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EAN : 9782915368024
227 pages
Ana Editions (13/05/2004)
4.67/5   3 notes
Résumé :
L’écrivain Haïtien Franketienne , est un artiste total : poète, dramaturge, peintre.
Son univers fictionnel dépasse le cadre littéraire pour nous faire découvrir un étonnant potentiel évocateur du Verbe.
Auteur mondialement reconnu, visionnaire et réaliste, il fait incontestablement partie de ces géants de la littérature, dont la puissance de suggestion s’imprime durablement dans l’imaginaire du lecteur.
Mûr à crever se présente comme une clef d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
alzaia
  28 juin 2015
Somptueux, douloureux, lyrique et poétique ... Ne passez pas à côté de ce trésor d'humanité ... Quelle chance d'avoir ouvert ce livre et fait la connaissance de Franketienne... C'est l'histoire de la chute de Raynan et Paulin... à moins que ça soit la chute de Raynan en Paulin ou de Paulin en Raynan...
"A force de vouloir dire, je ne suis devenu qu'une bouche hurlante. Je ne m'inquiète point de savoir ce que j'écris. Tout simplement j'écris. Parce qu'il le faut. Parce que j'étouffe. J'écris n'importe quoi. N'importe comment. On l'appellera comme on voudra : roman, essai, poème, autobiographie, témoignage, récit, exercice de mémoire, ou rien du tout. Moi, je ne sais même pas. Pourtant ce que j'écris ne m'est pas étranger. Personne ne parviendra à dire beaucoup plus qu'il n'aura vécu.
j'étouffe. J'écris tout ce qui me passe par la tête. L'important pour moi, c'est l'exorcisme. La libération de quelque chose. de quelqu'un. Peut-être de moi-même. La délivrance. La catharsis. J'étouffe. Je ne vois pas de soupirail. Et je force sur les parois de mon asphyxie avec le bélier des mots. Si, malgré tout, elles ne s'ouvrent pas, un passant entendra la ruée anarchique de mon langage, ou le S.O.S barbare de mon agonie. J'ai assez réfléchis (...) maintenant je frappe aux portes closes. Je piaffe. Je crie. J'appelle. Je hurle. Mes cris d'alarme réussiront-ils à émouvoir quelqu'un ? A toucher une cible sensible ? Je ne sais.
Pourtant le malheur,
la misère,
le désespoir,
la rage,
les fleuves,
les tempêtes,
le sang,
le feu,
la mer,
les cyclones,
mon pays,
les arbres,
les montagnes,
mon peuple,
les femmes,
les enfants,
les vieillards,
tous les hommes,
toutes les choses et tous les êtres me gonflent la voix, à un point que, s'il arrive que j'échoue, j'aurai été réellement seul. Effroyablement seul. Horriblement seul. (...) En attendant, je parle par la voix de Raynand, par la voix de Paulin, par la mienne propre. Raynand et Paulin ne sont qu'un seul et même personnage. Moi je suis leur voix, tantôt faible, tantôt forte, mais toujours existante. Toujours présente. La voix du tiers monde écartelé. La voix étouffée sous des ombres géantes. Raynand, fatigué, se cherche dans Paulin, image de celui-là qui lutte à transformer les répugnantes réalités. Et dans l'intervalle la voix reste audible : celle de Raynand, celle de Paulin, la mienne propre. Or, moi-même je ne sais encore rien de la vie qui m'emporte en un train de mirages et d'utopies vivaces."
voilà donc, ces premières pages pour vous donner l'envie, la chance, de faire escale dans ces bouleversantes pages.
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critiques presse (1)
Lhumanite   24 juin 2013
Des atmosphères quasi climatiques (soleil, pluie, cyclones) touchent directement les sens du lecteur en même temps qu’elles informent sur l’état d’esprit des personnages. Les dialogues ne sont pas sans rappeler ceux du théâtre tout en frôlant la poésie.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
alzaiaalzaia   28 juin 2015
Haute philosophie de la lame qui tranche. Je confie mon coeur blessé à la chirurgie savante des araignées du temps. Doigts d'horloge glissant sur la toile de l'oubli. Psychiatrie empirique. Les vents nocturnes lisent avec rudesse les sentences des arbres malades de solitudes. Lecture anarchique. Ce n'est que déluge de mots pour si peu de gestes. La source ne raconte qu'aux pierres discrètes ses aventures souterraines. Le temps s'épaissit dans l'absence obscure sous les picotements de l'impatience. Les démangeaisons de l'âme en proie au désespoir. J'attends toujours quelqu'un qui ne vient jamais, ou qui revient différemment que j'y pensais. Pourtant je bénis la course des feux imaginaires. je me lave de mes larmes. Je mets ma douleur en quarantaine. Puis, je tente de rire en marge de moi.
Fausse liberté, le verre anéantit la révolte des poissons de l'aquarium. Moi, j'enrage contre la mémoire neutre des miroirs frivoles et la cécité des parois de verre. Je dis la puissance de mes yeux sur les lacs, sur la mer, sur les fleuves et sur toutes les régions où vit un peuple de miroirs bavards.
Nous avons vécu si longtemps dans une aire enténébrée que nous ne savons plus en quoi le rêve se distingue du réel, ni la cécité du sommeil. Nos paupières sont cousues de fil invisible. Progéniture au visage sans yeux. Ne pouvant et ne voulant rien, que valons-nous vraiment ? Il faudra que vienne la lumière, telle une immense et brutale armée de bistouris.
