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Jean-Louis Courriol (Traducteur)Florica Courriol (Traducteur)
EAN : 9782264083203
504 pages
10-18 (21/03/2024)
3.91/5   40 notes
Résumé :
Au cœur d’une vallée sauvage des Carpates, Iochka fabrique du charbon de bois. Quasi centenaire, il aime se taire, boire sec et dévaler ivre les routes sinueuses des montagnes au volant de sa vieille Trabant bleue. Mais le plus souvent, il demeure assis sur le banc cloué à l’extérieur de sa petite maison, se remémorant son existence hors norme. La guerre, les camps soviétiques, Ceaușescu, puis la camaraderie du chantie... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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Les belles surprises se nichent parfois sous des pitchs improbables et une couverture intrigante. Cette belle gueule burinée, la force des traits et du regard où passent les années, les douleurs et les plaisirs, avouez que ça donne envie de faire connaissance avec cet homme. Un vieil homme dont la vie minuscule se déroule dans une vallée perdue et oubliée au fin fond des Carpates. Que peut-on bien trouver à raconter là-dessus sur plus de cinq cents pages ? Tout. Tout ce qui fait la vie, une vie. Je viens de lire des pages sublimes sur l'amour, l'amitié, les silences. Il se dégage de ce texte une puissance ancrée dans la terre et la chair par la grâce d'un écrivain qui sculpte sa matière jusqu'à lui donner vie. La présence de Iochka est telle que l'homme transperce les pages de sa vitalité tranquille et pourtant tourmentée.

Dans cette vallée du sud de la Roumanie, au milieu de la forêt où Iochka s'est installé après la guerre, on vit un peu à l'écart de tout même si le monde sait se rappeler à chacun. Un vaste chantier a donné lieu à la construction d'un asile de fous et le docteur a intégré la petite bande formée par Iochka, Vasile le contremaître et puis le pope. Des vies simples où l'on travaille de ses mains, en silence. On se tait plus qu'on ne se raconte, on débouche nombre de bouteilles d'eau de vie, certaines choses se passent sans que l'on cherche à trop en savoir. Il se murmure que les fous de l'endroit ne le seraient pas vraiment et en tout cas moins que ceux qui sont au pouvoir dans les villes et au sommet de l'état. Pour Iochka de toute façon l'important s'appelle Illona, la femme de sa vie qu'il a d'abord cru perdue avant qu'elle ne vienne frapper à sa porte un jour de neige. Leurs corps savent se parler. Nul besoin de trop de mots. Ils sont la quintessence de l'harmonie. Les pages qui relatent leurs retrouvailles sont parmi les plus belles qu'il m'ait été donné de lire sur la façon dont deux êtres fusionnent. C'est somptueux.

