AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet

Christophe Fourel (Directeur de publication)
EAN : 9782707156976
239 pages
La Découverte (19/02/2009)
4.12/5   8 notes
Résumé :
Philosophe autodidacte d’origine autrichienne, proche de Sartre, André Gorz est l’un des grands penseurs de la critique sociale du XXe siècle. Il a choisi de nous quitter à l’automne 2007 en compagnie de sa femme Dorine. L’acuité de sa pensée et la perspicacité de ses analyses prennent un nouveau relief aujourd’hui, tandis que l’économie mondiale est confrontée à l’une des crises les plus importantes de son histoire. Mais, pour André Gorz, l’enjeu n’est pas tant la... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique

A l'heure où l'ultra-capitalisme tremble sur ses bases en raison d'une double crise financière et écologique, où les décideurs semblent à court d'idées novatrices, où la sinistrose gagne sans cesse du terrain, cet ouvrage consacré au philosophe André Gorz tombe à pic.

Rédigé sous la direction de Christophe Fourel, président de l'Association des lecteurs d'Alternatives économiques, « André Gorz - Un penseur pour le XXIe siècle » permet d'approcher la pensée de celui qui fût un des théoriciens les plus importants de la critique sociale des cinquante dernières années et un des pionniers de l'écologie politique.

Etudiant à l'université de Lausanne pendant l'Anschluss, André Gorz obtient le diplôme d'ingénieur chimiste en 1945 à l'âge de 22 ans et entame dans la foulée un traité de philosophie.

Chef du service économique de l'hebdomadaire l'Express dans les années 60 puis cofondateur du Nouvel Observateur, André Gorz est aussi à la même époque directeur politique de la revue de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir « Les Temps modernes ». La pensée sartrienne et les thèses marxistes auront une influence considérable sur le parcours de cet autodidacte.

Proche de la CFDT, il s'intéresse aux mouvements syndicaux européens et suit de près les expériences révolutionnaires d'inspiration socialiste, en Amérique latine notamment.

Il popularise en France dans les années 70 la pensée d'Ivan Illich sur l'écologie politique et place au coeur de sa réflexion la question de l'autonomie de l'individu quant à son libre épanouissement.

André Gorz quitte l'ensemble de ses fonctions publiques au début des années 80 pour se consacrer à son épouse atteinte d'une maladie évolutive.

Il continue cependant à écrire des livres en rapport avec le monde du travail, redéfinissant notamment la place du prolétariat dans l'histoire, élaborant des idées novatrices comme le passage du travail contraint au travail choisi, comme le développement des services à la personne ou encore l'instauration d'un revenu d'existence suffisant pour favoriser à la fois le travail autonome et la production alternative intégrant l'idée de rejet de la surconsommation.

Ses dernières études ont trait à la finitude du capitalisme qu'il considère inévitable à plus ou moins brève échéance, s'interrogeant seulement sur la forme qu'elle prendra : civilisée ou barbare.

Des personnalités de tous horizons ont participé à la rédaction des dix premiers chapitres qui représentent environ les trois quarts du livre. Ils ont côtoyé André Gorz à différents moments de sa vie publique et leurs témoignages apportent un éclairage passionnant sur le penseur humaniste qui mettait constamment au coeur de sa réflexion l'interrogation suivante : « Que désirons-nous faire dans et de notre vie ? »

La dernière partie du livre rassemble des écrits divers d'André Gorz dont une lettre posthume de toute beauté au camarade Che Guevara.

Pas le moins du monde rébarbatif mais au contraire vivant et débordant d'humanité, « André Gorz - Un penseur pour le XXIe siècle » s'adresse à un large public pas forcément féru de philosophie ou d'économie. Cet ouvrage retrace les combats d'un agitateur d'idées qui ont, ces dernières décennies, largement dépassé les frontières et dont le siècle qui commence s'inspirera très certainement.

André Gorz a fait le choix philosophique de quitter ce monde en septembre 2007, main dans la main avec sa compagne Dorine.

L'amour au centre des préoccupations sociétales, pensé comme question politique, est très prégnant dans l'oeuvre d'André Gorz. L'amour de l'Autre sans lequel rien n'est possible, sans lequel toute tentative de transformation sociale reste déshumanisée.

Sur un plan personnel il avait besoin de Dorine pour écrire, l'amour pour sa compagne lui servait constamment de corde de rappel et d'inspiration.

Leur choix de partir ensemble, il l'avait exprimé avec noblesse quelques mois plutôt : « Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l'autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble. »

Commenter  J’apprécie          430

Cet ouvrage publié un an après la disparition d'André Gorz aurait pu être une hagiographie ou une plate anthologie. Il a le mérite non seulement d'avoir évité ces deux défauts, mais surtout de mettre en perspective les aspects multiples de la pensée du philosophe : une pensée politique dont son autodidactisme et son indépendance de toute « chapelle » a permis d'évoluer, notamment au sujet du revenu universel mais aussi des interprétations sartrienne et althussérienne du marxisme français.

