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EAN : 9782070231140
308 pages
Gallimard (24/01/1983)
4.08/5   43 notes
Résumé :
paris 1944.
guillaume arnoult recherche, après quatre ans de guerre, les traces d'irène, retrouve des amis qu'elle a connus, la retrouve elle-même. mais à ce moment, il apprend la condamnation à mort d'hersent, journaliste politique, qu'il a connu familièrement pendant ses années de jeunesse. comment ne
serait-il pas obsédé par sa pensée ?
il doit rejoindre, comme correspondant de guerre, une unité combattante.
auparavant, il passe avec i... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
ThibaultMarconnet
  05 mai 2020
L'ombre portée de Caïn
Dans “La plage de Scheveningen” de Paul Gadenne, je ne puis oublier les personnages de clair-obscur que sont Irène et Guillaume : ces deux êtres esseulés qui cherchent une langue commune pour ne pas choir dans la nuit de la parole.
Au-dessus de cet ouvrage plane l'ombre portée de la figure de Caïn, au travers du personnage de Hersent (double littéraire de Robert Brasillach). Irène et Guillaume sont en quête d'une impossible réponse concernant l'action de collaboration du personnage de Hersent (Brasillach), et ne peuvent pour autant hurler avec la meute. Ils savent trop à quel point il n'est pas de chose plus difficile que de condamner un homme.
La vision de Paul Gadenne n'est pas tant pessimiste que terriblement lucide (au sens étymologique de ce mot : “brillant”, et de ce fait éclairant sur la nature humaine). Gadenne creuse au sein des relations entre les êtres : il donne à voir l'infranchissable tranchée qui nous sépare tous les uns des autres.
Son livre entier est une sorte de “plaidoirie” : le personnage de Guillaume recherche Irène parce qu'il estime qu'elle l'a mal jugé ; Guillaume et Irène s'interrogent sur la légitimité de la justice française à condamner à mort le personnage de Hersent (Brasillach) ; sans parler du magistral monologue de Caïn à la fin du livre où les mots semblent littéralement vomir une bile noire sur le blanc du papier. D'ailleurs, ce n'est pas innocemment que Paul Gadenne a placé en exergue au seuil de son livre, cette phrase que Caïn dit à Dieu dans la Genèse : « Quiconque me trouvera, me tuera. » La justice des hommes ne convainc pas Paul Gadenne.
Caïn (autrement dit l'homme) ne peut accepter ceci : à savoir que « le vent souffle où il veut ».
Et si l'offrande de son bûcher n'est pas dûment reconnue, alors il n'aura de cesse d'avoir brûlé tous ses frères humains dans le noir brasier de sa folie destructrice.
Peut-être n'avons-nous inventé notre faible représentation humaine du Créateur de toutes choses que pour nous chercher en fait une excuse au mal que nous faisons : une manière de nous exempter de nos propres fautes. Orgueilleux que nous sommes, nous avons soif de détruire ce que nous n'avons pu créer de nos propres mains.
Depuis la Nuit des Temps, nous ne cessons de perpétuer « le Temps de la Nuit », comme pour mieux voiler la lumière vivante du soleil, éclabousser de sang son ardent visage de sel.
Paul Gadenne / Guillaume Arnoult ne veut pas juger un homme, même s'il ne soutient pas son action. C'est cette prise de position qui est la plus troublante et la plus noble au sein d'une époque où l'on condamnait à tour de bras, coupables et innocents mélangés. Gadenne écrira d'ailleurs une lettre à Robert Brasillach… qu'il ne lui enverra jamais.
Ce livre de Paul Gadenne est au fond comme un douloureux écho aux mots prononcés par le Fils de l'Homme sur sa croix de douleurs. Car notre lot commun est de ne jamais vraiment savoir pleinement ce que nous faisons ni même pourquoi nous le faisons. Et qui pourra bien nous pardonner cela ? Dans ce procès métaphysique, nous sommes juge et partie.
À présent, j'aimerais livrer aux lecteurs de ces lignes, un passage du roman, dans lequel Guillaume / Gadenne et Hersent / Brasillach s'entretiennent avec passion de questions métaphysiques, non loin d'un cimetière :
« – Tu m'excuseras, dit Arnoult, mais même si tu me prouvais en ce moment que l'homme est seul… Oui, néant pour néant, je préfère le néant complet… Si je ne puis compter sur une pensée juste, aimante, connaissant la raison intime de mes faits et gestes, en somme sur la mémoire de Dieu, eh bien, je préfère ne compter sur rien, j'abandonne à l'instant toute prétention, je ne veux pas être autre chose qu'une poussière à la surface d'une poussière, – cette poussière d'astres que du moins j'aurai passionnément aimée. Si ces hommes devant nous n'ont pu compter au moment de mourir sur la mémoire de Dieu, ces noms et ces dates sur leurs tombes sont de trop, ils nous mentent, ils troublent inutilement notre néant. Et ces tombes elles-mêmes sont de trop ! Si le monde continue à être ce qu'il est, Hersent, nous n'aurons plus besoin de cimetières, plus besoin d'aligner des tombes. Nous referons des charniers. (…)
– Solitude pour solitude, reprit-il devant le silence d'Hersent, celle de l'humanité entière prise dans le cours de son histoire ne vaut pas mieux que celle d'un homme pris en particulier. Accepterais-tu de passer ta vie dans une prison ? de passer ta vie sans témoin ?... Sans l'espoir d'un témoin, d'un regard sur toi, tu meurs ; et tous les gestes, les pensées de ce prisonnier qu'est chacun de nous ne vont qu'à invoquer, à susciter un témoin hors des murs entre lesquels nous vivons, et quelquefois hors de notre époque. Sans quoi on ne s'apercevrait même plus qu'on est en prison, hein, et il n'y aurait pas de différence entre la vie et la mort. le bourreau qui viendrait nous appeler au petit matin, qu'est-ce qu'il changerait à notre sort ? Rien. Absolument rien. Une fourmi écrasée, voilà ce que ce serait. Quelque chose de si accablant, de si inexistant qu'il n'y aurait même pas de quoi crier. Si l'humanité sait qu'elle vit sans témoin, elle est à elle-même sa prison. Nous sommes tous prisonniers, Hersent, dans ta perspective. Si Dieu n'existe pas, comprends donc, il faut le faire exister. » Paul Gadenne (in “La plage de Scheveningen”, p. 176-178)
Thibault Marconnet
03/08/2014
Lien : http://le-semaphore.blogspot..
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djathi
  27 juin 2016
C'est l'automne . Pas n'importe lequel , celui de 44 . Guillaume Arnoult refait ses premiers pas dans le monde civil et tente de retrouver des repères affectifs dans ce Paris désolé où les gens sont bien tous les mêmes mais différents aussi : le temps a fait son travail , la guerre a abimé aussi .
Mais c'est à deux êtres plus précisement qu'il pense en renouant contact avec le cercle d'amis : Irène , son amour qui rompit leur relation un jour sans lui donner d'explication et Hersent son ami de jeunesse .
Au cours d'une longue nuit qu'ils passeront dans une chambre d'Hôtel face à une plage qui leur rappellera celle qui symbolise leur amour , cette "plage de Scheveningen" d'un tableau de Ruysdael....qu'ils s'étaient promis de trouver dans les heures les plus folles de leur amour de jeunesse ,
Au cours de cette longue nuit qui parait sans fin ressemblant à un rêve dans une longue discussion qui semble n'aboutir qu'à des impasses ,
Le passé resurgira sans que le présent puisse éclairer les pages obscures de celui-ci .


