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EAN : 9782290024829
177 pages
J'ai Lu (07/01/2013)
4.14/5   53 notes
Résumé :
Découvrez un sens à votre vie !

Viktor Frankl estime qu'une des principales causes de névrose est la perte de sens. Il défend la thèse selon laquelle l'inconscient est principalement d'essence spirituelle car "lorsqu'on trouve un sens aux événements de sa vie, la souffrance diminue et la santé mentale s'améliore". Au-delà de l'instinct de plaisir, la nature profonde de l'Homme le conduit vers la réalisation morale. C'est dans son expérience des camps ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
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Nicolas9
  21 janvier 2020
Né à Vienne en 1905, le psychiatre et philosophe Viktor Frankl a 37 ans lorsqu'il est déporté à Theresienstadt avec toute sa famille puis à Auschwitz où sa femme meurt le jour de son arrivée, mais sans qu'il ne le sache.
Sur une centaine de pages d'une grande pudeur, il raconte de manière quasi clinique les conditions de vie d'un déporté. Tout d'abord, l'anéantissement de l'état-civil des détenus : de personnes avec un nom et un passé, ils sont réduits à de simples numéros de matricule sans passé ni avenir. Seul le présent compte et il signifie travailler au-delà de ses forces pour éviter d'être considéré comme « inutile » et donc gazé.
Au camp, la nourriture est sciemment insuffisante de même que les soins médicaux. D'ailleurs, ses collègues qui sont reçus à l'infirmerie reçoivent encore moins de nourriture pour les motiver à retourner travailler...
Évidemment, beaucoup décident d'en finir en arrêtant de s'alimenter puis en se jetant contre les barbelés électrifiés. Viktor, comme des centaines d'autres se refuse au suicide. Et c'est là tout l'intérêt de ce témoignage écrit en neuf jours, quelques mois après sa libération.
En effet, lors de son arrestation en 1942, il était en train de terminer un ouvrage scientifique sur « le vide existentiel » qui accablait certains de ses patients. Il y était question de la (re) découverte du sens de la vie.
Bien que son précieux manuscrit lui ait été arraché par les SS dès son arrivée au camp, il n'a eu de cesse d'y penser durant toute sa détention avec la folle volonté de le publier s'il en sortait. Or, il observe parmi ses compagnons d'infortune (le mot est faible) que ceux qui survivent le plus longtemps ne sont pas nécessairement les plus costauds. Non, ce sont plutôt les détenus capables d'invoquer des valeurs nobles (comme la dignité) et de les vivre le plus possible au quotidien.
Il explique que « tout homme peut, même dans des circonstances particulièrement pénibles, choisir ce qu'il deviendra — moralement et spirituellement. Et de conclure : on peut garder sa dignité dans un camp de concentration. Autrement dit, on ne peut enlever à un être humain sa liberté intérieure. »
Ce qu'il découvre à Auschwitz, c'est « qu'il est également possible de poursuivre un but même si l'on n'éprouve aucun plaisir à vivre et qu'on ne peut aucunement développer sa créativité (...) Car, si l'existence à un sens, il faut qu'il y ait un sens à la souffrance. Celle-ci, comme la mort, fait partie de notre destinée. »
Pour Frankl, c'est justement « la manière dont un être humain accepte son sort et tous les tourments qu'il implique » qu'il aura l'occasion de trouver un but plus profond à sa vie. Il peut alors agir avec dignité, courage et désintéressement. »
Heureusement aimerait-on dire, il reconnaît que « seuls quelques prisonniers surent préserver leur liberté spirituelle. Mais, ces exemples suffisent à démontrer que l'être humain peut transcender un sort contraire. »
En l'occurrence, pour lui cela signifiait « transformer les expériences vécues en triomphe » : par exemple, aujourd'hui malgré le froid, la neige et l'épuisement qui m'ont accablé, je n'ai pas abdiqué en me laissant mourir derrière un arbre.
Une autre manière de contrer le désespoir était de se projeter dans une réalité parallèle : il s'imaginait parfois donnant une conférence sur la psychologie des déportés à un parterre de scientifiques bien nourris et vêtus avec classe !
A l'inverse, ses collègues qui se rappelaient le passé idéalisé finissaient toujours par déprimer encore plus, tant la comparaison avec le réel qu'ils vivaient était douloureuse. Souvent, ils finissaient par se dire que leur vie au camp n'en valait pas la peine et ils se laissaient dépérir...
