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Céline Zins (Traducteur)
EAN : 9782070381418
768 pages
Éditeur : Gallimard (12/09/1989)
4.07/5   41 notes
Résumé :
Paris, à la veille de l'an 2000.

Les flagellants investissent Saint-Germain-des-Prés. Les fumées de l'holocauste s'élèvent des tours de Saint-Sulpice.

Sur les quais, des femmes de tous âges accouchent d'enfants mâles, marqués du sceau de l'Usurpateur : une croix de chair sur l'omoplate et six orteils à chaque pied.

Il ne reste de l'Amérique latine que des terres ravagées et quelques réfugiés, mémoire de leur culture...... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Sachenka
  25 septembre 2021
Terra Nostra est une incursion, une plongée dans un univers difficile à décrire, baroque, quelque part à mi-chemin entre le roman historique et l'expérimentation religieuse ou spirituelle, une réflexion sur le sort l'humanité, des erreurs du passé et de leurs conséquences sur le présent (et le futur). Bref, tout un défi. Ne s'y lance pas qui veut. D'autant plus que ça ne ressemble pas aux autres romans de l'auteur Carlos Fuentes. Bon, je n'ai pas lu toute son oeuvre mais une bonne dizaine de romans.
Dans Terra Nostra, il n'y a pas une intrigue à proprement parler. Plusieurs intrigues, plus ou moins précises, qui s'entremêlent et transportent les lecteurs dans une aventure surréelle et déroutante. Pour s'y retrouver (ou l'apprécier à sa juste valeur), il faut une bonne culture. Un voyage temporel. L'Espagne du début du XVIe siècle. Et, incidemment, dans son rayon d'action. Il est question des Pays-Bas et du Nouveau monde. Plusieurs personnages sont reconnaissables. La Reine Folle (Jeanne la Folle), le Seigneur (Philippe le Beau et Philippe II réunis) et plusieurs autres : le moine, l'alguazil, etc. Ils sont légions, les personnages qui entrent et qui sortent de cette histoire.
On y traite donc de la conquête du Nouveau Monde, des grandes découvertes, de l'inquisition, de l'exécution des sorcières, de l'expulsion des Maures et des Juifs, etc. Toutefois, il ne s'agit pas d'un roman historique, loin de là, d'autant plus que certains événements sont distorsionnés, la chronologie semble inventive et certains personnages plus ou moins fidèle aux sources. C'est peut-être plus une réécriture fantaisiste de l'histoire. Bref, la fidélité historique se trouve davantage dans l'esprit de l'oeuvre.
Aussi, le tout mêlé de considérations métaphysiques, morales, créant un futur possible. Donc, il faut un intérêt pour les échanges philosophiques, aimer discourir sur tout et rien. Il faut surtout une bonne concentration et une bonne patience pour suivre le fil des méandres labyrinthiques que prend cette histoire. À l'occasion, j'aime bien plonger dans ce type de bouquin qui fait travailler mon cerveau et mon imagination. Pendant ma lecture de Terra Nostra, je ne pouvais m'empêcher de faire des liens avec un autre bouquin semblable, le bréviaire de Saint-Orphée, écrit par Szuthkeny.
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Goldlead
  02 décembre 2014
Avec Terra nostra, l'auteur mexicain Carlos Fuentes a écrit un roman étrange et fascinant : baroque, loufoque, luxuriant, boulimique, mégalomane, inventif, transgressif… Un véritable colosse littéraire : dans le fond (avec son ambition démiurgique de replanter les piliers du Monde et de l'Histoire en mettant à nu leurs racines et à jour leurs énergies vivaces), dans la forme (apparemment délirante et cependant contrôlée de bout en bout de main de maître) et par la taille (plus de 800 pages bien serrées).
