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EAN : 9782266092029
615 pages
Pocket (06/09/2000)
4.22/5   79 notes
Résumé :
C'était l'époque où Paris était la capitale du monde. Sur les trottoirs de Montmartre et de Montparnasse, entre le Bateau-Lavoir et la Closerie des Lilas, allaient les sublimes trublions qui inventaient l'art moderne et le langage du siècle : Jarry, son hibou et ses revolvers, Picasso, sympathisant anarchiste, Apollinaire, l'érotomane, Modigliani et ses femmes, Max Jacob et ses hommes, Aragon, le flambeur, Soutine, le solitaire, Man Ray, Braque, Matisse, Breton et l... >Voir plus
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« Bohèmes » de Dan Franck est le premier tome d'un formidable récit sur « les aventuriers de l'Art Moderne ».

A travers ce récit, Dan Franck nous ouvre grand les portes sur la vie de ces artistes mythiques qui ont vécu à Paris au début du XXème siècle, qu'ils soient peintres, poètes ou écrivains : Aragon, Picasso, Apollinaire, Derain, Max Jacob, R. Desnos, Eluard, Breton, Prévert, Modigliani, van Dongen et tant d'autres encore...

Dans ce 1er tome qui couvre la période de 1900 à 1930, l'auteur relate la vie de chacun d'entre eux avec minutie, brossant son portrait de manière pointilliste, tant sur le plan physique, psychologique, social (et même vestimentaire) que sur le(s) courant(s) artistique(s) dont il est proche et sur ses évolutions au cours des années. Toutes ces informations (d'évènements marquants -guerre, salons, etc.- jusqu'à la plus petite anecdote -parfois désopilante-) font qu'il est facile pour le lecteur de suivre les ‘'aventures'' de ces jeunes hommes -et femmes- bohèmes qui deviendront bientôt célèbres (On ne va pas refaire l'histoire : on sait que les hommes artistes ont réussi plus facilement à se faire (re)connaitre que les femmes.).

L'auteur nous raconte leur début difficile, souvent sans le sou, les rencontres des uns et des autres, les grandes amitiés et les grosses bagarres (au propre comme au figuré – pour une femme, pour une oeuvre, pour une théorie), les échecs et les premiers succès. Une vie de bohème, ne vivant que pour leur art, même si cela implique pour la majorité de vivre chichement, de ne pas pouvoir manger tous les jours, du moment qu'il reste des tubes de peinture, un cahier pour écrire, les amis, la liberté pour créer, penser et aimer.

Tout en racontant ces artistes, l'auteur évoque les courants picturaux de cette période, les (r)évolutions et créations de mouvements artistiques (surréalisme, dadaïsme, cubisme, etc.).

Les presque 600 pages de ce premier tome pourraient effrayer, voire rebuter, quelques curieux et amateurs d'art. Mais, non seulement Dan Franck saupoudre le récit de bon nombre d'ingrédients (amitié, amour, humour, péripéties, nouveaux personnages à foison, informations artistiques, politiques, historiques, etc.), mais en plus, avec son style jamais pompeux ni soporifique (ce qui est souvent une gageure lorsqu'il faut expliquer les divers courants artistiques), le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer, bien au contraire.

Il sait mettre le ton, la petite touche de couleur, l'énergie pour nous raconter les ‘'aventures'' de ces artistes. Ce sont des émotions, de la vie et de l'âme qui coulent dans ce roman. Et grâce à tous ces épisodes d'un grand réalisme, le lecteur se laisse totalement immerger dans cette atmosphère bohème.

En cours de lecture, il est difficile de ne pas se (re)faire la réflexion que cette période a été tout bonnement incroyable en matière de révolutions artistiques et de ‘'naissance'' d'artistes incontournables aujourd'hui. J'aurais adoré pouvoir remonter le temps et avoir la chance de les croiser près du Bateau-Lavoir ou la Ruche ou encore dans un de ces bistros de Paris (La Rotonde, le Dôme, la Coupole, qui n'étaient encore que des bistros ouvriers entremêlé d'artistes), et partager avec eux un verre de vin.

A chaque chapitre, l'auteur nous offre de nouvelles rencontres : autres artistes ou collectionneurs, politiciens, mécènes, marchands d'art, muses (Kiki de Montparnasse, Man Ray, Gertrude Stein, Hemingway, Matisse, René Char, etc.). Certains personnages sont étonnants, fantasques, d'autres plus émouvants. Il suffit de penser à Foujita, au Douanier Rousseau ou encore à Modigliani, Max Jacob ou Desnos.

C'est un vrai tourbillon d'artistes, un plaisir grandissant de croiser un tel ou un autre (tous ceux qui ont réussi si souvent à nous insuffler tant d'émotions) et de revoir ces amitiés et ces amours éternels (Modigliani et Soutine, Modigliani et Jeanne Hébuterne, Aragon et Elsa Triolet, Desnos et Youki, Suzanne Valadon et son fils Maurice Utrillo, Apollinaire et Lou…).

