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EAN : 9782070127818
224 pages
Verticales (14/01/2010)
3.66/5   16 notes
Résumé :
Munich, 1918. Hermine Moos, costumière de théâtre, reçoit du peintre Oskar Kokoschka une étrange commande : fabriquer une poupée grandeur nature à l’image exacte d’Alma Malher, sa maîtresse perdue. Tandis que la marionnette prend corps, sa conceptrice note dans un cahier le trouble que lui inspire cette folle entreprise. D’autant que les exigences du « maître » ne semblent connaître aucune limite… Mais au fil de ce journal intime, l’obsédante créature de chiffon cèd... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Allemagne, 1918, le peintre Oskar Kokoschka blessé dans sa chair et dans son coeur commande une poupée grandeur nature à l'image de sa maîtresse perdue, Alma Mahler (veuve du célèbre compositeur Gustav). Hermine Moos, costumière de théâtre à Munich et qui fabrique des marionnettes est engagé par K pour réaliser cet incroyable objet de désir.

Enfermée dans son atelier, troublée par cette commande, Hermine écrit un journal intime. Sommée d'abandonner toutes activités, elle commence son oeuvre à partir des dessins, des écrits et commentaires de K. Petit à petit elle passe sous son l'emprise de K à la fois maître, Pygmalion, client, mais encore … " Vous me demandez d'engendrer une femme à l'image d'Alma Mahler doublée de mon image qui pourra satisfaire vos envies inavouables … " Nous l'accompagnions dans son quotidien douloureux, de rationnement, de faim, évoquant les difficultés qu'elle a à trouver les matériaux pour " son fétiche "alors que Kokoschka tarde à lui payer ses avances. Malgré ce qu'elle dit, Hermine n'est pas imperméable au discourt de Kokoschka, elle s'identifie à la "Femme silencieuse", nuit et jour dans une passion créatrice elle soigne la "Femme murmure ", elle plie sous les exigences troublante du maître - rendre la forme crânienne " plus semblable à une tête de chat " -, -mon maître voudrait pouvoir ouvrir la bouche –

Ce texte, à l'écriture parfois surprenante est inspiré et entrecoupé de lettres authentiques, Je l'ai lu en prenant mon temps, en appréhendant de voir arriver la dernière page, signe de la fin de l'histoire. Hélène Frédérick a bien eu raison de prendre le parti d'Hermine et de nous la présenter. Hermine, personnage de l'hombre, ô combien attachante et troublante.
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Nous sommes à Munich, en 1918. Hermine Moos, costumière de théâtre et créatrice de marionnettes, ouvre un journal pour raconter le projet dans lequel elle se lance: le célèbre peintre Oskar Kokoschka lui demande de créer une poupée grandeur nature à l'effigie de la maîtresse qu'il a perdue. Recherche des matériaux, compréhension des désirs fous du maître à travers les croquis qu'il lui fait parvenir, de la nature de celle qu'elle est censée représenter, isolement entre les quatre murs de l'atelier, faim et dénuement d'une guerre qui n'en finit pas, mais aussi fascination pour celui qu'elle sert et pour le travail qu'il lui demande, Hermine consigne tout ceci. Tiraillée entre l'idée d'être indispensable pour combler les désirs du maître et celle de disparaître derrière l'obsession qu'il a pour sa "femme silencieuse", elle finit par s'identifier à celle qu'elle doit créer, suivant les exigences de plus en plus surprenantes du peintre.

Ce qui me gène dans les romans d'introspection, c'est que l'action s'y fait souvent rare. Ici, heureusement, la construction progressive de la poupée sert de fil rouge. Très étrange, ces pensées de la costumière: jamais elle ne s'explique, le cahier n'est pas là pour ça: elle jette sur le papier ses impressions, ses souvenirs d'une vie de fille de joie qui semble la hanter, ses inquiétudes concernant son ami Heinrich et ses activités révolutionnaires, son enthousiasme devant ses poupées et marionnettes qu'elle multiplie et qui l'isolent du monde extérieur. J'ai surtout apprécié ce décalage entre l'onirisme décadent de cette créatrice qui relève à la fois de Prométhée, Frankenstein et Pygmalion, et la réalité matérielle qui affleure en permanence, depuis les matériaux utilisés jusqu'à la faim ressentie, en passant par l'actualité politique viennoise ou encore l'attitude émancipée voire féministe de la narratrice. L'écriture a néanmoins de quoi dérouter et surprendre, malgré une langue d'une grande qualité: c'est une lecture qui prend du temps.

