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Cannetille
  07 juin 2022
Chinook – vent chaud, dit « mangeur de neige », en Amérique du Nord - dans la version française, Dry Rain – précipitation n'atteignant pas le sol - dans l'américaine, le titre donne le ton de ce recueil de seize nouvelles : seize miniatures serties dans l'immensité souvent glacée et venteuse du nord-ouest des Etats-Unis, entre plaines et montagnes, Montana et Canada ; seize parenthèses de vie, humbles et fragiles, brièvement ouvertes sur la toile de fond d'une nature aussi grandiose qu'âpre et indifférente.


C'est toute une galerie de personnages comme vous et moi, perdus dans le dédale de leur vie anonyme, entre mille petites joies et grands tracas, qui défilent ici au rythme de brefs chapitres à la saveur douce-amère, tous captivants dès les premiers mots. Couples morts-nés ou soumis à l'épreuve du temps et de la parentalité ; pères veufs ou divorcés en plein désarroi ; fratries éclatées aux liens chaotiques ; êtres déchirés entre l'appel du large et leur attachement à leur terre natale… : au fil des menus faits qui emplissent silencieusement leur quotidien et cabossent inexorablement leur existence, se tisse la trame d'une humanité modestement occupée à sa myriade de petits destins aveugles, si touchants dans leur insignifiance face à l'immensité du temps et du monde.


Les hommes et les femmes au centre de ces récits sont des ruraux, confrontés à une vie simple, parfois pauvre, toujours rude dans ces grands espaces américains où la nature impose ses conditions. Croquées en quelques pages parfaitement justes dans leur sobriété et leur précision, leurs histoires d'amour et d'amitié, d'espoir et de désillusion, de solitude et d'incertitude, happent tour à tour le lecteur, chaque fois instantanément pris de curiosité, alors que leur simplicité-même ne les rend que plus singulières et crédibles. Vite refermées sur la réalité rarement tendre de leur dénouement, elles laissent toutes une place à la projection et à l'imagination, accordant à chacun la liberté d'extrapoler plus loin les personnages et leur destin.


Une maîtrise littéraire indéniable préside à ce bouquet de nouvelles traversées par le souffle du vent Chinook, venu nous porter la rumeur de ces mille existences silencieuses et modestes vivant au contact de la nature rude et sauvage de ce Montana qu'affectionne Pete Fromm. Encore une valeur sûre, rééditée par l'excellente maison Gallmeister.
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elea2022
  16 juin 2022
C'est curieux comme une couverture peut vous entraîner loin : un ciel embrasé de nuages orange, une maison solitaire devant un fond de montagnes, une femme seule qui fume... On ne voit pas ces détails immédiatement, ce qui saute aux yeux c'est le paysage stylisé, et surtout ces couleurs flamboyantes. Puis vous entrez dans le recueil, découvrez ces 16 nouvelles, et le vent chaud et sec de l'écriture s'enroule autour de vous, vous soulève. Vous ne touchez plus terre, une nouvelle en entraîne une autre, et vous savez bien avant de refermer les pages que c'est déjà un coup de coeur, la note que vous réservez aux livres qui vous montrent une vision du monde, à la fois proche, intime, et étrangère, d'une façon palpitante.

Pourtant, je n'avais pas spécialement de parti-pris envers cet ouvrage, n'étant pas adepte des nouvelles, ni amoureuse de la profonde Amérique. Je n'avais pourtant pas lu d'aussi bonnes nouvelles contemporaines depuis celles de Carver, ça faisait longtemps. Certes, c'est l'Amérique, celle des joueurs de base-ball, de la chasse, du port d'armes, mais aussi celle des lieux banals transcendés par la nature, des vies banales transcendées par l'amour. Dans ces 16 nouvelles, qui n'ont même pas besoin de se reposer sur une chute, parce qu'elles enchâssent un monde brut, une lumière, comme les mains entourent la petite flamme d'une allumette par grand froid, nous suivons et vibrons à l'unisson avec des personnages différents, des univers personnels et typés, souvent à travers le point de vue, le discours libre d'un narrateur.