Le pays se devine en filigrane, son histoire aussi. Les influences, le pouvoir, la peur, les révolutions et l'inertie. Les violences vécues sont tatouées sous les peaux et les fantômes ne sont jamais loin. Seuls l'alcool et la chair ont le don de les tenir à distance. Les silences sont captivants, chargés en émotions. Mais la figure de Iochka emporte tout sur son passage. Un ouragan de bonté tragique, de tendresse virile, de douleur enfermée. Impossible à oublier. Jamais la chair n'aura été autant perceptible à travers le papier. L'écriture organique de Cristian Fulas - magnifiquement rendue par ses traducteurs - possède une force rare qui m'a totalement emportée. Sans doute ma découverte de l'année.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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La Roumanie, les Carpates, élèvent leurs miscellanées. Une vallée macrocosme riche d'êtres extraordinaires. L'impression fabuleuse d'être en transmutation au coeur d'une épopée criante de sincérité, vivifiante comme le pain qui gonfle sous un tissu, émouvante et vertueuse.
Lire ce roman-monde c'est grandir, étreindre, pleurer et rire. Retranscrire pour nos mémoires l'exemplarité des hôtes des pages. Tout, ici, est cette compassion accomplie pour la vie-même. L'importance des petits riens et des pudiques gestuelles. L'intégrité et la loyauté, l'amour et les endurances aux blessures.
On aime Iochka, cet homme assis sur le banc des résurgences. L'histoire, pas à pas, mot à mot, est une déambulation dans cette ère en noir et blanc (mais que c'est beau!). Dans cette vallée solitaire, cercle infini des mansuétudes. Iochka, sa vie laborieuse, de droiture et la loyauté à fleur de peau. Les mains opératives, rugueuses, noires et divinement belles. Il laisse le passage aux souvenirs. le dos courbé et l'âge vénérable. Lui, et la guerre et la rugosité des épreuves. Les criantes oppressions et le bourreau Ceausescu. L'aurore-boréale aimée : la belle Ilona.
« Elle a demandé à voix basse quand il allait partir, lui a brusquement recouvré la parole et lui a parlé de la vallée, du ruisseau, de la colline qui devenait d'un coup une haute montagne et protégeait le monde, il lui a parlé de la beauté inouïe, de la paix des montagnes, d'une famille et d'enfants... »
Le langage est intrinsèque, à l'instar du linge frais claquant au vent . le regain des alliances et l' aurore assignée aux dires. Les théologales heures des retrouvailles avec le pope dont on aime la simplicité et la parole juste, imagée et lumineuse. Elle, l'épouse fusionnelle, l'amour chevet et les draps froissés d'ardeur et de sueur. Les conjugaisons apprises et comprises. Les mains lianes et la cartographie des corps qui devinent le passage de l'écluse.
Le grand homme Ceausescu qui bouleverse les sillons d'une vallée pourtant protégée des aspérités.
« Les choses avaient changé depuis que le régime avait lui-même changé et que le grand homme était mort avec sa femme un jour de veille de fête. C'était un rude hiver dans la vallée. »
Iochka, le verre à la main comme une passation de force et d'amitié. Eux et lui, camarades à jamais. L'entraide surpassée par l'élan de magnanimité. Il regarde la vallée et voit les merveilles dans le tremblant des miettes de pain. Dans le minuscule mouvement d'un brin d'herbe. Il sait.
« Et chaque conversation devenait une tour de Babel. »
La vallée où l'on trinque plus vite que l'on parle. Dans cette attitude qui brise les apparences et acclame la belle fraternité. Vallée valeureuse où la connivence est une vertu. Une barrière symbolique protège cette fratrie soudée. L'union fait la force !
La trame majestueuse de Cristian Fulas est olympienne, posée, sans un pli aucun, comme une nappe dressée pour les jours de fête. On est en élévation. le chant si certifié qu'il est aurore. Une vallée solidaire où chacun est une veillée au coin du feu pour l'autre.
« Qu'est-ce que le monde sinon une multitude de gens rassemblés ? »
Le contremaître, le docteur, iochka, Ilona, leur enfant, le seul, accompagné par tant d'amour.
« Iochka » homme et rive, livre et perpétuel, la fusion de la noblesse des sentiments et des constances. Car oui, c'est ici le levier de ce grand livre, chef-d'oeuvre, vecteur d'humanité et d'amour universel. La noria des destinées, le pain pour la faim et l'eau pour la soif. Cimes d'une vallée Alcazar, l'exemplarité spéculative.
« Iochka », inépuisable, d'une compassion infinie pour l'intégrité et la rectitude est la preuve même de la beauté. Plus rien d'autre ne compte que de prendre à pleines mains ce livre cardinal.
Une chance infinie allouée à la magistrale et perfectionniste traduction du roumain par F. et F.L. Courriol, binôme salutaire.
Publié par les majeures Éditions La Peuplade.
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Un livre hors du temps, une histoire lente et belle, un livre aux confins de la folie, de l'amitié, de l'amour, un voyage dans les profondeurs de l'âme de ses personnages. Une vallée préservée de la course du monde, une histoire intimiste et un peu irréelle. Ce livre m'a beaucoup plu tant par son contenu que par son style rond, une narration qui adoucit la dureté de certains passages. de petites doses d'humour bienvenues se déversent au fur et à mesure de ce récit long et pas complètement chronologique. Un petit bijou à lire absolument !
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415 pages, deux semaines pour en venir à bout.


