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ISBN : 2350872181
Éditeur : Editions Héloïse d'Ormesson (18/04/2013)

Note moyenne : 3.52/5 (sur 75 notes)
Résumé :
Avec l’avènement du Troisième Reich, l’existence insouciante de quatre jeunes Berlinois bascule. Persécutés, ils s’exilent en Angleterre. Depuis Londres, ils tentent d’alerter le monde, désespérément aveugle, sur la terrible menace que représentent Hitler et le régime nazi.
Inspiré d’une histoire vraie, "Tout ce que je suis" met en lumière la destinée héroïque et tragique de ce petit groupe de militants qui organisèrent au péril de leur vie une résistance ach... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
sandrine57
  19 octobre 2013
Ils étaient jeunes, ils étaient beaux, ils rêvaient pour leur pays de paix, de solidarité, de liberté, d'égalité. "Ils", ce sont Ruth, Dora, Hans et Ernst, une bande d'amis, journalistes ou auteurs, photographes ou étudiants. Et leur pays, c'est l'Allemagne, une nation exsangue après la défaite de 14-18 mais où tout est à faire pour un monde meilleur. Adhérents du Parti des travailleurs socialistes, ils luttent pour ne plus jamais être soldat et devoir se battre dans les tranchées, pour que les femmes soient les égales de des hommes, pour que les ouvriers puissent vivre décemment. L'arrivée d'Hitler au pouvoir brise leur élan. Elu démocratiquement, le führer ne tarde pas à s'emparer des pleins pouvoirs et à instaurer la terreur. Les opposants au régimes sont abattus, envoyés dans les premiers camps de concentration ou déchus de leur nationalité et contraints à l'exil. Ruth, Dora, Hans et Ernst arrivent ainsi à Londres où, malgré l'interdiction faite par le gouvernement , ils s'organisent pour dénoncer le régime nazi et ouvrir les yeux des démocraties européennes sur les velléités guerrières du nouveau chef d'état. Mais l'Allemagne ne tolère aucune critique. Les dissidents sont menacés, enlevés, tués, même en territoire étranger. C'est au prix fort qu'ils paient leurs convictions et leurs engagements.
Quelques soixante-dix ans plus tard, Ruth, professeure de littérature à la retraite, reçoit, en Australie, son pays d'adoption, un colis contenant les derniers écrits d'Ernst, un récit de ces évènements rédigés dans une chambre d'hôtel new-yorkaise, juste avant la deuxième guerre mondiale. Au fil de sa lecture, Ruth se souvient...de sa jeunesse, de son amour pour Hans, de sa cousine Dora et d'Ernst son éternel amant. Défilent alors la lutte, la politique, les engagements, les amours, les trahisons, les persécutions, tous les amis qui se sont battus en vain contre la montée du nazisme.

Intrigues politiques et amoureuses se conjuguent dans cette fiction très réussie, basée sur des faits réels, que l'auteure a entrepris d'écrire après sa rencontre avec Ruth, seule survivante de la bande d'amis idéalistes. Elle a choisi d'entremêler les souvenirs de Ruth, en Australie en 2001 avec ceux d'Ernst Toller, à New-York, en 1939. le procédé, déstabilisant dans les premières pages, finit par ne plus gêner, à mesure que l'on s'y habitue et que les deux récits se rejoignent. Finalement, on est pris dans cette histoire et on ne la lâche plus jusqu'aux dernières pages. Avec brio, Anna FUNDER revient sur une époque qui a fait l'objet de tant de livres, films et documentaires, qu'on croit la connaitre par coeur, mais elle le fait du point de vue de la résistance allemande dont on parle peu en définitive. Et pourtant, quel courage il fallait pour oser s'opposer aux nazis ! Réfugiés en Grande-Bretagne, en France, en Tchécoslovaquie, ou ailleurs, désormais apatrides, ils vivaient de peu, n'ayant droit à aucune activité professionnelle ou politique. Révoltés par les agissement d'Hitler, inquiets pour leur pays, mais profondément convaincus que le nazisme ne saurait perdurer, ils ont sacrifié jeunesse, amours, famille au service de leur cause. Comment penser à l"avenir quand l'Allemagne prépare la guerre? Comment envisager de fonder une famille alors que le danger rôde, partout, tout le temps ? Jeunesse perdue, avenir incertain, ils se sont brûlés les ailes au feu de l'Histoire. Certains, perdus loin de leur pays, de tout ce qui était leur vie, ont renoncé à leurs idéaux dans l'espoir de redevenir "quelqu'un", ils ont trahi par faiblesse, par peur ou par désespérance.