Petit bémol cependant: les différents chapitres sont entrecoupés de textes authentiques apparemment de ou adressés à Kokoschka. Mais comme il n'y a aucune indication à ce sujet, je n'ai pas tout compris, surtout que chacun de ces extraits sont surmonté d'une phrase en allemand et que je n'ai pas l'honneur de parler dans la langue de Goethe. Une petite note aurait été bienvenue pour ne pas se sentir trop exclue...
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Alors qu'il a 26 ans, Oska Kokoschka tombe amoureux fou d'Alma Mahler, de sept ans son aînée, qui vient de perdre son mari. Une idylle s'amorce, qui ne durera que deux ou trois ans, ponctuée par séparations et retrouvailles tumultueuses. le peintre produira alors certaines de ses plus belles pièces, porté par l'amour qu'il porte à sa muse. Celle-ci devait malheureusement lui préférer l'architecte Walter Gropius, qu'elle fréquentait déjà à l'époque de son mariage avec Gustav Mahler. Perclus de chagrin, Kokoschka commande à Hermine Moss, costumière de théâtre, une marionnette grandeur nature, représentation aussi réaliste que ce peut de son amour perdu. Complètement investie dans le projet, sans doute éprise du peintre, Hermine confectionnera aussi une réplique du peintre et de Reisl, sa servante.
L'histoire est connue des amateurs de Kokoschka et aurait pu ne demeurer qu'une curiosité. Dans son premier roman La poupée de Kokoschka, réédité récemment chez Héliotrope, l'auteure Hélène Frédérick s'inspire de celle-ci pour tisser un étrange portrait en demi-teintes de cette Hermine dont on sait au fond si peu de choses, mais aussi d'une époque.
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Une lecture assez troublante mais passionnante. Inspiré d'une histoire vraie, le désir fou d'un artiste de faire fabriquer une poupée grandeur nature représentant sa muse, son amante perdue. C'est Hermine Moos, costumière et marionnettiste qui est chargée de cette "étrange entreprise". Une jeune femme libre et solitaire, qui bientôt sera aussi soumise à l'artiste que la poupée qu'elle tente de créer. Un premier roman réussi et prometteur !
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Kokoschka est un peintre, qui ne s'était jamais remis de sa rupture avec Alma Mahler. Il a donc réellement fait confectionner une poupée grandeur nature la plus ressemblante possible.
Ce roman est le journal imaginaire de la couturière qui l'a confectionée.
C'est très bien écrit, mais je m'étais imaginée autre chose au départ, en apprendre plus sur cette poupée, ou plus d'anedoctes historiques, donc j'ai été déroutée par cette lecture à laquelle je ne m'attendais pas.
L'ensemble est pourtant très bon.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Je suis la seule à manipuler l’absence, à devoir en faire quelque chose, à devoir la façonner pou ressusciter ce qui ne peut plus être vivant, faute de l’avoir jamais été. En dehors de cette tâche, et même à travers elle, je n’existe pas. K m’écrit pour adresser quelques chimères de plus à sa propre folie. Il m’écrit pour se surprendre lui-même. Il m’écrit sa lubie pour flatter son extravagance.
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Je devrais travailler à la femme-murmure au lieu d’écrire dans le cahier… mais la nuit est si souvent trop belle. Elle me parle et je l’écoute : elle m’apprend : je note. Je voudrais qu’elle ne se termine pas, de la même façon je souffre de voir l’aiguille du gramophone tourner à vide après les tristesses de Schubert.
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Sur le dessin vous êtes soumis. Vous étiez soumis à votre propre absence à l’amour. Ni vous ni moi n’avons été vrais. Aujourd’hui subsiste un mensonge, laissant plus que jamais large place au vide.
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Je ne suis pas dieu. Si jamais il y en a un, il n’y en a probablement pas deux.
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Je deviens ainsi votre marionnette, la seule « vraie » poupée de l’histoire, celle que l’on manipule pour créer illusion, pour combler un vide, ou du moins temporairement l’oublier. Temporairement. Voilà toute la valeur que vous m’accordez.
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