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Critique de JeanLibremont


JeanLibremont
  17 mai 2022
Voyage dans l'univers des mercenaires de Wagner dont on parle beaucoup en ce moment. Natifs de Russie ou de pays satellites, on les diabolise volontiers mais est-ce si simple ? L'auteur nous confie: "La guerre n'a jamais été pour moi un simple boulot, j'avais besoin de savoir de quel coté je me battais et quelles valeurs je défendais. J'avais besoin de défendre une juste cause. Aider des salauds a écraser d'autres salauds, meme s'ils étaient encore plus cruels et inhumains que les premiers ne me convenait pas. Tout cela me pesait."


Marat Gabidullin nous raconte sa guerre en Syrie contre l'État Islamique. Sa motivation a écrire le livre est cependant autre, ainsi que le lecteur le découvre progressivement mais surtout dans les derniers chapitres et le postface. D'abord, il exprime son amertume d'avoir été utilisé, lui et ses freres d'armes, pour maintenir au pouvoir en Syrie un régime qu'il juge immoral. Amertume également de ce que, ayant lui et ses compagnons fait pratiquement tout le travail d'écraser l'État Islamique au prix d'appréciables pertes en hommes, les armées syrienne et russe en ont récolté tous les lauriers. Enfin, et cela parait etre le plus important dans l'esprit de l'auteur, amertume de constater que le bien-etre des populations de l'ancienne Union Soviétique fut sacrifié pour construire une armée engagée aujourd'hui dans une invasion de l'Ukraine que Marat Gabidullin ressent comme une guerre contre un peuple frere.


Voici ce qui me parait etre un des passages-clé de ce livre courageux: "Lorsqu'il avait fallu combattre en Syrie, l'armée envoyait les mercenaires faire son travail au sol. Aujourd'hui, elle récolte les fruits de cette victoire artificielle. Hier, l'armée russe luttait sans grande conviction contre l'État islamique, la peste idéologique du XXI. siecle. Désormais, elle sacrifie avec un zele remarquable ses combattants dans une guerre contre un peuple frere." Dont acte.


Attention, ce livre n'est pas une plaidoirie pour les mercenaires de Wagner ou d'ailleurs. L'auteur a conscience de faire partie d'une minorité ayant clairement pris conscience des problemes qu'il dénonce. Dans ses interviews a la presse, il note également que les criteres de recrutement chez Wagner se sont dégradés et, a lire les informations sur la guerre en Ukraine, on se doute de ce que cela implique... La partie du livre consacrée au récit des batailles en Syrie montre bien que le mercenariat n'est pas la carriere revée pour des tueurs psychopathes ni meme pour des individus asociaux. Pour survivre, le mercenaire - "l'ouvrier de la guerre" - ne doit pas etre aveuglé par des penchants pervers et le récit montre également l'importance d'etre un bon camarade - et donc d'avoir un certain sens moral - puisque les "freres d'armes" sont dépendants les uns des autres pour leur survie mais aussi parce que cette camaraderie est, avec le gout du risque et de l'aventure, une importante gratification dans la vie des mercenaires qui, nonobstant, ne furent jamais et probablement ne seront jamais des gens excessivement empathiques.
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