Une pesanteur enveloppe la nuit , l'humanité toute entière semble être au rendez vous . Si Irène se glissera à travers les mots pour conserver son mystère laissant au lecteur et à Guillaume une grande place pour imaginer , faire et défaire des situations placées sur l'unique de la probabilité , c'est aussi pour mieux ancrer une autre histoire qui se tisse en filigrane : celle d'Hersent , l'ami qui a vendu son âme au diable , le traitre qui fait la une des journaux .
Et à travers un long monologue intérieur , Guillaume essaiera de concilier Hersent d'avant , l'ami tumultueux et déjà portant en lui le germe du mal , comme nous tous , mais peut-être de façon plus exalté avec le coupable banni de la société et qui finira sur l'échafaud : les souvenirs se réveillent ...pêle-mêle. Alimentant le besoin de trouver des réponses à l'inacceptable , en vain . Chercher où se situe la frontière entre le germe du mal et le passage à l'acte , irréversible et où le salut n'existe plus . Nous sommes tous des Cains en puissance , et en ce sens le jugement du frère ne doit pas exister . Comment rendre justice ....
Citation :
Nous étions des hommes, et nous découvrions qu'être des hommes, c'était répondre au même nom que nos bourreaux»
Voilà qui me rappelle la pensée de Kertesz .
Au delà de la trame romanesque qui se réduit d'ailleurs à peau de chagrin puisque de mouvements s' il en est , il n'en existe qu'un ici : celui de la pensée avec d'incessants allers et retours entre le présent et le passé , des digressions métaphysiques où il faudra trouver le véritable sens à cette oeuvre .
Il n'échappera pas au lecteur qu'il s'agit d'un discours chrétien : l'évocation des mythes bibliques jalonnent l'ensemble du texte et lui apporte une dimension supérieure .
Une nuit oppressante , pour Guillaume , pour le lecteur : On cherche à sortir de ces tenèbres pour rejoindre Irène ( la paix en grec ) vers la lumière .
La rencontre ne se fera pas .
Mais avant de partir , Irène laissera le laisser-passer à Guillaume pour qu'il retrouve ....La paix . Ailleurs ,et sous d'autres traits . Une fin lumineuse et ouverte .
Ce roman est totalement inspiré de la biographie de Paul Gadenne , l'écriture a certainement du avoir un rôle cathartique .
Paul Gadenne est un immense écrivain , injustement oublié avec une puissance quasi Dostoievskienne et d'un talent d'écriture exceptionnel .
La plage de Schevenigen pourrait faire un excellent support d'études philosophiques , rien n'est laissé au hasard , chaque virgule , changement de rythme possède un sens . Tous les personnages comportent une dimension symbolique .
Une seule lecture ne suffira pas pour venir à bout de cette oeuvre plus complexe qu'elle n'y parait .
Un bijou ?
Non , un chef-d'oeuvre .
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GrandGousierGuerin
  28 décembre 2013
La Libération – Guillaume Arnoult est de retour à Paris pour retrouver son amour d'avant guerre Irène. Ils décident, le temps d'un week-end, de retourner au plus près d'un moment mémoire de leur ancienne relation : la fameuse plage de Scheveningen peinte par Van Gogh ou Salomon de Ruisdael. En parallèle se déroule le jugement de Hersent, un ancien camarade de lycée, devenu un célèbre journaliste collaborationniste. Par bribes vont remonter des souvenirs, des obsessions, des blessures qui vont alimenter une réflexion aussi bien sur la relation amoureuse que la relation de Guillaume envers Hersent dont l'écho mutuel ramène à la surface des sujets comme la trahison, le courage, la force, le destin …
Outre la richesse des idées émises qui sont loin des poncifs souvent émis, j'ai surtout apprécié le style de Gadenne précis dans les descriptions des sentiments mêlés aux paysages. Un auteur dont je compte parcourir d'autres oeuvres …
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cegeglyx
  13 janvier 2022
L'intrigue est difficile à comprendre et tortueuse, mais pourtant très profonde. On ne la découvre que peu à peu à travers les souvenirs, souvent tronqués, du personnage principal. C'est l'histoire de retrouvailles entre amants séparés pendant ou juste avant la guerre.
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Horizonbleu
  22 décembre 2014
Tout est subtilement suggère dans ce livre ou nous suivons la narration déroutante dont le chemin n'est pas trace d'avance et ou les émotions et personnages ont le flou des motifs du tableau dont il s'inspire et dont l'évocation surgit au hasard,une merveilleuse lecture
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   05 mai 2020
– Tu m’excuseras, dit Arnoult, mais même si tu me prouvais en ce moment que l’homme est seul… Oui, néant pour néant, je préfère le néant complet… Si je ne puis compter sur une pensée juste, aimante, connaissant la raison intime de mes faits et gestes, en somme sur la mémoire de Dieu, eh bien, je préfère ne compter sur rien, j’abandonne à l’instant toute prétention, je ne veux pas être autre chose qu’une poussière à la surface d’une poussière, – cette poussière d’astres que du moins j’aurai passionnément aimée. Si ces hommes devant nous n’ont pu compter au moment de mourir sur la mémoire de Dieu, ces noms et ces dates sur leurs tombes sont de trop, ils nous mentent, ils troublent inutilement notre néant. Et ces tombes elles-mêmes sont de trop ! Si le monde continue à être ce qu’il est, Hersent, nous n’aurons plus besoin de cimetières, plus besoin d’aligner des tombes. Nous referons des charniers. (…)
– Solitude pour solitude, reprit-il devant le silence d’Hersent, celle de l’humanité entière prise dans le cours de son histoire ne vaut pas mieux que celle d’un homme pris en particulier. Accepterais-tu de passer ta vie dans une prison ? De passer ta vie sans témoin ?... Sans l’espoir d’un témoin, d’un regard sur toi, tu meurs ; et tous les gestes, les pensées de ce prisonnier qu’est chacun de nous ne vont qu’à invoquer, à susciter un témoin hors des murs entre lesquels nous vivons, et quelquefois hors de notre époque. Sans quoi on ne s’apercevrait même plus qu’on est en prison, hein, et il n’y aurait pas de différence entre la vie et la mort. Le bourreau qui viendrait nous appeler au petit matin, qu’est-ce qu’il changerait à notre sort ? Rien. Absolument rien. Une fourmi écrasée, voilà ce que ce serait. Quelque chose de si accablant, de si inexistant qu’il n’y aurait même pas de quoi crier. Si l’humanité sait qu’elle vit sans témoin, elle est à elle-même sa prison. Nous sommes tous prisonniers, Hersent, dans ta perspective. Si Dieu n’existe pas, comprends donc, il faut le faire exister.