L'histoire bouleversante de Ruth, Hans, Dora et Ernst, de vraies personnes devenues personnages de roman, est rendue merveilleusement dans un récit balayé par le souffle de l'Histoire. Ces destins tragiques, brisés, nous emportent dans un tourbillon d'émotions qui vont de l'admiration à la pitié, en passant par la tristesse et l'effroi. Une belle réussite, portée par une plume sensible, qui a su s'effacer pour laisser la parole à ses héros méconnus. Enrichissant, passionnant, magistral !
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palamede
  19 février 2015

Dans les années 30, quatre jeunes intellectuels berlinois s'opposent à la montée du Parti national-socialiste. Ils sont pacifistes et juifs.
Ernst Toller, Ruth Becker, Dora Fabian et Hans Wesermann ont participé à la révolution socialiste allemande de 1919. Ernst Toller est le leader du Parti social-démocrate et est un écrivain reconnu de l'entre-deux guerres. Il est au centre d'un groupe d'amis et militants socialistes qui combat l'accession au pouvoir d'Hitler et du parti nazi en Allemagne.
Après l'incendie du Reichstag — prétexte pour des arrestations et assassinats de communistes et de juifs— ils vont être contraints de quitter leur pays et de se réfugier à Londres. Déterminés à continuer la lutte malgré leurs visas anglais qui prohibent « toute activité politique de quelque nature qu'elle soit », ils organisent des réunions, distribuent des tracts et collectent des fonds pour soutenir les émigrés les plus démunis.
En Allemagne, les nazis prennent des mesures visant à éliminer totalement ceux qu'ils considèrent comme leurs ennemis. Certains d'entre eux sont déchus de la nationalité allemande et perdent tout ce qu'ils possèdent ; c'est le cas d'Ernst Toller. Cela n'empêche pas les émigrés allemands d'organiser à Londres un contre-procès de l'incendie du Reichstag — procès visant à prouver le complot nazi contre les communistes et à montrer aux yeux du monde le danger que représente Hitler.
Anna Funder utilise un récit à deux voix pour nous rappeler qu'il a existé une opposition allemande à l'avènement du troisième Reich. Ces voix sont celles d'Ernst Toller en 1939, exilé aux Etats-Unis, et de Ruth Weisermann aujourd'hui, installée en Australie. Cette construction du récit est parfois déroutante – on se perd parfois entre les époques et les narrateurs – mais elle est à l'image de la complexité de la situation des personnages et du contexte politique mondial dans lequel ils évoluent.
Inspirée d'une histoire vraie, ce roman nous montre que le monde n'était pas prêt à résister au nazisme. Ceux qui, comme Ernst Toller, Ruth Becker ou Dora Fabian, ont révélé ce qui se passait en Allemagne, n'ont pas été écoutés. Ils y ont laissé leur vie.


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sabine59
  20 avril 2018

L'auteur est australienne, son long roman , inspiré par la vie de son amie Ruth Blatt, à qui elle veut rendre hommage, je l'ai trouvé captivant et poignant aussi.
Deux points de vue alternent, au présent et au passé : celui de Ruth, très âgée et malade, et celui d'Ernst Toller, auteur allemand qui a réellement existé , ayant dû s'exiler, décédé en 1939.
Tout commence en 1933, à Berlin. Ruth et sa cousine Dora intègrent un groupe de militants anti-nazis . Inquiétés par la police, ils devront tous quitter l'Allemagne. Depuis l'Angleterre, ils essaieront d'alarmer les autres pays du danger que représente Hitler. L'exil difficile, les trahisons terribles, les meurtres froidement et injustement prémédités vont alors faire exploser l'unité de leur groupe idéaliste.
