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EAN : 9782809708806
154 pages
Editions Philippe Picquier (01/02/2013)
3.13/5   15 notes
Résumé :
Ecrit un mois à peine après le séisme et la catastrophe nucléaire qui ont dévasté en 2011 le Nord-Est du Japon, ce livre est l’incandescente mise à l’épreuve de l’écriture face au réel et confirme avec éclat Furukawa Hideo comme l’un des écrivains les plus passionnants de sa génération.
Furukawa Hideo est né à Fukushima, mais il n’était pas là au moment de la catastrophe, il ne l’a pas ressentie dans sa chair. Devant les images des médias, le choc le plonge d... >Voir plus
Que lire après Ô chevaux, la lumière est pourtant innocenteVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Ô chevaux, la lumière est pourtant innocente est le second ouvrage que je lis de Furukawa Hideo, après Soundtrack. Ce roman m'avait déjà pas mal déboussolée.

Ici il ne s'agit pas d'un roman. L'auteur, originaire de la province de Fukushima a suivi la catastrophe du 11 mars 2011 et des jours suivants sur un poste de télévision. Un choc sans commune mesure et l'impossibilité de quitter l'écran des yeux (ça m'a rappelé en quelque sorte la stupeur paralysante que j'avais ressentie lors des attentats du 13 novembre 2015; les yeux voient, les oreilles entendent, mais la connexion avec le cerveau semble avoir des ratés dans le processus de compréhension).

Saisi d'une sensation intense d'intemporalité, il éprouve comme une culpabilité de n'être pas dans sa région d'origine. Un mois après le tsunami, il part accompagné de trois autres personnes pour le Tôhoku, ce Nord-est du Japon devenu zone sinistrée toujours sous la menace nucléaire des sites Daiichi et Daini de Fukushima.

Si jusque là j'ai suivi les propos de l'auteur, j'avoue qu'il m'a perdue par la suite. Son récit part dans des directions pour le moins surprenantes. On a ainsi un résumé de l'Histoire de l'ère dite des Provinces Combattantes ainsi que des portraits de Nobunaga Oda puis Hideyoshi Toyotomi. Un historique aussi de l'élevage des chevaux dans la ville de Sôma, dans le Tôhoku, depuis le XIVème siècle. Ce, raconté par l'un de ses personnages qui s'est invité au cheminement vers la zone sinistrée de Furukawa et ses comparses.

Larguée. Paumée. Je suis passée à côté de ce que voulait exprimer l'auteur. Il dit lui-même à un moment, parlant de ses précédents romans (plus nombreux que les trois ouvrages jusqu'ici traduits en français), qu'il ne comprend pas pourquoi ses textes ne sont pas toujours compris. Ouf, voilà qui me rassure quelque part. Ça n'est pas qu'une question de clés de compréhension manquantes à la lectrice occidentale que je suis; ses compatriotes s'y perdent aussi.

Je me suis raccrochée par-ci par-là à ses descriptions du désastre qui s'étend sous ses yeux là où le tsunami et les séismes ont frappé si fort. On mesure son désarroi face à l'incapacité qu'il éprouve à admettre ce qu'il a sous les yeux. le tsunami a tout emporté et le néant s'est installé à sa suite.

