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Critiques sur Tout ce que je suis (31)
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sandrine57
  19 octobre 2013
Ils étaient jeunes, ils étaient beaux, ils rêvaient pour leur pays de paix, de solidarité, de liberté, d'égalité. "Ils", ce sont Ruth, Dora, Hans et Ernst, une bande d'amis, journalistes ou auteurs, photographes ou étudiants. Et leur pays, c'est l'Allemagne, une nation exsangue après la défaite de 14-18 mais où tout est à faire pour un monde meilleur. Adhérents du Parti des travailleurs socialistes, ils luttent pour ne plus jamais être soldat et devoir se battre dans les tranchées, pour que les femmes soient les égales de des hommes, pour que les ouvriers puissent vivre décemment. L'arrivée d'Hitler au pouvoir brise leur élan. Elu démocratiquement, le führer ne tarde pas à s'emparer des pleins pouvoirs et à instaurer la terreur. Les opposants au régimes sont abattus, envoyés dans les premiers camps de concentration ou déchus de leur nationalité et contraints à l'exil. Ruth, Dora, Hans et Ernst arrivent ainsi à Londres où, malgré l'interdiction faite par le gouvernement , ils s'organisent pour dénoncer le régime nazi et ouvrir les yeux des démocraties européennes sur les velléités guerrières du nouveau chef d'état. Mais l'Allemagne ne tolère aucune critique. Les dissidents sont menacés, enlevés, tués, même en territoire étranger. C'est au prix fort qu'ils paient leurs convictions et leurs engagements.
Quelques soixante-dix ans plus tard, Ruth, professeure de littérature à la retraite, reçoit, en Australie, son pays d'adoption, un colis contenant les derniers écrits d'Ernst, un récit de ces évènements rédigés dans une chambre d'hôtel new-yorkaise, juste avant la deuxième guerre mondiale. Au fil de sa lecture, Ruth se souvient...de sa jeunesse, de son amour pour Hans, de sa cousine Dora et d'Ernst son éternel amant. Défilent alors la lutte, la politique, les engagements, les amours, les trahisons, les persécutions, tous les amis qui se sont battus en vain contre la montée du nazisme.


Intrigues politiques et amoureuses se conjuguent dans cette fiction très réussie, basée sur des faits réels, que l'auteure a entrepris d'écrire après sa rencontre avec Ruth, seule survivante de la bande d'amis idéalistes. Elle a choisi d'entremêler les souvenirs de Ruth, en Australie en 2001 avec ceux d'Ernst Toller, à New-York, en 1939. le procédé, déstabilisant dans les premières pages, finit par ne plus gêner, à mesure que l'on s'y habitue et que les deux récits se rejoignent. Finalement, on est pris dans cette histoire et on ne la lâche plus jusqu'aux dernières pages. Avec brio, Anna FUNDER revient sur une époque qui a fait l'objet de tant de livres, films et documentaires, qu'on croit la connaitre par coeur, mais elle le fait du point de vue de la résistance allemande dont on parle peu en définitive. Et pourtant, quel courage il fallait pour oser s'opposer aux nazis ! Réfugiés en Grande-Bretagne, en France, en Tchécoslovaquie, ou ailleurs, désormais apatrides, ils vivaient de peu, n'ayant droit à aucune activité professionnelle ou politique. Révoltés par les agissement d'Hitler, inquiets pour leur pays, mais profondément convaincus que le nazisme ne saurait perdurer, ils ont sacrifié jeunesse, amours, famille au service de leur cause. Comment penser à l"avenir quand l'Allemagne prépare la guerre? Comment envisager de fonder une famille alors que le danger rôde, partout, tout le temps ? Jeunesse perdue, avenir incertain, ils se sont brûlés les ailes au feu de l'Histoire. Certains, perdus loin de leur pays, de tout ce qui était leur vie, ont renoncé à leurs idéaux dans l'espoir de redevenir "quelqu'un", ils ont trahi par faiblesse, par peur ou par désespérance.
L'histoire bouleversante de Ruth, Hans, Dora et Ernst, de vraies personnes devenues personnages de roman, est rendue merveilleusement dans un récit balayé par le souffle de l'Histoire. Ces destins tragiques, brisés, nous emportent dans un tourbillon d'émotions qui vont de l'admiration à la pitié, en passant par la tristesse et l'effroi. Une belle réussite, portée par une plume sensible, qui a su s'effacer pour laisser la parole à ses héros méconnus. Enrichissant, passionnant, magistral !
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sabine59
  20 avril 2018