C'est, a-t-on dit, un livre total, un livre-monde, qui enjambe les siècles et les continents, qui embrasse les civilisations, court-circuite les histoires et les mythes et se permet de faire surgir, au milieu des personnages de fiction et de synthèse (portraits composites de diverses figures historiques), les présences hétéroclites de l'empereur Tibère, de Christophe Colomb, de Jérôme Bosch, de Don Juan ou de Don Quichotte, par exemple. Par-là, c'est incontestablement un grand roman philosophique (au sens où la philosophie a le tout pour objet), qui n'hésite pas à déchirer le voile (illusoire ou anthropomorphique) du temps, pour essayer de dégager de tous ses avatars spatio-temporels (de l'empire romain à la monarchie très catholique d'Espagne, des royautés aztèques aux dictatures modernes) l'essence éternelle du Pouvoir. Ce Pouvoir qui veut toujours et partout, de gré ou de force, unifier les multitudes humaines et organiser la multiplicité des choses, proclamer la légitimité impérieuse et absolue de l'Un et, en quelque sorte, cosmiser le chaos, même s'il faut pour cela combattre à mort les forces dissolvantes, diaboliques et schismatiques, de la vie et de l'individualité et s'abriter derrière un mur de symboles (dont la fonction, comme le rappelle l'étymologie, est justement synthétique).
Livre-puzzle également et paradoxalement, éclaté en mille morceaux (en fait 144 chapitres plus ou moins courts), qui de proche en proche en remet quelques-uns bout à bout, les ajuste et réajuste, qui redessine ainsi des bouts de composition et laisse le reste en attente (en pâture à l'intuition et aux suppositions du lecteur), qui revient en cercle ou en spirale sur des événements et des personnages précédemment mis en place, pour compléter ou confirmer à leur propos ce qui n'avait été qu'esquissé ou suggéré jusque-là, et faire ainsi émerger progressivement un sens qui se constitue toujours par bribes et après coup. Car l'illumination dans ce livre unique est toujours rétrospective ; elle vient tardivement intensifier les timides lueurs jetées précédemment, ici ou là, dans l'enchevêtrement et la densité du texte. Mais c'est par là, justement, qu'elle prête aussi tellement à la réflexion et à la rumination… et que le livre ne cesse de nous poursuivre !
L'écriture elle-même échappe aux codes habituels de la ponctuation et procède souvent par collages elle aussi, donnant lieu à des patchworks échevelés, juxtapositions indéfinies des points de vue, actions, pensées, sensations et propos des différents protagonistes. Plus généralement, elle a la luxuriance, l'exubérance, l'exagération, la prolifération monstrueuse, fantasmatique, hallucinée de la jungle tropicale ; et si sa prolixité peut devenir parfois déroutante ou soporifique… impétueuse, torrentueuse, elle charrie aussi des pépites : arc-en-ciel de mots tirés d'une palette inépuisable, inventions évocatrices et savoureuses, sonorités inouïes qui se détachent sur le rythme lancinant et hypnotique des phrases qui roulent en sourdine comme des tambours, symboles à foison qui viennent recoller miraculeusement des histoires dépareillées.
Tout au long de cette histoire enveloppante et envoûtante, pleine de mystères et de fulgurants éclats, on est amené à s'interroger sur l'universalité des mythes et de leurs archétypes, sur la consistance ou l'inconsistance du temps, sur la vérité des nombres et des symboles, sur les jeux pervers du pouvoir et de la liberté, de la soumission et de la domination, du sexe et de la mort, de la religion et de la division, ou encore sur les chassés-croisés des générations, de la vie et de la mort, de l'esprit et du corps, du plaisir et de la douleur. On en reste forcément subjugué, ébranlé et perplexe… autrement dit philosophiquement émoustillé et dispos, prêt à des études plus austères.
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Charybde2
  05 janvier 2014
Immense roman : réinvention à portée universelle de la légende noire de l'Espagne.
Publié en 1975, traduit en 1979 par Céline Zins chez Gallimard, le huitième roman du Mexicain Carlos Fuentes, après les coups de tonnerre que furent « La plus limpide région » (1958), « La mort d'Artemio Cruz » (1962) et « Zone sacrée » (1967), était à la fois, indéniablement, son plus ambitieux à date, et celui de la consécration, avec l'obtention du prix Romulo Gallegos, généralement considéré comme la plus haute récompense littéraire en Amérique hispanophone.