A travers son autobiographie, Ernst Toller évoque la femme qu'il a aimée, Dora, et qui est morte tragiquement. Il laissera dans un coffre-fort un message demandant que son manuscrit soit envoyé à Ruth. Mais elle ne le recevra que longtemps après...
J'ai beaucoup aimé ce que Ruth dit à propos de son lien et de celui d'Ernst à Dora:" Nous étions les deux êtres dont elle était le soleil. Nous évoluions dans son orbite, et c'est sa force à elle qui nous faisait avancer." C'est vrai que Dora était une belle personne, passionnée, courageuse, déterminée dans ses convictions. Jusqu'à en perdre la vie.
La pensée de toutes ces vies brisées par le nazisme fait toujours frémir.
Un témoignage fort et émouvant.
Des destins tragiques à ne pas oublier.
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JenniferW
  10 avril 2013
Dans la plupart des romans, la narration respecte tout au long du récit le temps grammatical employé dès les premiers verbes. On découvre l'univers d'un personnage, le lecteur est comme immergé dans la vie de celui-ci – ses amours, ses tracas, ses faiblesses - puis viennent les dernières pages et l'on quitte ce personnage sur un bonheur, un mariage, un voyage : bref, sur un événement qui clôt glorieusement le récit et apporte une satisfaction attendue au lecteur. Cependant, après cette dernière page les personnages continuent d'exister - au moins dans l'imagination de l'écrivain - et libre à chacun de rêver la suite.
Tout ce que je suis déroge à ce schéma classique. Grâce à une double narration, les époques se croisent et les temps nous jouent des tours : le présent revit le passé, et le passé se souvient d'un passé lointain. Les personnages, découverts sous différents angles temporels, sont comme mis à nus. Anne Funder propose un récit minutieusement réfléchi et agréablement soigné, qui ne laisse aucune question en suspend lorsque l'on tourne la dernière page : il s'agit vraiment d'un excellent roman.
« Un colis FedEx sur le paillasson. Je me penche tant bien que mal pour le ramasser, avec ma patte raide : imaginez une girafe chauve dans une robe de chambre sans nom... Je plains le passant qui pourrait m'apercevoir, pauvre gloire avec ses trois poils de cul sur la tête. Un frisson de plaisir pervers me traverse à cette idée, puis je me dis que les enfants pourraient me voir, et là, non merci, je n'ai aucune envie de les épouvanter. »
Le roman commence de manière inattendue par le récit teinté d'humour d'une dame presque centenaire qui raconte son quotidien au présent de l'indicatif. Si celui-ci n'a rien de drôle et semble morne et insipide, elle parvient à le rendre intéressant en maquillant sa souffrance ainsi que la détresse de sa vieillesse par une bonne dose d'autodérision comme seules les personnages âgées peuvent le faire. le récit est parfaitement honnête et le rire est franc. On tourne les pages et l'on découvre Ruth : sa maladie, sa maison, sa calvitie, sa femme de ménage. le récit s'attache aux plus petits détails et l'on s'impatiente quelque peu de ce récit qui piétine : qu'il est difficile de réaliser combien la vieillesse rend la vie fade et insignifiante.
« J'adore Central Park. En ce moment, un homme juché sur une caisse à savon harangue les passants, et tente de les rassembler comme des papiers chassés par le vent. Je connais ce sentiment, ces yeux qui hurlent « le monde m'appartient, arrêtez et écoutez moi, je peux tout vous révéler ». C'est cette promesse, d'une pensée tout juste éclose, d'une foi nouvelle, que fait l'Amérique à tous ses nouveaux arrivants. »
Le deuxième chapitre s'ouvre sur un nouveau personnage : Toller, qui prend le relais de la narration. Sa voix masculine est moins fraîche, moins drôle : il semble vieux et fatigué, engoncé dans le fauteuil d'une chambre d'hôtel. C'est un vieux bonhomme qui souhaite apporter quelques modifications au récit autobiographique qu'il a écrit quelques années plus tôt et ainsi faire revivre par la magie des mots son amour disparue. On découvre sa vie à l'hôtel, encore plus terriblement morne que la vie toute ridée menée par Ruth, et on fait brièvement connaissance avec sa secrétaire, Clara. Lorsque Toller commence à dicter quelques phrases à celle-ci, on comprend que non seulement son récit, mais également tout son existence sont imprégnés par la politique allemande et les deux grandes guerres.
