soi et des autres a-t-il nécessité la production d'une vérité du sujet ?
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Enroute
  17 octobre 2016
"Les mots et les choses" entend présenter les structures sur lesquelles s'est développée toute la pensée occidentale depuis la Renaissance et dont l'aboutissement est la pensée moderne, caractérisées par la naissance des sciences humaines. Michel Foucault propose trois grandes périodes et deux bouleversements qui affectent particulièrement la manière dont le langage a été perçu.
Jusqu'à la Renaissance, le langage est inextricablement lié aux autres choses du monde. L'épisode de Babel ayant détruit la clarté du langage de la nature, l'homme essaie de le retrouver par les signes que portent les choses et dont les mots font partie. le mot et la chose se confondent, et dire, c'est convoquer la chose, d'où les magiciens et les formules magiques.
Au XVIIème siècle, Descartes introduit la notion de hiérarchie entre les choses par la rationalité tandis que Cervantes montre que les mots ne sont que des objets vides s'ils ne sont pas mis en rapport avec ce qu'ils représentent : Don Quichotte confond le mot et la chose, mais si le mot est resté, la chose a disparu. le monde d'Amadis de Gaule peut encore se dire, mais il ne représente plus rien. Dorénavant, on cherche ce en quoi le langage représente le monde et ce goût de l'ordre abouti à la Grammaire, mais aussi à l'histoire naturelle et à l'analyse des richesses. On rêve de dire le monde d'une manière ordonnée, sous la forme d'un Discours (qui mène à l'Encyclopédie), d'un tableau du monde vivant (la taxinomie) ou de valeurs (le mercantilisme).
Mais cent cinquante ans plus tard à peine, patatras, voilà que l'on découvre que le monde ne peut être dit uniquement par le biais de la représentation, car certains phénomènes se déroulent à l'intérieur des domaines du savoir. Ainsi, les mots présentent des similitudes entre eux et entre les langues, les organes ont des fonctions qui s'adaptent à l'environnement et se développent eux-mêmes selon leurs propres schémas, et le travail a une valeur qui n'est pas fixe mais dépend de son mode d'organisation. le temps s'insinue dans le concept de l'Ordre qui se change alors, à la fin du XVIIIème siècle, en une quête de l'Histoire. Désormais, on cherche la vérité des choses en elles-mêmes, on creuse et on remonte le temps, on ne se contente plus de comparer les choses entre elles. La conséquence sur le langage est qu'il est maintenant considéré comme totalement autonome, sans lien avec ce qu'il représente. C'est la naissance de la philologie et de la littérature, tandis que la biologie remplace l'histoire naturelle et l'économie politique l'analyse des richesses. Mais tandis que la biologie s'unifie sous le concept de la vie et l'économie sous celui de la production, le langage, lui, se disperse en d'innombrables langues et de représentations du monde.De plus, dans cette épistémè moderne, la source de toute connaissance est maintenant l'homme. C'est aussi un objet de savoir : puisqu'il dit le monde et qu'il s'y trouve, il est à la fois objet et producteur de savoir : quelle est sa place, quelles sont ses limites à comprendre le monde, comment se le représente-t-il ? Voilà que naissent les sciences humaines.
Nous sommes encore aujourd'hui dans ce monde moderne et nous tournons en rond. Car tant que la place de l'homme reste incertaine, les sciences humaines, qui ne sont ni illusions, ni sciences, mais représentation du savoir différente des sciences, le restent aussi, et l'instabilité règne. Pour dépasser nos achoppements, il faudrait que nous trouvions un moyen de dépasser la conception de l'homme comme caractérisé par cette ambivalence. Nietzsche avait pensé la mort de l'homme et l'invention du surhomme. Au sujet du langage, c'est peut-être la linguistique qui remplacerait la philologie. Quoi qu'il en soit, l'homme n'est pas immortel et il suffirait d'un autre mouvement de la pensée pour que, comme l'histoire naturelle et l'analyse des richesses, les sciences humaines disparaissent à leur tour et, avec elle, la notion de l'homme.
