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Marie-Hélène Dumas (Traducteur)
ISBN : 2070787885
Éditeur : Joëlle Losfeld (01/02/2011)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 24 notes)
Résumé :
Ecrit en 1963, ce roman intime, jamais publié de son vivant, est précurseur et annonciateur de l’autobiographie de J. Frame, qui passa huit ans en hôpital psychiatrique après avoir été diagnostiquée schizophrène en 1945. Il met en scène Grace Cleave, une écrivaine néo-zélandaise expatriée à Londres, en vacances dans le nord de l’Angleterre, éclairant l’auteure et son oeuvre
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
nadejda
  22 mars 2011
Je n'ai pas encore lu les autres livres autobiographiques de Janet Frame (les 3 tomes de "Un ange à ma table", qui viennent d'être réédités en coffret, en même temps que paraît ce volume, «Vers l'autre été»). de celui-là, je pense qu'il faut être resté très proche intérieurement de l'enfance pour mieux en saisir la fantaisie, les images douces et terrifiantes dont il est parsemé. Sa façon de voir le monde qui l'entoure est parfois très déstabilisante, elle fait des comparaisons souvent surprenantes.
«Quand j'étais enfant
je voyais Dieu,
je voyais les anges ;
je regardais les mystères des mondes d'en haut et d'en bas.
Je croyais que tous les hommes voyaient la même chose.
J'ai fini par comprendre qu'ils ne voyaient pas...»
Je trouve ce texte soufi de Shams de Tabriz, épigramme de «Soufi, mon amour» de Elif Shafak, tout à fait en harmonie avec ce que la lecture de «Vers l'autre été» de Janet Frame traduit.

En effet Janet Frame, Grace Cleave dans le livre, écrivain néo-zélandaise exilée à Londres (elle choisit de se réincarner en un oiseau migrateur), voit le monde tout à fait différemment du commun des mortels. Elle vit dans un monde décalé, un monde de poésie pure qui lui permet des incursions, «à tire d'aile», vers ses souvenirs d'enfance en Nouvelle-Zélande.
Elle se trouve souvent en porte à faux, en équilibre instable par rapport à Anne et Philippe qui l‘ont invitée à passer un week-end chez eux, à Winchley, dans le nord de l'Angleterre. D'une maladresse touchante, elle hésite sur le comportement qu'elle doit adopter.
«...ce fut entre la deuxième et la troisième partie de son roman «en cours» que le week-end s'immisça ; il se coinça dans le gosier du texte ; rien ne pouvait plus ni sortir ni entrer, son livre risquait de devenir un «enfant confié à la garde du silence».
Elle fit donc appel à la chirurgie littéraire afin de libérer ses personnages et les propulser dans leur danse ou leur envol ; elle écrivit l'histoire du week-end.»
D'une sensibilité exacerbée, elle saisit le moindre changement dans l'attitude de son entourage, ressent profondément le plus petit malaise et a un mal fou à s'exprimer car elle sait d'expérience qu'elle restera incomprise, que les mots prononcés vont la trahir. Il n'y a que, seule à sa table d'écriture, qu'elle se sent à l'abri, libre et en confiance.
Toutefois, les maladresses auxquelles elle doit faire face en société sont examinées avec lucidité et donnent lieu, parfois, à des situations cocasses que Janet Frame nous décrit avec humour.
Sa méfiance, son hésitation à parler aux autres, vient de ce qu'il lui a été donné de vivre douloureusement, puisque que Grace répond, au début, à Philippe Thirkettle, venu l'interviewer, qui lui demande si elle ne veut pas retourner en Nouvelle-Zélande :
---- J'ai été officiellement déclarée folle en Nouvelle-Zélande. Y retourner ? On m'a conseillé pour mon salut de vendre des chapeaux.
Et l'on sait que Janet Frame, diagnostiquée à tort comme schizophrène, a été internée 
8 ans dans un hôpital psychiatrique où on lui fait subir 200 électrochocs. C'est grâce à la parution de son premier recueil de nouvelles et surtout à l'intervention d'un médecin, un peu plus attentif et lucide que les autres, qu'elle échappera de justesse à une lobotomie.
Elle voulait que «Vers l'autre été» ne paraisse qu'après sa mort, peut-être parce que ce livre la dévoilait plus que les autres, était plus dérangeant. Je pourrai comparer quand j'aurais lu les autres volumes.