Christophe Fourel, directeur de la publication, signe les deux premiers articles du livre : « L'actualité d'André Gorz » et « Itinéraire d'un penseur », indispensables rappels de l'oeuvre et de certaines importantes données biographiques. Suivent, sur les aspects les plus significatifs de cette oeuvre magistrale et inspirante, des contributions de spécialistes qui ont aussi entretenu des rapports personnels avec Gorz : ainsi, certains chapitres insistent davantage sur les précurseurs de ses apports, d'autres sur la fortune de ceux-ci, d'autres enfin sur leur propre positionnement par rapport aux idées du philosophe. Cela donne un caractère plus vivant à cette pensée et souligne, comme l'indique le titre, sa modernité qui, à tant d'égards, frappe pour son côté anticipateur, voire prophétique : en particulier sur la sortie du capitalisme - « barbare » ou « civilisée » selon un choix qui reste à faire et ne relève pas du « matérialisme historique » - et sur les problématiques de l'écologie politique et de la sociologie du travail, affrontée bien avant la révolution du numérique.

Patrick Viveret, en réinterprétant le testament spirituel de Gorz précédant son fameux suicide de couple, Lettre à D. Histoire d'un amour, nous invite à « […] penser les enjeux émotionnels de la transformation sociale » ;

Jean Zin signe : « André Gorz, pionnier de l'écologie politique » ;

Carlo Vercellone : « L'analyse gorzienne de l'évolution du capitalisme » ;

la grande Dominique Méda, et Denis Clerc s'intéressent à la critique gorzienne du travail, qui diffère de la leur tout en parvenant aux mêmes conclusions ;

Marie-Louise Duboin-Mon, en s'occupant de « l'économie distributive », m'a appris la dette que Gorz avait sur ce thème vis-à-vis de Jacques Duboin (1878-1976), penseur fort intéressant que j'ignorais complètement ;

Jean-Baptiste de Foucauld met en relation le thème du « temps choisi » avec Jacques Delors et le club « Échange et Projets » qui eut un grand impact dans le débat français sur la « loi des 35 heures » ;

Philippe van Parijs parle de ses échanges avec Gorz sur le thème de « l'allocation universelle ».

S'ensuivent trois textes inédits du philosophe : un entretien très intéressant sur l'aliénation, qui constitue peut-être le fil rouge de toute son oeuvre, un texte de jeunesse sur Kafka et un dernier, qui fait opportunément office de conclusion, intitulé « Nous sommes moins vieux qu'il y a vingt ans ».

Commenter  J’apprécie          20

Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation

Nous vieillissons parce que les renoncements nous sont de moins en moins possibles. Notre passé devient toujours plus la préfiguration de notre avenir.

Commenter  J’apprécie          320

Le capital semble avoir approché au plus près son rêve : celui de faire de l’argent avec de l’argent, sans passer par le travail.

Commenter  J’apprécie          290

« Éliminer l'aliénation, c'est créer des situations où chacun pourrait reconnaître les résultats de sa collaboration sociale et son travail même comme effectués et voulus par lui. Donc, autodétermination de la collaboration dans ses objectifs, ses résultats et son déroulement. L'économie de marché de même que la planification économique autoritaire procèdent à l'inverse : les individus et leur mode de collaboration sont hétérodéterminés par avance selon les exigences de la production, du profit, du capital ; les résultats et le processus de leur collaboration sont a priori aliénés, incontrôlables. Cela va si loin que la production de marchandises n'est plus fonction des besoins humains, mais que les besoins sont adaptés à la marchandise qui, en tant que sujet apparent, exige d'être achetée et subordonne les besoins. » (p. 191)

Commenter  J’apprécie          10

En ce qui concerne la crise économique mondiale, nous sommes au début d’un processus long qui durera encore des décennies. Le pire est encore devant nous, c’est-à-dire l’effondrement financier de grandes banques, et vraisemblablement aussi d’États. Ces effondrements, ou les moyens mis en œuvre pour les éviter, ne feront qu’approfondir la crise des sociétés et des valeurs encore dominantes.

Pour éviter tout malentendu : je ne souhaite pas l’aggravation de la crise et l’effondrement financier pour améliorer les chances d’une mutation de la société, au contraire: c’est parce que les choses ne peuvent pas continuer comme ça et que nous allons vers de rudes épreuves qu’il nous faut réfléchir sérieusement à des alternatives radicales à ce qui existe.

Commenter  J’apprécie          10

« Et cette aliénation-là n'est pas le seul fait du capitalisme. La fétichisation peut prendre d'autres formes que la marchandisation. Ce peut être la fétichisation du pouvoir comme dans le dérapage totalitaire de révolutions, ou la fétichisation du sens comme dans ce qu'un sage a nommé de façon suggestive le "matérialisme religieux", tentative de chosification et de captation du mystère de l'univers au profit d'une caste sacerdotale. Dans tous les cas, il s'agit de mettre en place un formidable appareil compensatoire pour faire supporter malgré tout le renoncement au bonheur. Le renoncement à l'art de "vivre à la bonne heure", à cette qualité de présence à autrui, à soi, à l'univers est en effet au cœur de cette aliénation. » (p. 53)

Commenter  J’apprécie          10

autres livres classés : écologie politiqueVoir plus
Notre sélection Non-fiction Voir plus