On ressort bien évidemment très enrichi de cette lecture épistémologique et on songe que la rédaction du texte remonte à cinquante ans, ce qui donne à notre épistémè moderne environ deux siècles, ou cinquante ans de plus que l'âge classique tel que le décrit Michel Foucault... Peut-être cet âge à venir qu'il prévoyait se met-il en place ? On note que la génétique a remplacé la biologie et que l'on évoque l'intelligence artificielle... on note encore que nos sociétés de services ont certainement dû (mais je ne voudrais pas trop m'avancer....) modifier une conception de l'économie basée sur la production et le travail (revenu universel ?). du côté de la linguistique, je ne sais pas, si quelqu'un a une idée. Foucault n'est plus là pour nous dire ce qui se passe, mais d'autres peut-être y songent-ils ?...
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candlemas
  12 août 2017
Citation de Roger-Pol Droit in "7 philosophes qui ont fait le XXème siècle ":
Avec Les Mots et les Choses, en 1965, Foucault fait émerger de l'ombre et de l'oubli la fracture dans l'espace du savoir qui a fait naître les sciences humaines telles que le XIXème siècle les développe. Chemin faisant, il souligne combien la figure de l'homme, conçue comme principe central d'explication, est historique, donc temporaire, en train de s'estomper peut-être déjà.
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Fx1
  16 juillet 2014
Réussir à comprendre Foucault reléve de la gageure . Dans son texte , il aborde un nombre tellement important de thématiques diverses , en n'ayant de cesse de creuser celles çi jusqu'au plus profond , qu'il est effectivement impossible de tout comprendre . Il définit avec une précision d'orfévre l'importance des mots , allant jusqu'a leur conférer comme une sorte d'aura à laquelle il est le seul à comprendre quelque chose . Heureux sont ceux qui parviennent a comprendre ce texte colossal , qui s'impose comme une pierre fondamentale de la philosophie contemporaine . Cette oeuvre , il faut toute une vie pour en mesurer la puissance.
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hupomnemata
  04 janvier 2011
Les mots et les choses est le prélude à "l'archéologie du savoir" dans lequel Michel Foucault définit ce qu'est un discours. Dans les mots et les choses, il ne définit pas, il montre en décrivant dans leurs formes comment les savoirs se constituent. Ce qui permet de voir plusieurs choses: l'histoire des savoirs n'est pas une histoire du progrès ou un cheminement vers la vérité, il y a des motifs communs aux différentes disciplines, des motifs qui traversent toutes les disciplines.
On pourrait dire beaucoup d'autre choses sur le propos de ce livre, j'ajouterais pour ma part qu'en plus d'être pertinent et exigent il est bien écrit. A mettre dans la liste, et en bonne place, des livres de philosophie qui ont à la fois de l'exigence et une belle forme.
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Citations & extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   16 octobre 2017
[Dans cette étude] il ne sera donc pas question de connaissances décrites dans leur progrès vers une objectivité dans laquelle notre science d’aujourd’hui pourrait enfin se reconnaître ; ce qu’on voudrait mettre au jour, c’est le champ épistémologique, l’épistémè ou les connaissances, envisagées hors de tout critère se référant à leur valeur rationnelle ou à leurs formes objectives, enfoncent leur positivité et manifestent ainsi une histoire qui n’est pas celle de leur perfection croissance, mais plutôt celle de leurs conditions de possibilité ; en ce récit, ce qui doit apparaître, ce sont, dans l’espace du savoir, les configurations qui ont donné lieu aux formes diverses de la connaissance empirique. Plutôt que d’une histoire au sens traditionnel du mot, il s’agit d’une « archéologie ».

[Préface]
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colimassoncolimasson   14 octobre 2017
rien de plus tâtonnant, rien de plus empirique (au moins en apparence) que l’instauration d’un ordre parmi les choses […].