C'est pourquoi, lorsqu'il décelait les symptômes avant-coureurs de la dépression chez un détenu, il essayait de lui suggérer un but quelconque : « dehors, ta famille t'attend et elle compte sur ton retour » ou « tu t'apprêtais à terminer ce magnifique projet en arrivant ici, il te faut t'accrocher pour pouvoir finir » ou « que dirait ta mère si elle te voyait te laisser aller de la sorte ? »
Et de reconnaître que « ces tâches, qui donnent un azimut à la vie, sont différentes pour chaque homme et à chaque moment. Il est donc impossible de définir le sens de l'existence d'une manière générale. » Ce qui n'empêchait pas les plus courageux de reconnaître que dans leur situation désespérée, leur unique défi consistait à accepter et endurer la souffrance quotidienne « avec fierté ».
Alors, après son retour à la civilisation en 1945, Krankl a créé un troisième courant thérapeutique autrichien appelé la logothérapie. Il s'agit d'une psychothérapie devant aider le patient à découvrir un fil rouge à sa vie. le postulat de départ est le suivant : chaque individu a une raison de vivre qui n'est révélée qu'à lui seul. S'il fait l'effort pour la cerner, il aura la possibilité de lutter pour la conquérir... ce qui lui fournira un but à atteindre !
En effet, « ce dont l'humain a besoin, c'est de se sentir appelé à accomplir quelque chose. » le rôle du logothérapeute est alors de créer « l'électrochoc » qui réveillera l'esprit de combat de son client qui lui donnera l'énergie nécessaire pour sortir de la nasse dans laquelle il s'était laissé tomber.
Car, pour Frank cela ne fait aucun doute : « l'homme ne cherche pas avant tout le plaisir ou la souffrance, mais plutôt une raison de vivre. Voilà pourquoi l'homme est prêt à souffrir s'il le faut, mais à la condition, bien sûr, que sa souffrance ait un sens. Eurêka ! et CQFD :-)
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ErnestineRadioconducteur
  31 mars 2015
C'est un ouvrage très inspirant, qui ne peut laisser indifférent par la dureté de l'expérience racontée et l'humilité de l'auteur. Ses propos résonnent énormément tant ils sont au plus prés de la réalité et du vécu de chacun. Il décrit bien ce que l'on ressent face à ce vide existentiel, à quel point c'est normal et les voies qui peuvent permettre à chacun de trouver du sens à sa vie au lieu de nous dire qu'il faut faire sans et que cela ne devrait pas nous affecter.
Je l'ai lu deux fois de suite, et ai pris beaucoup de notes.
La seule chose qui me dérange est une contradiction. L'auteur fait l'apologie de très hautes valeurs morales qui sont possibles selon lui, dans un milieu aussi extrême et indispensable à faire du sens donc à avoir une raison de vivre qui augmenterait les chances de survie, comme cela a été son cas et en même temps reconnait au début de son récit que les meilleurs d'entre eux, à cet égard n'en sont pas revenus. Alors, je pose la question. A quoi bon garder de très hautes valeurs morales quand celles-ci nous empêchent de survivre? A quoi bon survivre quand on a renié ses valeurs morales et ses scrupules.
"Généralement, seuls se maintenaient en vie les prisonniers qui, ayant passé d'un camp à un autre pendant plusieurs années, avaient abandonné tous leurs scrupules et qui pour sauver leur peau, étaient prêts à employer tous les moyens, même la force brutale, le vol, la trahison. Nous qui sommes revenus des camps par chance ou par miracle-appelez-ça comme vous voudrez-nous savons: les meilleurs d'entre nous y sont morts"
"L'Homme n'est-il que le produit de son milieu? Dans ce milieu si extrême, l'Homme peut-il encore choisir?
Ses expériences prouvent qu'il peut choisir
On pourrait citer de nombreux comportements, souvent de nature heroïque, qui démontrent que le prisonnier pouvait surmonter son indifférence et contenir sa colère"
"Ceux qui ont vécu dans les camps se souviennent de ces prisonniers qui allaient, de baraque en baraque, consoler leurs semblables, leurs offrant les derniers morceaux de pain qui leurs restaient"
"Tout homme peut, même dans des circonstances particulièrement pénibles, choisir ce qu'il deviendra moralement et spirituellement"
"C'est cette liberté spirituelle qu'on ne peut nous enlever qui donne un sens à la vie"
On pourrait croire que ces considérations sont peu réalistes et trop distanciées de la vie de tous les jours, et il est vrai que très peu de gens sont capables d'épouser de hautes valeurs morales. Seuls quelques prisonniers surent préserver leur liberté spirituelle, seule une poignée d'hommes s'élevèrent jusqu'à ces valeurs que leurs souffrances leurs permettaient d'atteindre, mais ces seuls exemples suffisent à démontrer que l'être humain peut transcender un sort contraire"
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SebastienFritsch
  24 décembre 2021
Ce texte se divise en 2 parties : les souvenirs de Frankl sur sa détention à Auschwitz et un résumé de la méthode qu'il a créée, la logothérapie.