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isabellelemest
  06 janvier 2013
Du récit d'un week-end dans la famille amicale d'un critique littéraire, quelque part dans le nord de l'Angleterre, où sa narratrice et alter ego est invitée, l'auteur Janet Frame jeune femme écrivain exilée à Londres après une douloureuse expérience de l'internement psychiatrique en Nouvelle-Zélande, sa terre natale, tire un récit tantôt « border line » et d'une fantasmagorie étrange, tantôt une exploration poétique de ses souvenirs d'enfance, la richesse chatoyante de son monde intérieur contrastant vivement avec ses blocages et sa timidité en société.
Un très beau livre, d'une impressionnante virtuosité et richesse littéraire, qui traduit de façon émouvante mal-être, sens aigu de sa différence, et nostalgie d'une patrie et d'une enfance ensoleillées à jamais perdues dans les frimas du Nord.
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nathalie_MarketMarcel
  12 février 2012
Le roman raconte un week-end où Grace est invitée chez un couple dans le Nord de l'Angleterre. Elle est pleine d'appréhension, fait bien attention à n'avoir que des propos de la plus plate banalité, pour ne pas se faire remarquer. Ses hôtes ne comprendraient pas si elle leur apprenait le plus simplement du monde qu'elle est devenue un oiseau migrateur… Elle vole d'un bout de la terre à l'autre, dans l'immédiateté du souvenir, la vivacité de ses pensées.
On flotte dans l'esprit de Grace, entre ses souvenirs, ses pensées et sa façon de se débrouiller dans la vie en société comme sur un chemin d'escalade où chaque mot, chaque geste est à peser soigneusement pour ne pas paraître trop bizarre ou stupide.
J'ai ressenti beaucoup d'empathie pour elle, on a tous de ces moments de vacillements, d'hésitation, des bouffées d'angoisse devant les attentes des autres, même si la reprise en main est plus ou moins difficile.
Lien : http://chezmarketmarcel.blog..
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Culturopoing
  17 juin 2011
Les éditions Joëlle Losfeld continuent le travail de publication des oeuvres de Janet Frame (1924-2004), auteure néo-zélandaise (connue des cinéphiles pour son Un ange à ma table, roman autobiographique dont est tiré le premier film de Jane Campion). D'une discrétion légendaire, Janet Frame ne fut pourtant pas une inconnue. A sa mort, elle laisse derrière elle une oeuvre considérable de nouvelles et romans - ensemble narratif qui, d'après certaines sources, ont failli lui valoir le prix Nobel.

Vers l'autre été (1963) est un livre de l'impuissance, un autel dressé au manque féminin. Dans la lignée de la Lettre de Lord Chandos, le livre s'ouvre sur un constat d'échec : l'impossibilité d'écrire, le statut douteux de cette écrivain autoproclamée face à une évanescente figure masculine d'écrivain « autoproclamé » aussi, mais sûr de lui. Si elle revendique sa légitimité en tant que créatrice, elle ne reconnaît pas moins sa difficulté à entamer le récit. C'est ainsi qu'elle se livre au lecteur, en un premier chapitre qui présente, comme dans le plus moderne des théâtres et avec une simplicité désarmante, son propos : raconter le week-end de Grace Cleave, écrivain néo-zélandaise vivant en Angleterre.
Retrouvez la suite de cette chronique sur Culturopoing !
Lien : http://www.culturopoing.com/..
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agathe10000
  09 septembre 2011
Voici un roman bien étrange!
Grace, écrivain d'origine Néo-Zélandaise est invitée chez Philipp, un journaliste habitant à Londres. Nous la suivons alors durant le trajet en train et pendant ces deux jours qui seront pour elle un calvaire.
Nous suivons ses pensées et réalisons que Grace est une jeune femme tourmentée et solitaire. La peur des autres et plus particulièrement la peur de ne pas être comprise l'effraie tellement qu'elle se plonge dans un mutisme tel qu'il la renvoit dans un monde intérieur, où elle est un oiseau migrateur parmi ses souvenirs d'enfance et de Nouvelle-Zélande... La folie n'est pas très loin et l'on se rend rapidement compte que derrière Grace se cache Janet Frame!

J'ai passé un bon moment à lire ce roman atypique, j'ai souffert avec Grace de son inaptitude à vivre avec les autres, je me suis plu à rêver éveillée avec elle et à remonter ses ouvenirs, et je recommande cet ouvrage qui peut paraître opaque au premier abord mais qui se lit bien si l'on pousse un peu!
Lien : http://leslivresdagathe.over..
