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Critique de Aela


Aela
  17 avril 2019
L'archipel, en géographie, est un ensemble d'îles relativement proches les unes des autres. A l'image de cette donnée géographique, Jérôme Fouquet, directeur du département Opinion à l'IFOP, dresse le portrait d'une société française morcelée, divisée, composée de différents groupes qui se côtoient mais ne partagent pas forcément le même mode de vie ou la même vision du monde.

Certes dans le passé on avait des différenciations au sein de la société: ainsi on pouvait parler des langues régionales, on connaissait un clivage population citadine/ population rurale mais il y avait une matrice commune, un référentiel commun catho-laïque. Cette matrice tend à s'effilocher, processus qui s'accélère depuis plusieurs années.

On entre ainsi selon l'auteur dans une dynamique de fragmentation, qui se manifeste par exemple par le nombre croissant de prénoms "identitaires" donnés aux nouveau-nés.
Parallélement à ceci, un "basculement civilisationnel" semble s'opérer, qui se manifeste par exemple par un nouveau rapport au corps (exemple: l'essor de la pratique du tatouage, la "vogue" de l'incinération ..) un nouveau rapport à l'animal (volonté de donner des droits aux animaux...)

Explosion des réflexes communautaires, individualisme marqué, manque de référence à la nation.. voilà des marques importantes observées avec un virage qui date selon l'auteur, de 2005, moment où le vote sur la constitution européenne a vu le "non" l'emporter.

L'analyse de l'auteur porte beaucoup sur la "sécession des élites", très mal ressentie par la "base".
Les diplômés de l'enseignement supérieur peuvent ainsi "vivre entre eux", marquant un monde divisé, selon les propos récents de Boris Cyrulnik, entre "ceux qui lisent et ceux qui ne lisent pas."

Fin du brassage social qu'on pouvait avoir avec les colonies de vacances d'antan, fin du service militaire, expatriation des élites..tout cela concourt à créer du ressentiment dans les catégories populaires qui réagissent en créant leur propre culture.

Au niveau régional, de grandes disparités de vote, comme le montrent les différentes cartes électorales déployées dans le livre: il s'avère que le quart nord-est du pays semble être entré, depuis 2005, en "dissidence idéologique" selon les propres terme de l'auteur, ce qui se manifeste aux différentes élections par le poids important des partis extrémistes dans ces régions, à rapprocher avec les difficultés économiques rencontrées par ces régions en reconversion..)

Le clivage Gauche/ Droite semble dépassé et on irait plutôt selon Jérôme Fourquet, vers un clivage "gagnants ouverts à la mondialisation"/ "perdants fermés à la mondialisation et aux transformations".
Tout cela dans un contexte de développement de réflexes de repli chez certaines communautés qui se sentent à l'écart des progrès sociaux.
Des communautés religieuses qui se mélangent de moins en moins et qui peuvent se cristalliser sur des points "traditionnels" (rôle de la femme..éducation...)

Dans ce contexte, beaucoup de Français ne se reconnaissent plus dans les choix définis par une élite de plus en plus "internationalisée", d'où l'essor de certains mouvements comme celui des gilets jaunes.

La France, une nation multiple et divisée? C'est la question qui se pose à la fin de la lecture de ce passionnant ouvrage.

L'exposé est très pédagogique, et illustré par de nombreuses cartes, tableaux et graphiques originaux réalisés par Sylvain Manternach.
La démarche d'ensemble est fondée sur la combinaison originale de différents outils (sondages, analyse des prénoms, géographie électorale…), visant à restituer de façon vivante les enseignements spectaculaires de cette exploration inédite de la société française.
Un très bon ouvrage de référence...
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