Comme tout témoignage de rescapé de l'horreur nazie, la première moitié est bouleversante, dans tous les sens du terme : révoltante par rapport aux atrocités commise, émouvante face aux gestes et paroles d'humanité des déportés, source d'incompréhension devant l'attitude des bourreaux et d'admiration pour le courage et la force d'âme des survivants.
Évidemment cette lecture m'a ramené au livre de Primo Levi, lecture la plus marquante de toute ma vie de lecteur. Frankl entre moins dans le détail (son texte est plus court) et présente son travail avec l'oeil du médecin psychiatre. Ainsi, Levi exposait les motivations et les choix qui l'ont aidé à survivre (le principal étant de regarder chaque autre déporté comme un homme, pour s'opposer à l'objectif des nazis de les transformer en objets, en outils, numérotés comme pour faciliter l'inventaire, exploitables jusqu'à la "panne" définitive et jetables quand il ne "fonctionnent" plus). Frankl, lui, décrit plutôt en observateur extérieur les différents stades psychologiques par lesquels peuvent passer les personnes enfermées dans les camps de concentration. La sidération, la détermination pour survivre ou la résignation et la perte de toute volonté et l'abandon à la mort. Il décrit son propre vécu, les idées, réflexions, actions auxquelles il s'est accroché. Il évoque aussi les paroles qu'il a prononcées face à des désespérés. Mais le plus souvent, il parle des autres, de leur attitude, à l'entrée dans le camp, au fil des mois, au moment de la libération et durant la période du retour chez soi. Chacune de ces étapes est analysée du point de vue psychologique et permet à Frankl, en tant que médecin, de tracer les grandes lignes d'une psychologie de l'enfermement, dont il ajoute même des exemples venus d'autres types de prisonniers, retenus dans d'autres pays en guerre, dans des conditions différentes des camps de concentration.
Ce travail d'observation a permis à l'auteur de bâtir une méthode d'aide psychologique, la logothérapie, dont le moteur principal est la recherche d'un but.
S'opposant à ses prédécesseurs, Freud et Adler, dont il fut proche avant de rejeter leurs conceptions, il ne promeut pas un retour sur le passé, long, parfois douloureux, mais une projection vers l'avenir. Il parle d'intention, qui peut être réfléchie et constructive ou au contraire excessive et contreproductive, dans le sens où le fait de s'accrocher à un objectif jusqu'à en faire une obsession peut conduire à l'échec. Il suggère même, pour atteindre son but, de rompre avec l'habitude de le fixer un but de cette façon anxieuse, mais plutôt de faire preuve de détachement et de laisser venir. Cela n'est sans doute pas applicable tout le temps, mais il donne notamment comme exemple les difficultés d'endormissement : plus on se dit qu'il faut dormir, moins on y arrive ; s'occuper l'esprit autrement, jusqu'à ce que le sommeil arrive sera beaucoup plus efficace. C'est un exemple simple, voire simpliste présenté ainsi, mais qui a l'avantage d'être parlant (surtout pour moi).
Cette lecture a donc été intéressante, pour ses 2 parties. le seul défaut de ce livre est qu'il est trop court et le témoignage comme la théorie exposée ensuite manquent d'approfondissement. Ils donnent alors l'envie d'aller plus loin en lisant les autres oeuvres de Viktor Frankl.
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Bruno_Cm
  05 juillet 2013
Je n'ai pas réellement l'impression que la logothérapie soit quelque chose de tout à fait différent. Ca emprunte à beaucoup de philosophies et de penseurs. La question de donner un sens à sa vie pour bien la vivre, avancer, cheminer, ça n'a rien de neuf.
Toutefois dans ce livre, Frankl donne un certain corps et une certaine substance à travers son propre exemple (il n'y a jamais rien de plus parlant que les exemples personnels, rien de plus édifiant...). Ce qui fait qu'on aime ce livre, on aime Frankl et on a envie de promouvoir aussi cette logothérapie.