Battre la générale ! Sonneries. Tambours. La tempête me révèle la profondeur du coeur. La complexité de la vie.
Par présomption, je m'étais pris pendant longtemps pour un dieu vivant. Beau. Terrible. Je m'étais cru volontiers une force irrésistible. Fleuve viril. Lumière féconde. Vent puissant. Vague houleuse labourant la mer. Bourradant navires, épaves et corps noyés. Je m'étais cru forêt touffue. Chaîne de montagne. Batterie d'orages. Séisme irriguant, de mon sang, les veines de la terre. Avalanche de silex éclatés. flamme brûlante. Bouche dévorante. Eclair Tranchant. Amas de nuages gonflés de pluie. Avalasse irrésistible.
Longtemps, superbe, je m'étais cru dieu magnifique à pouvoir coucher tout seul la vie. Solitude effroyable! Je n'ai connu, à la limite, que la faiblesse et la vulnérabilité du simple mortel isolé dans l'échec. J'ai appris alors l'humilité pour éviter l'humiliation. Je m'initiai douloureusement à devenir un homme parmi les homes. J'ai souffert. Je souffre encore de vire. Mais j'accepte la vie minuscule des gouttelettes d'eau et des grains de poussière, s'ils contribuent à la croissance de l'arbre. Et aujourd'hui plus que jamais, me reconnaissant brin d'herbe fragile, je vibre au moindre bruit de pas dans un sentier ténébreux. Et mêmement frêle au frisson des étoiles, je frémis comme fleur de lune au soupçon d'une voix nocturne.
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alzaiaalzaia   27 juin 2015
"Chaque jour, j'emploie le dialecte des cyclones fous. Je dis la folie des vents contraires.
Chaque soir, jutilise le patois des pluies furieuses. Je dis la furie des eaux en débordement.
Chaque nuit, je parle aux îles Caraïbes le langage des tempêtes hystériques. Je dis l'hystérie
de la mer en rut.
Dialogue des cyclones. Patois des pluies. Langage des tempêtes. Déroulement de la vie en spirale. Fondamentalement la vie est tension. Vers quelque chose. Vers quelqu'un. Vers soi-même. Vers le point de maturité où se dénouent l'ancien et le nouveau, la mort et la naissance. Et tout être se réalise en partie dans la recherche de son double. Recherche qui se confond à la limite avec l'intensité d'un besoin d'un désir et d'une quête infinie. Des chiens passent - j'ai toujours eu l'obsession des chiens errants - ils jappent après la silhouette de la femme que je poursuis. Après l'image de l'homme que je cherche. Arpès mon double. Après la rumeur des voix en fuite. Depuis tant d'années. On dirait trente siècles.
La femme est partie. Sans tambour ni trompette. Avec mon coeur désaccordé. L'homme ne m'a point tendu la main. Mon double est toujours en avance sur moi. Et les gorges déboulonnées des chiens nocturnes hurlent effroyablement avec un bruit d'accordéon brisé.
C'est alors que je deviens orage de mots crevant l'hypocrisie des nuages et la fausseté du silence. Fleuves.Tempêtes. Eclairs. Montagnes. Arbres. Lumières. Pluies. Océans sauvages. Emportez moi dans la moelle frénétique de vos articulations
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alzaiaalzaia   28 juin 2015
la source ne raconte qu'aux pierres discrètes ses aventures souterraines.
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Videos de Frankétienne (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Frankétienne
Extrait du recueil RÉCITATIF AU PAYS DES OMBRES de Rodney Saint-Éloi
Je marche. Je marche. le poème est un cheval fou, se rappeler, la barque est la route. L'horizon est dans le regard du promeneur. Découvrir une chose douce et amère: des îles, il faut se résigner à foutre la mer dehors afin de pouvoir marcher librement pour célébrer la terre, dans le récitatif qui offre aux mots et aux choses le contrepoint du chant: éloge et mystère. Surtout l'élégance. L'élégance sauve le poème comme le soleil l'été.
Poète, écrivain, essayiste, éditeur, né à Cavaillon (Haïti), il est l'auteur d'une quinzaine de livres de poésie, dont «Je suis la fille du baobab brûlé» (2015, finaliste au prix des Libraires, finaliste au Prix du Gouverneur général), «Jacques Roche, je t'écris cette lettre» (2013, finaliste au Prix du Gouverneur général). Il dirige plusieurs anthologies. Il a publié «Haïti Kenbe la!» en 2010 chez Michel Lafon (préface de Yasmina Khadra). Pour la scène, il a réalisé plusieurs spectacles dont «Les Bruits du monde», «les Cabarets Roumain», «Senghor, Césaire», «Frankétienne». Il est l'auteur de l'essai «Passion Haïti» (Septentrion, 2016). Lui a été décerné le prestigieux prix Charles-Biddle en 2012. Il a été reçu en 2015 à l'Académie des lettres du Québec. Il devient Compagnon de l'Ordre des Arts et des Lettres du Québec en mai 2019. Il dirige la maison d'édition Mémoire D encrier qu'il a fondée en 2003 à Montréal. «Les racistes n'ont jamais vu la mer», coécrit par Rodney Saint-Éloi et Yara El-Ghadban, paraîtra en octobre 2021.
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