L'auteur est australienne, son long roman , inspiré par la vie de son amie Ruth Blatt, à qui elle veut rendre hommage, je l'ai trouvé captivant et poignant aussi.

Deux points de vue alternent, au présent et au passé : celui de Ruth, très âgée et malade, et celui d'Ernst Toller, auteur allemand qui a réellement existé , ayant dû s'exiler, décédé en 1939.

Tout commence en 1933, à Berlin. Ruth et sa cousine Dora intègrent un groupe de militants anti-nazis . Inquiétés par la police, ils devront tous quitter l'Allemagne. Depuis l'Angleterre, ils essaieront d'alarmer les autres pays du danger que représente Hitler. L'exil difficile, les trahisons terribles, les meurtres froidement et injustement prémédités vont alors faire exploser l'unité de leur groupe idéaliste.

A travers son autobiographie, Ernst Toller évoque la femme qu'il a aimée, Dora, et qui est morte tragiquement. Il laissera dans un coffre-fort un message demandant que son manuscrit soit envoyé à Ruth. Mais elle ne le recevra que longtemps après...

J'ai beaucoup aimé ce que Ruth dit à propos de son lien et de celui d'Ernst à Dora:" Nous étions les deux êtres dont elle était le soleil. Nous évoluions dans son orbite, et c'est sa force à elle qui nous faisait avancer." C'est vrai que Dora était une belle personne, passionnée, courageuse, déterminée dans ses convictions. Jusqu'à en perdre la vie.

La pensée de toutes ces vies brisées par le nazisme fait toujours frémir.

Un témoignage fort et émouvant.
Des destins tragiques à ne pas oublier.
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palamede
  19 février 2015

Dans les années 30, quatre jeunes intellectuels berlinois s'opposent à la montée du Parti national-socialiste. Ils sont pacifistes et juifs.

Ernst Toller, Ruth Becker, Dora Fabian et Hans Wesermann ont participé à la révolution socialiste allemande de 1919. Ernst Toller est le leader du Parti social-démocrate et est un écrivain reconnu de l'entre-deux guerres. Il est au centre d'un groupe d'amis et militants socialistes qui combat l'accession au pouvoir d'Hitler et du parti nazi en Allemagne.

Après l'incendie du Reichstag — prétexte pour des arrestations et assassinats de communistes et de juifs— ils vont être contraints de quitter leur pays et de se réfugier à Londres. Déterminés à continuer la lutte malgré leurs visas anglais qui prohibent « toute activité politique de quelque nature qu'elle soit », ils organisent des réunions, distribuent des tracts et collectent des fonds pour soutenir les émigrés les plus démunis.

En Allemagne, les nazis prennent des mesures visant à éliminer totalement ceux qu'ils considèrent comme leurs ennemis. Certains d'entre eux sont déchus de la nationalité allemande et perdent tout ce qu'ils possèdent ; c'est le cas d'Ernst Toller. Cela n'empêche pas les émigrés allemands d'organiser à Londres un contre-procès de l'incendie du Reichstag — procès visant à prouver le complot nazi contre les communistes et à montrer aux yeux du monde le danger que représente Hitler.

Anna Funder utilise un récit à deux voix pour nous rappeler qu'il a existé une opposition allemande à l'avènement du troisième Reich. Ces voix sont celles d'Ernst Toller en 1939, exilé aux Etats-Unis, et de Ruth Weisermann aujourd'hui, installée en Australie. Cette construction du récit est parfois déroutante – on se perd parfois entre les époques et les narrateurs – mais elle est à l'image de la complexité de la situation des personnages et du contexte politique mondial dans lequel ils évoluent.