Dans une vallée perdue des Carpathes, des hommes construisent une voie ferrée qui n'arrive nulle part, un hôpital psychiatrique héberge des "fous" ou peut-être des opposants au régime. L'électricité est parvenue presque jusqu'à eux.

Iochka s'est installé dans la vallée après avoir fait la guerre avec l'armée roumaine (du côté des Allemands) puis avoir été déporté dans un camp soviétique du côté du Caucase, il trouve la paix dans la vallée et il est rejoint par Ilona.

C'est une histoire d'amour. Les descriptions érotiques sont circonstanciées et parfois tirent en longueur (suis-je forcée de lire tout cela?) .

C'est aussi l'histoire d'amitié virile entre les quatre notables : Iochka, le forgeron, le Contremaître du chantier, le docteur de l'hôpital et le pope qui vit plus haut dans son ermitage. Amitié autour d'une bouteille de palinca.  Ils boivent beaucoup. La gnôle délient les langues, alimente des disputes entre le pope et le docteur athée, scelle des réconciliations. Ils boivent vraiment beaucoup (suis-je forcée de les suivre pendant des pages?).

A force de lire, on découvre les histoires individuelles (je suis restée sur ma faim en ce qui concerne le médecin, comment est-il arrivé là?). Chaque histoire se développe. Chacun se dévoile dans sa complexité. Je m'attache aux personnages.

C'est aussi l'histoire de la Roumanie, toute une tranche d'histoire de la Seconde Guerre mondiale à l'installation des communistes, la chute des Ceausescu, la modernisation qui gagne avec la construction des chalets de touristes dans la vallée.  Histoire désenchantée où la chute du dictateur apporte peu aux gens ordinaires :

Même s'il y a des longueurs, je me suis laissé emporter dans ce roman très exotique pour moi. J'ai bien aimé partager les moments de fête, les traditions orthodoxes gardées fidèlement par la pope beaucoup moins borné que je ne l'imaginais au début, un fin lettré collectionneur d'icones et d'objets d'art.

Roman de tolérance aussi : le Contremaître communiste, le docteur athée, le pope se disputent, comparent leur vision de la vie, se réconcilient, s'associent pour prendre soin de Iochka, le taiseux, l'homme simple.


Lien : https://netsdevoyages.car.bl..
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Cette photo en première de couverture exprime à elle seule la nature du personnage éponyme m'avait tapé dans l'oeil depuis l'annonce des titres de la rentrée. Et puis, il y a des noms de traductrices et traducteurs qui naturellement prédisent une belle lecture. On a peu de choses en français sur Cristian Fulaş, l'auteur roumain, le rabat nous livre tout juste qu'il est également éditeur et traducteur. Près de six cents pages sur un taiseux, Iochka, sur un coin de montagne, sur un bout de vie et un pan d'histoire roumaine. Ce n'est pas une mince affaire que nous présente là Cristian Fulaş, si Molnar Iochka prononce à peine dix lignes à tout casser, ce roman regorge de détails et d'histoires, petites ou grandes, individuelles ou universelles, un long discours, un long bavardage qui prend le silence de Iochka à contre-pied.

