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Critique de clairemarquez75


Detroit pourrit sur place. Une chappe de plomb écrase les ruelles infestées par les gangs. Impossible de passer outre, quand on grandit dans une ville qui a depuis longtemps rendu sa médaille de fleuron de l'industrie. Impossible d'échapper à sa destinée de dealer, camé, ou chef de bande, selon vos ambitions. Seule alternative, s'inscrire dans le camp opposé, celui de la Loi, et faire régner l'ordre. Mais à Détroit, cette mission revient à attraper tout un écosystème gangrené, et l'enfermer dans un sac épais, en espérant que les plus vertueux des pourris éliminent les autres.


Et puis parfois, la vie s'acharne à faire pousser au travers d'une faille de toute cette noirceur une pousse opiniâtre, une vision optimiste, envers et contre tout, contre tous, que la roue peut tourner dans le bon sens, pourvu que l'on sache s'y prendre. Samuel vous attrape par le coeur et ne vous lâchera à aucun moment de cette histoire. Samuel, cet enfant né du mauvais côté de la chance, au destin engagé dans un mauvais pli, dans une boîte de chocolats où tous les parfums ont le goût du poison. Son journal intime nous livre les clés de cette personnalité simple et généreuse, que le lecteur adopte rapidement comme un petit frère à protéger. A protéger des horreurs déjà vécues, au 9339 Elsa Street, et à celles que DeAndre s'obstine à lui faire eviter dans l'avenir.

DeAndre, encore un personnage qui ne me lâchera plus jamais, je le sais. Ce môme ayant grandit trop vite, probablement pour s'élever au-dessus de toute cette fange. Ce gamin qui en prend un autre sous son aile, parce quil a appris à s'envoler avant le plus petit. Mais ce n'est pas le rôle des enfants, que d'en sauver d'autres. 

JQ, alias Julius Quentin, le flic solitaire de l'histoire, ne dérogera pas à la règle, et crée rapidement un lien filial avec DeAndre. Une association anti-malfaiteurs à haut risques. JQ joue un jeu dangereux en prenant le rôle du marionnettiste, les fils reliés à de la dynamite pure. 


Et en toile de fond, l'écho du ballon de basket qui se propulse du sol ; les crissements des chaussures sur le parquet des salles americaines ; les éclats de voix des spectateurs devant le petit écran et les exploits des grands noms de la NBA en ce debut d'années 1990, à commencer par l'inégalable Michael Jordan ; et le parfum des terrains à ciel ouvert, entre gazoil et plastique abîmé.


Ce roman est terriblement noir, mais pas seulement. Il dépeint avec une réalité stupéfiante, une Amérique entière, engagée dans un instinct de survie parmi la violence. J'avais déja été subjuguée par la force de l'écriture de David Fournier avec Plus rien à perdre, je suis dévastée par 9339 Elsa Street, et cette couverture qui me glace dorénavant. Tous les codes des romans noirs sont maîtrisés avec art, et j'ai retrouvé ce qui me fascine chez RJ Ellory (impossible de ne pas penser aux Anges de New York et à ces flics blasés et combattifs à la fois) et chez Jérémy Bouquin. Les êtres sont obscurs, consistants et à fuire absolument. Je ne peux pour ma part m'en détacher.
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