Inspirée d'une histoire vraie, ce roman nous montre que le monde n'était pas prêt à résister au nazisme. Ceux qui, comme Ernst Toller, Ruth Becker ou Dora Fabian, ont révélé ce qui se passait en Allemagne, n'ont pas été écoutés. Ils y ont laissé leur vie.



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Annette55
  27 juillet 2014
Ce livre passionnant retrace la vie de quatre jeunes allemands: Ernst, écrivain,Hans, journaliste,Dora et Ruth,pamphlétaire et photographe, pacifistes socialistes dont les voix s'élèvent avec générosité, force et courage indomptables malgré les dangers inhérents à l'époque,pour dénoncer la montée du national socialisme entre 1918 et 1933 et la naïveté ou la cécité coupables de leurs concitoyens....
Leur vie privée est mêlée intimement à leur idées politiques....
Dés lors , leur insouciance bascule......
Ces quatre jeunes berlinois sont obligés de s'exiler en Angleterre..
Depuis la capitale londonienne, ils essaient en vain, avec des moyens dérisoires, d'une manière désespérée, d'alerter le monde sur les menaces que représentent
Hitler et le régime Nazi...
"La peur fait le lit de la dictature", dans une langue belle et simple, on traverse le siècle aux côtés de Ruth, qui se souvient de la destinée héroïque, tragique de ses compagnons, plongés dans un climat de terreur, rongés par l'angoisse et l'incertitude: Dora, jetée en prison pendant cinq ans, dont trois à l'isolement,Ernst , surveillé constamment, Hans dont le destin changera....
Les amours se fragilisent. La trahison,l'oubli et le mal se profilent dans cet ouvrage impressionnant! le mal en tant qu'outil extérieur mais aussi en tant que force obscure....
Comment de jeunes intellectuels allemands, d'origine bourgeoise,pour certains aisés, organisèrent t- ils, au péril de leur vie, par idéal politique, une résistance acharnée contre le mal absolu?? peu d'ouvrages retracent ce côté chez les allemands .....
Les cent cinquante premières pages sont assez difficiles à suivre, chaque chapitre est consacré à un personnage avec des retours en arrière constants....
Ensuite on épouse le rythme de ce ballet d'ombres inspiré d'une histoire vraie....où la politique côtoie l'histoire, l'amour et la trahison....
C'est quand même un roman mais je dirai qu'il est traversé par une vision politique au contexte historique fort....
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Soune
  21 juin 2013
le livre retrace le parcours de quatre jeunes allemands dissidents pendant la montée au pouvoir d'Adolf Hitler. Malgré le danger imminent que représente Hitler, ces quatre jeunes ne vont pas renoncer à leurs idéaux. Ils continuent leur engagement politique contre le régime nazi, occasionnant en cela la méfiance de leurs compatriotes. Cela les obligera rapidement à fuir leur propre pays afin de rester en vie, gagnant alors le statut de réfugiés à Londres.
« 3 juillet 1934
Loi sur les mesures de légitime défense de l'Etat

Les mesures prises le 30 juin, les 1er et 2 juillet 1934 pour réprimer les complots contre la sûreté de l'Etat et les actes de haute trahison sont égales à titre de légitime défense de l'Etat. »


« Légitime défense de l'Etat » cache en fait des assassinats politiques.


Ce roman est profondément dramatique. Grâce à la connaissance de Ruth Blatt, survivante de ce groupe de jeunes allemands dissidents qui a passé quelques années en Australie, Anna Funder s'inspire de la vie de cette femme pour en faire une fiction digne des plus grandes tragédies. L'auteur n'existe plus. Elle se contente de donner voix aux membres du groupe dissident. L'histoire narrée ici est passionnante. Toutefois, je suis restée sur ma réserve tout au long de ma lecture. A mon sens, cette histoire aurait pu être écrite par n'importe quel passionné de recherches historiques ou scénaristes de films. Pourquoi cette critique de ma part ? Ce livre a visiblement fait l'objet d'énormément de recherches. Je lui tire mon chapeau car le travail est impressionnant et mérite qu'on le remarque. Cependant, lorsque l'auteur met l'accent sur le roman, je vois une pointe de déception apparaître. A ce niveau, j'attendais quelque chose de plus créatif. Un roman se base sur l'imaginaire. Ici, la frontière est mince pour le désigner comme un roman ou un témoignage historique.