[Préface]
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ElGatoMaloElGatoMalo   06 novembre 2012
Le peintre est légèrement en retrait du tableau. Il jette un coup d’œil sur le modèle; peut-être s’agit-il d’ajouter une dernière touche, mais il se peut aussi que le premier trait encore n’ait pas été posé. Le bras qui tient le pinceau est replié sur la gauche, dans la direction de la palette; il est, pour un instant, immobile entre la toile et les couleurs. Cette main habile est suspendue au regard; et le regard, en retour, repose sur le geste arrêté. Entre la fine pointe du pinceau et l’acier du regard, le spectacle va libérer son volume.
Non sans un système subtil d’esquives. En prenant un peu de distance, le peintre s’est placé a côté de l’ouvrage auquel il travaille. C’est-à-dire que pour le spectateur qui actuellement le regarde, il est a droite de son tableau qui, lui, occupe toute l’extrême gauche. A ce même spectateur, le tableau tourne le dos: on ne peut en percevoir que l’envers, avec l’immense châssis qui le soutient. Le peintre, en revanche, est parfaitement visible dans toute sa stature; en tout cas, il n’est pas masqué par la haute toile qui, peut-être, va l’absorber tout à l’heure, lorsque, faisant un pas vers elle, il se remettra à son travail; sans doute vient-il, à l’instant même, d’apparaître aux yeux du spectateur, surgissant de cette sorte de grande cage virtuelle que projette vers l’ arrière la surface qu’il est en train de peindre. On peut le voir maintenant, en un instant d’arrêt, au centre neutre de cette oscillation. Sa taille sombre, son visage clair sont mitoyens du visible et de l’invisible : sortant de cette toile qui nous échappe, il émerge à nos yeux; mais lorsque bientôt il fera un pas vers la droite, en se dérobant a nos regards, il se trouvera place juste en face de la toile qu’il est en train de peindre; il entrera dans cette région ou son tableau, négligé un instant, va, pour lui, redevenir visible sans ombre ni réticence. Comme si le peintre ne pouvait a la fois être vu sur le tableau ou il est représente et voir celui où il s’emploie à représenter quelque chose. Il règne au seuil de ces deux visibilités incompatibles.
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enkidu_enkidu_   09 juillet 2016
Toute l’épistémè moderne – celle qui s’est formée vers la fin du XVIIIe siècle et sert encore de sol positif à notre savoir, celle qui a constitué le mode d’être singulier de l’homme et la possibilité de le connaître empiriquement – toute cette épistémè était liée à la disparition du Discours et de son règne monotone, au glissement du lange du côté de l’objectivité et à sa réapparition multiple. Si ce même langage surgit maintenant avec de plus en plus d’insistance en une unité que nous devons mais que nous ne pouvons pas encore penser, n’est-ce pas le signe que toute cette configuration va maintenant basculer, et que l’homme est en train de périr à mesure que brille plus fort à notre horizon l’être du langage ? L’homme s’étant constitué quand le langage était voué à la dispersion, ne va-t-il pas être dispersé quand le langage se rassemble ? Et si cela était vrai, ne serait-ce pas une erreur – une erreur profonde – d’interpréter l’expérience actuelle comme une application des formes du langage à l’ordre de l’humain ? Ne faudrait-il pas plutôt renoncer à penser l’homme, ou, pour être plus rigoureux, penser au plus près de cette disparition de l’homme – et le sol de possibilités de toutes les sciences de l’homme – dans sa corrélation avec notre souci du langage ? Ne faut-il pas admettre que, le langage étant là de nouveau, l’homme va revenir à cette inexistence sereine où l’avait maintenu jadis l’unité impérieuse du Discours ? (p. 397)
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mathieuplmathieupl   01 décembre 2010
Ce livre a son lieu de naissance dans un texte de Borges. Dans le rire qui secoue à sa lecture toutes les familiarités de la pensée - de la nôtre: de celle qui a notre âge et notre géographie -, ébranlant toutes les surfaces ordonnées et tous les plans qui assagissent pour nous le foisonnement des êtres, faisant vaciller et inquiétant pour longtemps notre pratique millénaire du Même et de l'Autre.
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