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
Alice_Alice_   06 octobre 2016
Pourtant à la façon dont les gens parlaient de la guerre je savais que ce n'était pas un endroit comme San Francisco ou Honolulu mais quelque chose qui se déplaçait comme un iceberg ou un nuage ; elle était invisible, elle n'allait pas toujours dans la même direction comme une rivière ou ne gardait pas la même forme comme un train sur la voie ferrée, mais changeait continuellement, avait peut-être de nouveaux bras et de nouvelles jambes et un nouveau visage qui lui poussaient puis qu'elle perdait ou bien qui s'effaçaient ; elle enfonçait peut-être une racine dans le jardin ou la route ou dans l'eau - la mer, les rivières - et y restait, grandissait, fleurissait, puis se fanait ; emportée de-ci de-là par le vent ; pénétrait les gens, devenait les gens, les volait, leur ajoutait quelque chose, changeait la forme de leurs vies : telle était la guerre. Elle continuait éternellement tandis que les gens tentaient de lui échapper ; ils chantaient. Mets tes soucis dans ton vieux sac et Oh mon Dieu, je ne veux pas mourir, je veux rentrer chez moi.
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nadejdanadejda   22 mars 2011
Je ne veux pas habiter le monde humain sous de fausses apparences. Je suis soulagée d'avoir découvert mon identité après avoir été si longtemps dans le doute. Pourquoi les gens devraient-ils avoir peur si je me confiais à eux ? Pourtant les gens auront toujours peur et seront toujours jaloux de ceux qui ont réussi à établir leur identité ; cela les entraîne à prendre la leur en considération, à l'isoler, la dorloter, de peur qu'on ne la leur emprunte ou qu'on empiète sur elle, et dès qu'ils se mettent à la protéger ils sont bouleversés de découvrir que leur identité n'est rien, qu'elle est une chose rêvée et jamais connue ; alors commence la quête douloureuse -- que choisir -- bête ? autre être humain ? insecte ? oiseau ?
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Alice_Alice_   08 octobre 2016
- Tout ce que vous avez cuisiné était délicieux.
Grace se sentit fière d'avoir dit ça. Elle admirait le talent d'illusionniste d'Anne, car bien que les repas aient semblé se succéder sans interruption, et qu'Anne ait continuellement été en train de les préparer, allant et venant de l'évier au four à l'évier à la table, tout s'accomplissait avec une telle discrétion que si vous aviez interrompu Anne à un instant ou un autre, vous ne l'auriez jamais surprise avec dans les mains une boule de pâte ou une pomme de terre à moitié pelée. Sa manière délibérée ou involontaire de cacher la préparation et la cuisson des repas évoquait pour Grace la création d'une œuvre d'art ; pourtant il n'y avait aucun triomphalisme dans la façon dont elle les servait ensuite. Un artiste pourrait en prendre de la graine, se dit Grace. Elle sait produire et donner sans préciser - C'est mon œuvre.
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Alice_Alice_   04 octobre 2016
Elle lança son bras au-dessus du drap et appuya sur l'interrupteur blanc qui allumait la lampe de chevet ; elle rejeta les couvertures, examina sa peau. Pas de plumes. Juste une sensation de duvet et de pennes, et ce duvet et ces pennes, ainsi que d'autres manifestations de l'autre monde, pouvaient être tenus secrets ; personne d'autre n'avait besoin de l'apprendre. En un sens, découvrir sa véritable identité était un soulagement. Depuis si longtemps elle s'était sentie non humaine, et avait pourtant été incapable de s'orienter vers une espèce différente ; maintenant, la solution lui était donnée ; elle était un oiseau migrateur ; fauvette, bergeronnette, bruant jaune? coucou pie-grièche, goglu des prés, grand labbe? albatros, euplecte franciscain, barge?
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nadejdanadejda   22 mars 2011
Grace essaya de ne pas penser à son incapacité à communiquer par la parole ; elle retraça la part qu'elle avait prise ce soir-là à la conversation. Si seulement elle avait dit ceci, si seulement elle avait dit cela ! Pourquoi semblait-elle toujours s'arrêter au milieu des phrases et ne pas pouvoir continuer parce que ses mots et ses idées s'étaient enfuis ?
Elle se mit à pleurer, en silence, et bercée par ses larmes elle s'endormit.
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Vidéo de Janet Frame
Bref extrait du film de Jane Campion "Un ange à ma table" d'après L'autobiographie de Janet Frame
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