Ce livre est loin d'être inintéressant mais il faut accepter (se résigner) de ne pas tout comprendre des méandres de réflexion de l'auteur. La vision de ce cheval blanc errant dans un territoire méconnaissable et déserté de toute humanité est poignante et donne un autre angle de l'ampleur de la catastrophe.
A noter aussi un très beau texte sous forme de poème qu'il rédige à New York début mai 2011 (cf. un extrait dans mes citations sur l'ouvrage)
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Récit ? Journal ? le livre de Furukawa Hideo ne se donne pas facilement.
Lisant un recueil de textes sur les catastrophes liées au 11 mars 2011 (L'archipel des séismes, éd. Picquier), j'ai repris « O chevaux » que j'avais lu il y a de nombreux mois.
Dans le texte se mêle fiction et réalité, Furukawa évoque, l'un de ses romans (La Sainte Famille, non traduit) et parle avec l'un de ses personnages ; il raconte son périple vers les lieux de la catastrophe, raconte aussi des moments du Japon ancien, l'élevage des chevaux dans la région de Fukushima.
Tout s'entremêle, et on semble aussi perdu… que lui ?
On essaie de le suivre, car ce livre n'est pas un simple retour au pays natal meurtri : Furukawa est originaire de Fukushima.
Pour autant, j'ai l'impression qu'il serait réducteur d'y voir simplement le reflet du choc produit par le 311 (11 mars), le grand séisme de l'Est du Japon, catastrophe dont il ne peut pas croire que c'est possible. Choc temporel (sa temporalité à lui, et celle des lieux de la catastrophe) et physique (aller sur place, sachant pertinemment que la souffrance ne pourra pas se partager).
Furakawa raconte une interview : «  je dis que depuis ce fameux 311 je fouillais mon imagination pour trouver comment l'utiliser ». Loin de moi l'idée d'écrire qu'il faudrait lire ce texte en pensant à cette phrase. Confronter à ce cliché, la réalité dépasse la fiction, Furakawa, touché, écrit sur cette catastrophe et s'interroge sur le romancier qu'il est.
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C'est avec poésie, douceur, et une plume pleine d'espoir, qu'Hideo Furukawa nous « irradie de réel ». Comment penser le monde après Fukushima? Comment raconter l'indicible? En un roman, juste assez long, l'auteur nous guide à travers ses réflexions, ses émotions et les réalités diverses d'un monde d'après (ou peut-être est-ce avant?) Fukushima.
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critiques presse (1)
Telerama
27 mars 2013
Ce roman inclassable est le pèlerinage physique et spirituel d'un homme en terre irradiée. Hideo Furukawa parle comme personne de la solidarité aveugle et intrépide de son pays, proche selon lui du suicide collectif. [...] ce livre glace et déroute, au vrai sens du terme, pour cheminer vers la liberté, aussi solitaire soit-elle.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Je compare l'histoire officielle à un écrit. Cet écrit se présente sans aucune marge. Et pourtant il y en a, des marges. C'est dans ces marges que j'écris mes notes, moi. Je les remplis d'une quantité de notes manuscrites avant le travail de réflexion, en fait ce n'est que dans ces marges que se tisse un "nouvel écrit".
Page 99
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J'ai compris que New York était une ville sinistrée.
Je ne le savais pas. Je l'avais oublié.
Mais cette zone sinistrée, la tragédie qui l'avait sinistrée, elle leur avait, je me suis dit, donné un ennemi.
La tragédie leur avait apporté un responsable.
Ben Laden.
Ils avaient pu le tuer.
Bien sûr, nous, nous n'en avons pas. Nous qui sommes concernés par la tragédie du Japon.
Que pouvons-nous faire?
Nous n'avons personne à haïr.
Alors, là est notre seul espoir.
Puisque nous n'avons personne à haïr, il ne nous reste qu'à marcher.
Marcher dans penser à la vengeance.
Marcher sans penser à faire payer.
Un mot m'est venu au fond de ma tête, je l'ai prononcé.
Un mot qui se dit. La voix a dit.

On a quand même le droit d'être nés, non?
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Pourquoi écrivais-je?
Parce que je ressentais le besoin d'écrire. C'était la seule raison. C'était ma nécessité intérieure, une impulsion, une pulsion ininterrompue.
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Je regarde en me disant que je suis en train de voir quelque chose d'aberrant, une situation impossible. Sur les quais n°1 et n°2, et sur le terre-plein entre les deux, ou parmi les entrepôts, il n'y a que des oiseaux. Non, il ne faut pas dire "oiseaux", ce sont des corbeaux. Comme à Shinchi ou sur la côte à Minami-Sôma, un attroupement de corneilles noires. Aucune autre espèce n'est observable. Elles sont plus fines de corps - et pas seulement de bec - et de comportement que les corbeaux à gros bec que j'ai l'habitude de voir à Tokyo. Nous remontons dans la voiture immatriculée à Kashiwa et nous nous déplaçons d'un petit kilomètre. Au port de pêche d'Onahama, nous nous dirigeons vers l'endroit où doivent se trouver la criée et le syndicat de pêche, quand je suis frappé par la réflexion que ce n'est que maintenant que la phrase "ce n'est pas possible" s'applique. Sur les quais, les bateaux de pêche en nombre sont dans une configuration anormale, plus ou moins inclinés sur le côté. Bien sûr, c'est le tsunami qui les a soulevés et entassés. Je le ressens instantanément. Mais quelle est, à qui est cette main capable de les avoir entassés ainsi ?
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En à peine un jour, des choses impossibles se produisaient, s'amplifiaient, continuaient de s'amplifier. Pour dire cette expérience en un mot, le temps avait disparu. Concrètement : disparue, la conscience du jour que l'on était, absent, le sentiment du lendemain.
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Video de Hideo Furukawa (1) Voir plusAjouter une vidéo
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