(Gallimard, L’Imaginaire, p. 176-178)
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   30 novembre 2020
– Eh bien, je ne crois pas du tout, dit-il, à cette lutte du bien et du mal telle que tu la conçois, à cette répartition des bons et des méchants suivant les camps, à aucune répartition quelle qu’elle soit au cours de notre vie sur terre. Je crois qu’une telle répartition, un tel jugement ne pourraient être que l’œuvre de Dieu, et que c’est parce que nous avons perdu Dieu que nous appliquons ces catégories à tort et à travers. S’il y a une lutte entre le bien et le mal, c’est à l’intérieur de tout homme, voyons, de toute idée, – et, notons-le, de tout parti ! Et c’est bien pour cela, tu le sens, que tout ce qui touche aux partis est suspect. Il serait trop facile, voyons, de s’inscrire ici ou là pour avoir le privilège de toutes les vertus. Crois-moi, le bien ne s’est incarné qu’une seule fois, – il y a deux mille ans. Et si l’Ange vient un jour pour marquer ta porte d’un signe, ce sera pour tes vices ou tes vertus, pour le bien ou le mal absolus, pour le pur ou l’impur de ta conduite, c’est-à-dire, en fin de compte, pour ta relation à Dieu. Et non pour la bannière humaine au service de laquelle tu auras mis tes vices et tes vertus.