Personnellement je pense exploiter, à ma manière, cette question du sens, dans mon travail de thérapeute et ce livre, que j'ai lu il y a longtemps dans une période plus sombre de ma vie, m'y a gentiment amené.
Un extrait de la postface Postface à l'édition de 1984 :
"Pour un optimisme tragique"
… cette expression signifie que l'on reste optimiste en dépit de la « triade tragique », formée des aspects suivants de l'existence humaine : 1) la souffrance ; 2) le sentiment de culpabilité ; et 3) la mort. […] la vie peut-elle conserver son sens en dépit de tous ses aspects tragiques ?
[…] aptitude de l'homme qui, lorsqu'il est en accord avec lui-même, peut : 1) transformer la souffrance en réalisation humaine ; 2) trouver dans son sentiment de culpabilité l'occasion de s'améliorer ; et 3) agir de façon responsable face au caractère transitoire de la vie.
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Jiby
  24 août 2021
La couverture de ce livre indique "découvrir un sens à sa vie grâce à la logothérapie". En dernière page, une présentation succincte de Victor Frankl est faite où on comprend qu'il a construit ces théories de psychologie à partir de son vécu dans les camps de concentration.
Rien n'indique clairement le réel contenu de ce livre !
Il s'agit pour plus des deux tiers d'un témoignage de ce qu'il a vécu dans les camps de concentration. Ce témoignage est suivi de deux courts chapitres évoquant quelques bases de psychologie dont on ne comprends pas bien en quoi il s'agit réellement de logothérapie. Pas de développement, pas de méthodologie. Il en ressort que le sujet semble survolé, parfois confus, globalement incomplet, au mieux introductif à certaines notions. Je l'ai trouvé peu convaincant sur de nombreux passages, même si, à l'inverse, certaines idées m'ont paru justes (mais je n'ai pas eu à passer par les camps pour les avoir déjà eu).
Lorsqu'on lit ce livre, c'est en général parce qu'on a soi-même des difficultés à trouver un sens à sa vie. Cette difficulté peut elle-même être accompagnée d'une misanthropie sévère. Dans ce cas de figure, ce livre me semble contre-productif.

La logothérapie est (mal) définie comme la méthode consistant à donner un sens à sa vie, quitte à l'inventer. Il peut s'agir de spiritualité.
L'auteur laisse entendre que les camps de concentration ont pu être une chance, comme toute souffrance, pour donner un sens à sa vie, par exemple en affrontant la mort avec dignité.

Rédiger une critique sévère concernant ce livre m'a mis mal à l'aise. En effet il s'agit principalement d'un témoignage concernant les camps de concentration, je ne pense pas que cela puisse être évaluable. Notre empathie vis à vis du vécu de cet homme et de ce qu'il en a fait ne peut que nous amener à une note subjectivement surévaluée.
Je n'ai donc évalué (3 étoiles) que la dernière partie, celle correspondant à un bouquin de psycho, comme ce à quoi je m'attendais.



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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
JibyJiby   24 août 2021
Les gens ont assez d'argent pour vivre, mais aucune raison de vivre. Ils ont les moyens mais pas les motifs. Il est vrai que certains n'ont même pas les moyens. Je pense en particulier à tous ceux qui sont sans emploi. Au début de ma pratique j'ai publié une étude sur un type particulier de dépression que j'avais diagnostiqué chez mes jeunes patients et que j'appelais alors la « dépression du chômage ». J'y démontrais que cette névrose est engendrée par deux principes erronés : être sans emploi, c'est être inutile, et être inutile, c'est mener une vie absurde. En conséquence, dès que je réussissais à persuader mes patients de travailler bénévolement dans des organismes de jeunesse, des bibliothèques, de suivre des cours pour adultes, etc., en d'autres termes, dès qu'ils remplissaient leurs nombreuses heures de loisir par des activités non rémunérées mais riches de sens, leur dépression disparaissait, même si leur situation économique restait inchangée et leurs estomacs vides. La vérité, c'est que l'être humain ne vit pas que de sécurité matérielle.