« A l'été 1914, tout le monde voulait la guerre, moi compris. On nous disait que les Français avaient déjà attaqué, que les Russes se massaient à nos frontières. le Kaiser nous avait tous appelés à défendre la nation, quelle que soit notre appartenance politique ou religieuse. « Je ne connais plus de partis, je ne connais que des allemands... », avait-il déclaré, avant de poursuivre : « Mes chers Juifs... » Mes chers Juifs ! Quelle émotion pour nous d'être personnellement conviés au combat ! Cette guerre semblait sacrée et héroïque, pareille à ce qu'on nous avait enseigné à l'école. Quelque chose qui donnerait un sens à la vie et nous rendrait purs.
Qu'avions-nous fait, de toute notre existence, pour mériter ce genre de purification ? »
A ce stade du récit, le lecteur trépigne : nulle trace des quatre jeunes militants allemands présentés dans la quatrième de couverture, nulle évocation du régime nazi. le récit est lent, à l'image de ces deux narrateurs que l'on sent fatigués, physiquement comme intellectuellement – la lecture n'est donc pas captivante. Néanmoins, on s'étonne du choix d'une double narration par chapitres alternés – et la surprise est plus grande encore lorsque l'on découvre que soixante-trois années séparent ces deux récits : Toller confie ses pensées en 1939, alors que Ruth narre son assommante réalité en 2002.
« le chat gratte à la porte ! Qui l'a laissé sortir ? Scratch, scratch.
Mein Gott, ce que j'ai mal au cul à force d'être assise. Ah, ben oui c'est vrai, je n'ai pas de chat. C'est une clé dans la serrure, quelqu'un qui entre.
Bev se tient devant moi, l'air contrarié. Par ma faute, c'est sûr. Quoique, à y regarder de plus près, d'autres options me paraissent possibles : sa teinture maison, d'un rose-orangé venu d'ailleurs, ou son oeil malade qui parpalège comme un fou aujourd'hui. A moins que ce ne soit sa voleuse de fille, Seena, une ex-infirmière accro à l'héroïne, dont le triste sort, je m'en suis rendue compte au fil des ans, est tellement terrible que Bev préfère éviter le sujet.
-Bon, alors, bougonne-t-elle, on prend racine ? »
Encore quelques pages et le mystère se dénoue par la magie de quelques phrases : on comprend et on jubile ! Car si le choix narratif d'Anne Funder est audacieux, il est surtout ingénieux.
Ruth commence à souffrir d'une dégénérescence de la mémoire qui se traduit par une quasi-incapacité à restituer des événements très récents – ainsi, elle ne parvient pas à se souvenir du nom du médecin qui la soigne - ainsi que par un reflux d'anciens souvenirs qui semblaient oubliés, mais qui resurgissent dans son esprit aussi nettement que s'il s'agissait de la réalité. Durant les premiers jours, ces souvenirs sont brefs et sont déclenchés par des éléments du présent – un bruit, une couleur, une odeur. Puis, progressivement, ces souvenirs s'allongent et empiètent de plus en plus sur le présent et la réalité de Ruth. Celle-ci se laisse submerger et n'essaie pas de reprendre le contrôle de sa mémoire, car ces souvenirs la font revivre et surtout, insuffle une nouvelle vie à des êtres chers disparus. Ainsi, le passé envahit le présent graduellement et le lecteur est emmené très naturellement dans le passé, alors qu'Hitler est sur le point d'être nommé chancelier.