Fiction ? Réalité ? Dans la construction même de ce livre, la question se pose de déterminer dans quelle mesure ce livre est un témoignage. Quand entrons-nous dans la fiction ? Même si à plusieurs reprises je me suis sentie quelque peu assommée par la somme de détails historiques, m'obligeant à m'accrocher pour ne pas laisser mon esprit vagabonder, j'ai adoré découvrir autant d'informations sur notre passé européen. Ce livre apporte beaucoup de lumière sur la montée au pouvoir d'Hitler et notamment sur les moyens dont il a usé pour faire taire toute personne opposée à ses principes sans pour autant outrepasser le seuil de l'illégalité (assassinats, extraditions, camps de concentration). Beaucoup d'ouvrages sont parus depuis 1945 concernant les nazis, mais aucun à ma connaissance ne mentionnait la résistance qu'Hitler a affrontée pendant cette période. Nous n'entendions parler que des atrocités commises par les nazis. En même temps, comment ne pas en parler vu la quantité de crimes commis par eux au nom de l'Allemagne. Malheureusement, beaucoup trop d'Allemands ont été assimilés aux nazis. Je suis heureuse de constater que le contraire est démontrable. Anna Funder s'attache ici à décrire cette résistance. Ce livre est donc rare.

Oui mais voilà… Cela était sans compter sur le couperet : ce livre est un roman.

Le livre est écrit en suivant scrupuleusement les souvenirs alternés de deux rescapés vieillissant : Toller aux États-Unis en 1939 et Ruth en Australie en 2001. le récit est lent, comme les personnes qui le racontent et qui vieillissent. Procédé étrange que de décrire deux protagonistes raconter leur vie à deux périodes distinctes ou erreur de ma part ? En fait, Ruth est malade. Elle ne se souvient plus des évènements récents. Juste du passé…. On comprend mieux la technique de l'auteur. Anna Funder est en cela une véritable romancière. Elle semble ici maîtriser parfaitement les outils ingénieux de la narration.
Pendant toute la lecture, le lecteur est propulsé dans leurs vies intimes actuelles et passées, et ce jusqu'à leur dernier soupir.

Le courage et l'amitié que partagent ces personnes sont émouvants, les traitrises nous fendent le coeur. Oui mais voilà…. Ce roman se veut une « reconstitution » de faits véridiques. C'est un peu contradictoire, non ?
« Quand Hitler est arrivé au pouvoir le 30 janvier 1933, mon amie Ruth et ses amis ont fui l'Allemagne, et c'est en cet exil qu'ils ont tenté de faire tomber le dictateur. Ce livre retrace leur histoire, ou plutôt ma version de leur histoire. Ce livre en est une reconstitution à partir de fragments fossiles un peu comme l'on pourrait garnie de peau et de plumes un assemblage d'os de dinosaure, pour tenter de se faire une idée de la bête dans son entier. (…) la plupart des personnages portent des noms authentiques, à quelques exceptions près ».
Jusqu'où a-t-elle puisé dans ses sources ? Ce roman est-il hautement réaliste ou relève-t-il au contraire plus du rêve historique? J'avoue avoir été perdue, ballotée d'un côté comme de l'autre, ne sachant trop où je me trouvais.

Ces questions m'ont mise mal à l'aise et m'ont empêchée de profiter pleinement de l'histoire.