Nous empruntons les pas d'hommes simples sur leurs sentiers quotidiens, ou sur des voies neuves qu'ils tentent de tracer pour échapper à l'emprise de l'habitude, à l'avenir étriqué, seule perspective se dessinant pour eux. Certains sont sur la route, vont quelque part ou ne savent pas quelle est leur direction, mais tous sont à un tournant. Seulement, c'est un tournant d'une humble et terrible simplicité, mais qui peut contenir une révélation d'une impressionnante humanité, une résilience qui force le respect. Ces gens qui vont, vous ne les remarqueriez pas, et pourtant il vous est si naturel de les comprendre, de vous fondre dans leurs pensées, qu'ils soient jeune couple, parents, équilibrés ou hachurés de failles psychologiques, souvent amoureux fous conscients de leur chance et de sa fugacité, mais en panne de mots, de communication. Ils tentent de redresser leur vie, retrouver la flamme des débuts, redonner l'espoir à un regard d'enfant malmené par la vie - ils sont un peu le chinook, ce vent chaud qui souffle un air différent, qui modifie la musique figée de l'hiver. Ils sont drôles ou pathétiques, ils sont humains, et vous touchez leur coeur, cette essence qui rend l'humanité à la fois si fragile et éternelle.

Que dire encore ? Je ne peux même pas parler d'une nouvelle que j'aurais plus aimée : je les ai toutes bues, portées qu'elles sont par l'écriture la plus redoutablement efficace - celle qui est si simple, nue et belle, qu'on regarde et qu'on se tait. C'est une oeuvre après laquelle on peut s'arrêter de lire, l'océan au bord duquel vous posez vos pas après une si longue route, et qui vous rafraîchit, ravive les rêves et rend plus fort.
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marina53
  23 décembre 2019
Une jeune Huttérienne aux magnifiques yeux bleus, deux frères qui se croisent, un papa kidnappeur, l'Hommes des glaces dans un champ de maïs, un sauveteur auréolé, une famille solidaire, une femme au foyer inventive, une jeune épouse qui ne semble avoir sa place nulle part...
… et bien d'autres personnages qui habitent ce recueil de 16 nouvelles de Pete Fromm.

En toile de fond, la nature grandiose du Montana rural. Ses montagnes, ses terres glacées, son vent, le Chinook, ses petits villages perdus. Au devant de la scène, des histoires d'amour, de fratrie, d'amitié, de solitude, de pardon. Des tragédies, des parenthèses plus douces, parfois émouvantes.
Pete Fromm dresse des portraits sensibles et touchants, dépeint son attachement au Montana, aux paysages si variables, tantôt enseveli sous la neige, tantôt soumis à la canicule.
Un beau recueil empreint d'humanité...
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JIEMDE
  30 juillet 2018
L'art de la nouvelle, c'est d'accrocher l'instant, cette parenthèse dans le temps qui en ne disant presque rien, nous en dévoile pourtant tellement.

La spécificité du Chinook, c'est de souffler à contre-climat sur le Montana, parenthèse réchauffante pendant l'hiver pour ces terres glacées et sauvages. Le temps d'un vent, l'hiver semble s'effacer et la nature dévoile un court instant ce qu'elle cachait. Avant que la neige ne recouvre inéluctablement le tout.

Je n'aime pas les nouvelles, mais l'exceptionnel conteur qu'est Pete Fromm sait mieux que quiconque faire passer le chinook sur ses compatriotes de Great Falls, gens simples, heureux malgré tout, parfois fragiles... le temps d'un vent, il ouvre une parenthèse de leur vie autour d'une question toute simple : l'amour, le pardon, le regard sur autrui, la peur du lendemain, la famille, la tolérance ou la liberté. C'est généreux sans être bêtifiant, profond sans être barbant.

Et bien entendu, il y a la nature, splendide, magnifiée par le regard amoureux posé par Fromm : un oiseau qui passe, une rivière, un cerf, la montagne, la rosée... C'est simple, c'est beau, c'est Fromm : un magicien du nature writing qui n'a pas besoin de mots à profusion pour exprimer des sentiments complexes, qui a tout compris du rythme de la nouvelle, qui sait habilement faire alterner dialogues et descriptions.