Il y a d'abord le contexte, il a la vie de Iochka, jeune garçon, jeune homme, et il y a la vie sur ce bout de montagne, les vies de ceux qui ne savent plus parler, n'en ont plus trop envie et ceux qui créent un lien d'une autre manière. Il y a un long monologue sur le silence. On appréhende très vite que Iochka est un drôle d'oiseau difficile à cerner. Et s'il y a bien une image qu'il faut retenir de lui, mise à part celle de son visage buriné par son passé de soldat, ce sont les mains. Noires de suie, huileuses de la graisse qu'il mange, écorchées des travaux manuels, rugueuses, solides et pourtant délicates et sensuelles pour l'élue. Des mains bien plus bavardes que l'homme à qui elles appartiennent. C'est l'un de ces hommes qui semble toujours avoir été là, dans ces bois, dans un temps sans début ni fin, à ramasser le bois, le brûler, le vendre. Sur un pan des Carpates. Iochka a pourtant une histoire, qui se mêle à celle de son pays, surtout à ses débuts. Plus qu'un homme, c'est une âme, un esprit gravé dans la forêt.

L'écriture, dans un savant de jeu de flash-backs ou de sauts en avant, nous ramène doucement dans le passé de Iochka, ou chaque détail de cette forêt est susceptible de réveiller en lui des souvenirs, pas les meilleurs, d'une jeunesse passée à la guerre, d'une première partie de vie qui a sûrement pris fin sous la bâche d'une carriole, entre les confettis de corps décomposés qui voletaient autour de lui. La deuxième partie de sa vie qui elle aussi s'achève dans la douleur. 560 pages pour Iochka, qui a peu l'occasion de parler, pages qui sont bien plus descriptives que narratives, mais telles qu'elles sont faites, donnent l'impression de n'être qu'une seule et grande, longue description : il n'y a pas d'interligne au début de chaque chapitre, tout semble être un seul et même bloc, les dialogues fondus dans la description, comme s'ils n'avaient pas d'importance, et après tout, il semblerait que ce soit le cas, puisque le discours indirect rapporte bien souvent ces dialogues.

La vie isolée dans cette vallée des Carpates n'occulte pas le pays dans sa globalité et les maux dont il est atteint, en premier lieu par la présence de cet "asile", où sont parqués les anormaux, les hors-systèmes, une mise à l'écart dans un coin perdu d'où ils ne reviendront jamais. L'auteur ne cesse de raconter sur justement cette impossibilité à communiquer pour les personnages, Iochka, le pope ou ce docteur, qui officie à l'asile, cette privation volontaire et personnelle de la parole qui renvoie en un sens à la terreur que fait régner la Securitate, et dont chaque opposant fait les frais. Tandis que non loin, presque à côté, il y a ces "Hurleurs" qui hantent la vallée. 