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MOTUSMOTUS   27 novembre 2020
Ne visez pas le succès. Car on ne peut poursuivre le succès, pas plus qu'on ne peut poursuivre le bonheur. Ils ne sont que des effets secondaires du dévouement que l'on manifeste pour une cause plus grande que soi-même ou qu'une autre personne. Le bonheur, comme le succès, attend quand on ne s'y attend pas. Ecoutez ce que votre conscience vous dicte et agissez au meilleur de votre connaissance. Alors vous verrez qu'à la longue, le succès vous viendra précisément parce que vous n'y pensiez pas.
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Ethiquement_EveEthiquement_Eve   04 novembre 2021
L’apathie, l’insensibilité aux émotions et le sentiment que plus rien ne le touchait constituaient les symptômes de la seconde phase des réactions psychologiques du prisonnier. C’était aussi une protection efficace contre les raclées qu’il recevait à longueur de journée. Cette insensibilité était en quelque sorte une coquille dans laquelle il rentrait chaque fois que c’était nécessaire.
Les prisonniers recevaient des coups à la moindre occasion, parfois sans aucun motif valable. Prenons cet exemple: pour obtenir du pain, qu’on rationnait, il fallait faire la queue. Un jour, un garde SS s’était mis en colère parce que le prisonnier qui se trouvait derrière moi ne s’était pas aligné correctement. J’étais enfermé dans mes pensées, lorsque soudain je reçus deux coups violents sur la tête. Je vis alors que le garde s’était mis à distribuer des coups de bâton à tort et à travers. En de tels moments, le supplice moral causé par l’injustice et par l’absurdité de certains sévices surpasse de loin la douleur physique (et cela s’applique autant aux adultes qu’aux enfants).
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Ethiquement_EveEthiquement_Eve   06 novembre 2021
En disant que l’homme est responsable de réaliser son but dans la vie, je désire souligner qu’il doit le chercher à l’extérieur plutôt qu’en lui-même ou dans sa psyché, comme si c’était un système fermé. J’ai appelé cette caractéristique de la logothérapie l’«autotranscendance de l’existence humaine». Elle sous-entend que la vie de l’être humain est toujours dirigée vers quelque chose ou quelqu’un d’autre que soi-même, qu’il s’agisse d’un but à atteindre ou d’un être humain à connaître et à aimer. Plus on s’oublie soi-même – en se consacrant à une cause ou à une personne que l’on aime –, plus on est humain, et plus on se réalise. Ce que l’on appelle l’actualisation de soi n’est pas un but à atteindre, pour la simple raison qu’à faire trop d’efforts on risque de ne pas y parvenir. En d’autres mots, l’actualisation de soi n’est possible que comme effet secondaire de la transcendance de soi.
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Ethiquement_EveEthiquement_Eve   04 novembre 2021
L’indifférence, le principal symptôme de la seconde phase, faisait partie du mécanisme d’autodéfense de chaque prisonnier. La réalité s’estompait alors, et il pouvait concentrer tous ses efforts sur une seule chose: sauver sa peau et aider ses compagnons à sauver la leur. Lorsque les prisonniers rentraient au camp le soir, on les entendait souvent pousser des soupirs de soulagement et s’exclamer:
«Une autre journée de gagnée!»
Un tel état de tension, en sus des innombrables expédients auxquels il devait recourir pour se maintenir en vie, réduisait la vie intérieure du prisonnier à un état quasi primaire. Ceux parmi les détenus qui avaient étudié la psychanalyse parlaient d’un phénomène de «régression» chez le prisonnier – un retour à un stade antérieur de développement mental. Les désirs de ce dernier se manifestaient alors très clairement dans ses rêves.
De quoi le prisonnier rêvait-il le plus souvent? De pain, de gâteaux, de cigarettes et de bains chauds. Comme il ne pouvait satisfaire ses désirs dans la réalité, il essayait de les satisfaire en dormant. Il est difficile d’évaluer ce qu’il retirait exactement de ses rêves. Une seule chose est certaine: la réalité brutale du camp l’arrachait invariablement à ce soulagement momentané.
Je n’oublierai jamais cette nuit où je fus réveillé par les gémissements d’un prisonnier qui, en proie à un cauchemar, était agité de soubresauts. J’avais toujours eu de la compassion pour les gens qui faisaient des rêves pénibles ou qui avaient des accès de délire; je voulus donc le réveiller. Mais, au moment de le secouer, je retirai vivement ma main, effrayé par ce que j’étais sur le point de faire. Je venais de prendre conscience du fait qu’aucun rêve, si horrible fût-il, ne pouvait surpasser en horreur la réalité du camp. Je n’avais pas le droit de le ramener à cette réalité.
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