Chinook - joliment traduit par Marc Amfreville - est à lire pour qui veut découvrir une littérature profonde faite de mots justes et de grands sentiments.
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ladesiderienne
  12 avril 2021
Après avoir visionné un reportage télévisé sur Pete Fromm, j'ai eu envie de découvrir l'oeuvre de cet auteur spécialiste du nature writing et parcourir avec lui les grands espaces américains qu'il affectionne particulièrement.
Malheureusement, ce désir de dépaysement a été étouffé dans l'oeuf car en réservant ce titre à la médiathèque communale, je n'avais pas vu qu'il s'agissait d'un recueil de nouvelles, genre que j'exècre. J'ai ressenti alors la même impression que lors du premier confinement (histoire vraie !) : alors que j'avais prévu un voyage au Québec, j'ai dû me contenter d'une balade d'une heure autour de chez moi !
Je suis désolée, mais il m'est impossible d'entrer dans une histoire de 5 ou 6 pages. A part leur lieu commun (l'Ouest américain), je n'ai pas trouvé de réels liens entre ces 16 nouvelles. Aucune n'a attiré mon attention plus qu'une autre. Je retiendrai uniquement de cet ouvrage l'écriture plutôt belle de l'auteur qui m'a tout de même donné envie d'en découvrir un peu plus sur lui à travers un vrai roman. Ma déception se solde par un 6/20.
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ASAI
  28 mars 2022
Un hasard que ce livre soit tombé dans mes mains,
Un plaisir que de l'avoir lu,
Une envie de lire d'autres ouvrages de cet écrivain.
Présenter le livre : seize nouvelles, ce n'est pas rien.
Le Montana pour espace commun et aimé, et j'ai aimé les nouvelles où le héros s'éloigne pour découvrir l'océan, la mer, les vagues, le sel..., ; la fidélité et l'amitié indestructible pour thèmes partagés ; les enfants et la famille incontournables et imaginables quand ils ne sont pas là.
Chroniquer sur seize nouvelles n'est pas un exercice facile... devrait-on écrire seize chroniques ? Il y a forcément des plus et des moins.
Mais d'abord, elles ont été réunies en un seul ouvrage et cela a un sens. La nature, celle du Montana, le vent, les montagnes, l'eau, une énergie.
Toutes les nouvelles mettent en oeuvre une énergie puisée dans la nature. Une nature pas forcément amicale, souvent hostile (les serpents) (le barrage), mais une nature qui se met en face de l'homme qui doit répondre. Aussi, en face, les personnages sont sensibles, fragiles, dépendants, questionnant, en attente
de réponse. Souvent rendus marginaux par les bourrasques de la société (encore la nature).
Ils expriment leurs souffrances, et tentent de construire, plus souvent de re-construire, vaille que vaille.
Que des personnages blessés, opprimés, perdus, malades, décalés, désocialisés, mais par rapport à quoi, à qui ?
Pete Fromm soulève la question de base : c'est quoi la norme ?