On ne peut pas rester insensible à cette écriture majestueuse, qui semble être sortie d'un trait de l'esprit créateur de son auteur, brute, et charnue, aussi pleine que Iochka est avare en paroles et en expressions, à force de tournoyer dans cette forêt, il en est devenu une bouche dure et imperméable, immuable au milieu de ces arbres qui étaient là avant lui, qui le seront après. En plein milieu d'un silence, qui n'est pas seulement le sien, un silence d'état, une institution. Finalement, cette forêt n'est pas si loin d'être cette Roumanie, un microcosme à lui seul, on y vit, on y meurt. Avant que ce coin de paradis, parce qu'isolé de la civilisation, ne disparaisse.
Lien : https://tempsdelectureblog.w..
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critiques presse (2)
LeSoir
22 mars 2024
Un magnifique roman venu des Carpates, un ovni absolu au style éblouissant pour survoler et tenter d’approcher le dernier siècle d’histoire de la Roumanie.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LeDevoir
04 novembre 2022
Un roman peut-être un peu long, qui nous fait lui-même, il est vrai, éprouver le temps, avec ses plages et ses replis, baigné par l’amour de la nature
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
On n'oublie pas les choses, on oublie la manière dont elles sont nommées ; on n'oublie pas les gens, on oublie leur nom, ils deviennent ainsi immortels. Ilona le savait mais sans avoir la possibilité de le dire, par ce biais même sa science dépassait I'humain, sa science était pure comme elle, du même niveau de pureté que l'icône et ses personnages, par le fait qu'elle n'était pas nommée, ni dite, de cette manière elle se soustrayait au temps, à l'assujettissement, à la mort. Se taisant, les icônes ne disent donc pas l'immortalité - qui pour les humains est illusoire - et c'est pourquoi elles survivent au temps.
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Il y a des formes de langage qui ne sont pas encore nées au monde, qui sont enfermées dans les objets depuis leur origine et cherchent à l'intérieur de l'homme la façon d'être dites et mises en jeu entre les hommes, et ces trois-là, car l'enfant prenait part forcément à leur tentative pour parler entre eux, semblaient être sur le point d'en trouver une, de dire ce qui ne s'était jamais dit, choses d'une banalité merveilleuse, si fortes qu'elles n'avaient jamais réussi à sortir, malgré tous les efforts, de leur état larvaire et d'exister réellement.
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Deux hommes silencieux qui restaient assis ensemble sur un même banc à regarder les mêmes choses. Ils taisaient leur mutisme bien mieux que tout autre, ils se taisaient et regardaient, et quelque part dans l'espace créé par leur silence s'inscrivait le monde qu'ils habitaient depuis toute une vie; dans leurs yeux logeaient la vallée, tous leurs souvenirs, peu nombreux, souvenirs de gens simples et silencieux.
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Iochka et Ilona vivaient isolés dans le désert de la vallée, vivaient comme si autour d’eux il n’y avait rien eu d’autre en dehors du petit espace de leur habitation, et même s’il allait au travail et essayait de le faire correctement, la fatigue et le fait de penser continuellement à son fils empêchaient Iochka de parler aux gens, il s’enfermait encore plus dans le silence qui l’avait accompagné toute sa vie, silence qui devenait de plus en plus épais, comme une signature de sa présence.
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Le pope s'est approché sans mot dire, on ne l'entendait pas marcher, son corps semblait ne pas déplacer d'air quand il traversait la cour, il s'est assis à côté de lui sur le banc pour regarder la vallée du même point. Peut-être disait-il une prière pour la disparue, peut-être qu'il le faisait lui aussi chaque jour mais sans prononcer le moindre mot, il ne parlait pas à Iochka, il se contentait de rester assis sur le banc à ses côtés et de contempler la vallée, de se taire comme se taisent toutes les bonnes choses de ce monde. Ils se taisaient tous les deux depuis longtemps, depuis plus de vingt ans peut-être, assis sur le même banc, chaque jour à la même heure. Et dans ce silence, la prière du prêtre, cette pensée généreuse, s'élevait au ciel avec une force double. Deux hommes silencieux qui restaient assis ensemble sur un même banc à regarder les mêmes choses. ils taisaient leur mutisme bien mieux que tout autre, ils se taisaient leur mutisme bien mieux que tout autre, ils se taisaient et regardaient, et quelque part dans l'espace créé par leur silence s'inscrivait dans le monde qu'ils habitaient depuis toute une vie ; dans leurs yeux logeaient la vallée, tous leurs souvenirs, peu nombreux, souvenirs de gens simples et silencieux. Silence contre silence, ils n'étaient que deux silences, qui ne parlaient de rien parce qu'ils s'étaient tout dit en l'absence des mots, justement. À quoi bon les mots, s'ils se tenaient sous le grand chêne et si le temps était, et la terre aussi, et le feu et l'eau et l'air, et Dieu, si tout était comme il pouvait l'être dans leur monde, le plus simple des mondes possibles ? Le silence seul, le rien de ce silence, l'absence du murmure du ruisseau, le bruissement des feuilles, tout ce qui comptait c'était cela. Et l'amour, gage de toutes ces choses-là, se disait le pope en regardant les paumes usées de ce vieil homme, ces paumes qui reposaient paisiblement sur ses genoux comme dans les icônes, ces paumes sales et calleuses mais tournées, et pas par hasard, vers le bleu du ciel. 
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