Le Seigneur, roi d'Espagne fictif créé à partir de Philippe II en y intégrant des touches de certains de ses prédécesseurs, descendant d'une dynastie ô combien dégénérée, se lance dans la construction du palais mausolée de l'Escurial, dans les solitudes désolées des hauts plateaux madrilènes, au service d'une foi aussi glacée, absolue et mortifère que résolument contre-réformiste, tout en parachevant les vexations et persécutions à l'égard des Musulmans et des Juifs du Royaume, engloutissant sa richesse personnelle - et le crédit qui lui restait après plusieurs décennies de guerres religieuses aux quatre coins de l'Europe - dans cette construction monumentale aux allures de folie grandiose, précipitant ainsi par l'accroissement des impôts et du mécontentement l'émergence des classes même qu'il méprise.
Sous l'ombre de son « fidèle » Guzman, grand ordonnateur des chasses royales, maître des faucons et des lévriers, le Seigneur, en proie aux affres de la mortification au sein d'une famille repue d'inceste et de mort, voit surgir, au prix d'un subtil anachronisme enchevêtré dans le miroir des éventualités, la possibilité d'un nouveau monde, à l'ouest, non pas du fait d'une expédition commanditée par tel ou tel souverain, mais par la navigation hasardeuse d'un vieillard, suffisamment désespéré pour avoir cherché au-delà de l'océan un lopin de terre où il pourrait, enfin, échapper à l'officieux esclavage post-féodal.
Lorsque se lèvent les symboles et les mythes portés par de mystérieux jeunes hommes à six doigts et à la croix rouge inscrite à même la chair de leur dos, une tempête dévastatrice se lève sur cette Espagne prématurément vieillie et prête pour la mort lente, alors même que la conquête de l'Amérique se profile à peine, convoquant tour à tour les figures essentielles de Don Juan, de scientifiques secrets, de moines comploteurs pour le plus grand bien de l'humanité, de récits de l'auguste Rome sous Tibère (déclin et chute d'un empire dans et par la folie préfigurant déjà, avant même l'essor de l'empire espagnol, sa dissolution misérable), le tout sous l'oeil aigu d'un chroniqueur manchot rescapé de la bataille de Lépante…
Roman « total », comme il fut dit dès son apparition, chronique hallucinée et férocement imaginative de la mort d'un Empire au moment même de sa naissance, brassage forcené de deux mille ans de cultures plurielles confrontées à leur anéantissement dans la folie religieuse, saisie mythographique d'un instant clé de la lutte pour la possibilité de l'amour, de la bienveillance et du pluralisme (comme le lit magnifiquement Vincent Message dans son récent « Romanciers pluralistes »), ce chef d'oeuvre emblématique propose à la fois une réinvention de portée universelle de la légende noire de l'Espagne, une recréation des mythes fondateurs du Mexique et de l'Amérique métissée et une fenêtre abyssale sur le fait religieux lorsqu'il devient absolutiste et mortifère.
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JPB
  06 février 2012
Impossible à noter, impossible à classer, impossible de résumer ce livre tant il est unique, souvent incompréhensible, particulièrement long et parfois fastidieux. L'éditeur le présente comme un "Maître livre..." et franchement je ne sais pas quoi en penser. C'est le tome I, qui fait 750 pages, il y a un second tome, je ne sais pas encore si je vais le lire.
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sweetie
  07 mars 2014
Un excellent ouvrage dont la lecture est quelque peu ardue au début mais dont l'intrigue est palpitante.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   15 juin 2021
- Vos textes rendent hommage au nombre de trois, mais votre étoile ne porte que le chiffre deux...
- Lequel avant était un.
- Que le deux annule?
- Seulement de manière relative. [...] Le binaire différencie. Le tertiaire active. L'unité confère l'individualité en mouvement. La dualité est coupure et différenciation immobile. Le tertiaire, en activant la rencontre des opposés, est la manifestation parfaite de l'unité. [...] En effet, trois est le nombre créateur ; sans lui, la forme et la matière seraient inertes. Rien ne se développe sans l'apparition d'un troisième facteur ; sans le trois, tout resterait en polarité statique. Jeunesse et vieillesse requièrent un âge intermédiaire ; passé et futur exigent le présent ; sensation et conscience, la mémoire ; addition et soustraction, la commutativité. [...]