(p. 175)


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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   30 novembre 2020
Maintenant, la vue d’Irène, en me rendant l’enchantement, me rendait la torture ; mon être était restitué à lui-même. Je ne pouvais pas tolérer qu’Irène gardât, comme elle semblait le faire, certaines pensées qu’elle avait eues de moi. Il me semblait que le monde ne pouvait pas continuer ainsi. Ces six ans ne m’avaient pas déshabitué du besoin de la justice. Je voulais qu’on m’entende. J’avais besoin de clamer ; et si ce bois à la lisière duquel nous étions avait été forêt, il n’aurait pas encore suffi à mon cri.

(p. 104-105)


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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   30 novembre 2020
Arnoult pensa aux petits personnages que Ruysdaël avait représentés sur la “Plage de Scheveningen”. Leur mort ne paraissait pas du tout pouvoir faire l’objet d’un problème. Les années, les siècles passent, le même rayon de soleil transperce éternellement les nues, la plage répond au même assaut des vagues, les mêmes petits personnages sont toujours là, noyés dans l’immensité, le poudroiement du sable, et personne ne se demande leur nom.

(p. 172)


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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   30 novembre 2020
Comme les enfants qui s’endorment en racontant une histoire, Guillaume avait peu à peu l’impression de tomber dans un trou. Il lui sembla, ayant dit ces mots, que commençait un très long silence, et peut-être un très long sommeil, car il cessa de voir le creux d’ombre entre les deux lits, et le grand bras mutilé que la lune étendait sur eux. 
À Irène qui l’écoutait sa voix parut surgir de l’autre côté d’une rivière.

(p. 160-161)


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Marie, photographe, lit "Baleine" de Paul Gadenne (Éditions Actes Sud, 2005) Dans le cadre de "A vous de lire !" © Des auteurs aux lecteurs, 2010
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