On sent dans sa plume d'écrivain l'amour et toute l'affection qu'il ressent pour une grande majorité de ces artistes. J'avais parfois l'impression qu'il avait lui aussi ses préférés (il faut dire que certains -malgré tout leur génie artistique- ne sont guère plaisants à côtoyer). Il ne cache pas le mauvais caractère de certains d'entre eux, les défauts et lâchetés d'autres (Picasso, Cocteau…).

L'auteur est un magnifique conteur et un artiste lui aussi… On ne peut être qu'admiratif par tout le travail en amont pour créer cette trilogie : son gigantesque travail de recherches biographiques, de lectures, pour aller dégoter les petites histoires dans la grande, sa virtuosité pour raconter les évènements aussi minutieusement qu'un travail d'orfèvre, pour user du langage, des expressions qui nous plongent instantanément dans ce Paris du début du siècle.

En nous livrant à la fois un récit sur l'histoire de l'art mais également une biographie dense et vivante de ces peintres et poètes, rentrant dans leur intimité, comme si nous étions des invités privilégiés dans l'atelier de tous ces artistes, Dan Franck nous offre un récit à la fois très enrichissant culturellement mais également d'une grande jubilation.

Tout au long du récit, Dan Franck fut donc pour moi plus qu'un guide touristique parisien, plus qu'un historien de l'art. C'était presque à un ami qui nous a fait l'immense privilège de nous présenter à toute sa bande de géniaux artistes bohèmes.

Vous l'aurez compris, le lecteur amateur d'art et de beauté ne peut que s'enthousiasmer devant ce récit superbement maitrisé. Une lecture qui donne tout aussi envie de plonger à nouveau les yeux et le coeur dans les oeuvres de ces incroyables artistes qui auront su secouer le XXème siècle…

Sa trilogie (Bohèmes, Libertad ! et Minuit) regroupée en « le temps des Bohèmes » a été adaptée en film d'animation (en 6 épisodes), passée en 2015 sur Arte, également de grande qualité. Et il me reste pour ma part à découvrir le dernier tome « Minuit »…

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Bohèmes ou comment déambuler dans le Paris artistique du début du XXème siècle. On y rencontre en toute simplicité ceux qui ne sont pas encore les monstres sacrés des musées internationaux : Picasso, Matisse, Modigliani ou encore Soutine. du Bateau-Lavoir au Lapin Agile, le lecteur est pris dans le quotidien souvent difficiles des peintres à la recherche de nouveaux modes d'expression, d'une nouvelle forme de créativité.

J'ai lu ce roman voici plus de vingt ans, lorsque j'étais étudiante. Dan Franck m'avait beaucoup plu par le réalisme de ses pages, véritables fenêtres sur le Montmartre où bouillonne un immense courant qui va révolutionner la peinture et l'art en général et essaimer dans le monde entier. 

Le volume est très dense et nécessite une lecture concentrée pour ne pas se perdre totalement, l'auteut passant allègrement d'un artiste à l'autre au gré de leurs existences fantasques - et souvent le ventre vide.

A lire absolument pour s'immiscer dans l'histoire de l'art grandeur nature.

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Bohèmes est un merveilleux voyage, un retour vers le passé.

Nous plongeons dans le Paris du début du vingtième siècle auprès d'artistes non encore connus et qui vivent dans la misère. Il y a là des peintres, des poètes, des sculpteurs, des écrivains qui sont au ras du pavé, nous y côtoyons Matisse, Marie Laurencin, Modigliani, van Dongen, Max Jacob, etc., et bien sûr Apollinaire et Picasso qui sont omniprésents dans ce livre.

Un bouquin qui se situe entre biographies et histoire de l'art, fourmille de mille, que dis-je de dix mille détails du quotidien de ces artistes. Dan Franck nous raconte ce moment extraordinaire ou naisse de nouveaux talents, de nouveaux courants ou la créativité bat son plein. L'avenir pour eux est incertain, qu'importe, ils vivent le moment présent sans penser à rien d'autres que de créer. Nous courons du "bateau-lavoir" à "la closerie des lilas" de Montparnasse à Montmartre, nous errons de bar en fumerie d'opium pour suivre les évolutions de ces artistes qui inscriront leurs noms au Panthéon de L'Art.

Un livre qui immanquablement vous renvoie vers les oeuvres de ces maitres, difficile de ne pas aller voir les tableaux dans un dico ou sur un site internet. Les sons, les couleurs, les odeurs orbitent autour de vous dans un tourbillon de mots simples et évocateurs.

Je l'avais déjà lu en septembre 2000 avec un grand enthousiasme, je le relis dix-sept ans après avec la même ferveur. Vivement 2034 !

