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ISBN : 2916952721
Éditeur : Le Passager Clandestin (08/03/2012)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Ce livre réunit des textes de Geneviève Fraisse parus dans la presse (L’Humanité, Libé, Politis, Le Monde, Regards, Le Nouvel Obs…), ou dans des revues (Vacarme, Réfractions, Cahiers du genre, Mouvements, Revue de l’OFCE, Non fiction...) depuis trente-cinq ans. Il est une sorte de double-témoin : de la pratique et de la théorie ainsi que de leurs rencontres répétées, mais aussi de ce que, à tous les étages de la question féministe, la pensée est convoquée. Au début ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
de
  09 avril 2012
« Les plus extravagants assurent que mes ouvrages ne m'appartiennent pas, qu'il y a trop d'énergie et de connaissance des lois dans mes écrits pour qu'ils soient le travail d'une femme » Olympe de Gouges (citation de l'auteure)
Je ne saurait faire une analyse détaillée de l'ensemble de ces textes « au long court », articles et entretiens publiés entre 1975 et 2011. Mais à travers quelques réflexions et citations de l'auteure, inciter à (re)lire et poursuivre les débats autours des élaborations féministes.
Geneviève Fraisse propose trois conditions devenues nécessaires pour poursuivre l'investigation du « comment ça pense » : « la matérialité des discours, la dualité des sexes et la politique féministe ». Et l'auteure d'ajouter « ”Ça pense” est une affirmation polémique au regard de la méfiance renouvelée à l'encontre d'un féminisme réduit à l'hystérie ou à l'activisme »
L'ouvrage est découpé en quatre parties :
La rue et la bibliothèque (1976-1984)
L'historicité des sexes (1984-1997)
Intellectuelle spécifique (1997-2004)
Critiques et synthèses (2004-2011).
Dans le premier texte choisi de 1976, Geneviève Fraisse écrit « Les femmes se retrouvent souvent dans un paragraphe ou dans un chapitre : or, nous, nous voulons un livre, non plus pour souligner nos rôles ou nos vies, mais parce que l'histoire des femmes, ce n'est pas compléter un savoir mais le mettre en cause. ». Près de quarante ans après, la proposition reste d'actualité. En ce début de XXIème, combien de livres, en sciences dites sociales, où les femmes n'apparaissent pas, sont donc rendues invisibles, sont neutralisées « Personne ne l'ignore mais le neutre (masculin), censé les représenter, n'est malheureusement pas crédible », ou mesquinement traitées dans un petit paragraphe ? Surdité, avez-vous dit ?
J'ai particulièrement été intéressé par les analyses de l'auteur autour de l'histoire, de l'historicité, à commencer par « on ne se réapproprie rien tant qu'on vit encore l'incertitude du mouvement aujourd'hui » et le rappel de 1848 « On a bien assisté à une explosion du féminisme en pleine révolution de 1848 ! » (Voir l'indispensable ouvrage de Maurizio Gribaudi et Michèle Riot-Sarcey : 1848 la révolution oubliée (Réédition La Découverte poche, Paris 2009)
Plus généralement l'auteure explicite sa démarche sur cette dimension. « Entre ce vide conceptuel de la philosophie (qui n'est pas, bien entendu, une absence de pensée), l'anhistoricité des représentations traditionnelles du sexe et de la sexualité, et la promesse de l'histoire contemporaine, j'imaginais, puis j'affirmais que l'hypothèse de l'historicité ouvrait une perspective nouvelle ; et ce doublement : en rendant possible une lecture des philosophes et de leur traitement de la question des sexes ; en déjouant la facticité, l'empiricité infrathéorique qui fait qu'aujourd'hui encore toutes les recherches sur les femmes n'ont pas modifié l'a priori (le préjugé) contre la conceptualisation de la différence sexuelle ». Oui l'histoire est sexuée et « le travail de construction de l'aporie passe par la reconnaissance du conflit ».