« ...nous étions convaincus que le peuple, une fois correctement informé, reprendrait ses esprits et pencherait du côté de la liberté. Nous nous trompions : c'était sous-estimer le pouvoir de séduction du nazisme, ce dépassement du moi qu'il offrait, cet abandon, corps et âme, au collectif. »
On découvre quelques jeunes Allemands engagés dans la vie politique de leur pays : alors qu'Hitler est nommé chancelier, ils ne renoncent pas à leurs idéaux et poursuivent leur militantisme contre le régime nazi. C'est tout entier, corps et âme, qu'ils s'engagent dans leurs actions politiques, même dans l'exil, alors qu'ils n'ont plus ni maison, ni famille, ni vêtements, même dans la misère et la famine, même sous les menaces et l'oppression nazie: ces hommes et ces femmes donnent leur vie pour défendre leurs convictions. Ils souhaitent anticiper la guerre, changer l'opinion publique allemande, faire comprendre aux pays d'Europe qu'Hitler se prépare à les attaquer, mais le monde est sourd à leurs cris et aveugle à leurs écrits. Ils se démènent pour braver les interdits imposés par leur statut de réfugié et correspondre avec ceux qui sont encore en Allemagne et qui n'ont pas encore été emprisonnés ou assassinés - ces héros dont on ne parle jamais et grâce auxquels de précieux documents sont sortis des bureaux d'Hitler. Ruth, Dora, Hans et tant d'autres rassemblent des preuves, traduisent jours et nuits des courriers et rédigent des articles qu'ils parviennent à glisser dans la presse anglaise. « L'épée de Damoclès de l'expulsion se balançait au-dessus de nos têtes. »
Durant près de cinq cents pages, on suit leur terrible combat contre les injustices du Troisième Reich, mais aussi le combat qu'ils se livrent à eux-même pour ne pas sombrer dans la détresse et dans la peur, pour ne pas succomber à leurs propres démons.
Le récit de Toller est différent mais tout aussi enrichissant. Détaché du réseau des militants, il est surtout dramaturge et poète avant d'être un militant socialiste. Grâce à ses pièces de théâtre, il transmet des messages forts au peuple et dénonce ainsi les injustices du Troisième Reich. Excellent orateur, il participe à de nombreuses conférences : il use ainsi de sa notoriété et de son charisme pour soutenir les actions des militants socialistes. Ses souvenirs coïncident avec ceux de Ruth et permettent de les étoffer car il s'attache plus à la psychologie des personnages et aux événements externes à cette lutte politique permanente.
Alors que les personnages décrits par Ruth sont forts et dynamiques, toujours dans la réflexion et dans l'action, le récit de Toller permet d'en montrer les faiblesses, et notamment celles de Dora qui est le personnage le plus fort de l'histoire. C'est elle qui est au coeur du réseau des résistants allemands, toute sa vie et toute son énergie sont consacrés à son combat contre Hitler et le nazisme. Elle fume cigarette sur cigarette, se ronge les ongles jusqu'au sang et ne dort quasiment plus depuis son exil forcé : sa chambre est envahie de dossiers et de piles de lettres qu'elle traduit, de journaux qu'elle étudie, et d'autres documents illégaux. Toller est son amant. Leur amour est puissant, mais les moeurs de l'époque prônent la liberté sexuelle et le détachement sentimental – alors ils taisent la profondeur de leurs sentiments et s'amusent de leur relation. Malheureusement, lorsque Dora décide de se donner toute entière à sa lutte, elle néglige sa vie sentimentale et oublie l'essentiel. Toller, bien qu'artiste engagé, souhaite vivre un amour intense et peut-être construire une vie de famille : c'est ainsi que petit à petit, leur relation s'étiole. Toller emménage avec une autre femme. C'est une défaite pour Dora, cette battante qui se dédie entièrement à une cause et oublie de se battre pour elle-même : le peu d'énergie qu'elle conservait pour Toller, elle le consacre alors à son combat. Ce n'est plus une femme, c'est l'incarnation même du militantisme social anti-nazi : elle fait le choix de mourir pour idées qu'elle défend. Car s'opposer à Hitler, c'est décider de mourir. le récit de Toller permet donc de donner plus de profondeur aux personnages et de réaliser l'ampleur de leurs sacrifices.