J'aime beaucoup les nouvelles. de trop nombreux romans actuels débordent, dégoulinent de centaines de pages pour nous gaver de sentiments ou d'émotions si décrits qu'ils en sont devenus insipides. La nouvelle, elle, ne pardonne pas. Elle est. Ou pas. Elle est ratée. Ou réussie. C'est plié en une vingtaine de pages.
C'est donc une écriture très exigeante, sans aucun rattrapage, qui demande une structuration, une rigueur, itrès spéciales. Pete Fromm a réussi. Car malgré le temps très court que lui donne la nouvelle, il prend le temps, il laisse le temps au lecteur.
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brigittelascombe
  27 juillet 2011
Chinook, cahier de nouvelles de Pete Fromm (et vent qui balaye le Montana), aurait pu s'appeler Chroniques de gens ordinaires car il relate la vie de tout un chacun, ici américains mais qui auraient pu tout aussi bien être d'ailleurs.
Des gens qui nous ressemblent, ont leur famille, leurs joies, leurs peines, leurs solitudes, leurs failles aussi.
Une histoire de jalousie entre frères et de raclée donnée aux plus faibles par un groupe surexcité, le kidnapping d'un fils par son père pour défier l'autre, forcément mauvaise,l'enfant égaré dans un champ de maïs au grand dam de ses parents complètement angoissés, le sauvetage d'une noyade d'un enfant pour celui qui n'a rien d'un héros, qui rêve de quitter sa femme mais n'arrive pas à sauter le pas,le lanceur de balle de base ball dont la balle, pour une fois, est une vraie fusée mais qui se la fait piquer avant le but,l'homme quitté par sa femme tout honteux d'avouer la dispute à ses parents et qui invente une histoire de baby sitting,le couple dont la femme de 37 ans rêve d'avoir un enfant et met son mari à contribution si ce n'est devant le fait accompli...Et ainsi de suite, ce sont des vies qui se déroulent sous nos yeux, des vies dans lesquelles nous nous projetons, des vies qui pourraient être les notres.
Et pourtant, ces histoires simples marchent, tiennent la route et même nous enchantent par leur simplicité.
Pete Fromm parle en connaissance de cause étant lui même né dans le Wisconsin. Ranger, puis écrivain, il a publié plusieurs romans et recueils de nouvelles(dont le livre Indian Creek un best seller)
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anniefrance
  29 juillet 2022
J'apprécie beaucoup les éditions Gallmeister, le nature writing et tout particulièrement Pete Fromm que j'ai eu la chance de rencontrer récemment dans une de mes librairies de la métropole lilloise...mais c'est dans une boite à livres de mon village lotois que j'ai trouvé Chinook: un recueil de nouvelles assez courtes. Je les ai toutes aimées à une exception près. J'y ai découvert l'existence de pluie sèche, différents aspects des EU et même du Canada (que j'aime tout particulièrement).
Captivant!
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EmmaBo
  05 décembre 2012
Chinook, c'est le nom d'un village, un bled paumé de mille-cinq cent habitants (nous sommes du côté des Rocheuses, en Amérique du Nord), mais aussi celui d'un vent chaud, venu des montagnes, qui surgit parfois brusquement l'hiver, en faisant remonter les températures d'une trentaine de degrés et fondre la neige d'un coup.
Et c'est avant tout, le nom d'une tribu amérindienne qui signifierait « mangeurs de neige ».

La neige, la montagne et les villages perdus sont autant d'éléments que l'on retrouve dans les nouvelles de Pete Fromm. Des histoires reliées par un fil essentiel et primaire : la nature. de Greats Falls dans le Montana à Ocean Beach dans le New Jersey, en passant par la frontière canadienne, l'écrivain confronte ses personnages aux forêts, plaines, déserts et paysages immaculés, mais aussi à leurs contradictions, en les poussant vers ces frontières symboliques qui partagent nos existences. Pour finir par les mettre face à ce qu'ils sont capables, ou non, de faire pour les franchir.
Certains tombent comme des arbres abattus par des bûcherons, d'autres restent debout à contempler la plaine immense. Quelques-uns finissent aussi par jeter un sac avec trois affaires dans le coffre de leur pick-up, avant de filer vers l'ouest.
Chaque nouvelle apporte un regard neuf sur ce monde rude, ces personnages égarés qui décident un jour d'aller un peu plus loin, en traversant le pays ou des rivières. Et parfois, en franchissant un minuscule filet d'eau.
Chaque histoire est portée par l'amour brut que Pete Fromm a pour ses personnages. Qu'il laisse d'ailleurs libres de leurs choix, soumis au hasard et au temps…
Chaque texte se termine sur de vraies fins ouvertes, comme dans la dernière nouvelle qui conduit à l'immensité de l'océan, avec le choix du retour. Pas de chute, elles seraient en trop car l'histoire et le style suffisent à donner ce qu'il faut au lecteur.
Un beau recueil, porté une écriture sensible et rude… Car, oui, il est possible de mêler ces deux sentiments contradictoires. Les écrivains américains savent le faire et les auteurs français devraient en prendre de la graine.
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Yuko
  11 février 2022
Ce qui lie avec pudeur et sensibilité le destin des personnages de ces nouvelles, est incontestablement la plume délicate de l'auteur. Pete Fromm nous parle ici de destins fragiles, d'être solitaires aux liens puissants qui évoluent au gré d'une nature changeante et surprenante.
Chaque personnage porte en lui une histoire sacrée, un thème sauvage et une nature indomptable. Si j'ai préféré les romans de l'auteur qui prennent le temps de tisser les liens entre les personnages, ce recueil de nouvelles montre que Pete Fromm sait s'adapter à toutes les littératures. Ici, ce sont des tranches de vie, des espaces charnières qu'il nous raconte, offrant au lecteur le privilège de connaitre un peu de la vie intime et inaccessible de ses personnages. A découvrir.
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