Ruth confie à l'auteur : « Qui je suis ? Personne ». Anna Funder semble, elle, persuadée du contraire en voulant arracher de l'oubli cette dame courageuse dont l'histoire serre le coeur. N'oublions pas qu'Hitler a tenté de supprimer les identités de ces dissidents qui osaient le défier via des suppressions de passeport par exemple. Ce livre est magnifique car il touche à la difficulté de continuer à exister lorsqu'on est officiellement inexistant et en cela, ce livre est extrêmement touchant. Ces jeunes dissidents aspirent à un « chez soi » alors qu'ils n'en ont plus. Ils cherchent à se construire alors qu'on fait tout pour les annihiler.
Cet ouvrage nous remémore l'ascension d'Hitler faite avec l'appui des démocraties européennes aveugles. Aveugles ? Pas si sûrs. Cela n'est pas sans rappeler l'excellent film anglais Glorious 39 révélant un épisode historique méconnu de cette époque : de nombreux membres du gouvernement anglais, ont fait pression sur leurs collègues pour signer un traité de paix avec Hitler en 1939. Ce traité consistait à laisser Hitler envahir l'Europe si, en contrepartie, il épargnait le Royaume britannique. Peur de perdre la guerre face à Hitler? Pression économique? La Seconde Guerre mondiale cache beaucoup de choses.

Malgré mes réserves, ce livre a le mérite de mettre en lumière une période trouble où la morale était douteuse chez beaucoup de monde, tous milieux et pays confondus. L'héritage du sang, voilà ce que nous offre ce livre.

Un roman que je recommande donc sans hésiter.
Lien : http://aupetitbonheurlapage...
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tynn
  21 septembre 2013
Le fil rouge est un livre de mémoires.
Un livre écrit et remanié par son auteur Ernst Toller, une ébauche écrite en Allemagne entre les deux guerres, retrouvée et complétée en exil aux Etats unis, un livre qui finira par être lu des dizaines d'années plus tard en Australie par Ruth, vieille dame à la mémoire défaillante. Réminiscences et lecture ressuscitent Hans, Dora, Bertie, les disparus d'une génération idéaliste et contestataire, qui voulait refaire le monde.

Cinq jeunes allemands partagent vie privée et vision politique, entre la fin de la guerre de 14/18 et la montée du national-socialisme.
Ecrivain, journaliste, pamphlétaire, photographe, socialistes et pacifistes, de la révolution éphémère de 18/19, de la république de Weimar à l'avènement d' Hitler, leurs voix s'élèvent avec courage et détermination pour dénoncer l'aveuglement de leur concitoyens.

Les purges de 1933 imposent l'exil en Grande Bretagne à quatre d'entre eux, où ils tentent, avec des moyens dérisoires et souterrains, d'alerter l'opinion mondiale du danger nazi et d'aider l'opposition allemande muselée. Dépossédés de leur vie et de leur avenir, entre travail accompli au nom de la cause et leur propre sécurité, ils en paient pour certains le prix fort.

Livre un peu hermétique à aborder, par ses multiples allers et retours temporels, passant des souvenirs de l'un à la réalité de l'autre, sur une période de près de 80 ans. Il m'a fallu une petite centaine de pages pour me faire plaisir et ne plus le lâcher. Un fois la trame narrative apprivoisée, les cinq personnages composent un kaléidoscope d'énergie, d'idées, et de liberté, dans l'époque de plus en plus noire de leur pays.

Pour être parfait, un peu de souffle et de densité auraient apporté la touche d'empathie pour le lecteur en donnant plus de corps à l'humain par rapport au contexte historique. Très peu de sentiments sont exprimés. L'ensemble est un peu froid et factuel, proche du documentaire. Malgré cela, c'est une vision de l'intérieur passionnante de l'opposition intellectuelle allemande dans la première moitié du 20ème siècle. Cela reste un roman mais à l'ossature historique solide et documentée.
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motspourmots
  19 février 2015
"Quand Hitler arriva au pouvoir, j'étais dans mon bain". Au début des années 2000, en Australie, Ruth est une vieille dame à la mémoire volatile et à la santé défaillante. Pourtant, l'arrivée d'un paquet par la poste va soudain faire rejaillir les souvenirs d'une époque douloureuse. Il s'agit des Mémoires et des derniers écrits de Ernst Toller, mort à New York en 1939 et compagnon de route et de résistance des années 30.