- Et après?
- Le quatre est la Nature, le cycle des éternelles répétitions : quatre saisons, quatre éléments. Le cinq est le premier nombre circulaire, le nombre de la créature, dotée de cinq sens et qui, enfermée dans un cercle dessine un pentagone avec les cinq pointes formées par sa tête, ses mains et ses pieds : c'est notre étoile, et la main du prophète Mahomet. Le six est deux fois trois, perfection de la forme et de la matière incarnée dans l'homme : beauté, justice, équilibre. Le sept est l'homme en chemin, le destin, la progression de la vie, car l'homme dit le sage hindou du Atharva-Veda, «le temps chemine sur sept roues». Le huit est la libération, la santé, le bien-être résultant de la progression du sept : ce sont les huit voies du Gautama Bouddha, les huit règles pour sortir du fleuve des réincarnations et toucher la rive du Nirvana. Cependant, peu nombreux sont ceux qui parviennent à pareille béatitude, et le nombre neuf signifie la rédemption et la réintégration de tous au sein de l'Unité ; le Nirvana n'est pas le point final de l'évolution humaine [...] Cette perfection est atteinte par le nombre dix : l'unité véritablement réalisée, l'être collectif, le bien commun.
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TaraxacumTaraxacum   04 février 2021
Que les eaux de la Seine se fussent mises à bouillir avait sans doute, trente-trois jours et demi plus tôt, été considéré comme une miraculeuse calamité; un mois plus tard, personne ne se retournait plus sur le phénomène. Les péniches noires, surprises par la subite ébullition, et qui avaient été violemment projetées contre la muraille du quai, avaient cessé de lutter contre l'inévitable. Les hommes du fleuve mirent leur casquette, éteignirent leur tabac noir, et grimpèrent sur le quai comme des lézards. Les squelettes des bateaux s'amoncelèrent sous l'oeil ironique d'Henri le Béarnais puis restèrent là, splendides ruines de charbon, de fer et d'éclats de bois.
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Charybde2Charybde2   05 janvier 2014
Fray Julian se rappela son ami perdu, le Chroniqueur. Il aurait aimé lui dire en ce moment : « Laisse à d’autres le soin d’écrire les événements apparents de l’histoire : les guerres et les traités, les querelles héréditaires, la concentration ou l’éclatement du pouvoir, la lutte des Etats, l’ambition territoriale, toutes choses qui continuent de nous rattacher à l’animalité. Toi, ami des fables, écris l’histoire des passions sans laquelle l’histoire de l’argent, du travail et du pouvoir demeure incompréhensible. »
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SachenkaSachenka   09 juin 2021
- [...] C'est l'oeuvre de Dieu. C'est Lui qui a créé les hommes mortels ; car s'Il les avait faits immortels, la création du monde n'eût pas été nécessaire ou du moins la présence de l'homme dans le monde. L'homme est mortel, ergo le monde existe comme habitacle de la mortalité.
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sweetiesweetie   07 mars 2014
(...) la vieillesse n'est qu'une auberge de maladies, un logis de préoccupations, angoisse continuelle, plaie incurable, peine du passé, chagrin du présent, triste souci de l'avenir, voisine de la mort.
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Videos de Carlos Fuentes (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Carlos Fuentes
Mercredi 20 octobre 2011, Carlos Fuentes reçoit les insignes de Docteur Honoris Causa.
Biographie: Né en 1928 à Panamá où son père était alors Ambassadeur du Mexique, Carlos Fuentes est un des plus grands écrivains du XXe et du XXIe siècle. Sa pensée et son œuvre romanesque ont largement influencé les écrivains et les intellectuels espagnols et latino-américains contemporains. Catégorie Éducation Licence Licence de paternité Creative Commons (réutilisation autorisée)
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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