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C'était au temps où tout Paris rêvait

C'était au temps du cinéma muet

C'était au temps où tout Paris chantait

C'était au temps où Paris parisait

Place du Tertre on voyait des artistes

C'était des hommes des portraitistes

Place du Tertre on voyait l'omnibus

Avec des femmes on dirait des Vénus

Et sur l'impériale

Le coeur dans les étoiles

Il y avait Apollinaire

Il y avait Picasso

L'un était littéraire

L'autre jouait du pinceau

Il pensait bien il peignait bien

Et on voudrait que je sois malin

C'était au temps où tout Paris rêvait

C'était au temps du cinéma muet

C'était au temps où tout Paris chantait

C'était au temps où Paris parisait

Dans les cafés de Montparnasse

Buvaient les hommes et leur angoisse

Sur les pavés passaient les omnibus

Avec des femmes des messieurs en gibus

Et sur l'impériale

Le coeur dans les étoiles

Il y avait m'sieur Paul Fort

Il y avait m'sieur Jarry

Il écrivait alors

Il écrivait aussi

Ils l'avaient donc fait tous les deux

Et on voudrait que je sois sérieux

C'était au temps où tout Paris rêvait

C'était au temps du cinéma muet

C'était au temps où tout Paris chantait

C'était au temps où Paris parisait

Sous les lampions de la place Drouot

Chantaient les hommes les femmes sans chapeau

Sous les lampions passaient les omnibus

Avec des femmes Kiki, Elsa ou Lotus

Et sur l'impériale

Le coeur dans les étoiles

Y avait André Breton

Y avait Aragon

Il revenait de la guerre

Il attendait sa cavalière

Ils étaient gais comme le canal

Et on voudrait qu'j'aie le moral

C'était au temps où tout Paris rêvait

C'était au temps du cinéma muet

C'était au temps où tout Paris chantait

C'était au temps où Paris parisait

(Un grand merci pour ce petit emprunt au grand Jacques

Un grand merci aussi à mon smartphone pour découvrir au fil de la lecture tous les tableaux dont on parle ici)

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Pour les amateurs d'Histoire vue par le petit bout de la lorgnette, voici six cents pages intégralement consacrées au renouveau culturel qui, entre les dernières années de la Belle-Epoque et la fin des années trente, émergea à Montmartre avant d'émigrer peut à peu vers Montparnasse.

Autrement dit, des dizaines et des dizaines d'anecdotes sur une faune essentiellement composée de peintres et d'écrivains. La fresque est grouillante de vérité.

Utrillo, qui peignait Montmartre d'après les cartes postales que lui rapportait sa mère, Suzanne Valadon ; Picasso, bien sûr, qui mangea de la vache enragée avant de réserver sa signature à toute une clique de snobs ; Henri Rousseau, dit "le Douanier Rousseau", maître sans prétention d'une peinture naïve qui parlera plus tard au coeur de Frida Kahlo ; Soutine, qui transgressa la foi de ses pères pour gagner le droit de peindre, Soutine, toujours affamé et qui eut un jour ce mot sublime : "Je peins mieux quand j'ai faim" ; Modigliani, lui aussi d'origine juive mais italien par son père et qu'emportera la tuberculose ... voilà pour quelques uns des peintres ici rassemblés.

Côté écrivains et poètes, il y a, bien sûr, Guillaume Apollinaire pour qui Dan Franck exprime une tendresse profonde et un peu partiale sur les bords ... (Mais on pense comme Franck quand il affirme que, sans la grippe espagnole qui assassina ce prince des Poètes, Aragon aurait eu beaucoup plus de mal à s'affirmer comme incontournable.) Cocteau ne fait que passer et Max Jacob va de l'un à l'autre en attendant de mourir à Drancy, comme le juif qu'il n'était plus. Proust vit ses derniers étouffements et Alfred Jarry se laisse dévorer par Ubu. Verlaine lui-même fait, au tout début, une petite apparition, comme pour cautionner l'époque "folle" qui se dessine.

Sans oublier Kiki de Montparnasse, le modèle le plus couru de cette époque ; Foujita, le peintre japonais ; Jeanne Hébuterne, qui se jeta par la fenêtre de l'appartement qu'elle occupait avec Modigliani après la mort de celui-ci ; Raymond Radiguet, maussade et chafouin ; Robert Desnos ; les Surréalistes, prêts à emprunter le long et ténébreux couloir du communisme ; la perplexité de Picasso lui-même devant ses "Demoiselles d'Avignon" ; les marchands d'art, le vol de la Joconde au musée du Louvre, et bien d'autres encore, êtres et objets qu'on ne peut citer tous tant ils fourmillent et réclament leur part de mémoire ...

Un document riche, joyeux et nostalgique qui vous fera passer un excellent moment en vous restituant un flamboiement culturel qui fut un peu de l'âme du XXème siècle. ;o)

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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Les artisans ne sauraient être des artistes. Pierre Soulages, un jour, m'a donné la clé de la différence : "l'artiste cherche. Il ignore le chemin qu'il empruntera pour atteindre son but. L'artisan, lui, emprunte des voies qu'il connaît pour aller vers un objet qu'il connaît également."
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Un monde sans art serait aveugle à lui-même. Il serait enfermé entre les bornes de règles simplistes. C'est pourquoi, quand ils s'installent, les totalitaristes censurent, interdisent et brûlent. Ainsi crèvent-ils le regard de la pensée, du rêve, de la mémoire et de l'expression des différences.
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'' La première qualité d'un romancier, c'est d'être un menteur".
Blaise Cendrars
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