Par des allers et retours entre ces écrits et les souvenirs retrouvés de Ruth, l'auteur nous ramène en Allemagne, en pleine montée du nazisme, avec la prise de pouvoir d'Hitler et la négation progressive de toute démocratie. Ruth a grandi sur les ruines de la guerre de 14-18 et son adolescence a été guidée par un engagement pacifiste et un espoir de révolution inspiré de celle de la Russie. Mariée à Hans, un journaliste satirique, elle admire sa cousine, Dora Fabian, engagée pour cette cause qu'elle entend défendre à tout prix aux côtés d'intellectuels dont Ernst Toller avec lequel elle vit une histoire passionnelle mais contrariée par leurs deux personnalités indépendantes. Bientôt repéré et menacé par les nazis, le petit groupe est forcé à l'exil comme des milliers d'allemands qui fuient le régime hitlérien.

Depuis Londres, ils tentent d'organiser une chaîne d'informations pour alerter les gouvernements européens des véritables visées d'Hitler alors que les Anglais et les Français persistent à le considérer comme un chef d'état tout à fait normal. Dora est la plus engagée, celle qui prend le plus de risques et qui parviendra notamment à sauver les écrits de Toller et même à les faire sortir d'Allemagne. Pourtant, l'opinion publique reste sourde. Les mouvements des réfugiés sont entravés par leur statut qui leur interdit toute action ou prise de parole politique mais ils réussissent malgré tout à se procurer et à diffuser des informations qui mettent en lumière les mensonges d'Hitler qui, malgré les termes du traité de Versailles est en train de reconstituer une armée et de l'équiper de matériel dernier cri. le Reich continue à avancer ses pions, menaçant, jusque sur le sol britannique.

Dans ce contexte dramatique, alors que chaque destin est sur un fil, les personnages se battent entre amours et trahisons, complots et mensonges, guidés par un idéal de vérité et un espoir de liberté. L'auteur rend ici un bel hommage à ces combattants qui ne sont pas souvent mis en lumière en littérature. Inspiré d'une histoire vraie, basé sur une documentation méticuleuse recensée en fin d'ouvrage, ce roman qui se lit comme un polar est aussi poignant qu'instructif.

On espère qu'il y aura toujours des Ruth, des Toller et des Dora pour alerter. On espère que la prochaine fois ils seront écoutés et réussiront là où ils ont malheureusement échoué : éviter la guerre.

Un roman riche et très éclairant sur la condition des réfugiés que ce soit pour des raisons politiques ou pour échapper à l'antisémitisme. Des personnages magnifiques et terriblement romanesques. Une belle réussite.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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letitbe
  02 août 2013
J'avais lu de la même romancière, il y a quelques années, "Stasiland" qui m'avait laissé un très bon souvenir. J'étais donc très impatiente de découvrir son nouveau roman "Tout ce que je suis".

Anna Funder raconte le parcours de quatre jeunes intellectuels allemands réfugiés à Londres pour fuir le régime nazi naissant. Fuir ne veut pas dire l'occulter, car ils sont déterminés à dénoncer au monde le danger potentiel que représente le nazisme. le problème, c'est qu'en Angleterre, les réfugiés ne doivent pas avoir d'activités politiques ni professionnelles. Il est très compliqué de survivre et de s'exprimer. Ajouter à cela la présence d'agents du régime hitlérien qui, pernicieusement, cherchent à les déstabiliser, les persécuter et à les supprimer.

Le récit alterne entre les confidences de Ruth, une vieille dame en fin de vie résident en Australie et celles d'Ernst Toller, écrivain réfugié aux Etats-Unis à la fin des années 30.