L'écriture d'Anna Funder est parfaite, chaque phrase est écrite avec intelligence. Malgré la complexité des événements politiques en Allemagne, le récit reste simple à comprendre et se lit avec une étonnante facilité. Les personnages apparaissent subtilement et prennent au fil des pages une vraie épaisseur : l'auteur s'attache à les décrire aussi bien physiquement que sur un plan psychologique, et leur investissement politique vient parfaire cette description. Rien n'est négligé ou laissé au hasard, la plume de l'auteur sert efficacement l'histoire. Tout semble si vrai ! J'avais l'impression de lire une autobiographie, tellement le récit est réaliste et les émotions vivantes ! L'écriture est si joliment travaillée qu'elle se laisse oublier, ce qui permet au lecteur de se concentrer sur l'histoire et de l'apprécier à sa juste valeur.

Tout ce que je suis est un roman très fort et très enrichissant. Enfin un roman traduit en français qui met en avant la lutte des allemands contre la montée du nazisme ! La résistance française est régulièrement mise à l'honneur dans les libraires, mais il est bien plus intéressant de se plonger dans la résistance allemande de l'avant-guerre ! Les Allemands ont si souvent été critiqués que l'on oublie les actes héroïques accomplis par ceux d'entre eux qui ont refusé de se plier à un gouvernement totalitaire et ont décidé de se battre pour sauver des vies. Il faut un courage immense et une force de volonté incroyable pour se battre contre des frères, des maris, des amis, des collègues, pour se battre contre son propre peuple au péril de sa vie. Déchus de leur nationalité, contraints à l'exil et menacés d'assassinats dans les camps de concentration, ces militants allemands n'ont jamais cessé de se battre pour la liberté et les droits individuels. Tout ce que je suis est un roman à la fois magnifique et tragique dont la trame est constituée de faits réels et de personnages ayant existé, ce qui renforce la valeur de l'ouvrage et sa puissance littéraire. C'est un livre que je relirai sans hésitation, une vraie excellente découverte, un coup de coeur exceptionnel.
« Quand Hitler est arrivé au pouvoir le 30 janvier 1933, mon amie Ruth et ses amis ont fui l'Allemagne, et c'est en exil qu'ils ont tenté de faire tomber le dictateur. Ce livre retrace leur histoire, ou plutôt ma version de leur histoire. Ce livre en est une reconstitution à partir de fragments fossiles – un peu comme l'on pourrait garnir de peau et de plumes un assemblage d'os de dinosaures, pour tenter de se faire une idée de la bête dans son entier.(...) »


Je remercie l'équipe de Libfly ainsi que les éditions Héloïse d'Ormesson pour la confiance dont ils m'honorent.
Lien : http://www.reveries-litterai..
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Annette55
  27 juillet 2014
Ce livre passionnant retrace la vie de quatre jeunes allemands: Ernst, écrivain,Hans, journaliste,Dora et Ruth,pamphlétaire et photographe, pacifistes socialistes dont les voix s'élèvent avec générosité, force et courage indomptables malgré les dangers inhérents à l'époque,pour dénoncer la montée du national socialisme entre 1918 et 1933 et la naïveté ou la cécité coupables de leurs concitoyens....
Leur vie privée est mêlée intimement à leur idées politiques....
Dés lors , leur insouciance bascule......
Ces quatre jeunes berlinois sont obligés de s'exiler en Angleterre..
Depuis la capitale londonienne, ils essaient en vain, avec des moyens dérisoires, d'une manière désespérée, d'alerter le monde sur les menaces que représentent
Hitler et le régime Nazi...
"La peur fait le lit de la dictature", dans une langue belle et simple, on traverse le siècle aux côtés de Ruth, qui se souvient de la destinée héroïque, tragique de ses compagnons, plongés dans un climat de terreur, rongés par l'angoisse et l'incertitude: Dora, jetée en prison pendant cinq ans, dont trois à l'isolement,Ernst , surveillé constamment, Hans dont le destin changera....