Je souligne aussi les pages autour de la soit disant nature, sur la différence entre gouverner et représenter, la double morale, les rapports entre égalité « L'égalité n'existe pas sans preuves tangibles et concrètes » et liberté « il faut penser la liberté en plus de l'égalité », la parité « La parité est vrai en pratique et fausse en théorie », le consentement « Question : que ceux qui connaissent la frontière entre liberté et contrainte, entre liberté intime et liberté sociale, me l'expliquent », la domination masculine « Si l'on veut vraiment mettre en cause la domination masculine, il faut la traiter comme un continuum, comme un système qui ne fonctionne que parce que c'est un puzzle dont on ne connaît pas le dessin et dont les morceaux sont épars », l'universel et la question des sexes « En fait, il faut penser l'universel avec la question des sexes. Les sexes ne sont pas un obstacle, c'est ce avec quoi on peut penser ; ce n'est pas une question contingente, anecdotique, juste bonne pour les sciences physiques et la psychanalyse. J'ai envie de dire : ne faites pas comme s'il n'y avait rien à voir. »
Je reprends un exemple de l'auteur pour montrer les implications des choix de vocabulaire « Mieux vaux dire ”famille monoparentale” que ”mère célibataire”, mais avec la conséquence, inéluctable, qu'on perd de vue la proportion, massive, de femmes concernées. C'est comme un tour de passe-passe où le catégoriel stigmatise et où le général masque le problème »
L'apport est considérable « je dois pouvoir a posteriori avoir déplacé quelque chose chez le lecteur et l'auditeur ». Et, personnellement, c'est sur des points où mes divergences avec l'auteure sont les plus importants, que j'ai trouvé matière à réflexion, à reformulation, à élargissement des compréhensions. « La fabrique du féminisme, affirmer ”ça pense”, implique autant les sujets, individuels et collectifs, que les lieux, les espaces, les situations ».
Une mise en perspective très utile. « Il ne suffit pas de prendre le recto d'une page pour faire disparaître son verso », sans oublier que « L'égalité, cela s'impose par des rapports de forces, par des voies, par des issues à des conflits, etc. mais de toute façon cela s'impose ».
Pour terminer, cette affiche du Planning familial de Marseille, citée par Geneviève Fraisse, « où un homme disait : ”Ah, j'aimerais partir dans un pays où je ne vais jamais” et la femme lui répondait : ”Viens donc dans la cuisine !” »
En complément, je propose le beau texte, le « sans conclure » de l'auteure au le féminisme à l'épreuve des mutations géopolitiques(Sousla direction de Françoise Picq et Martine Storti, Editions iXe, 2012)
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Jeannepe
  27 décembre 2016
La Fabrique du féminisme est un recueil d'entretiens et de textes écrits par Gisèle Fraisse pendant les quatre dernières décennies. Philosophe et historienne impliquée dans la vie politique, elle mêle ses recherches et son expérience pratique. le champ de ses interrogations est assez large, avec tout de même des thèmes récurrents, tels les questions linguistiques de féminisation des noms de métier et d'utilisation du terme « genre », la notion de service, la disparition d'enjeux essentiellement féminins derrière l'emploi d'expressions neutres, la parité versus l'égalité, le rôle de l'Union Européenne, l'approche nécessairement transversale – de son point de vue – du féminisme…
Cette récurrence permet certes une plus grande familiarisation avec ces sujets parfois sensibles et pointus, mais apporte dans le même temps une répétition un peu trop répétitivement répétitive. Il est normal qu'une auteure rédige plusieurs articles sur un même sujet, mais est-il alors nécessaire de tous les publier dans le même recueil ?
Outre ceci l'organisation chronologique des papiers permet de bien appréhender ces sujets dans une approche historique, qui situe les enjeux des différentes périodes – courtes, puisque l'on parle d'une quarantaine d'années, mais entre 1970 et 2010 les revendications et interrogations féministes ont beaucoup évolué.
À l'évidence, l'auteure manie bien mieux que moi les concepts, et je ne saisis sûrement pas toutes les nuances de son propos. Mais j'en ai assez compris pour être à peu près sûre que je ne suis pas en totale symbiose avec son approche de la question féminine et féministe. Reste que cette lecture a été instructive et se présente essentiellement comme un témoignage – ou du moins, j'ai choisi de l'aborder de cette manière pour y trouver un vrai sens.