Si d'un point de vue historique (la plupart des personnages évoqués ont réellement existé), on apprend beaucoup de choses, d'un point de vue littéraire, le parti pris narratif de l'auteure rend l'histoire confuse et difficile à suivre. J'ai personnellement eu des difficultés à m'attacher aux personnages. Ce n'est qu' à la fin de l'ouvrage que l'émotion surgit, hélas, tardivement.

Mon avis sur ce livre reste très mitigé.

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indira95
  22 juillet 2013
Il manquait si peu de chose pour faire de Tout ce que je suis une belle et franche réussite. Un petit supplément d'âme et la capacité à rendre les personnages attachants. Ceci est tellement dommage quand on a entre les mains un sujet qui prête à un traitement littéraire émouvant et puissant. Ruth, Dora, Hans, Ernst sont de jeune berlinois qui très tôt ont tenté d'avertir l'Europe du danger que représentait Adolf Hitler et ce dès son accession au pouvoir. Réfugiés à Londres, ils seront les victimes du désintérêt profond de l'Europe pour leur témoignage, d'une volonté non assumée des gouvernements d'éluder le plus possible les dangers encourus et de nier l'inévitable.
Il faut reconnaître à Anna Funder la capacité à avoir su parfaitement restituer cette atmosphère d'ébullition intellectuelle ainsi que l'enthousiasme de ces jeunes militants prêts à tout risquer pour la liberté et la justice. Force est de constater qu'on se sent proches de leurs aspirations et qu'on comprend leur profond désarroi face à l'indifférence. Pourtant une lenteur et une pesanteur ont perturbé ma lecture. J'ai difficilement terminé le roman. Il manquait cet élan, ce dynamisme et cette émotion auxquels je m'attendais. La lecture a été empesée par les incessants allers retours entre les époques et les points de vue de deux personnages : Ernst Toller et Ruth Becker. D'original c'en est devenu pesant.
Pour conclure, une lecture en demi-teinte : édifiante par le témoignage historique et la découverte d'un pan de l'histoire qui m'était méconnu ; mais décevante par le traitement littéraire qui en a été fait.

Lien : http://livreetcompagnie.over..
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Levant
  23 juin 2015
J'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce roman. Un procédé de relation des souvenirs qui fait des allers-retours dans l'espace et dans le temps sans transition dans les chapitres et une première moitié qui traîne en longueur ont fait s'étioler ma concentration. Mais parvenu en sa seconde moitié, cette construction déstabilisante digérée, les événements relancent l'intérêt. On s'imprègne alors du dramatique de la situation.
C'est un roman à deux voix. Dont une s'est éteinte en 1939 à New York, celle d'Ernst Toller, un écrivain socialiste, juif allemand, exilé depuis l'arrivée d'Hitler au pouvoir en 1933. On comprend plus tard que les souvenirs qu'il dicte à sa jeune secrétaire le sont dans l'urgence de l'adieu.
La deuxième voix est celle de la narratrice principale, Ruth Becker, photographe de métier, militante de la cause des exilés et amie d'Ernst Toller. Tous deux veulent alerter le reste du monde sur la promesse des jours sombres qui plane sur l'Europe dans les intentions du dictateur. "Le monde va-t-il oublier ces efforts gigantesques que nous avons faits pour le sauver".
La solitude et la peur sont leur lot quotidien. Bien que réfugiés en Angleterre, ils ont compris que la mollesse des Européens ne les mettrait pas à l'abri des atteintes des Nazis. "La peur a le pouvoir de révéler le murmure du silence, le bruit de l'univers qui, tranquillement, se déplace pour vous accueillir." La mort de leur parente et amie Dora en sera la triste preuve. le savant maquillage en suicide de sa disparition sera l'argument de ceux dont la prudence sera synonyme de lâcheté. Ce roman tiré de faits réels est l'ultime témoignage d'une survivante de cette période, moins souvent évoquée que les horreurs qu'elle annonce, mais au cours de laquelle les Européens se sont cantonnés dans un immobilisme coupable face à l'ascension du monstre.
Intéressant, mais un peu fade quand même pour un thème aussi grave.
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