Les amours se fragilisent. La trahison,l'oubli et le mal se profilent dans cet ouvrage impressionnant! le mal en tant qu'outil extérieur mais aussi en tant que force obscure....
Comment de jeunes intellectuels allemands, d'origine bourgeoise,pour certains aisés, organisèrent t- ils, au péril de leur vie, par idéal politique, une résistance acharnée contre le mal absolu?? peu d'ouvrages retracent ce côté chez les allemands .....
Les cent cinquante premières pages sont assez difficiles à suivre, chaque chapitre est consacré à un personnage avec des retours en arrière constants....
Ensuite on épouse le rythme de ce ballet d'ombres inspiré d'une histoire vraie....où la politique côtoie l'histoire, l'amour et la trahison....
C'est quand même un roman mais je dirai qu'il est traversé par une vision politique au contexte historique fort....
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critiques presse (2)
Telerama   07 août 2013
Anna Funder offre à chacun de ces témoins que nul ne voulut entendre une voix singulière, qui porte loin.
Lire la critique sur le site : Telerama
Bibliobs   28 juin 2013
La romancière australienne Anna Funder raconte la révolte de juifs antinazis dans l'Allemagne hitlérienne. Impressionnant.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
letitbeletitbe   02 août 2013
Cette vie immense - la vraie vie, cette vie intérieure dans laquelle nous restions liés aux morts (puisque le rêve passe outre à ces bagatelles que sont le souffle et l'absence) -, cette vie immense nous échappe totalement. Tout ce que nous avons vu, tous ceux que nous avons connus pénètrent en nous et nous constituent, que cela nous plaise ou non. Nous sommes liés les uns aux autres par une trame invisible dont nous ignorons les effets. Un noeud ici, une maille sautée là, une bosse là-bas, et une fois tissée, c'est toute la tapisserie qui change.
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tynntynn   18 septembre 2013
Bizarrement, on a en général moins peur de ce qu'on a sous les yeux, en l'occurrence de gamins en uniforme sous les ordres d'un représentant en brillantine complètement enragé. On ne se laisse pas effrayer par ce qui est risible, la peur s'épanouit mieux dans l'invisible.
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Annette55Annette55   27 juillet 2014
Entre les appels téléphoniques, les lettres et les regards qui, dans la rue, guettaient sous des chapeaux à large bord, nous avions désormais le sentiment, à l'appartement de Great Ormond Street, de vivre en état de siège. Nous essayons de ne pas trop y penser--sinon nous serions devenus Fous....
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letitbeletitbe   02 août 2013
L'amour tient pour une grande part à de la curiosité, à la recherche, chez l'autre, de quelque part infime de soi. Et quel bonheur, un jour, de sortir de la caverne de l'autre, une bougie d'anniversaire dans la main, un filament de minerai dans l'autre, et de dire : " Moi aussi, je suis fait de ça!"
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NiradeNirade   06 octobre 2015
Dring Dring....
J'ouvre. La camionette a déjà filé, juste le temps de lire, en lettres violettes sur la carrosserie, ''Le monde pile à l'heure''. Sept heures du matin ! Un chouïa trop tôt, si vous voulez mon avis.
Un colis FedEx sur la paillasson. Je me penche tant bien que mal pour le ramasser, avec ma patte raide : imaginez une girafe chauve dans une robe de chambre sans nom.... Je plains le passant qui pourrait m'apercevoir, pauvre gloire avec ses trois poils du cul sur la tête. Un frisson de plaisir pervers me traverse à cette idée, puis je me dis que des enfants pourraient me voir, et là, non merci, je n'ai aucune envie de les épouvanter.
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Video de Anna Funder (1) Voir plusAjouter une vidéo

Anna Funder : Stasiland
Dans une pièce de la Cité internationale universitaire de Paris dans le 14ème arrondissement, Olivier BARROT reçoit Anna FUNDER pour son livre "Stasiland", enquête sur la police d'état de l'Allemagne de l'est entre 1949 et 1989.
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