Lien : https://auxlivresdemesruches..
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de
  09 avril 2012
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
dede   09 avril 2012
Entre ce vide conceptuel de la philosophie (qui n’est pas, bien entendu, une absence de pensée), l’anhistoricité des représentations traditionnelles du sexe et de la sexualité, et la promesse de l’histoire contemporaine, j’imaginais, puis j’affirmais que l’hypothèse de l’historicité ouvrait une perspective nouvelle ; et ce doublement : en rendant possible une lecture des philosophes et de leur traitement de la question des sexes ; en déjouant la facticité, l’empiricité infrathéorique qui fait qu’aujourd’hui encore toutes les recherches sur les femmes n’ont pas modifié l’a priori (le préjugé) contre la conceptualisation de la différence sexuell
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JeannepeJeannepe   27 décembre 2016
J’aimerais poursuivre ce travail sur le jeu, les jeux entre citoyenneté, représentation et gouvernement et le partage inégal entre les sexes qui s’y fait. J’aimerais, d’autant que l’ordre du jour des élections européennes, mais aussi et surtout de l’action féministe, a fait de la parité hommes/femmes dans la représentation politique le centre d’un débat. Ce débat est subversif, son impact politique, fondamental ; mais il laisse ouverte la question du sens. Que signifie, en terme de théorie politique, la parité ? Est-ce un idéal, au même titre que la justice ou la liberté ? Et que voudrait dire, dans une construction politique, le partage du pouvoir entre hommes et femmes fondé sur une réalité anthropologique, la dualité sexuelle du monde ? Pour ma part, j’y vois un problème philosophique. D’où le condensé d’une formule, pour dire mon embarras, empruntée à Kant mais inversée ; la parité est une idée, une théorie, « pratiquement vraie mais théoriquement fausse ». Impossible à fonder en théorie mais terriblement efficace en pratique. Non pas un idéal mais une arme dans un combat essentiel. L’idée a traversé, voire secoué l’agir des partis politiques. Que l’égalité des sexes y gagne quelque chose, c’est bien l’objectif ; que la vie politique masculine française en soit transformée, on peut en douter ; ou même en rire : les femmes furent et restent un objet d’échange, plus, une monnaie d’échange dans toute société. Ou bien encore un symptôme, celui de la crise de la représentation politique. Que personne ne s’y trompe, surtout si on veut à la fois penser et agir l’égalité des sexes.
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dede   09 avril 2012
Mieux vaux dire ”famille monoparentale” que ”mère célibataire”, mais avec la conséquence, inéluctable, qu’on perd de vue la proportion, massive, de femmes concernées. C’est comme un tour de passe-passe où le catégoriel stigmatise et où le général masque le problème
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dede   09 avril 2012
L’égalité, cela s’impose par des rapports de forces, par des voies, par des issues à des conflits, etc. mais de toute façon cela s’impose
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dede   09 avril 2012
En fait, il faut penser l’universel avec la question des sexes. Les sexes ne sont pas un obstacle, c’est ce avec quoi on peut penser ; ce n’est pas une question contingente, anecdotique, juste bonne pour les sciences physiques et la psychanalyse. J’ai envie de dire : ne faites pas comme s’il n’y avait rien à voir.
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Vidéo de Geneviève Fraisse
Les rencontres philosophiques de Monaco // Colloques 2018 La Maison de la philosophie 2018 avec : Bernard E. Harcourt : foucault et le pouvoir Catherine Chalier : Levinas et le visage Robert Maggiori : Jankélévitch et l'amour Sandra Laugier : Wittgenstein et le language Geneviève Fraisse : Beauvoir et le sexe Miguel de Beistegui : Deleuze et le désir Michel Contat : Sartre et la liberté Camille Riquier : Bergson et le temps Géraldine Muhlmann : Arendt et le mal Marlène Zarader : Heidegger et la mort Gérarld Bensussan : Derrida et l'hospitalité Sabine Prokhoris : Freud et le rêve
Musique © Clara Dufourmantelle
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